Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Humour/Détente
i-zimbra : Histoire pour un enfant qui demandait ce que les ventres gargouillent
 Publié le 16/04/15  -  7 commentaires  -  29115 caractères  -  95 lectures    Autres textes du même auteur

(qui lui donnera le goût de la lecture si l’on prend bien soin d’adapter le vocabulaire à son niveau d’études)


Histoire pour un enfant qui demandait ce que les ventres gargouillent


Quand il était petit garçon, on ne faisait pas tellement attention à lui – chose des plus communes. En grandissant, il avait pu constater que ça ne changeait pas – chose encore banale. C'est qu'il ne suffit pas d'être sérieux pour devenir adulte (ou l'inverse), il faut aussi se mettre dans le sens du courant. Un fond d'innocence, allié à un tempérament obstiné (il avait tout simplement refusé de faire sa communion), commença à faire de lui une manière de paria. Car si l'individualisme est bien la vertu première de nos sociétés, c'est à égalité avec le conformisme.

Le petit garçon avait passé l'âge de la puberté depuis longtemps, et maintenant l'homme était toujours en butte au rejet silencieux de ses congénères. À leur contact, il se demandait souvent s'il était invisible, ou dans une autre dimension, ou s'il existait vraiment.

Il existait, puisqu'on pouvait parler de lui à la troisième personne alors qu'il se tenait juste à côté. Si ce n'avaient été que des jugements de valeur… Mais les petites calomnies, ou les mines entendues que provoque la simple allusion ! Il aurait pu demander : « Est-ce que vous vous rendez compte que je suis là ? » Il craignait la réponse – ou pas de réponse. Car il était également totalement inaudible. Les conversations où il était question de lui n'étaient qu'un cas particulier, et même rare. Mais elles rendaient flagrant ce qui était commun à toutes : il en était exclu.

Pourquoi est-ce qu'on l'invitait ? Parce que c'est la famille, répondra-t-on. Oui, mais en dehors ce n'était pas différent. On a sans doute besoin de repoussoirs. Pendant que les gens étaient entre eux, il se retrouvait souvent seul dans un coin, ou même au beau milieu face à son assiette. Ce devait être bien gênant ? Pas si comme lui on était convaincu d'être absent aux autres.

Et ça ne le dérangeait pas ; finalement, il était comme au spectacle. Il avait appris à rester là écouter. Plusieurs conversations à la fois. Jusqu'à huit : avec de l'entraînement, il était devenu champion de cette faculté désignée sous le terme d'effet cocktail party. C'était bien plus enrichissant que de prendre part à une seule.


Or un jour, lors d'un repas familial, il advint qu'un vulgaire gargouillement s'échappa de son ventre. Et sa mère, qui ne lui avait pas encore adressé la parole, le regarda et dit en souriant :


– Ah c'est ton ventre ?


Oui, c'était son ventre. Était-il nécessaire de le faire remarquer, alors que c'était justement le premier son qu'il émettait qui n'était qu'un bruit ? Fallait-il que ce soit sans signification pour qu'il cesse un instant d'être insignifiant ?

Si la fonction crée bien l'organe, il faut peut-être voir dans cette superanecdote l'origine de ses futurs déboires. À son insu, le ventre commença à vouloir faire son intéressant.


Il gargouilla plus souvent, et plus fort, jusqu’à ce que l’homme finisse par prendre conscience du phénomène. C'était à un apéritif. Dans le cercle de conversation le plus près de lui, un cousin venait de placer Montevideo en Argentine.

Il aurait pu obtenir son attention par une petite bourrade, et lui signaler son erreur. Mais il aurait perdu les autres fils ; de plus, sachant qu'une parcelle de savoir en plus ou en moins le faisait toujours soit pédant, soit idiot, il s'abstint.

Or au même instant, un long borborygme sortit de son ventre. Le géographe amateur se tourna un peu, lâchant : « Oui, oh, ça doit être juste à côté. » Il allait répondre qu'il n'avait rien dit, mais on ne faisait déjà plus attention à lui.

« Était-ce mon ventre ? » se demanda-t-il. Focalisé sur la discrimination de phonèmes émis simultanément depuis des points distincts, il n'avait pas entré les paramètres de sa propre position. Le borborygme, il l'avait perçu, mais ses composantes spectrales avaient laissé peu de traces mémorielles. Effectivement, ça pouvait bien ressembler à : « Montevideo est en Uruguay » – c'est ce que l'autre avait dû comprendre. Mais à son avis ça y ressemblait de très loin. Car il avait déjà observé que les gens font de la paréidolie auditive : ils entendent ce qu'ils veulent. Par exemple, s'il disait « bon appétit », on lui répondait de préférence « tu n'es pas obligé de nous insulter ». Mais si quelqu'un d'autre disait « bande d'abrutis », on lui répondait « merci, toi aussi ».

« Ça c'est drôle ! se dit-il. Quand je parle, je fais un bide, et lui on l'écoute. »


D'autres manifestations suivirent, mais le premier accrochage eut lieu lors d'une soirée passée avec le cercle d'amis d'une fille qu'il fréquentait. Qu'ils aient considéré celle-ci comme une chasse gardée, cela pouvait se comprendre, et expliquer aussi qu'une fois de plus on le snobait. Mais depuis six mois qu'il les voyait, l'ambiance devenait lourde.

