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Sentimental/Romanesque
Korrector : Des seuils et des vies
 Publié le 29/11/09  -  10 commentaires  -  22576 caractères  -  121 lectures    Autres textes du même auteur

Dans les histoires à rêver debout de notre enfance, on nous fait croire que l'amour est un long fleuve tranquille. Seulement voilà, la réalité se charge de nous rappeler que rien n'est aussi simple... Découvrez l'histoire âpre, dense, sans concessions d'Anyssa et de Luigi confrontés aux épreuves de la vie. Trouveront-ils en eux la force de les surmonter et d'accéder au bonheur ou seront-ils impitoyablement rejetés sur le seuil de l'Amour... ?


Des seuils et des vies


1. Sur le seuil



Assise sur le seuil, elle pleure. Son mouchoir est déjà trempé. Elle hoquète, indifférente aux rares passants qui la dévisagent, étonnés.


Quelle femme resterait ainsi assise dehors, devant sa propre porte, offrant sa douleur à qui la regarde ?


Elle tente, malgré tout, d’endiguer les larmes. Elle essaye, autant qu’elle peut, de se reprendre. Peine perdue.


Ses pensées la ramènent toutes à la cause de ses sanglots : il est parti.


Si elle passe cette porte, elle verra la colonne gauche du meuble hifi vide – sa collection de CD de rock. Son manteau ne sera pas à la patère, même celui d’été qui pendait là depuis septembre, inutile. Plus non plus trace de son cartable, l’ordinateur portable orné d’un autocollant promotionnel ne sera pas sur la table. Dans la chambre, la table de chevet gauche – la sienne – ne portera vraisemblablement plus que des traces de poussière. Il n’a jamais été regardant sur le ménage.


Vide, le placard. Vide, le tiroir de la commode où il rangeait ses chaussettes. Vide, son cœur.


Elle pleure.


Il lui faudra rentrer. Allumer la lumière, puisqu’il ne l’aura pas fait. Respirer l’odeur de tabac froid – aucune cigarette ne se consumera dans le cendrier. Préparer le repas pour elle seule.


Elle pourra sortir de la salle de bain avec des traces de crème antiride sur les tempes sans que personne ne le lui fasse remarquer. Il lui faudra se coucher dans des draps froids – il ne sera pas là pour protester contre la durée de son démaquillage.


Elle relit encore une fois son message.


Je suis passé cet après-midi. J’ai laissé la lithographie. Sois heureuse.


Elle pleure.


Elle se lève, s’appuie sur le mur. Elle ne veut pas rentrer. Pas ce soir. Pas seule. C’est au-dessus de ses forces. Elle dormirait à l’hôtel, plutôt.


Le premier numéro qu’elle compose ne répond pas. La voix chaleureuse de Sylvia répond à sa deuxième tentative. Elle tente de sourire.

Même sourire lui fait mal.


- S’il te plaît, viens me chercher, je suis pas capable de conduire, pas aujourd’hui.


Elle ne pose pas de question, Sylvia. Demande juste confirmation de ce qu’elle devine. Et enchaîne :


- Écoute, ma belle, va prendre un café au coin, ou quelque chose, mais reste pas là. J’arrive aussi vite que je peux.


Elle ajoute, avant de raccrocher :


- Anissa… fais attention à toi.


Anissa se secoue. Oui. Boire quelque chose, de chaud, lui ferait du bien. Et partir. Rien de bien ne lui arrivera ici.


Son cappuccino tiédit pourtant dans la tasse. Elle ne peut s’en défaire. Les disputes nombreuses, ces dernières semaines. Et lui qui sortait plus souvent, parfois rentrait si tard qu’elle ne pouvait plus l’attendre. Ses reculades quand elle tentait d’ouvrir le dialogue. Son indifférence à tout ce qui touchait…


Ses sanglots redoublent. Combien de temps peut-on pleurer ainsi ?


Sylvia arrive. Avec ses manières maternelles, sa chaleur. Elle pose un bras sur son épaule, touche la tasse froide et commande pour elles deux. Elle ne dit rien, ne demande rien. Elle est là, juste.


Anissa sent l’irrépressible chagrin qui la tenait perdre du terrain. Elle se mouche, tamponne ses yeux.

Le serveur dépose deux tasses sur la table. Elles boivent en silence.


- Donne-moi tes clefs, ma belle. Attends-moi dans la voiture, je vais aller te chercher des affaires. Tu dors chez moi ce soir.


Anissa obéit. Assise dans la Twingo de Sylvia, elle pose machinalement sa main sur son ventre. Elle ferme les yeux.


