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Science-fiction
Lariviere : Les oiseaux-lunes
 Publié le 04/02/20  -  15 commentaires  -  37516 caractères  -  292 lectures    Autres textes du même auteur

« What was that bright light in the sky last night? »*

Réseau « All sky fireball ». Site officiel de la Nasa.


Les oiseaux-lunes


Bonjour,


Je suis le docteur Edgard Allan Chadwick.


J'ai fait mes études au Massachusetts Institute of Technology à Cambridge où j'ai été reçu comme major de promotion et où j'ai obtenu à la fin de mon cursus un diplôme d'ingénieur en Géologie spécialisée dans l'aérospatiale, ainsi qu'un doctorat en physique et en géologie appliquée.


Pendant toutes ma carrière, j'ai été employé au « Meteoroid Environment Office » et j'ai été consultant pour la NASA – et sans vraiment le savoir pour la NSA – au cours d'une période relative, c'est-à-dire à partir du mois d'octobre 2013 jusqu'à la fin de l'année 2015.


Avant de vous raconter mon histoire, je dois avouer que les faits dont je vais vous parler se trouvent tellement éloignés de tout ce que nous pouvons envisager dans le domaine de l'aérospatiale, et même de nos conceptions de l'Univers en général, qu'ils dépassent les champs d'investigations pourtant jugés sans limite que peut nous fournir en dernier recours notre imagination...


Pour appréhender et comprendre le plus simplement possible l'incroyable et funeste dessein qui se tisse pourtant en silence derrière tout ça, je vais essayer de remonter le cours de ma vie jusqu'à ce moment ou sans que je m'y attende, tout a basculé...


C'est au cours de mes études que j'ai rencontré Angie. Nous n'étions pas dans le même cursus, mais elle était étudiante à Cambridge elle aussi et nous étions tous les deux originaires du même quartier de Manhattan. Nos parents se connaissaient par des relations d'affaires et nous nous étions déjà croisés, mais c'est tout au plus si nous avions alors échangé quelques banalités. À l'université, j'ai eu la surprise de découvrir une fille très chouette, dont la gentillesse semblait être comme une sorte de seconde nature... Au fil du temps, nous nous sommes fréquentés de plus en plus sérieusement et nous nous sommes fiancés au cours de l'été de la troisième année. Une fois les études terminées, nous nous sommes mariés, tout naturellement.


Peu de temps après, j'ai eu la chance de décrocher assez facilement un poste très convoité au « Meteoroid Environment Office», un des plus prestigieux organisme de la NASA.


Dès ma prise de poste, c'est-à-dire à la fin de l'année 2011, j'ai été affecté au centre de la maison mère à Hunstville en Alabama, où j'ai intégré l'équipe du département « recherche physique et structure ».


Nos activités consistaient à surveiller le ciel, afin de prévenir et anticiper d'éventuelles collisions avec la terre. Nous étions également chargés de tracer les météores et d'autres objets géocroiseurs, d'effectuer des mesures physiques sur les roches et d'étudier certaines propriétés particulières qui ne se trouvent que dans les météorites et qui nous permettent de mieux comprendre la formation des planètes et la géologie de l'univers.


Au cours du printemps 2013, nous avons décidé de nous rapprocher d'Hunstville, car nous habitions encore dans l'Upper West Side où les parents d'Angie possédaient une galerie d'art assez prestigieuse proche de Central Park, et où elle était de retour comme conservatrice principale.


Le déménagement ne fut pas facile. Nous avons vendu la maison familiale, celle où j'ai grandi avec mes frères et sœurs, celle où nous avions enterré, dans le petit jardin du fond qui donnait sur un bras de l'Hudson river, Rosie, la vieille perruche de maman.


À la fin du mois, nous étions parfaitement installés dans notre nouveau pavillon de Olde Stone Road à Madison. Le quartier était tranquille. Les voisins étaient discrets et agréables. Notre travail à tous les deux nous prenait beaucoup de temps, mais c'était comme ça. Maintenant, j'étais à moins d'un quart d'heure du centre « G. C. Marshall » du MEO à Hunstville.


En parallèle, Angie travaillait sans compter ses heures à la galerie d'art. Nous vivions confortablement, et même si le travail ne laissait que peu de temps à notre vie de couple, tout allait encore pour le mieux, dans le meilleur des mondes, à ce moment-là.


