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Science-fiction
Jaja : Un aller simple pour Youngland
 Publié le 05/06/08  -  7 commentaires  -  11639 caractères  -  28 lectures    Autres textes du même auteur

2040, l'hégémonie d'une génération.


Un aller simple pour Youngland


Le jour, Michael squattait la cave d’un immeuble promis à la démolition. Il n’y en avait pas beaucoup dans cette cité surpeuplée où chacun tirait parti du moindre espace. Le bâtiment était à peine construit que les murs avaient commencé à se lézarder. Parfois Michael avait l’impression de les sentir trembler sur leur base fragile. Cela ne le gênait pas, car cette cache constituait un abri sûr. Depuis qu’un couvre-feu de jour avait été institué pour les moins de trente ans - soi-disant pour les protéger de la vindicte de leurs aînés - le garçon passait ses journées dans cette cave dont il avait, au fil du temps, amélioré le confort. À la tombée de la nuit, il endossait ce qu’il appelait sa tenue de camouflage et se mettait en quête de nourriture. En général, les poubelles du quartier regorgeaient de victuailles à peine entamées. Une fois, il était même tombé sur une bouteille de Bordeaux aux trois quarts pleine. Par curiosité, il avait lu la date : 1985. Quarante ans avant que le gouvernement ne décrète l’arrachage de tous les plants de vigne pour les remplacer par du maïs et du colza.


Certains soirs, Michael avait moins de chance. Aujourd’hui, par exemple, il n’avait déniché qu’un minuscule sandwich. Une vioque soucieuse de sa ligne avait dû le jeter. Le pain était rassis, le jambon desséché, mais il se jeta dessus comme un fauve affamé. Il n’avait rien mangé depuis deux jours. Et toujours aucun boulot en vue. Il eut la curiosité de déplier le papier journal dans lequel le sandwich était emballé. C’était la page des petites annonces. L’une d’elles attira son attention :


« Peintre connu cherche modèle masculin, vingt-cinq ans environ, pour quelques heures de pose par semaine. Travail sérieux et bien payé. »


Peut-être un vieil homo avide de chair fraîche, pensa-t-il, mais dans le cas contraire… oui, ça vaut la peine d’être tenté.


Il retourna dans la cache. Le bout de miroir accroché à un mur, lui renvoyait l’image d’un garçon trop maigre pour sa haute stature et dont le teint avait perdu sa fraîcheur. Restaient les yeux d’un bleu lumineux et les cheveux de soleil. Pour jouer les mannequins, ça pourrait aller. Quant aux tapettes… Depuis qu’il vivait dans la rue, Michael était habitué à ce genre de proposition. Il se jugeait suffisamment costaud pour repousser les avances d’une vieille pédale.

Pourtant, il faillit bien renoncer à son projet. En effet, pour se rendre chez Samuel Kerman - c’était le nom de ce type - il fallait traverser la moitié de la ville : une de ces monstrueuses mégalopoles comme en sécrètent les civilisations en déclin.


Les nouvelles mesures prises au plus haut sommet de l’état avaient eu pour conséquence l’apparition de bandes ultraviolentes. Ces jeunes sans travail et sans repères s’en prenaient aux malheureux assez imprudents pour s’aventurer dans les faubourgs extérieurs. On prétendait qu’ils étaient eux-mêmes traqués par les escadrons de la mort, des seniors organisés en milices armées, mais Michael n’y croyait guère. Il évitait les uns et les autres, mais personne n’est à l’abri d’une mauvaise rencontre. Il redoublait donc de précautions. D’abord, enfoncer jusqu’aux oreilles un affreux bonnet de laine et, ensuite, enfiler le vieux pardessus noir qui lui donnait une allure de septuagénaire. Quand il marchait légèrement courbé, l’illusion était parfaite. Et s’il croisait un gars mal intentionné, il pourrait toujours envoyer valdinguer couvre-chef et manteau.