On était à table. À sa gauche, ça parlait politique. On se désolait que notre bon maire n'ait pas été réélu. Il pensa : « C'est une andouille, bon débarras. »

Il regardait son assiette vide et se disait qu'il allait attendre que repasse le plat.

À sa droite, un type racontait qu'il était débordé de travail et que sa femme irait seule à Trouville. « Pourquoi inventer ça ? se dit-il en lui-même. On sait très bien qu'il a une brouille avec Barbara. »

Alors, comme cela arrive, il y eut un blanc simultanément dans toutes les conversations. Et son ventre en profita pour gargouiller à panse déployée. Aussitôt, sa voisine de gauche répliqua d'un ton méprisant :


– Oui, oh toi évidemment, on sait très bien ce que tu votes !


Et son autre voisin, cinglant :


– S'il te plaît, tu te mêles de tes affaires…


Et en face de lui, quelqu'un lui tendait le plat de nouilles à la carbonara.


Que l'on ait compris trois choses différentes tendait à prouver qu'aucune phrase n'avait été réellement prononcée. Lui-même n'avait rien compris du tout, mais pourtant il était effrayé de ce qu'il commençait à y avoir quelque chose d'articulatoire dans ses gargouillis.


D'autres épisodes lui prouvèrent que son ventre faisait des progrès. Finies les lallations, l'acquisition du langage était évidente même quand il croyait encore entendre des babillages. Et maintenant il était sûr de ne pas avoir rêvé quand certaines nuits, dans une phase de demi-sommeil, il l'avait surpris à s'exercer avec des gammes syllabiques.


Puis il fut le convive d'un autre gueuleton. C'est son entreprise qui invitait. Il faut préciser qu'au travail, sa vie sociale n'était pas bien meilleure. Contrairement à ses camarades de promo qui avaient couché pour décrocher leur emploi, il ne couchait qu'avec qui lui plaisait (son physique lui permettait de faire le difficile) ; il ne choisissait donc pas les boulots qui parfois venaient avec. L'actuel était loin de ses qualifications, mais le handicap professionnel était d'ordre moral. Témoin de pratiques douteuses, son peu d'enthousiasme à mettre un doigt dans l'engrenage de la complicité active devenait patent, et il était déjà catalogué « type bizarre ».

La direction avait donc réservé tout un restaurant, et réuni les cadres afin de leur communiquer les détails du prochain plan de campagne, et les éléments de langage afférents.

Au moment où il eut la parole, l'homme demanda qui paierait les pots quand ils seraient cassés. Personne ne releva.

Complètement saugrenu.

Alors, à la première occasion qu'il y eut d'en placer une :


– Bouah c'est dégueulasse, fit le ventre.

– Qu'est-ce qui est dégueulasse ? La blanquette de veau ou ce qu'on dit ?


Que l'on parlât à sa place, il n'approuvait pas question méthode, mais il était d'accord sur le fond. Ne pratiquant pas l'à-plat-ventrisme de ses collègues, il lui fut impossible de renier le message abdominal.


– Les deux. Mais surtout de fourguer des produits toxiques aux clients.


Inutile de dire qu'il fut privé de dessert, et qu'on ne tarda pas à lui signifier son licenciement.


C'est à la suite de ces événements qu'il prit rendez-vous chez une spécialiste.


– Vous avez un problème gastrique ? commença-t-elle.

– En un sens, oui.

– Euh.

– C'est-à-dire que c'est à la fois problématique et gastrique. Sans être non plus ce que vous appelez un embarras gastrique, c'est néanmoins très embarrassant. J'ai de forts gargouillements…

– Vous faites des diarrhées ?

– Non.

– Avez-vous des maux d'estomac ?

– Non.

– Vous buvez de la bière ?

– Très peu. Ni soda. Et ce n'est pas pire quand j'ai mangé du chou.

– Apparemment, c'est juste un problème social, alors ?

– D'autant plus social que ça ne m'arrive qu'en société. Et de préférence quand il y a des blancs dans les conversations.

– Parce que le reste du temps vous n'y prêtez pas attention, voilà tout. Votre trouble n'a rien de morbide, son étiologie semble bénigne ; quant à son symptôme, ce ne sont que des gaz qu'il suffit d'absorber. Avec du charbon de Belloc, ou un autre charbon actif, délivrés sans ordonnance.

– En réalité, j'avais surtout une question à vous poser… Est-ce que vous pensez que le cerveau est capable de remuer le tube digestif, de contrôler ainsi le déplacement des gaz qu'il renferme, jusqu'à pouvoir moduler les bruits créés par ces déplacements ?


Elle pouvait déjà répondre non, mais parce qu'il faut éviter de contrarier les fous, elle préféra se faire éclaircir un point.


– Comment entendez-vous : moduler ?

– Phonétiquement.


Dans ce métier, on en voit des vertes et des pas mûres, pensa-t-elle.


– Cher monsieur, les ventriloques ne parlent pas avec le ventre. C'est une illusion. Un numéro de music-hall.

– Je m'attendais à ce que vous me preniez pour un abruti. Je comprends… Mais un borborygme… cela vient bien du ventre ?

– Certes oui.

– Permettez-moi de reformuler ma question. A-t-il existé un cas clinique de borborygmes signifiants ?

– Non. Mais adressez-vous à un directeur de cirque, moi je suis médecin…

– Gastro-entérologue, roucoula le ventre de l'homme. En tout cas, c'est ce qu'elle comprit.