Il lui avait dit

« je ne suis pas prêt pour ça, je pense ».


Et puis

« comment je pourrais prendre une responsabilité pareille, Anissa ? J’ai déjà tant de peine à m’occuper de moi-même ! »


Elle ne l’avait pas cru, alors.


Sous sa main, son ventre frémit.


Elle pleure.



––––~~~~≈≈≈≈oOo≈≈≈≈~~~~––––



2. Passer le seuil


Une journée particulière.



Il entre dans la chambre de cet hôtel. Chambre impersonnelle, un lit, une table, une chaise. Le minimum syndical. Comme si les chambres d'hôtel n'accueillaient jamais deux personnes à la fois...


Il s'en fout. Aujourd'hui, il est seul. Et il le restera un bon moment. Promis-juré. Quel besoin a-t-il d'exposer à quelqu'un ses doutes, ses craintes, ses incertitudes ?


Il ne pleure pas. Les hommes, ça ne pleure pas. Il n'y a que les bébés qui pleurent, et ça, il n'en veut pas. Il n'est plus un bébé, il a quitté le nid familial depuis... longtemps ?


Ses pensées le ramènent à cette décision, prise dans l'instant, dans l'urgence : il l'a quittée.


Il a récupéré sa précieuse collection de CD de rock. Ça, il y tenait : il ne la lui aurait laissée pour rien au monde. Qu'elle garde sa musique classique, et ses disques d'opéra !


Il a tout vidé. Son linge, ses chaussures... Même son manteau d'été, qui traînait sur la patère en espérant qu'elle finisse par le mettre à la poubelle ou à le donner à une œuvre quelconque. Toutes ses affaires. Il ne lui a laissé que la poussière. Après tout, elle n'arrêtait pas de le houspiller pour qu'il fasse un peu de ménage... Mais quelle importance, un peu de poussière ?


Ah, oui ! Il lui a laissé aussi cette lithographie. Il l'aimait bien, cette litho. Mais elle aussi... Pourquoi l'a-t-il laissé, finalement ? Il n'en sait rien.


Il ne pleure toujours pas.


Il entre dans la chambre. Il s'assied sur le lit, déballe son ordinateur portable, toujours avec cet autocollant qu'elle n'aimait pas. Il allume une cigarette. Une de plus. Encore une chose avec laquelle elle ne l'emmerdera plus. Pas de repas à préparer, il a acheté un sandwich à la boulangerie, en bas.


Il entre dans la salle de bain. Au moins, il pourra y aller quand il le voudra, à présent, elle ne l'occupera plus. Et il y aura désormais la place de poser son rasoir et son after-shave : plus de traces de ces pots de crèmes qui servaient... à quoi, déjà ? Ah, oui ! "Antirides" ! Tu parles... Et elle ne viendra plus lui refroidir les pieds, en sortant de la salle de bains barbouillée de crème pour se glisser contre lui dans le grand lit.


Il se souvient de ce qu'il lui a écrit : « Je suis passé cet après-midi. J'ai laissé la lithographie. Sois heureuse. »


Il a une boule dans la gorge.


Il se lève, il s'appuie contre la porte de la chambre. Il ne veut pas se coucher. Pas seul. De nouveau seul. C'est au-dessus de ses forces. Il a trop souffert par le passé.


Il sort son portable. Le premier numéro qu'il compose ne répond pas. La voix rugueuse de Théo répond à sa deuxième tentative. Sa voix hésite.


- Th... Théo ? Est-ce... qu'on peut se voir ? J'ai besoin de te parler.


Théo n'a jamais posé de question. Pas même quand il avait quitté ses « parents ». Ni sa première copine. Théo est toujours là. Il comprend à demi-mot. Pas besoin de parler, avec Théo. Il sait. Naturellement. Il l'a déjà sauvé. Deux fois.


- Attends-moi au café du coin. Ne reste pas seul, et... Luigi ! fais pas le con. J'arrive, mon vieux.


Oui. Il doit sortir. Ne pas rester là. Ne pas se laisser aller à ces mêmes pensées. Ne pas revoir ces scènes, ces disputes, les coups... Il sait qu'il n'a pas été tendre, ces dernières semaines. Mais il ne voulait pas... non, il ne voulait pas... Pas ÇA. Ça n'était pas discutable. Pas négociable. Bon sang, mais pourquoi n'avait-elle pas compris ?


La boule enfle dans sa gorge.