Michael ne prenait plus le métro depuis belle lurette de peur d’un contrôle de police. Il parcourut donc à pied les longues avenues désertes que bordaient des immeubles de standing. Samuel Kerman habitait l’un d’eux. Un ascenseur deux fois plus grand que son abri de fortune conduisit Michael au dernier étage d’une tour qui en comptait quatre-vingt-dix-huit. Le hall, aussi vaste que celui d’une gare, était déjà plein de jeunes gens de l’âge de Michael, certains peu avantagés par la nature et d’autres, par contre, d’une rayonnante séduction : des concurrents, se dit-il. Tous affichaient un air de totale résignation.


- Je suis Maud Zonfri, la secrétaire de monsieur Kerman, les avertit l’affreuse bossue qui constituait le comité d’accueil. Il vous recevra chacun à votre tour dans son atelier. Rassurez-vous, ce ne sera pas long.


Ce fut même très court car, au bout de quelques minutes seulement, Samuel Kerman se montra. Mince et de taille moyenne, il ne ressemblait en rien au vieux pédé auquel le jeune homme s’attendait : plutôt à un adolescent qui, pour se déguiser, se serait coiffé d’une perruque grise. Un seul regard lui suffit pour jauger le troupeau. D’un index énergique, il désigna Michael, invitant ce dernier à le suivre dans une immense verrière remplie de toiles et de chevalets.


- Ici commence mon domaine. Même mon épouse y met rarement les pieds.

- Je ne connais rien à la peinture, dit poliment Michael qui se fichait éperdument de la femme de Kerman.


Ainsi débutèrent leurs relations. Tout d’abord méfiant, Michael finit par se détendre. Il est vrai que Samuel Kerman l’avait de suite mis à l’aise. Au fil des séances, une sorte de complicité s’établit entre les deux hommes. Lorsque Michael lui avoua non sans réticence qu’il habitait un squat, l’artiste lui consentit immédiatement une avance substantielle.


- Cet argent vous permettra au moins d’améliorer votre ordinaire. Pourquoi ne retourneriez-vous pas chez vos parents en attendant de trouver un logement convenable ?


Michael haussa les épaules :


- Mes vieux se fichent complètement de mon sort. Pour mon père, seul compte le business et ma mère en est à son quatrième lifting. Je sentais que ma présence leur pesait, alors je suis parti.

- Si j’avais eu un fils, je l’aurais au contraire protégé de cette société qui a peur de sa jeunesse au point de la maltraiter.

- Et qu’auriez-vous fait ? demanda Michael, sceptique.


En guise de réponse, Kerman arracha la toile où il avait commencé à reproduire la nudité radieuse du garçon. En dessous, le portrait d’une très jeune femme aussi brune que lui-même était blond, provoqua chez Michael un sifflement d’admiration.


- Mince ! Cette meuf a tout ce qu’il faut là où il faut. Mais vous n’avez pas répondu à ma question.

- J’y viens, dit Samuel, très ému. Cette “meuf” comme vous l’appelez, je l’aimais à la folie et pourtant je l’ai laissée, il y a de cela trois ans, dans un endroit du nom de Youngland. Je suppose que vous en avez entendu parler.

- Je sais que des jeunes de tous les pays se sont réfugiés en Afrique pour échapper à l’existence lamentable que leur imposent leurs aînés. À votre place, je serais resté avec cette fille au lieu de revenir dans ce bled pourri. J’ai croisé madame Kerman. Elle est belle, mais rien à voir avec le canon que vous agitez devant mes yeux.


Samuel soupira :


- Les choses ne sont pas aussi simples, mon garçon. Il se trouve que les habitants de Youngland n’ont pas accueilli à bras ouverts un représentant de ces seniors qui les persécutent. J’ai donc dû me résoudre à abandonner Dina. À mon retour, je me sentais si seul que je suis retombé dans les filets de mon ex-femme.


Dina… La jeune fille n’était plus pour Michael une image figée sur une toile, mais une créature de chair et de sang. Passionnément, il souhaita la connaître, entendre résonner son rire, plonger dans son regard aigue-marine comme on plonge dans la mer.


