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Humour/Détente
Jaja : La voie
 Publié le 28/04/09  -  16 commentaires  -  4495 caractères  -  68 lectures    Autres textes du même auteur

"Famille, je vous hais."


La voie


Longtemps, je me suis interrogée sur les sentiments de ma mère à mon égard. Maintenant, je suis fixée :


- Comment peux-tu mener cette vie de bâton de chaise ? m’assène-t-elle régulièrement. Avec les valeurs que je t’ai transmises !


Et ma génitrice de se frapper la poitrine d’un geste théâtral : Agrippine présentant son sein à son meurtrier. Pourtant, ma mère ne connaît ni de près ni de loin l’héroïne de Racine. Elle n’a jamais mis les pieds au théâtre, jamais ouvert un livre. À peine jette-t-elle un œil aux revues que je lui apporte dans sa maison de retraite. Ce qui lui fournit une nouvelle occasion de se lamenter :


- Partout des filles à poil. Quelle honte ! Cette génération n’a aucune pudeur. Toi non plus, du reste.


Elle fait allusion à mon existence dissipée, selon elle. Avec un divorce à mon actif, deux gosses à élever seule et quelques compagnons éphémères, je me considère dans la bonne moyenne. Pas d’échangisme, pas de sadomaso, seulement une virée en boîte ou un restau de temps en temps. Rien que du très banal. Mais maman a l’art de monter en épingle le plus infime manquement à la morale qu’elle m’a inculquée à grands coups de préceptes et de brosse sur la tête. J’essaie de la détourner de son sujet favori, en l’occurrence mes turpitudes :


- Que dirais-tu d’un petit tour en voiture ? Le cimetière d’abord, puis un bon salon de thé.

- Pourquoi ne pas aller chez toi ? Ah oui ! J’oubliais. Tu n’as que des biscuits secs à m’offrir. Avec toutes les recettes de gâteaux que je t’ai apprises !


Mon « je n’ai pas le temps » ricoche sur l’oreille maternelle. Infatigable, mon bourreau poursuit sur sa lancée :


- Je plains tes enfants, ma pauvre Madeleine. Ils n’ont pas mérité pareille mère.


Un coup de peigne sur sa frisure moutonnière, un nuage de poudre sur son nez luisant, la voilà prête. Elle refuse le bras que je lui offre et empoigne sa canne. En avant pour la meilleure pâtisserie de la ville. Entre éclairs et choux à la crème, j’ai droit à un éloge appuyé de ma cousine : époux bien sous tous rapports, bambins impeccables, fréquentations irréprochables :


- En voilà une qui fait honneur à la famille, contrairement à d’autres.


« D’autres », c'est-à-dire moi. Un terme vague qui me renvoie à mon néant de divorcée aux mœurs relâchées. Je ne bronche pas. J’ai l’habitude de ces banderilles. Place à la visite au cimetière. Là encore, j’essuie les foudres de maman :


- Les fleurs sont fanées. Tu aurais dû les enlever. Ton mari a eu raison de quitter une femme aussi désordonnée.


Sans mot dire, j’ôte les chrysanthèmes de la corbeille. Les larmes me viennent aux yeux. Pauvre Papa, elle l’a achevé à force de sentences et de récriminations. Je reste seule dans l’œil du cyclone. Sur le chemin du retour, rebelote :


- Et ton fameux Jérôme, envolé lui aussi ? Ah ! Tu en auras essayé, des hommes. Au moins autant que des paires de chaussures. À croire que tu ne les tiens pas aux pieds !


Son rire, pareil à un croassement. Mes mains se crispent sur le volant. Nous abordons le passage à niveau. De l’autre côté, se dresse l’Institution où maman a choisi de finir ses jours. Plus que cinq minutes et je serai délivrée de sa présence. Elle le sait et me porte l’estocade :


- Sans compter qu’avec les années, les mâles se font plus rares. Quel âge as-tu, déjà ? Quarante, quarante et un ?


Sous-entendu : bientôt, plus personne ne voudra de toi. À bout de nerfs, je cale au beau milieu de la voie ferrée. Ma mère m’invective :


- En plus, tu ne sais même pas conduire. Dépêche-toi de redémarrer. L’express passe à dix-huit heures trente.


Au lieu d’obtempérer, je sors de la voiture et me dirige d’un pas mécanique vers les barrières levées. Ma montre indique dix-huit heures quinze. Derrière moi, ma mère m’agonit d’injures, mais je ne cède pas. Je vais la laisser mijoter cinq minutes, histoire de la punir de sa méchanceté. De toute façon, l’express a toujours du retard.