Théo est là. Il s'assied sur la chaise, devant lui. Le regarde. Il ne dit rien, ne bouge pas. Il le regarde, c'est tout. Et son regard suffit à le libérer...


La boule reflue. Il respire mieux. Le serveur pose deux demis devant eux. Ils boivent en silence. Luigi a le regard dans le vide. Il sent celui de Théo sur lui. Qui ne le quitte pas. Implacable.


- Donne-moi les clés de cette chambre. Je vais chercher tes affaires. Tu dormiras à la maison, ce soir.


Luigi se sent seul. Terriblement seul. Théo n'a pas compris, cette fois-ci. Ce n'est pas une crise ordinaire. Ce n'est pas une simple rupture. Il a craqué. Complètement. Totalement.


Tout son passé est revenu. En une seconde. Les coups du père, les cris de la mère... La table, cette table sous laquelle ils se cachaient, Anna et lui. Et les coups. Les coups. Les coups...

Sa mère qui se laissait frapper, qui gardait obstinément ses mains sur son ventre. Et Anna, sa grande Anna, qui avait bondi de dessous la table pour aider la mère, avant que... Les cris. Le sang. Partout. Partout...


Il avait enfin fini par comprendre, des années après, pourquoi la mère n'avait jamais tenté d'échapper aux coups. Pourquoi elle avait gardé les mains, là, sur le ventre... en vain.


Et ce matin, il avait compris. Aussi.


Le test, qu'elle avait oublié dans la salle de bains...


Il pleure.



––––~~~~≈≈≈≈oOo≈≈≈≈~~~~––––



Intermède – Comme un poison dans l'eau



Je ne suis pas un poisson et je ne respire pas vraiment…

Je dois mesurer quelques millimètres à peine, et dans le sombre amniotique tiède, rien ne venait me perturber… Un équilibre si parfait, une si belle constance, température et battements, que je n'avais pas encore de conscience. Pas besoin de conscience, quand tout reste bien égal.


Mon monde était bloqué aux environs de trente-sept degrés. Je n'étais encore qu'une pulsation, quasi invisible, bien cachée dans sa poche. Il y avait ce Boum-Boum régulier qui me berçait et m'entourait, et puis c'est tout !


Pourtant…


Depuis une heure à peu près, il n'y a plus rien d'égal. Je souffre. La température a baissé. Ma poche est secouée de spasmes. Pas très violents, mais constants. Et assez forts pour que je trouve cela, couplé au léger refroidissement, parfaitement inconfortable.

Et puis, il y a le Boum-Boum qui accélère.


Pour résister au froid, il me faut augmenter mes pulsations : je suis un cœur qui bat, en forme de haricot, et si tout avait continué, je crois que je n'aurais pas encore pris conscience de ma propre existence.


J'augmente donc mes pulsations, mais je ne suis pas le seul. Le gros Boum-Boum augmente aussi et je n'aime pas trop ça, quand il accélère et se fait plus violent. À ces moments-là, il me heurte. Et là, c'est plus difficile, il y a quelque chose qui ne colle plus, comme un poison dans l'eau, un inconfort terrible.


Je me bats pour résister mais ça me coûte un os, je sens que je m'épuise. Et je n'aime pas ressentir. J'aimais bien mieux avant.


Impression de mouvement, impression de montée puis de balancement. Mais en douceur, un léger va-et-vient pas si désagréable.

Le Boum-Boum revient doucement à la normale, et il me semble que mon liquide se réchauffe un peu.

Les tressaillements se font moins intenses, moins fréquents et disparaissent aussi.

Moins de saccades. Le liquide qui me traverse est chargé d'un goût nouveau, bizarre. Je ne dois plus faire d'effort pour accélérer mes pulsations, ça se fait tout seul maintenant.

Et avec la chaleur revenue, j'en aurais presque trop chaud.

Mais c'est pas désagréable, oh non !


Les fils qui me nourrissent et me relient se détendent un peu.

La circulation redevient fluide.

Le Boum-Boum régulier est à nouveau plus serein.

Ma poche redevient agréable, c'est bien mieux.

Et puis ce calme si doux.

Je sens comme une caresse, comme de la chaleur, et je frémis dans son ventre.

Ne t'inquiète pas maman, ça va aller... Je vais tout faire pour.


Juste avant cette crise, je me contentais d'être ce cœur qui bat.


Maintenant, il FAUT que je grandisse !




––––~~~~≈≈≈≈oOo≈≈≈≈~~~~––––



3. À travers le seuil


Des rebondissements inattendus... Une chute dont il serait dommage de dévoiler le secret. Enfin, des chutes, plutôt...