– Hein ???… Dehors.

– Sans payer ?

– Fichez le camp ! Et si vous diffusez cette caméra cachée, je vous fais un procès.


Il salua poliment et s'en alla chercher une pharmacie. Quand il vit clignoter une croix verte, il s'arrêta, imagina une enseigne de cabaret, se vit sur scène faire son numéro… Non, vraiment, il n'avait aucune vocation pour le spectacle, et de toute façon, il ne contrôlait pas son joli talent. À part des désagréments, il n'y avait rien à en attendre.

Il entra donc dans l'officine et acheta son médicament, puis il marcha jusqu'à une brasserie et commanda le plat du jour. Il vérifia les contre-indications et ouvrit une capsule de charbon. Bien que ce fût un produit naturel, il se méfiait de l'industrie pharmaceutique et ne prit d'abord qu'une demi-dose de poudre noire.

Il passa l'après-midi aux tâches qu'on lui confiait encore pendant son préavis, sans déplorer aucun incident. Le remède était souverain : bien que soumis exprès à plusieurs provocations, le ventre fut réduit à quia. À 18 h 30, il alla prendre le tramway pour rentrer. Il y avait deux gardiens de l'ordre debout au bord du quai et une grande fille à tignasse mandarine assise derrière. En passant, il dit – oralement – bien fort et très très vite :


– Salope !

– J'espère que ça s'adresse à la dame ? fit un policier.

– Mais…


Il étouffa « pas du tout » juste à temps, et n'eut pas le temps de bafouiller autre chose qu'il avait reçu un coup de matraque sur le sommet du crâne.


– Ça vous apprendra à éviter les quiproquos avec des représentants…

– Comment ça : « J'espère que ça s'adresse à la dame ? » vint demander la fille.

– Ben vous vous êtes regardée, vous ?

– Mais quel mufle !

– Elle veut tâter de mon gros bâton ?

– Hin-hin, ponctua son collègue.

– Attention à ne pas vous prendre un coup de nichon, vous !

– Mort aux vaches ! éructa l'autre en un dixième de seconde.

– Allez hop tout le monde au poste ! firent les bleus, saisissant chacun un col de sa main libre.


Le prévenu gardait une main sur sa bouche fermée, et l'autre par-dessus pour l'empêcher de laisser sa bouche s'ouvrir, sauf quand il lui fallait masser le point du récent impact. Pour prévenir le très imminent suivant, la fille, qui avait observé le débit accéléré des injures, vint à son secours.


– Messieurs, messieurs, monsieur ne voulait offenser personne, et il paraît souffrir de coprolalie.

– N'exagérez pas. Il n'a qu'une légère contusion.


Elle tâcha de démontrer en termes médicaux l'absence d'intention et de préméditation, et ils consentirent à ne plus frapper, du moment qu'on allait gentiment au poste.

Arrivés là, on procéda à leur exploration. On trouva les capsules de charbon, dont il avait jeté la boîte pour ne pas s'encombrer.


– Tiens tiens tiens keskseksa.


En ces temps de psychose bactériologique, il garda ses mains sur sa bouche plutôt que de risquer de s'entendre dire : « De l'anthrax ».


– On va envoyer ça au labo.


Ce fut le tour de la fille.


– Tiens tiens tiens keskseksa.

– Ça s'appelle des pilules contraceptives.


Pendant qu'un autre les conduisait à une cellule, l'agent continuait d'examiner en détail la plaquette de pilules. Quand le couple se retrouva seul, l'homme ôta ses mains de sa bouche.


– Je vous demande de m'excuser d'avoir causé votre incarcération. Et je vous remercie vivement de votre intercession.

– Oh ce n'est rien, allez. Vous avez ça depuis longtemps ?

– Depuis que je vous ai rencontrée. Mais je crois que c'est à cause de mon ventre.


Et il lui raconta son histoire.


– … et ce qui parle par moi – le diable ou mon inconscient – c'est comme s'il venait de me faire savoir que « mon gars, si tu veux la jouer Belloc, je vais te la jouer Gilles de la Tourette ». Je vais arrêter le traitement. Je préfère qu'il dise ce que je pense plutôt qu'il pète les plombs.

Most interesting… Alors vous êtes ce qu'on appelle un ventriloque.

– Pas du tout : je suis le seul vrai ventriloque. Et le seul qu'on prend pour un imposteur. Vous n'êtes pas obligée de me croire non plus.

– Bien sûr que si que je vous crois. De toute façon, vous êtes si différent.

– Au moins dans votre bouche c'est moins péjoratif.

– Ben, c'est quand même rare les types qui ne m'ont pas reluqué les fesses au bout d'une heure.

– Oh je les connais, vos fesses.

– Quoi ? Vous saviez donc que je suis modèle aux Beaux-Arts !

– Ah ça non. Non, il m'a suffi de vous regarder dans les yeux. J'ai l'impression de tout connaître de vous en me plongeant dans vos yeux.

– Pffiou… Mais vous êtes aussi un prodige de perspicacité…!


Après s'être raconté un tas de choses sur d'autres grandes rencontres de l'histoire, entre Anne de Kiev et Henri Ier, George et Frédéric, un poussin et un robot, ou même entre Schumacher et Battiston, leur situation n'avait guère évolué et ils avaient sommeil. Il dit :


– Apparemment on dort ici.

– C'est pas trop moelleux le ciment. Surtout ça sent la pisse.


