Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Fantastique/Merveilleux
Jean-Claude : Spécimen
 Publié le 05/10/17  -  10 commentaires  -  5539 caractères  -  65 lectures    Autres textes du même auteur

Un conseil : quand vous êtes dehors, ne levez pas les yeux.


Spécimen


Henri enfourne les publicités dans la boîte aux lettres puis s’essuie le front du revers de la main. Il transpire. Il n’aurait pas dû croire la météo. Il crève de chaud avec sa parka et sa casquette.


Une ombre attire son regard. Il lève la tête. Une énorme sphère rouge tombe du ciel. Bouche bée, il comprend trop tard qu’elle va l’écraser.


— Un facteur ! Cent hamburgers ! On va bien manger ce soir.


Henri ouvre les yeux. Il se souvient de la sphère puis… Plus rien. Il se tourne vers la personne qui a parlé, et qui recommence.


— Je parie que vous savez qui je suis.


Henri détaille la combinaison blanche, les bottes, les gants mais surtout le filet qui ondoie autour du large chapeau et masque de flou le visage.


— Euh… Un apiculteur ?

— Bravo ! Je suis plus rare que vous. Je rapporte cinq cents hamburgers. On les a déjà mangés mais, grâce à vous, on va remettre le couvert.

— Vous m’en voyez ravi mais…


Henri regarde autour de lui.


— Où suis-je ?

— Dans la ménagerie du joueur.


Henri fronce les sourcils mais s’abstient de répondre. Son interlocuteur ne lui semble pas très sain d’esprit. D’où lui vient cette idée de ménagerie ? De quel joueur parle-t-il ? Ses pensées se prolongent en marmonnement.


— Et c’est quoi cette histoire de hamburger ?

— Quand le joueur attrape un spécimen, celui-ci est crédité d’un nombre de hamburgers proportionnel à la difficulté pour l’attraper. Et ces hamburgers servent à nourrir tous les spécimens qui vivent dans cette ménagerie.


Renvoyé au rang de spécimen, Henri ne peut s’empêcher de sourire.


— Et comment fait le joueur avec les végétariens ?

— Oh ! Il y a des moyens de conversion. Mais un sandwich vegan coûte deux hamburgers.


Henri essaie de deviner si l’apiculteur se moque de lui mais le visage de ce dernier est à peine visible derrière le filet protecteur.


Soudain, deux grosses sphères apparaissent, une bleue et une verte, puis se dissolvent dans l’air, libérant ainsi deux policiers en uniforme, un homme et une femme. Finalement, le facteur se demande si ce n’est pas lui qui est ravagé du cerveau.


— Génial, s’exclame l’apiculteur. Individuellement, ils rapportent moins que moi mais, en couple, ils vont pouvoir se reproduire.

— Se reproduire ? tousse Henri.

— Ben oui, le but du joueur est de collecter un couple de chaque catégorie. Par exemple, là, il aura plein de bébés policiers qu’il pourra élever.

— Encore faut-il qu’ils veuillent procréer, ricane Henri.

— Ils n’auront pas vraiment le choix.

— Ah ?

— Et puis, vous, il va bien vous trouver une petite factrice.

— C’est que je suis marié.

— Peut-être, mais vous n’aurez pas le choix.

— Que se passe-t-il si on ne veut pas ?

— On disparaît.

— On disparaît ?

— C’est qui est arrivé au moine. En plus, le joueur en avait bavé pour trouver une nonne. Il n’a pas voulu passer outre son vœu de chasteté.

— Je vois, ricane Henri. Et la nonne ?

— Comme le moine n’était plus là, le joueur n’avait aucune raison de lui proposer un accouplement.

— Oui, bien sûr.


Une autre boule, jaune, livre un homme en tenue de toile bleu ciel.


— Un ambulancier, commente l’apiculteur. Pas mal. Joli score aujourd’hui.


Henri remarque d’autres personnes dont il ne peut identifier la catégorie. Il se pince l’oreille, ce tic qu’il a quand il réfléchit dans le vide. Tout à coup, il s’assène une petite claque sur le front. Il aurait dû commencer par poser les bonnes questions.


— Qu’est-ce qu’il y a mon gars ? interroge l’apiculteur.

— Qui est le joueur ?

— Je ne sais pas.

— Eh bien alors, comment savez-vous tout cela ?

— C’est le geek qui me l’a expliqué.

— Le geek ?