Mais le bonheur a été de courte durée... Dans l'été de la même année, un matin, les parents d'Angie sont morts brutalement dans un accident d'avion en rentrant d'un séjour en Floride. Sylvia, la sœur cadette, fut grièvement blessée, mais est restée en vie par miracle. Malheureusement, les médecins ont expliqué que devant la gravité de son état, il fallait la maintenir en coma artificiel.

Après ça, Angie s'est rendu à son chevet presque tous les jours, mais Sylvia ne se réveillait pas et c'est très vite devenu compliqué de faire la navette entre la galerie d'art, le Mayo Clinic Hospital à Rochester où Sylvia avait pu être transférée et notre nouvelle maison à Madison.


Les événements étaient donc déjà assez tragiques à ce moment là, mais jamais je n'aurais imaginé que ce n'était que le début et que les choses allaient encore s'empirer par la suite, d'une façon complètement inattendue...


Le 21 octobre 2013, j'ai reçu un appel de l'Observatoire Mac Donald au Texas, un des plus gros centre d'observation astronomique des États-Unis.


Après une discussion assez étrange, on m'a réservé cette nuit-là un vol pour Dallas où j'ai été accueilli par un agent rattaché à la sécurité du territoire. Il ne m'a rien dit hormis le fait qu'il avait été envoyé pour m'accompagner jusqu'à l'observatoire à Fort Davis où, disait-il, on m'expliquerait la situation.


Quand nous sommes arrivés, il y avait une étrange atmosphère. À la tête des nombreuses personnes qui étaient présentes, j'ai compris qu'il devait s'agir de quelque chose d'important.


En plus des responsables du site, il y avait des militaires et des officiers de l'armée de l'air, de l'Air Force Space Comand précisément, ainsi que d'autres membres du département de la défense et de la sécurité intérieure ; je sais cela parce qu'ils portaient des badges de ces différents services, mais à aucun moment il n'y a eu discussion et personne ne s'est présenté.


Quand le responsable de l'observatoire s'est enfin approché pour m'informer de ce qui se passait, j'ai senti qu'il était embarrassé, comme s'il cherchait les mots justes ou qu'il ne savait pas par où débuter. Il a donc commencé ses explications en me disant que des flashs lunaires et terrestres particulièrement intenses avaient été aperçu entre le 12 février 2012 et le 28 juillet 2013, avec de nombreux impacts conséquents, dont un cratère d'un diamètre de 18 m et de 15 m de profondeur. Il rajouta que ce flash d’impact constituait le plus long flash jamais observé à cette date.


Je ne comprenais toujours pas très bien ce que je faisais là et ce qui justifiait qu'on me tire de mon lit dans la nuit avec tout ce mystère... je lui ai répondu un peu agacé que j'étais effectivement informé de tout ça, car c'était nos équipes qui avaient la charge de réaliser pour le Marschall Space Flight Center ce type d'observations régulièrement depuis 2005.


Le responsable de l'observatoire me regarda alors avec un drôle d'air... Après avoir laissé passer une quinte de toux, il continua en m'expliquant qu'en réalité, ils désiraient recueillir des informations plus précises sur ces événements et sur leurs origines en rapport à d'autres phénomènes observés qui les laissaient perplexes (c'est le mot qu'il a employé, après avoir marqué une certaine pause...).


Sans me laisser le temps de répondre et après un léger recul que j'ai pris pour un moment d'hésitation, il a commencé à monter les premières marches qui mènent au télescope et m'a demandé d'une drôle de voix de le suivre... Là encore, je ne comprenais pas ce qu'on faisait. Je m'attendais à observer quelque chose sur un écran d'ordinateur, comme cela se pratique maintenant en routine et je suis monté avec une grande perplexité sur le déroulement même de ce qui était en train de se passer.


Quand nous sommes arrivés à la chambre principale de l'observatoire, il m'a montré le télescope et après l'avoir réglé méticuleusement, il m'a fait signe de m'approcher et de regarder à mon tour...


J'ai alors posé un œil sur la lunette et je dois avouer que même si en principe, mon esprit cartésien me permet de ne pas me laisser piéger trop facilement par la subjectivité d'une image, ce que j'ai aperçu alors a été une telle surprise, que j'ai dû m'asseoir un instant pour reprendre complètement mes esprits.