Que fait Sylvia ? Pourquoi met-elle autant de temps à récupérer le peu de vêtements qui lui allaient encore ? Aurait-elle rencontré... ?


Oui, ça doit être ça ! Son cœur se met à cogner furieusement dans sa poitrine. Il est revenu, elle en est sûre.


Elle détache rapidement la ceinture qui comprime son ventre rebondi. Elle ne sait plus comment ouvrir cette fichue portière. Tambourine le carreau, d'une main hystérique. Elle est prête à descendre la vitre pour passer par la fenêtre. Comme si son état le permettait.


Heureusement, son mouvement déclenche le mécanisme. Elle se précipite. Mais ses jambes ne lui obéissent plus. À peine un pied dehors, elle s'étale de tout son long sur le trottoir. Ventre écrasé sur le bitume. Mais elle ne sent rien. N'a même pas conscience de la chute. Un voile vient obscurcir son esprit.


~~∞~~


Théo est surpris. C'est la première fois qu'il voit pleurer son ami. Il n'ose interrompre cette crise. Ça doit être plus grave que je le pensais, se dit-il. Il quitte subrepticement la pièce, pour ne pas le gêner. Dans un excès de pudeur.


Mais Luigi l'aperçoit dans le brouillard de ses larmes. Il aurait pourtant voulu un peu de réconfort. Mais comment lui dire ? Comment lui faire comprendre ? Un homme, ça ne doit pas pleurer. Un homme, c'est pas fait pour consoler. Surtout un autre homme.


D'un coup, il étouffe. Il ne supporte plus de rester ici. Il faut qu'il courre. Très vite. Pour épuiser sa douleur. Il ne prend pas le temps d'essuyer son visage. Ne se rend pas compte des traces gris sale qui sillonnent son beau visage. Il s'en moque. Quelle importance, maintenant qu'il l'a abandonnée comme un lâche. Il se retient de crier. Sort précipitamment.


La porte claque derrière lui. Il dévale les escaliers. À une vitesse folle. Ne s'aperçoit pas du ballon qui traîne là. Laissé par le gamin de la concierge. Puis, plus rien. Un voile noir.


~~∞~~


Sylvia découvre avec stupeur son amie. Du sang partout. Que s'est-il passé ? Elle n'a pas écouté la petite voix qui lui soufflait de se dépêcher. Mais le beau blond lui avait encore fait son numéro de charme. Difficile de résister. Maintenant, il est trop tard pour les regrets. Elle doit agir vite. Très vite.


L'ambulance arrive. Enfin. Toutes sirènes hurlantes.


Sylvia n'est pas autorisée à monter avec Anyssa. Elle n'aura qu'à suivre son amie jusqu'à l'hôpital Broussais.


Anyssa est soulagée. Le trajet lui permettra de se préparer à affronter l'hôpital. Un monde aseptisé qui l'impressionne malgré elle.


~~∞~~


Luigi ouvre un œil enflé. Où est-il ?


- Monsieur, monsieur ? Vous m'entendez ?


Il distingue vaguement une silhouette évanescente. Il est au paradis. Sans doute.


La voix insiste :


- Monsieur, vous m'entendez ? Vous avez eu un traumatisme crânien. Mais tout va bien, maintenant.

- J... ch... rrr...

- Ne vous fatiguez pas. Vous avez une sonde dans la gorge qui vous empêche de parler. Clignez des paupières pour me dire si vous comprenez.


Lentement, avec difficulté, Luigi obéit.


- C'est bien. Je reviendrai.


Épuisé, il replonge dans les bras de Morphée. Une pensée fugitive le traverse juste avant de sombrer : Anyssa ?


~~∞~~


- Sylvia ?

- Ah ! Enfin, tu te réveilles ! Comment tu te sens ?

- Mais... mais... que m'est-il arrivé ?

- J'attendais que tu me le dises. Je t'ai retrouvée allongée et inconsciente à côté de ma voiture.

- Je me souviens vaguement... je croyais que tu... que Luigi...

- Il va falloir que tu sois forte, ma belle. Je suis là, moi. Je ne t'abandonnerai pas.


Sylvia ne parvient pas à retenir une larme qui perle au coin de sa paupière.


- Mais qu'est-ce que... Pourquoi tu pleures ? Le bébé... ???


La stupeur la paralyse un moment. Mais il faut qu'elle sache.


Alors... lentement, elle dégage un bras retenu par la tubulure de la perfusion. Le pose sur son ventre. Plat.