Il se coucha sur le sol de la cellule et lui montra son ventre.


– Oreiller ?

– Merci, c'est très gentil.


Ils se souhaitèrent bonne nuit. Quand il se réveilla, il lui dit bonjour.


– Décidément, vous, vous savez parler aux femmes.

– Euh… Ça a recommencé ?

– Il n'a pas arrêté. Je n'ai pas fermé l'œil. On ne m'a jamais parlé comme ça. Vous devez être drôlement amoureux de moi.

– Mmh… j'espère que ça deviendra réciproque, parce que moi les chagrins d'amour je n'ai pas l'habitude.

– Votre ventre est un peu plus romantique.

– Il faut bien que je fasse contrepoids à ses insolences.

– Bon d'accord ça va peut-être un petit peu trop vite entre nous.

– Nous deux ou vous deux ?

– Oh vous ne faites qu'un. C'est le fond de votre cœur qui n'en peut plus de l'hypocrisie du monde.

– Mais qu'est-ce qu'il est allé vous raconter ?

– Oserais-je le répéter ! Mais si vous me connaissez par les yeux, je vous connais maintenant par le ventre. Et l'essentiel de ce que j'ai retenu – que je n'oublierai jamais – résidait dans l'atticisme de l'expression.

– Ah oui c'est tout moi, ça.

– Il a aussi un certain accent qui ne manque pas de charme. Les consonnes ne sont pas toutes bien prononcées. Les liquides et les spirantes sont délicieuses, les fricatives moins nettes. Quant aux occlusives, il a du mal avec les orales non voisées.

– Pardon ?

– Non voisées : pe, te, et ke.

– Il n'a pas l'usage de tout le tube digestif, je contrôle les deux extrémités. Mon papa est pompier à la Porte de Picprout.

– Oh ! écoutez… Vous avez compris, là ? Moi pas.

– Là, c'est l'estomac qui parle. Ou peut-être le vôtre. On a faim.


Vers midi, ils entendirent dans l'autre pièce : « Faites dégager le taré et la pute. »


– J'espère qu'il parle de nous, dit-elle.


La porte s'ouvrit, un uniforme entra avec le trousseau de clefs.


– Honzéhonzzv… fit le ventre.

– Sais pas, j'm'en fous. Vous sortez. On n'a rien à vous donner à déjeuner.

– Ben donnez-nous notre dîner alors.

– Fallait dîner avant de vous faire ramasser.


Hit the road, Jack, dit la fille dans la rue, avant qu'il ne sorte sa calculette.


Ils se précipitèrent aux bains publics, qui étaient au bout de l'avenue juste après la boulangerie, et commencèrent à se laver la bouche pleine.

En sortant, propres mais encore affamés, ils subodorèrent une pizzeria. Guidés par les émanations, ils découvrirent un caveau d’où montaient les syncopes d’un quintet.

On les avait à peine servis qu'elle en eut marre.


– Le jazz, c'est né dans la sueur, les larmes, le sang, le foutre. Là, ce que j'entends c'est des bourges qui jouent à qui mettra le moins de notes sur les temps. Allons manger dehors.


Ils finirent leur pizza dans la rue et elle s'essuya les mains à un caniche. Des vieux qui marchaient devant eux entrèrent dans la salle Glavieau. D'après l'affiche, un premier prix allait se produire en matinée d'ici dix minutes. Au même moment, les colonnes de mercure du quartier dégringolèrent ; ils achetèrent deux places.

Au début du récital, le jeu du pianiste les laissa perplexes. Après une rhapsodie hongroise qui fut plus prétentieuse qu'orgueilleuse, il n'y avait pas encore de quoi le lapider. L'œuvre qui suivit parut familière à l'homme, mais l'artiste s'employait à la rendre méconnaissable selon une méthode dont les ressorts esthétiques lui échappaient, raison pour laquelle il préféra suspendre son jugement.

Ce fut ensuite une courte pièce, plus calme : il reconnut Une larme de Moussorgski. Là, l'émotion qu'elle lui procura ne fut que la joie sarcastique que peut ressentir l'esprit devant la bêtise ; une performance dans le genre. Il aurait presque applaudi. Mais au fond de lui bouillait une ironie d'une autre amertume. Dans la résonance finale, le ventre émit un sombre, long, et douloureux gémissement, comme jamais peut-être on n'en entendit dans un chenil. Le pianiste en perdit la pédale, les têtes se tournèrent, on faillit se lever, mais les premiers applaudissements arrivèrent de l'autre bout de la salle, entraînant les autres, et la vague fit disparaître la souillure. Quelques bravos suffirent même à faire oublier l'incident au musicien.


– Hum, dit la fille, je ne sais pas si c'était une bonne idée d'entrer.

– Vous avez le programme ? Merci… Ah, oui, c'est Rachmaninov dont il a fait de la charpie tout à l'heure. Et les gens apprécient…

– Vous préféreriez qu'on donne des perles aux cochons ?

– Bon eh bien, vu la suite, je crains le pire.


Comme elle avait laissé sa main en lui donnant le programme, il la tourna pour consulter sa montre à la deuxième mesure de la pièce suivante. « Il tente le record du monde de l'Impromptu en sol bémol », se dit-il. Ce fut une torture jusqu'au point d'orgue de la mesure 54. Après une telle cavalcade (2'52" au dernier temps de passage), cet arrêt béant dénotait la plus grossière recherche d'effet. S'il est vrai que la musique est entre les notes, la cuistrerie du pianiste était toute contenue dans ce cloaque de trois secondes.