- Il faut absolument que j’aille là-bas, marmonna-t-il.

- Voilà une excellente idée, fit Samuel, soudain arraché à ses pensées mélancoliques. Je vais arranger ça.

- Et comment ? Vous savez bien que les moins de trente ans ne peuvent pas franchir les frontières sans autorisation et, avec la carte d’identité digitale, pas question de tricher.

- Ne vous inquiétez pas. L’ex-petit ami de ma femme est le chef de cabinet du ministre de l’Intérieur. Il suffira à Iris de l’appeler pour régler le problème.


Michael, mi-enthousiaste, mi-sceptique, posa la question qui lui brûlait les lèvres :


- Pourquoi faites-vous tout ça pour moi ?

- Disons que vous serez mon messager auprès de Dina. Et puis, si j’avais eu un fils, j’aurais aimé qu’il vous ressemble. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle que je vous ai choisi parmi ces jeunes gens hagards et mal lavés. Cela vous suffit-il ?


En plus de son éternel bonnet et de son pardessus élimé, Michael s’était muni d’une canne. En dépit de ces précautions, il avait eu une légère appréhension au moment de présenter son index au douanier. Fuir lui paraissait tout d’un coup trop facile. Il avait eu tort de s’alarmer car l’homme le regarda à peine. Ce n’est qu’une fois installé dans l’avion que Michael s’accorda la permission de se détendre. Tout se passa sans encombre : le décollage, le vol au-dessus de la Méditerranée, l’atterrissage sur l’unique piste d’un petit aérodrome dont le jeune homme n’avait pas retenu le nom. Peu importait, au fond. L’envie de rencontrer Dina l’emportait sur toute autre considération. Pourtant, il décida de faire à pied le chemin qui menait vers elle. Cela lui laisserait le temps de décider s’il allait ou non lui donner la lettre enfouie dans sa poche.


Le temps de récupérer son mince bagage, il se mit en route. Lorsqu’il jugea qu’il était assez éloigné de la civilisation, il ôta son bonnet et le jeta avec une joie enfantine. C’en était fini, désormais, de se terrer comme un rat, de guetter des boulots minables, de craindre l’avenir.

Au bout de plusieurs heures de marche sous le soleil brûlant, il se trouva devant une sorte de forteresse ceinte de hauts murs de terre rouge. Il avisa un rouquin de son âge qui faisait les cent pas devant des grilles rébarbatives :


- Veux-tu que je te montre mes papiers ? Mon nom est Michael, j’ai vingt-cinq ans et je viens de…

- Peu importe d’où tu viens. Tu es des nôtres. Je m’appelle Quentin et je veille sur la sécurité des citoyens de Youngland. Mes compagnons et moi avons mis des années à édifier cette cité avec des pierres récupérées dans le désert. Nous avons creusé des puits, développé la culture et l’élevage, mais nous aurons toujours besoin de bras et de cerveaux.

- Si je peux être utile à la communauté… J’ai un diplôme d’ingénieur en agroalimentaire.

- Ça ira, fit l’autre avec un sourire chaleureux.


Avant de pénétrer dans la citadelle, Michael déchira la lettre de Samuel Kermann et en confia les morceaux au vent du désert.


- Je suis venu rejoindre une amie : Dina Shûltz. La connais-tu ? demanda-t-il à son mentor.

- Évidemment. À son arrivée, les gars d’ici n’ont pas tardé à lui sauter dessus. Moi aussi, d’ailleurs, mais rien à faire. Elle est toujours accro au vieux type qui l’a amenée à Youngland. Je vais la prévenir que tu es là, bien que je doute que tu arrives à quelque chose avec elle. Ensuite, je t’expliquerai notre fonctionnement.


Derrière les formidables murailles s’étendait une ville à dimension humaine : des ruelles, des échoppes, des maisons ocrées dont aucune n’excédait un étage. Des jeunes des deux sexes, presque tous en short et tee-shirt flânaient ou s’activaient. Il y avait même des enfants, ce qui étonna Michael.