Elle lève son fin visage vers son amie. Abasourdie. Incapable de prononcer le moindre mot. Son esprit s'embrouille. Ses pensées se figent. Le temps s'est arrêté. Elle ne ressent plus rien. Même la douleur ne parvient pas à la tirer de cet état cataleptique.


~~∞~~


Luigi va mieux. Il a maintenant l'autorisation de faire quelques pas dans le couloir. Il s'est habitué aux béquilles et peut se débrouiller tout seul, dorénavant. Demain, il pourra quitter l'hôpital. Enfin.


Il se dirige vers la cafétéria. Le couloir est encombré de patients en chaises roulantes et d'infirmières aux pas pressés. Il n'a jamais aimé ce genre d'endroit. Les odeurs entêtantes lui donnent la nausée. Il est temps pour lui de partir.


Malgré l'inconfort, ce passage aura été bénéfique. Il est désormais sûr de lui. Il ne peut pas continuer ainsi. Sa lâcheté lui est insupportable. Demain, dès l'aube, il ira voir Anyssa. Ce bébé, il se sent enfin prêt à l'assumer.



~~∞~~


Sylvia, fidèle, n'a quasiment pas quitté le chevet de son amie durant ces longues semaines.


- Anyssa, j'ai besoin d'aller faire un tour. Tu ne veux pas m'accompagner ? Si tu préfères, on ira juste à la cafétéria.

- Non, j'ai pas envie.

- Mais enfin, tu ne vas pas continuer à te morfondre comme ça le restant de tes jours ? Allez, il faut te secouer, ma belle. Tu as la vie devant toi. Des mecs bien, tu en trouveras d'autres. C'est pas ça qui manque. Avec ta jolie frimousse, je ne me fais pas de soucis pour toi.

- Ne dis pas n'importe quoi. Je vais sans doute finir ma vie toute seule. Et sans... enfant.


Le dernier mot s'étrangle dans sa gorge. Les larmes jaillissent de ses beaux yeux verts. Une fois encore.


Pleurer. Pleurer. Pleurer encore. Sa vie semble désormais se résumer à cette seule activité.


Elle ne pense même pas à remercier sa tendre amie qui referme la porte de sa chambre. Sans un bruit.


~~∞~~


- Luigi ? Qu'est-ce que tu fais là ?

- J'ai eu un accident idiot, mais ça va mieux. Et toi, Sylvia ? Tu es malade ?

- Non, je viens voir A...


Elle se mord les lèvres. Mais Luigi n'est pas dupe.


- Il est arrivé quelque chose à Anyssa ? Dis-moi !!!


Il n'a pu s'empêcher de crier. Il a peur tout à coup. Il se raccroche à l'espoir que... Mais Sylvia n'a pas envie de lui faire de cadeau.


- T'es un beau salaud. Et maintenant, c'est trop tard. Tout est de ta faute.

- Mais... mais... qu'est-ce qui s'est passé ?

- Ce n'est pas à moi de te le dire. À ta place, je m'en irais bien loin d'ici.

- Mais pourquoi, bon Dieu !

- Pourquoi ??? Tu oses me le demander ? Tu le sais très bien.


De rage, elle tourne les talons. Sa colère, si elle veut rester honnête n'est pas uniquement liée à son amie. Elle se précipite hors des murs de cet hôpital. Sa frustration lui revient. En pleine figure. Elle court pour ne pas craquer. Luigi... Luigi, son amour secret. Celui qui avait occupé toutes ses pensées durant ces dernières années. Malgré sa culpabilité vis-à-vis d'Anyssa.

Il était libre. Enfin. Mais à quel prix ? Devrait-elle choisir ? Non, il valait mieux qu'il parte. Loin. Très loin. Le temps qu'elle l'oublie.


~~∞~~


Luigi est confus. Rien ne se déroule comme il l'avait prévu. Tout son être lui crie de faire quelque chose. Un sentiment d'urgence. Là, d'un coup. Mais n'est-il pas trop tard ?


Il arrête une infirmière. La presse de répondre à SA question. La seule qui lui semble désormais vitale : « Où est Anyssa ? »


~~∞~~


Il frappe à la porte. Aucune réponse. Que doit-il faire ? Il se demande dans quel état il va retrouver son aimée. Oui, il en est sûr maintenant. C'est l'amour de sa vie. Plus rien n'a d'importance. Il est prêt à tout. Mais lui pardonnera-t-elle ?