« Adagio ! » cria le ventre juste avant la reprise.


– Ah non là… c'est plus possible ! explosa le concertiste. Qui a dit ça ?


Des « c'est lui ! » cernèrent l'homme au ventre.


– Eh bien quoi !? glapit le permanenté en queue de morue. La partition indique : andante !


Puisque le mal était fait, et puisqu'on le prenait à partie, le trublion prit le scandale à bras-le-corps.


– Andante c'est encore loin de votre allegro disco ! cria-t-il.

– Je suis un interprète ! vociféra l'autre. Avec sa sensibilité ! Je joue comme je le ressens !

– Ressentir ? Parlons-en ! Ce que vous me faites ressentir, à moi, ce n'est pas le compositeur qui sent venir la mort, c'est le cheval de course qui sent l'avoine ! Espèce de sagouin ! Bastringue !


La suite se perdit dans un brouhaha d'hostilité générale et unanime à l'égard de l'énergumène. L'époque où le public pouvait exprimer son dégoût (et trouver des tomates qui ne rebondissent pas comme des balles) était révolue depuis presque autant de lustres que comptait la salle et qui se rallumèrent pour permettre au service d'ordre de faire sa besogne.


– Désolé de gâcher ce moment privilégié ! dit l'homme à ceux qui le dévisageaient durant son éviction. Il était suivi de la fille aux cheveux mandarine qui pleurait de rire.


Elle fut assez bonne pour l'accompagner aussi dans le panier à salade, lequel livra la marchandise au commissariat le plus proche. Comme c'était celui dont ils sortaient, cela écourta les présentations.

Ils y passèrent deux nuits de plus. L'homme avait aggravé son cas. Si on avait presque passé l'éponge sur l'antécédent, on la repressa. Et son dernier esclandre remonta jusqu'au ministre de la culture qui gazouilla (de l'anglais tweet) sur les réseaux : « Je ne laisserai pas notre pays revivre Hernani et les sombres années trente. »


On le mit en liberté conditionnelle. Ils allèrent chez elle. Le lendemain ils allèrent chez lui. Dans sa boîte à lettres, il trouva une invitation pour le mariage de sa cousine. Il s'empressa d'accepter. Les invitations se faisaient rares. C'était aussi l'occasion de présenter la fille à sa famille. Car ils étaient maintenant en ménage, même si celui-ci avait eu jusque-là l'hôtel de police pour décor principal.

De plusieurs semaines, ils ne se quittèrent pour ainsi dire pas. Comme le ventre n'était plus sollicité que pour des mots doux nocturnes, l'homme l'oublia tout simplement. Jusqu'au jour de la cérémonie.


L'église, car c'était un mariage à l'église, se trouvait dans un cadre champêtre exempt de pylônes électriques. Aucun détail n'avait été négligé par la société spécialisée en « événementiel nuptial ». Jusqu'aux petits mendiants tapis derrière les contreforts du portail, qui procéderaient tout à l'heure au lâcher de papillons vivants.

Les caciques se reconnaissaient à leurs hauts-de-forme gris acier. Pour ces dames, la mode était aux larges chapeaux. « Il ne leur manque que le poncho », susurra la fille, qui s'était dégoté un foulard Hermès, noué en bonne catholique pour obvier au préjugé capillaire.

La famille du marié était également catholique, mais suivant le schisme intégriste. D'après leur rite, l'échange des consentements précéda la messe. Entre les deux, des proches s'avancèrent à tour de rôle pour formuler des vœux aux époux. Le père de la mariée les conclut par ces mots adressés à son nouveau gendre : « Je te laisse les clés ». Et il lui remit des clés de voiture.

Ce fut l'unique moment de la liturgie où s'élevèrent des rires. La fille se laissa tomber sur l'agenouilloir pour cacher les larmes des siens dans ses mains jointes en prière (« mon Dieu… aidez-moi à me retenir »).

Le prêtre célébra alors la messe. En latin comme il se doit, mais il le parlait comme une vache dalmate et ça démangeait l'homme, qui était le seul latinophone, de le reprendre dans ses pataquès. Il savait qu'il allait droit à une nouvelle catastrophe, mais sourd à la petite voix qui lui enjoignait l'esquive, il restait là. Comme le Nazaréen au mont des Oliviers et tant d'autres, il ne se dérobait pas aux cruels événements qu'il avait encore la possibilité d’éviter.

Vint la consécration. « Va-t'en ! » lui répéta la voix.

Et l'élévation. Le pain d'abord, puis le vin…

« Alaouagbââ », iodla le ventre.

Tout le monde comprit alaouagbââ. Mais quant à savoir ce qu'ils entendaient par là, c'est une autre paire de manches. Ce qui est sûr, c'est que ce n'était pas du latin, et ce qui est certain, c'est que c'était la dernière chose à dire en la circonstance. En réalité, l'incongruité résidait moins dans la circonstance que dans une conjoncture socio-géo-politico-religieuse bien peu propice à cet élan œcuménique. Il faut toujours consulter la conjoncture, tel le marin pêcheur la météo marine.

Le prêtre lâcha le calice, qui fit un joli bruit en roulant sur les dalles, et un « merdum » moins bien venu.