— Un geek, c’est particulièrement dur à attraper.

— Et pourquoi ?

— Ben… Les geeks sortent rarement.

— Évidemment.

— Tiens, le voilà, justement.


Le facteur détaille l’homme qui arrive. Ce quadragénaire émacié et pâle, gris de poil, aux cheveux et à la barbe coupés très courts, arborant un tee-shirt à l’effigie très identifiable d’un extraterrestre aux oreilles pointues, ne correspond pas à l’idée qu’il se faisait du geek.


— Et comment le geek est-il au courant ? s’enquiert Henri à voix basse.

— Ben… En fait, je soupçonne le geek d’être un avatar du joueur.

— Il serait donc, en quelque sorte, le joueur. Alors… Je peux lui demander de me laisser rentrer chez moi.

— Ah non. Ce n’est pas comme ça que ça marche.

— Mais je veux rentrer chez moi.

— Vous y tenez vraiment ?

— Oui !


L’apiculteur soupire. Il hésite puis sort un long couteau de sa poche.


— Il n’y a qu’une seule solution. Tuer le joueur.

— Hé ! Je ne suis pas un assassin.


L’apiculteur rit doucement.


— Ce n’est qu’un jeu. Et le geek n’est qu’un avatar. Prenez-le.


Il tend l’objet au facteur qui le prend avec circonspection. Le geek marche vers eux. Henri, encore déboussolé, sent une bouffée de colère inattendue, une révolte trop longtemps contenue, monter en lui. Le geek est tout proche. Henri n’y tient plus et s’élance.


Des hurlements vrillent les oreilles d’Henri. Hébété, il contemple la lame maculée d’un liquide sombre et s’hypnotise de la goutte qui tombe vers le sol. Le geek gît à terre, tee-shirt ensanglanté. Un dernier spasme le secoue et un filet de bave rouge glisse depuis ses lèvres.


Henri perçoit du mouvement à la périphérie de son regard. Des gens tentent de se cacher derrière des voitures. Les deux policiers dégainent leurs revolvers. Il cherche des yeux l’apiculteur mais ce dernier a disparu. Henri ferme les yeux très fort. Il invoque la sphère rouge.


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   Donaldo75   
9/9/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément
(Lu et commenté en EL)

Bonjour,

J'ai littéralement adoré cette histoire. Au-delà de la chute, qui est déjà très bien vue, les dialogues amènent une réflexion sur le côté dingue des jeux, même les plus anodins - genre les Candy Machin Truc Bidule Saga Chose - et comment ils peuvent tordre la perception du réel. La finesse de l'auteur est de ne pas avoir pris des jeux guerriers ou violents - comme ceux où le joueur est un voyou déguisé en James Bond, et dont l'objectif est de voler des voitures, quitte à tuer tout ce qui bouge alentour - mais ceux que monsieur et madame Toulemonde utilisent dans les transports en commun, dans la salle d'attente de leur dentiste, ou quand belle-maman raconte ses derniers déboires chez Monoprix.

C'est bien écrit, sans un déluge d'effets spéciaux du genre des adjectifs dans tous les sens et des phrases courtes sans verbe. Les dialogues sont réussis.

Bravo !

   Asrya   
9/9/2017
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Une histoire singulière, comment dire le contraire.
Une certaine originalité dans le fond, pourquoi pas.
Malgré tout, le style n'est pas assez percutant, trop convenu à mon sens, pour que cela marque les esprits.
Ce fut une balade sympathique dans cette hallucination (?) de votre personnage. Qu'en est-il réellement ? On ne sait pas. Un bon point pour un récit fantastique. On a le choix, on s'interroge, c'est bien.
Peut-être que la nouvelle est trop courte et qu'il faudrait développer davantage pour que l'on puisse s'identifier pleinement au personnage, s'immiscer un peu plus dans ce nouvel univers pour pouvoir tomber de plus haut lors de la chute.
Je ne sais pas.
Il manque quelque chose pour qu'on y croit et qu'on joue le jeu.