- Il faudra t’habituer à en voir parce qu’à Youngland, les gars et les filles baisent sans arrêt et se reproduisent à la cadence des lapins, le prévint Quentin. En attendant ta belle, va donc boire un thé à la menthe chez Khaled, ou mieux, une bonne bière au bistrot d’en face.


Tout en dégustant sa mousse, Michael eut une dernière pensée pour l’homme à jamais exclu de cet éden, puis il l’oublia tout à fait. La jeune femme du portrait se tenait devant lui et lui souriait.



 
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   Anonyme   
5/6/2008
Y a une suite je suppose... Parce que là on reste un peu sur sa faim, beaucoup même... L'histoire m'a vraiment bien accroché, j'ai beaucoup aimé l'idée. Ca se lit très bien, l'ambiance est bien rendue. Je ne note pas car si le texte est terminé, je mettrai "moyen " et s'il y a une suite je mettrai "très bien".
Donc j'attends de voir... Comment se passe la vie à Youngland?
Quelle est l'histoire de Dina? Va-t-elle aimer Michael? Tant de questions sans réponses qui gâchent un peu ma lecture.

   xuanvincent   
10/6/2008
 a aimé ce texte 
Bien
J'ai assez aimé cette histoire, notamment le thème d'une société du futur qui a peur non pas de la vieillesse mais de la jeunesse, de ses jeunes.

Le style du texte m'a assez plu.

La fin laisse l'histoire ouverte. L'auteur pourrait s'il le souhaitait écrire une suite que je lirais volontiers. Mais cette fin me convient, dans la mesure où elle me permet d'imaginer différents scénarios.

   Anonyme   
5/6/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Ah moi j'attends la suite ! je la veux, c'est une obligation !

J'ai comme l'impression que le jeune Mickael a pénétré sans le voloir une secte ! C'est ce que je vois là-dedans ! ou comment se faire rouler juste par la peinture d'une femme.

Le style est bancal, c'est à dire que sois tu développes de trop ou alors pas assez, cherche le juste milieu ! je te donne une note d'encouragement ! (mais je veux la suite)

   Anonyme   
7/6/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ADORE.
Notamment l'histoire et le thème. Les personnages un peu moins.
Mais évidemment j'attends la suite !
Je note donc cette nouvelle comme un épisode.
Au fait, pourquoi toujours choisir des noms anglais pour les lieux : "Youngland" ne sonne pas si bien que ça.
Et, un dernier truc, pourquoi serait-ce l'Afrique qui servirait de "dépotoir à jeunes" ?
Mais surtout j'attends "Un aller simple pour Youngland (2)" !

   Anonyme   
7/6/2008
 a aimé ce texte 
Bien
bein... on attend de connaître la suite quoi ! c'est un bon début en tout cas, j'espère que tu vas nous proposer cela... l'histoire a une base plutôt prometteuse qui arrive à nous "tenir", j'ai bien aimé, franchement...

   Tchollos   
10/6/2008
Excellente anticipation. Quand la description réaliste et très convaincante d'un futur probable fait écho à notre propre présent et "métaphorise" notre société. Du grand art. Le style conventionnel est agréable et met surtout en valeur l'intrigue. J'attends la suite avec impatience, avec un style un poil plus nerveux ;)

   Anonyme   
11/6/2008
 a aimé ce texte 
Pas
Un genre de salade en mélange où l'on met tous les restes de la semaine. De ce fait plutôt indigeste, du moins ce n' est pas un repas de fête.
" faut finir, sinon ça va rester " disait Luis Rego à la fin de son réquisitoire des " flagrants délires "
Alors on finit, jusqu' à lécher l' assiette, pas soucis de ne pas jeter.
C' est classé dans la SF, mais il n' y a là qu' un pot-pourri de clichés assez éculés, qui n' augurent en rien ce que sera la vie de galère dans 10 ans ou dans 100;
J' avoue que je n' ai pas eu le courage de terminer, trop de clichés et de tics d' écriture qui me font penser au courage qu' on n' a pas en regardant une série télé de l' après-midi sur france télévision.


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