Qualifier un désordre d'indescriptible est certainement un poncif, mais la force évocatrice de l'épithète excite habituellement suffisamment une imagination saine pour que celle-ci se fasse elle-même une description complète dudit désordre. Citons tout de même, pêle-mêle dans la débandade, hystérie, sanglots, prostration avec tremblements et incontinence ; hébétude mystique ou chapelets de tics religieux chez les rares qui avaient la foi, et même un cas de chorée, inventé par les convulsionnaires de Saint-Médard et remis brièvement à la mode à Saint-Tropez il y a un demi-siècle sous l'appellation pseudo-novatrice jerk.

Mais une petite coalition, non sujette à la sidération, se mit en croisade, et le couple se carapata par la porte du bas-côté sud. Apercevant un bois d'une proximité convenable, ils y coururent ventre à terre alors que des sirènes hurlaient déjà du côté de la route nationale, accompagnées du rotor d'un hélico. Quand ils furent à couvert, ils se crurent sauvés par l'épaisseur des halliers. Mais le bois faisait cinq hectares et dix-sept ares au cadastre, et il était isolé de la forêt domaniale par un essartage récent. Ils étaient faits.

Alors ils réglèrent une dernière affaire, et au bout d'une heure elle ramassa son foulard, l'attacha au bout d'une branche, et ils se rendirent.


Plus tard, ils passèrent en jugement. Pour lui, les chefs d'accusation étaient nombreux : conspiration économique, outrage, activisme contre-culturel, complot terroriste (le labo avait égaré le charbon et lui le ticket de caisse de la pharmacie) et passage à l'action, à quoi sa mère vint ajouter qu'il avait brisé son pauvre cœur.

Quand la présidente, fraîche émoulue (drôle d'oxymore) de l'école de magistrature, prétendit vouloir établir la vérité des faits, l'homme, voyant que tout chez elle était faux : ongles, cheveux, cils, nez, teint, et – il l'aurait parié – seins, sentit poindre en lui une ombre d'indignation.


« Garrgouilliiiiiii… » commença à chanter le ventre à tue-tête.


On reconnaissait bien l'air, en plus des paroles. La salle bourdonna de réprobation. La fille, toujours discrète, mit ses mains sur sa bouche pour ne pas éclater.

Seule la juge ne savait pas la chanson.


– Non mais allô, fit-elle, estomaquée, on n'est pas à la Star Academy.


Un assesseur lui dit à l'oreille de consulter l'Index. Elle attrapa sa tablette à commande biométrique et accéda au registre des œuvres de l'esprit mauvais. Son iris sélectionna la lettre G, puis le titre. Elle fut bientôt saisie d'horreur en lisant les couplets, et après chaque, trois mots : « Gare au gorille ».

Elle considéra l'être abject qui venait de les lui chanter. Le souffle court, et d'un ton peu sentencieux, elle délivra la sentence :


– Ben là désolée c'est la peine de mort.

– C'était pas z'aboli ?

– On l'a rétabolie. Il y a eu trop d'abus. Mais ça va ça vient ; si vous avez les moyens, on peut vous cryogéniser jusqu'à la prochaine abolition, et à ce moment-là on commuera en perpète.

– C'est que je suis un peu ruiné.

– Alors c'est douze balles dans le ventre. Pardon, onze, mais vous en payez douze.


À ces mots le ventre se mit véritablement en colère. De formidables grondements, de diverses bêtes fauves, firent trembler la salle d'audience – et l'homme, donc ! Craignant pour sa propre intégrité, celui-ci ouvrit ses soupapes de sûreté. Les gaz évacués par le haut réagirent spontanément au contact de l'air, produisant un feu follet rouge et bleu tout à fait fantasmagorique, tandis que de l'autre côté se déclencha un feu roulant de pets flammes. En fureur, le ventre passa aux rugissements (car avec moins de gaz, il lui fallait resserrer les écoulements, ce qui favorisait les aigus).

Personne ne voulut jouer les saint Michel ; les gens restèrent paralysés d'effroi devant l'animal fabuleux, jusqu'à ce qu'une odeur d'œuf pourri et de fumier leur rappelât les motifs de l'exode rural. Ce dernier météore suffit à vider le tribunal.

Il était temps, car le combustible s'épuisait. Le couple en profita pour prendre la tangente, avec correspondance pour le grand large.


On ne les revit jamais. Et ce n'était pas la peine de les chercher.


Et le ventre ? L'homme coulant des jours heureux, il retourna à sa fonction digestive. Au petit dam de la fille aux cheveux mandarine qui coulait les mêmes.


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   Neojamin   
29/3/2015
 a aimé ce texte 
Pas ↑
Je me suis laissé intéressé, le titre m'a interloqué...j'ai par contre trouvé que le début était un peu répétitif, l'auteur tourne autour d'une idée sans vraiment la nommer précisément. Ce n'est pas simple, mais j'ai comme l'impression que ça manque d'un peu de recul pour trouver un enchaînement de phrases qui évoque parfaitement le sentiment de ce jeune homme, son absence face aux autres...
C'est juste un ressenti.