Les meilleures choses ont une fin. Je m’apprête à rejoindre la voiture quand je vois les barrières s’abaisser, le feu vert devenir rouge. Le train déboule à toute vitesse et fonce sur nous. J’ai beau crier, agiter les mains, rien ne peut stopper sa course. Il est dix-huit heures vingt-cinq.

Pour une fois, l’express était à l'heure.


_____________________________


Pour écouter ce texte, c'est ici


 
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   Menvussa   
28/4/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Lao Tseu l’a dit : Le but n'est pas le but, c'est la voie. À force de vociférations, elle a forcé le destin et la maison de retraite a laissé place à la voie et à l’express de 18h30. Un train qui est en avance, ça ne s’est jamais vu, là est peut-être la seule incohérence de cette nouvelle fracassante. J’espère au moins que la voiture était bien assurée. La canne y est passée aussi, c’est vraiment une tranche de vie à bâton rompu.

Eh bien moi, cela m’a plu. Bien sûr il faut prendre cela au second degré, sinon, quel drame… quoique…

Sur la forme, je ne trouve rien à redire, le style est simple, bien adapté aux circonstances. Simple comme un tranche de vie, somme toute assez banale, enfin presque. Je regarderai tout de même certains faits divers avec un œil nouveau.

   widjet   
28/4/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Mwouais. Tranche de vie pas des plus originales. Une mère à la « Tatie Danielle ». Déjà lu. Les critiques de la mère manquent de piquant, d’acidité, rien qui ne sorte véritablement du lot.
J’ai du mal à visualiser la fin. La voiture est restée sur la voie ?
L'écriture ? Sans plus...

Très bof tout ça…

W

   Anonyme   
28/4/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Jaja,
J'ai bien aimé. Mais... ça manque de piquant, de mordant. Il eut fallut que la maman soit encore plus méchante et incisive. Là, dans ses récriminations elle est très banale.
Juste un détail, minime mais... tu écris : visite au cimetière et pâtisserie. Et c'est l'inverse qui se produit. Perso j'aurais vraiment mis le passage à la pâtisserie après le cimetière.
J'aime beaucoup la fin mais je trouve que c'est trop "amené". J'aurais préféré que Madeleine entende un bruit bizarre dans le moteur, bref qu'elle ait un véritable prétexte pour sortir de la voiture.
C'est mon point de vue, il vaut ce qu'il vaut. J'ai bien aimé cette histoire. En plus, elle a l'avantage d'être courte et de bien tenir la route.
Au plaisir de te lire.

   nico84   
28/4/2009
 a aimé ce texte 
Pas ↑
Humour/detente ?

Quand un train a 5 minutes de retard, il est en retard mais quand il a 5 minutes d'avance il est à l'heure ?

Bon. Mais ne te méprends pas j'ai aimé l'histoire. Peut être trop court, peut être que la fin ne me plaît pas. Mais j'ai aimé l'écriture et les pics que tu as trouvé sur cette mére disons ... insupportable.

La punition est une bonne idée mais celle là, je ne pense pas. La mort n'est pas la meilleure fin pour la "méchante". Elle aurait pu avoir alzheimer ou encore être folle. Mais je n'aurais pas voulu que l'héroine meurt !

Faible + : Le fond est bon au début, moins à la fin et le ton ne me paraît pas humoristique ou détendu.

   Selenim   
28/4/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Un peu trop gentillet à mon gout...

La relation mère-fille évoluant dans les marasmes de la haine et de l'incompréhension n'est pas une idée nouvelle: l'originalité doit venir de l'angle et du style.

L'angle adopté est bien trop aigüe pour qu'il s'introduisse une quelconque originalité, surtout en si peu de caractère.

Le style est académique, il déroule sans effort.

Quelques phrases sortent malgré tout des sentiers battus:

Un coup de peigne sur sa frisure moutonnière

à grands coups de préceptes et de brosse sur la tête.

La conclusion en forme d'acte manqué létal ne touche pas vraiment, et ce pour deux raisons:
Les personnages ne sont pas suffisamment ancrés dans le récit, on ne sait finalement rien de cette mère acariâtre, on ne connait que le point de vue de Madeleine.
La pression n'est présente à aucun moment. La chute est posée en l'état, sans préparation, est s'effondre avant d'avoir pu enfler.