––––~~~~≈≈≈≈oOo≈≈≈≈~~~~––––



4. Derrière le seuil


Les choses se mélangeaient dans la tête d’Anissa, le passé, le présent, le futur... Elle se souvenait d’avoir rêvé cette chute au début de sa grossesse, et cette horrible sensation d’avoir découvert son ventre plat. Et puis la réalité l’avait frappée : elle était vraiment tombée, mais à la fin de sa grossesse, et son ventre était maintenant vraiment plat. Elle sombra à nouveau, préférant l’oubli à cette terrible sensation de vide.


~~∞~~


Luigi hésita, puis franchit la porte. Le Destin déciderait.


~~∞~~


Il la tient dans ses bras. Il la boit des yeux. Elle est belle. Elle a déjà des cheveux, ondulés comme ceux de sa mère, d’un blond plus pâle. Il en suit chaque mèche du doigt. Le bébé fronce son petit nez. Il remarque qu’elle a sur les joues, les mêmes fossettes que lui, en forme de virgules. Ses yeux sont fermés, mais il sait qu’ils sont bleus, comme les siens. Il espère en secret qu’ils deviendront verts, comme ceux de sa mère – il a toujours aimé ses yeux, fenêtres de son âme. La petite bouche en cœur, les doigts repliés, le pyjama rose parsemé de fleurettes blanches, il la regarde, espérant par ses yeux combler les mois de retard, les mois à ne pas l’avoir désirée, les mois à ne pas savoir qu’elle allait exister, les mois sans sa mère.


Sa mère. Il détourne, presque à regret, les yeux du petit minois de sa fille. Anissa repose, la tête sur l’oreiller, ses boucles, d’un blond intense, étalées autour de sa tête, comme une corolle. Sa poitrine se soulève régulièrement. Il pourrait presque croire qu’elle monte et qu’elle descend.


Les médecins lui ont expliqué : son affolement de mère éperdue quand elle avait cru avoir perdu le bébé, son évanouissement, et puis son état avait empiré, ils avaient dû lui administrer un calmant.


Il frissonna, serrant son bébé contre les grosses mailles de son pull irlandais. Les jours de la jeune femme n’étaient plus en danger, mais il ne pouvait s’empêcher de penser au vide de sa vie sans elle.


Anissa ouvrit les yeux. Il fut poignardé par leur éclat émeraude. Il les vit s’ouvrir plus grands sous l’effet de l’étonnement. Elle se redressa à demi, ses cheveux blonds tombèrent en cascade dans son dos, et balbutia, d’une voix faible :


- Luigi ? Mais... comment...


Il répondit :


- Chut... Je suis là... je veille sur vous, maintenant.



––––~~~~≈≈≈≈oOo≈≈≈≈~~~~––––



 
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   brabant   
30/11/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Korrector,

Impression mitigée.
Cela n'est pas de votre faute car je pensais partir sur du sentimental "fort" et je me suis retrouvé dans du romanesque "soft".

"1. Sur le seuil": ça démarre à cent à l'heure de qualités.
La situation est bien posée.
Le désarroi d'Anissa est bien décrit.
Je déborde d'empathie pour cette jeune femme lâchement abandonnée.
Vous avez fait ce qu'il faut pour accrocher le lecteur; pas de défauts.

"2. Passer le seuil":
Luigi apparaît comme un sale type.
Mesquines! la collection de CD expatriée et ses justifications a posteriori. Peu crédible.
"... Et elle ne viendra plus lui refroidir les pieds,..." Ah! le mufle!
De la crème "Antirides"? à l'âge d'Anissa?

Je croyais qu'il était parti pour une autre. Même pas. Il se retrouve seul dans une chambre d'hôtel.
Et puis, j'apprends son passé. Mère battue. Enfants malheureux. La situation redevient crédible. Il ne veut ou ne peut assumer...

Je me dis: elle lui a fait un enfant dans le dos (lol). On ne se parle donc pas dans les couples?
Ce mec n'est vraiment pas mature.

"Intermède - Comme un poisson dans l'eau"
Le bébé qui lutte pour survivre (un vrai petit Némo! Sympathique). Faire penser le foetus. Bonne idée. ça me plaît beaucoup.

Anissa a-t-elle tenté de se suicider? Il y "lieu" (20 000! lol) de le penser. En tout cas elle est sauvée.

"3. A travers le seuil"
ça papillonne. Destins croisés et entrecroisés. Trop de choses (à mon avis bien sûr).
La crédibilité retombe.