Ensuite...j'avoue m'être perdu. Peut-être que je suis trop sceptique pour y croire mais j'ai besoin d'un minimum de plausibilité. Ici, j'ai tiqué dès le début...Le ventre qui décide soudainement de parler pour compenser la timidité de son «maître-corps» ? Avec une explication pseudo-scientifique, j'y aurais peut-être cru...pas sûr.
Après, les tribulations de cet homme et de la fille m'ont paru un peu vaines, pas crédibles et assez ennuyantes à suivre (désolé), beaucoup de clichés qui se suivent et j'ai finalement décroché.
L'idée est originale mais je n'ai vraiment pas adhéré au concept et je pense que le texte est trop décousu, ce qui m'a aussi incité à abrégé ma lecture...
Sur la forme, c'est bien écrit et on voit que l'auteur se fait plaisir...ça ne colle juste pas avec moi!
Une prochaine fois peut-être!
Bonne continuation!

   Asrya   
16/4/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Une nouvelle particulière, je ne saurais le dire autrement !

J'ai froncé les sourcils, j'ai souri, j'ai rigolé ; j'ai été surpris, en bien, en mal ; j'ai tiqué sur quelques passages (structures de phrases complexes, vocabulaire très riche (j'en ai appris - au passage merci)).

Je me souviens surtout avoir souri.

Votre ventriloquie incontrôlable nous lance dans une aventure singulière que j'aie eu grand plaisir à découvrir. Vous maniez excessivement bien la langue (peut-être trop, si bien que certains passages manquent de naturel), que ce soit dans la narration ou dans les dialogues.
Vous y ajoutez de légères notes d'humour par ci, par là, plus ou moins bienvenue mais qui ont le don de faire sourire (mention spéciale pour la scène de l'église).

De la déception sur la fin ceci-dit : "Les gaz évacués par le haut réagirent .... Ce dernier météore suffit à vider le tribunal." Un passage assez long qui n'est pas du "meilleur" goût. Pas très fin, pas réellement à l'image du reste de la nouvelle ; dommage d'en terminer ainsi.

Le style et l'idée y sont. L'écriture est irréprochable (allez... presque) ; seule petite réserve sur le dénouement, sur les excès de situations embarrassantes (limite lassantes) et aussi - mais bon... ce n'est qu'un avis personnel - sur quelques traits de vocabulaire "pompeux" qui artificialisent trop le récit.

Que dire de plus si ce n'est qu'il s'agit d'une nouvelle brillante,
Merci beaucoup pour la lecture,
Au plaisir de vous lire à nouveau,

Asrya.

   Shepard   
16/4/2015
 a aimé ce texte 
Un peu
Salut I-Zimbra !

J'ai été intrigué par le titre, ayant la dalle au moment ou j'écris ce commentaire...

Le début de la nouvelle m'a barbé (grosso modo jusqu'au rendez-vous chez le médic). Pas au niveau de l'écriture, ou du développement de l'histoire qui doit bien commencer quelque part, mais plutôt par son avalanche de clichés dans les premières lignes. Encore un personnage 'rejeté' par ses pairs, encore un personnage 'en marge de la société'... Bref, y'en a tellement que finalement on peut se demander qui rejette qui ! Je ne sais pas si cela apporte grand chose, ce n'est même pas sujet à des vannes !

Je dois dire que je n'ai pas compris grand chose au passage en entreprise (probablement la faim), j'ai eu du mal à discerner, qui, du ventre ou de l'homme, parle (les divers calembours n'aidant pas).

La scène avec la doc m'a fait sourire, bien que les phrases soient un peu alambiquées par moment. D'ailleurs c'est peut-être la principale chose que j'aurais à reprocher au texte : Je ne suis pas dérangé par le fait que l'auteur, dans ses descriptions, nous donne des jeux de mots ou utilise des formulations un peu ampoulées (sans trop en abuser non plus), mais dans les dialogues, je trouve ça un peu forcé, artificiel. Globalement j'ai trouvé que certaines répliques manquaient vraiment de naturel et n'étaient là 'que pour la vanne'. Exemple, le dialogue avec les flics et le 'gros bâton', qui ne fait pas dans la finesse et paraît surréaliste. Je veux dire, ce n'est même pas de la caricature, ça ne ressemble juste pas, de près ou de loin, à une phrase qui pourrait être prononcée par un flic lors d'une arrestation/contrôle. Du coup, pour moi, ça tombe à plat. Alors que le 'n'exagérez pas, il ne souffre que d'une légère contusion', est beaucoup plus drôle pour mettre en évidence la stupidité de l'agent, on est dans la caricature sans trop en faire (sa reste dans un lexique plausible).

Bref, je retiendrais une réplique de cette histoire :

"Le jazz, c'est né dans la sueur, les larmes, le sang, le foutre. Là, ce que j'entends c'est des bourges qui jouent à qui mettra le moins de notes sur les temps. Allons manger dehors."

Ça, ça m'a fait rire. C'est un avis péremptoire et plein de personnalité avec une belle formulation, dommage qu'il n y ait pas plus de phrases du même tonneau.

La fin m'a laissé de marbre, l'humour pipi-caca ça n'a jamais été mon truc.

Globalement, j'ai aimé le passage sur la musique, il y a du vrai. Les autres blagues ne resteront pas dans les 'annales' pour moi.

   David   
16/4/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour i-zimbra,

De la ventriloquie à la pétomanie, le récit finira en feu d'artifice ou de saint Elme, tombant les bornes du crédible pour plonger dans le fantastique, par la face du loufoque. (presque) Rien à voir avec la métamorphose de Kafka ou le passe muraille de marcel aymé, tout deux bien lugubres et angoissant même s'ils m'ont plutôt plus, ce récit là avec une autre gouaille rejoindra bien l'humour et le soleil de Brassens. Je suis pas mal estomaqué d'avoir été amené à lire "gare au gorille" dans "gargouille" (ou plutôt dans "Garrgouilliiiiiii…").