Selenim

   liryc   
28/4/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Oui des personnes acariâtres comme celle-ci existent. Et on vit le ressenti de la fille au fil des mots comme si on était à sa place. Ce point est très positif et j'ai donc apprécié ce côté de la lecture.
La différence de tempéramment aurait été encore plus forte avec davantage d'humour émanant de la fille au début de la nouvelle.

   Anonyme   
28/4/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Peut-être m'accusera-t-on d'être bon public mais j'ai trouvé cette courte nouvelle très bien écrite et intéressante ; la chute est certes un peu brutale et lapidaire mais j'ai bien aimé, du début à la fin...

   TITEFEE   
28/4/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
BIEN sûr que ça existe ces mères-là, mais les jérémiades sont plus persiflantes et tirent en longueur la plupart du temps Mais j'ai bien aimé quand même...
la seule chose que j'ai dû relire c'est que je ne savais pas si toutes deux y "sont passées !"

je me suis amusée à l'enregistrer

http://www.archive-host.com/compteur.php?url=http://sd3.archive-host.com/membres/playlist/1086141494/JAJA.mp3

   jensairien   
28/4/2009
 a aimé ce texte 
Bien
c'est trop court mais très drôle. Dommage, tu aurais dû développer, prendre ton temps, cette nouvelle mériterait que tu l'étoffes, la chute n'en serait que plus délicieuse. Le titre aussi aurait pu être plus drôle.

   myrtille   
28/4/2009
Il y a juste un truc qui me dérange sur la fin : "Je m’apprête à rejoindre la voiture" donc elle n'y est pas encore; et pourtant : "Le train déboule à toute vitesse et fonce sur NOUS".
C'est tout bête mais je trouve que c'est un peu incohérent, et du coup on ne sait pas si les deux sont passées sous le train ou juste la mère.

   Anonyme   
2/5/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Quel dommage que la fin soit assez peu claire! J'ai bien aimé l'histoire et ses personnages.

La mère acerbe, la fille qui ne sait pas se défendre...Un grand classique, mais après tout ce n'est pas grave.

Par contre la fin manque un peu de clarté! Un train avec 5 mn d'avance est à l'heure? J'avoue ne pas avoir compris.

Mais j'ai apprécié le texte.

   Anonyme   
2/5/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Ne lâchait pas que des bêtises, la petite vieille toute frisotée : rien que des moins que rien, toutes ces traîne-savates de divorcées !
D'un autre côté, quand on est aussi chiante, faut pas s'étonner d'entendre siffler le train pour la dernière fois...

Donc, oui, j'ai bien aimé. Vraiment. Ecriture fluide, aisée. Et les piques acides de la mère, même si elles sont assez communes, sont bien rendues, je trouve.

Mais trop court, bien trop court ! Bon Dieu, mais qu'avez-vous donc tou(te)s à bâcler vos textes aussi vite ? C'est un concours ? Vous êtes tou(te)s des transfuges de Fulgure ?

A ce stade, je n'ai donc qu'un conseil : étoffer et donner du volume.
Parce que nous le valons bien... :-)

   Anonyme   
8/5/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↓
j'ai beaucoup aimé l'idée de cette nouvelle, mais elle n'est pas assez approfondie

   Anonyme   
10/5/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Pendant presque toute la lecture, cette nouvelle m'a fait penser à une dénonciation, plus particulièrement à la dénonciation d'une mère qui ne cesse de critiquer et de sermonner sa fille. La fin est tragique est innatendue! C'est seulement au moment où les barrières s'abaissaient que je me suis dit que là, les dés étaient joués et que il n'y aurait pas une fin sans mort. L'histoire en elle-même est rigolotte et on voit bien la scène entre la mère et la fille. Le début m'a fait plus d'une fois sourire et la fin était inattendue!! J'ai passé un bon moment en lisant cette nouvelle!

   NICOLE   
22/5/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↓
La fin est bien, un vrai soulagement...inattendu et indispensable.
Par contre, et ça n'engage que moi, j'ai trouvés la détresse de la fille et la cruauté de la mère trop briévement dépeintes. On aurait aimè en sentir tout le poids, peut étre en accordant plus de place au malaise de la fille...jusqu'à la nausée.

   jaimme   
26/12/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Dramatique pour moi, pas humoristique.
Des acariâtres comme ça... existent. Pas besoin de l'humour pour grossir le trait.
Sauf que... merci la SNCF, des fois.
Une première phrase bien curieuse quand même, elle en a mis du temps pour se rendre compte la fifille! Bon, un style simple, trop quand même. Mais une construction efficace.
jaimme


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