- chute d'Anissa...
- chute de Luigi...
(bien cependant le coup du "voile" obscurci ou noir)
- hôpital pour Anissa...
- hôpital pour Luigi... (le même; vous me direz avec raison qu'il n'y en a peut-être pas trente-six dans une région)
((Le paradis pour Luigi? il y va fort, il ne l'a pas mérité!))
- le ventre plat. Anissa ne sait pas que son bébé est en vie. Peu crédible.
- remords de Luigi...
- Sylvia et Anissa...
Elle pourrait lui dire pour le bébé. Peu crédible.
- Sylvia et Luigi...
Le secret de Sylvia. Méfiez-vous de votre meilleure amie. Je ne sais plus quelle reine disait: "Protégez-moi de mes amies. Mes ennemies, je m'en charge!" Jaimme me souffle que c'est un roi; c'est lui le spécialiste. (lol, on sait bien que l'on n'est jamais que le roi de notre reine)
- luigi cherche...
- Luigi trouve...

Anissa n'a jamais cessé d'aimer Luigi, ceci transparaît tout au long du récit (il y a vraiment des gars qui ont de la chance, une chance qu'ils ne méritent pas; je sais, je suis jaloux); Luigi, repenti, sait qu'il aime Anissa.
Là, on entre dans le roman à l'eau de rose, pur extrait Cartland (lol), fleur bleue, Le magazine "Nous deux" est acheteur, je pense qu'il perdure, il a son public, en aucune façon blâmable (j'affirme que j'ai lu des "Nous deux"), Harlequin perdure. Pourquoi pas Harlequin! Il y a un public pour Harlequin en aucun cas blâmable; toutes les littératures ont droit de cité. Au nom de quoi y aurait-il de belles lettres et d'autres qui ne le seraient pas. Et pourtant il y a une collection universitaire qui s'intitule "Belles Lettres"...
Silence...
Bon, le rocambolesque de la situation est quand même flagrant.

"4. Derrière le seuil"
C'est Luigi qui apparaît avec le bébé dans les bras.
Triomphe de l'amour.
Happy end hollywoodien.lol.

Ben oui, pourquoi pas.


Pour le moins, Korrector, vous vous lisez aisément, et malgré l'acrobatie des situations (les feuilletonnistes Féval, Ponson du Terrail, Sue, Soulié, Lewis... et Balzac en ont fait autant!) la construction du récit est rigoureuse.

Et l'on prend le temps de vous commenter. Sans ennui. Avec bonheur.


Bonne continuation.

PS: Théo n'est pas très consistant comme ami. Enfin, il est plus honnête et fait moins de dégâts que Sylvia.
Vous semblez avoir une vision très extérieure de l'hôpital. C'est celle que j'avais moi-aussi, une odeur d'éther, l'ennui, la douleur, la mort. Le perçu de l'hôpital change quand on y a séjourné. En positif. Celui-ci est bien abstrait. Il y a bien des tuyaux, mais pas que des tuyaux et les tuyaux eux-mêmes sont autre chose que des tuyaux. Ah! l'hôpital! Il ne faut pas dire non plus que c'est le club Med ! Hein !... Mais il retape pas mal de gens, la preuve: Anissa et Luigi! Vive Slaughter! Tiens je l'ai lu aussi celui-là, j'ai aimé! Non je n'ai pas honte!


Amicalement, Korrector.

   Myriam   
29/11/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Déjà l’accroche en forme de bande-annonce, trop mélodramatique, ne me convainc guère. L’amour n’est pas un conte de fées… parce que quelqu’un y croyait ??

Je lis la nouvelle quand même, style agréable, écriture fluide.

Mais c’est le fond qui me pose problème. Impression d’être dans un mauvais téléfilm (impression renforcée par le titre qui évoque une série américaine bas de gamme…).
Personnages figés dans les stéréotypes, situations attendues, rebondissements qui n’en sont pas, et à la limite du malsain, le suspens autour de la survie du bébé…
Non vraiment, je n’adhère à rien.

Navrée Korrector, une autre fois peut-être ?
Myriam.

   Anonyme   
29/11/2009
 a aimé ce texte 
Pas ↑
Pas convaincue. J'ai l'impression (peut-être fausse, je ne suis peut-être pas dans un état d'esprit pour pouvoir apprécier ce genre de chose) qu'en abordant le sujet de la mort ou la survie d'un enfant, de la mère... on essaye de m'arracher de larmes. Je crois qu'un peu plus de délicatesse (qui transparaît toutefois à certain moment, je le reconnais et j'ai apprécié ces moments) dans l'abord de ce thème aurait été plus efficace pour émouvoir.