En lieu de gouaille, il y a un sens du détail, du mot sorti de derrière son fagot ("à quia, coprolalie, atticisme, chorée, essartage" entre autres) et même dans la façon de poser les mots plus communs, c'est particulier, ça participe à ce personnage qui semble tout à fait comme il se présente.

Le thème aussi m'a semblé "prégnant" (c'est l'occasion de le caser ce mot-là) ce thème du ventre qui conteste le jugement de l'esprit, ou le révèle, le libère même, ou plutôt brise sa dichotomie d'avec le corps pour réunifier l'être... enfin, ça a une portée philosophique, je voulais dire en bref.

J'avais du mal à suivre plusieurs détails, pendant le concert, mais le récit faisait filer les péripéties plus complexes sur une toile de fond assez banale du héros qui surmonte des épreuves. Ces péripéties ont un crescendo depuis les repas de famille à la vie de l'entreprise jusqu'à la rencontre avec mandarine, le commissariat une fois, le concert, à nouveau le ballon - c'est déjà pas mal dans l'absurde par là - puis le mariage, le jugement en apothéose du truc.

Une nouvelle folle ballade avec cette histoire, bravo !

Edit : J'avais pas fait tout le ménage de quelques trucs en suspens, résolus ou pas.

- Mince, ça existe "effet cocktail party" :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_cocktail_party

- "paréidolie" c'est joli, on dirait un prénom de fille, mais est-ce que c'est encore une paréidolie de dire qu'une paréidolie ressemble à...

- " une brouille avec Barbara" l'italique m'a intrigué, je me suis demandé si "Trouville" était un indice mais je sèche.

- " le plat de nouilles à la carbonara" ça, c'est en italique pas longtemps après et ça rimerait richement avec "une brouille avec Barbara"...

ça y est, j'ai capté ! Enfin, j'ai lu avec mes yeux :

C'est une andouille, bon débarras.
une brouille avec Barbara
le plat de nouilles à la carbonara

le gargouillis arrive à faire entendre ces trois phrases par un même borborygme, d'où l'italique commun... oui, je sais, c'est écrit juste après explicitement. Et donc, rien à voir avec Trouville :)

- la rencontre du poussin et du robot m'intriguait aussi, pas déçu :

https://www.youtube.com/watch?v=-jGEgiGSGPU

- "Mon papa est pompier à la Porte de Picprout" j'ai pas saisi, mais ça fait sonner des P

- Là aussi je nageais :

"La porte s'ouvrit, un uniforme entra avec le trousseau de clefs.


– Honzéhonzzv… fit le ventre.

– Sais pas, j'm'en fous. Vous sortez. On n'a rien à vous donner à déjeuner.

– Ben donnez-nous notre dîner alors.

– Fallait dîner avant de vous faire ramasser.


– Hit the road, Jack, dit la fille dans la rue, avant qu'il ne sorte sa calculette."

un truc surréaliste ? pourquoi le ventre fait ce bruit, est-ce que le héros va vraiment taper 11+11 sur sa calculette ? J'ai dû rater un tome...

- je le note en passant mais avec l'essartage, le charbon de Breoc soupçonné d'anthrax et les carbonara, ça fait beaucoup de charbon...

   Donaldo75   
16/4/2015
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Salut i-zimbra,
Le début de ce texte m'a presque fait abandonner puis le ventre a rattrapé le coup. L'idée de départ est bien amenée, avec un décalage dans l'absurde.
Malheureusement, au bout d'un moment, l'histoire m'a semblé tourner en rond, comme si elle ne se renouvelait plus. La critique sociale déclinée dans chaque paragraphe, au fur et à mesure que le temps passe, ne m'a pas souvent fait rire alors qu'avec un ventre de cet acabit je m'attendais au pire.
En résumé, l'idée est grandiose, le texte connait quelques fulgurances mais le reste est bavard à mon goût.
Dommage.
Merci pour la lecture.
Donald

   aldenor   
23/4/2015
J’ai beaucoup aimé le début. L’idée est surprenante. Quelque chose de Gogol. Sur un fond d’absurde, c’est bien construit ; l’analyse du phénomène est savante et minutieuse, avec une dimension psychologique. C’est ce ton sérieux, mesuré, qui est drôle.
Et puis graduellement le récit perd de sa rigueur, on s’enfonce dans de l’absurde sans brides. A priori je n’ai rien contre certaines divagations, mais je constate qu’ici le texte a dès lors cessé de m’accrocher ou de m’amuser. L’auteur est peut-être sorti de son registre.

   Coline-Dé   
25/4/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bonjour I-zimbra
C'est un peu foutraque, ça part dans un sens, puis ça prend la tangente, demi-tour gauche et c'est reparti, mais j'aime !
Ce qui me séduit dans ce texte, c'est la fantaisie, la liberté de ton, le joyeux mélange de mots très savants et de déconnades potaches ! j'adore les métissages et là, j'en ai eu ma dose ! Bon, on pourrait resserrer un peu ( même peut-être un peu plus)... mais tel quel, j'ai passé un très bon moment.


Oniris Copyright © 2007-2020