Après, j'ai tout de même passé un moment sympathique, merci pour cela,
Au plaisir de vous lire à nouveau,
Asrya.

   socque   
12/9/2017
 a aimé ce texte 
Un peu
La fin me sort du délire. S'agit-il d'un avatar de l'énorme ficelle "ce n'était qu'un rêve", c'est-à-dire que Henri est simplement tout fou dans sa tête, subitement, comme ça ? Dans ce cas, manque complètement le contexte, un minimum d'épaisseur au personnage qui puisse m'indiquer pourquoi il a craqué... et d'abord (toujours dans cette hypothèse) il sort d'où, le couteau, ça fait partie de la panoplie du facteur ?
(Tiens, d'ailleurs, pour moi ce ne sont pas les facteurs de la Poste qui distribuent les prospectus, mais des gens de sociétés privées. Mais bon.)

Et si la fin n'a pas le sens que je lui donne, vraiment je ne comprends pas. Bref, au final j'ai l'impression que vous avez eu une simple image à retranscrire et n'êtes pas allé ou allée plus loin, n'avez pas su ou pas voulu l'inscrire dans un contexte. Dommage, je trouve l'idée plutôt marrante à la base mais, telle quelle, elle ne suffit pas selon moi à constituer une histoire.

   plumette   
13/9/2017
 a aimé ce texte 
Pas
désolée, mais je n'ai pas compris grand chose à ce texte.

la fin éclaire tout de même un peu l'histoire:Henri est sans doute psychotique et le narrateur nous emmène dans sa tête, dans ses visions nourries de jeux vidéo ?

je suis trop loin de cet univers pour apprécier ce récit, et l'écriture ne m'a pas fait décoller.

Bonne continuation

   Tadiou   
15/9/2017
 a aimé ce texte 
Vraiment pas
(Lu et commenté en EL)

Désolé, je n'ai pas du tout apprécié cette histoire qui me paraît abracadabrante, décousue, sans queue ni tête. Avec des personnages qui apparaissent comme des anecdotes futiles, des sphères comme des inutilités incongrues et un meurtre pour faire bonne mesure.

D'autres apprécieront peut-être.

L'écriture est fluide et travaillée.

Tadiou

   veldar   
5/10/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément
Je passais par hasard. Bonjour Jean-Claude...

Votre texte est génial. Très marrant. Je le ferai lire à mon fils qui ne sort jamais sans son téléphone afin de ne pas louper le pokémon machin truc qui lui rapporte x récompenses ou points de vie. J'aime la fin, disjonctée, avec sa perte totale des réalités. J'espère que ça n'arrivera à personne mais qui sait... qui sait ? Peut-être qu'il y en a qui voient des pokémons partout et qui se sont mis dans la tête de tirer à vue avec de vraies armes. Effrayant. Mais tellement réaliste ! Félicitations. Une belle façon de cuisiner le réel en y ajoutant une bonne louche d'imaginaire et une pincée du futur qui attend nos petits-enfants.

   Bidis   
5/10/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Un texte complètement déjanté que j'ai lu d'une traite.
Bien sûr, il s'agit d'une folie que l'on ne pourrait classer dans aucune sorte de maladie mentale et d'ailleurs, nous sommes en section "fantastique". Mais, comme pour tous les bons textes qui ressortent de cette catégorie, quelque chose dans cette histoire donne une impression de réalité.
J'ai beaucoup aimé.

   hersen   
5/10/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ah, j'ai vraiment aimé ce mélange réalité-jeux virtuels.

On ne sait plus trop où on est, l'univers incertain est vraiment bien rendu.

On avance en tâtonnant et c'est un excellent moment de lecture.

Un merci pour ce bon moment franchement original !

   Alexan   
7/10/2017
 a aimé ce texte 
Un peu
Une nouvelle originale et surprenante. J’ai malheureusement eu du mal à la suivre, ce qui m’a certainement enlevé du plaisir. Cependant, le style amusant et le dialogue vif et dingo m’ont tenu en haleine jusqu’au bout. Je trouve la chute réussie, même si je ne dirais pas que c’est un dénouement d’une grande surprise. Tout cela est intéressant, et ne m’a certes pas laissé indifférent ; tout de même, il m’a manqué quelque chose pour véritablement accrocher.

   Cat   
7/10/2017
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Bonsoir Jean-Claude,

Je sors un peu mitigée de ma lecture. La fin surtout me déstabilise.

C’est déjanté et pourquoi pas, et l’écriture est de qualité, mais il m’a manqué un petit déclic pour que je puisse vraiment m’emparer de cette histoire.

Je pense qu’il m’a fallu trente secondes de trop pour accepter la loufoquerie et cela a été suffisant pour me laisser dehors.

A une prochaine fois, sans doute.

Cat


Oniris Copyright © 2007-2017