Simple avis de ma part. Je n'a pas du tout accroché à cette lecture même si je suis sans peine arrivée à son terme. L'écriture étant agréable. Mais cela n'a pas suffi pour capter mon attention.

Désolée, une autre fois sans doute.

Bonne continuation !

   NICOLE   
29/11/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
En premier lieu ce que je n'aime pas : l'histoire (les ficelles de ce mélo larmoyant se voient décidément beaucoup trop), et le happy end qui arrive sans que rien ne soit venu le rendre crédible.
Pour finir, ce qui me poussera à lire les autres nouvelles de cet auteur : des phrases fluides, le plus souvent courtes et efficaces, précises. J'aime beaucoup cette écriture, concise et toute en retenue, du moins jusqu'au milieu du texte, après j'ai trouvé davantage de locutions élaborées à grand renfort d'adjectifs, qui alourdissent inutilement.
J'ai donc un avis plutôt mitigé, de bonnes choses, mais pas seulement.

   jaimme   
29/11/2009
 a aimé ce texte 
Pas ↑
Un mélo dont les ficelles sont tellement artificielles que j'ai eu du mal à arriver jusqu'à la fin. Mais surtout il y a eu très peu de moments dans ma lecture où je suis entré en empathie avec les personnages.
Pourtant une écriture qui n'est pas désagréable, qui utilise des mots sincères. Je crois qu'il faudrait retravailler, pour le rendre plus crédible. Et utiliser des termes plus touchants, là j'ai eu l'impression d'entendre des acteurs sur-jouer une pièce.
Une autre fois, certainement.

   shanne   
1/12/2009
Bonjour,
Un épisode d'un feuilleton un peu comme les feux de l'amour, c'est bien écrit, c'est drôle, j'attends la suite
Merci à vous

   Korrector   
1/12/2009
Un espace de discussion (et d'explications) sur ce texte est ouvert en forum, ici : http://www.oniris.be/forum/des-seuils-et-des-vies-t9375s0.html#forumpost108969

   Anonyme   
4/12/2009
 a aimé ce texte 
Un peu
Bon... alors j'ai reconnu Maëlle, Leo, Isfranco et Pat, j'ai du passer à côté de quelqu'un...

Je sais pas trop comment je dois faire pour commenter ce texte...
J'ai eu l'impression qu'on me servait une soupe tire-larme. Pourtant, pourtant, une myriade de p*** de bons auteurs comme ceux dont j'ai cru reconnaitre le style sous le pseudo Korrector...mais ça va pas la tête non?

Vous auriez pu nous pondre le 8è élément, la liste de Kouchner ou encore Hanimal le Kanibal, mais non, le seuil et le retour du seuil et la profondeur du gouffre ouin ouin...

Bref, je vais noter objectivement, j'ai pas aimé.
J'ai eu l'impression qu'on me baladait dans un archétype d'histoire à l'eau de rose, pour un peu j'aurais cru lire du JAIMME (tiens, c'est Jaimme le 5è Larron?) ou du Jphil (ah vu le pseudo je tiens surement mon 5è tiens...) tant j'ai eu l'impression qu'on essayait de m'orienter vers le pleur et la compassion.

Ou c'est un contr'exercice auquel cas mea culpa, j'ai l'air biessss j'assume.

Merci pour cette épisodite à suite et à trop de mains pour le résultat...

   Anonyme   
28/12/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Le style est fluide. Les phrases sont courtes. L'ensemble donne une impression de clarté. La lecture est très aisée.
La découpe du texte en séquence autour du seuil est interessante.
Le point de vue de chaque protagoniste est bien posé.
Par moment on frôle le mélodrame (et là je me dis : trop c'est trop !) par exemple l'enfance de Luigi, la fausse couche (mais qui n'en est pas une) ....et par moment nous flottons dans l'eau de rose où tout est bien qui finit bien .. Où en peu de temps Luigi se remet d'une enfance qui lui interdit d'être heureux et en tout cas d'être père ....
Des extrêmes difficiles à suivre à mon goût ...

   florilange   
29/12/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Je n'aime pas ce type d'histoire, où tout démarre mal puis tout finit bien, sans qu'on ait très bien senti, chez l'1 ou chez l'autre, le pourquoi du comment, à savoir : qu'il aimait encore Anyssa mais que... qu'elle avait fait 1 enfant sans son accord à lui mais que...
Donc on a les détails de l'histoire mais pas les sentiments de Luigi & d'Anyssa sur le fond. Me semble que ce sont ces sentiments qui nous intéressent.
Rien à dire en revanche sur la forme, c'est bien construit & bien écrit.
Florilange.


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