Au bout de la lentille qui fouillait une zone bien précise de l'espace, ce que j'ai vu, ce sont plusieurs rangées d'étranges structures noires de formes triangulaires aux contours mal délimités qui flottaient dans l'espace sur un plan horizontal. Ces étranges rangées, car il y en avait plusieurs dizaines au moins qui se succédaient en lignes parallèles, paraissaient évoluer uniformément en formant une sorte de pointe en avant sur le plan médian. Ce qui était encore plus intrigant, c'est qu'elles se déplaçaient visiblement sur ce qui semblait être une trajectoire entre leur position actuelle qui restait encore très lointaine et la lune. Je sais cela, car on m'a montré des images prises trois mois auparavant qui prouvent que ces objets suivaient bel et bien une progression cinétique et une trajectoire directionnelle précise. On m'a alors expliqué qu'ils étaient apparus peu après les flashs lunaires et qu'ils s'étaient rapprochés de plusieurs millions de miles depuis, ce qui d'ailleurs nous permet de faire des calculs en terme de vitesse et je peux vous dire que ce que nous trouvons m'a plongé dès le départ dans un grand scepticisme par rapport à tous ce que nous connaissons, ou en tous cas, à tout ce que je connaissais en matière d'astrophysique, sur le sujet.


Maintenant, je comprenais que mon travail consistait à étudier ce phénomène, à préciser si ces objets étaient formés d’éléments météoritiques ou non et enfin, à dire si ces observations avaient un lien quelconque avec les pluies de météores et les flashs lunaires qui avaient précédé de peu leurs apparitions.


J'ai donc tâché de faire au mieux ce qu'on m'avait demandé et j'ai passé l'année 2014 à faire la navette entre le centre du MEO à Hunstville et l'observatoire Mc Donald au Texas.


En y réfléchissant, les premières crises d'Angie ont débuté à la fin du mois de novembre. C'était le lendemain de la fête de la Thanksgiving. Pour la première fois, c'est nous qui recevions. Les enfants et les adultes étaient joyeux. Angie avait cuisiné une dinde succulente, dans la plus pure tradition.


Le lendemain matin, elle se leva avec des maux de tête et une cécité partielle. Le docteur diagnostiqua une névrite optique qui provenait certainement d'une infection virale, mais par acquit de conscience, il a tenu à faire passer à Angie toute une série d'examens et de prises de sang. Les résultats furent implacables et le diagnostic final sans appel. Ce n'était pas une névrite virale, mais les premiers signes d'une sclérose en plaques.


Nous sommes restés assez désemparés par cette annonce, mais Angie fit face avec dignité.


Personnellement, je crois que je ne réalisais pas vraiment à quel point ces événements nous affectaient, mais à partir de ce jour-là, j'ai commencé à voir les choses autrement ; jusque-là nous avions tout fait pour réussir et je pensais naïvement que quel que soit le chemin, notre destin ne pouvait être que comblé de joies et de bonheur... aujourd'hui je comprenais amèrement que malgré notre confort matériel, le cours de notre vie ne serait pas ce long fleuve tranquille à l'abri du malheur que nous avions effleuré un instant, mais plutôt un ciel que l'on pensait éternellement bleu et qui se révélait lentement comme cousu d'étoiles déjà mortes, des étoiles très noires qui venaient obscurcir à jamais notre existence et tuer dans l’œuf tout espoir d'insouciance et de sérénité.


À la fin de l'hiver, Angie décida à contre-cœur d'abandonner son poste de conservatrice.


Monsieur Smithand-withe prit sa place. C'était un des plus anciens et des plus proches collaborateurs de la famille. Il avait toutes les compétences et toute sa confiance pour s'occuper le mieux possible des affaires de la galerie.


Avec les frais qu'occasionnaient les visites de Sylvia à l'hôpital, Angie s'était résignée à vendre les deux galeries annexes de San Francisco et de Philadelphie. Malgré mon salaire confortable, nous avons contracté une assurance supplémentaire, car le traitement et les médicaments restaient affreusement coûteux. Nous avons également aménagé la maison au mieux, avec toutes sortes d'appareils pour lui faciliter la vie au quotidien, surtout quand les crises rendaient ses déplacements difficiles.


En parallèle, à chaque visite à l'observatoire, je pouvais constater par moi-même qu'effectivement ces objets progressaient en direction de la lune.


Ces sortes de corps noirs me déconcertaient et ne correspondaient à aucune observation astronomique conventionnelle. Il était peu probable qu'ils se soient concentrés sur un même point de l'espace en défiant ainsi toutes les lois de la physique par le simple fruit du hasard, mais ils n'avaient l'apparence de rien de connu. Ils se trouvaient à une distance trop lointaine pour que ce soit des débris de satellites ou de quelconque objet d'origine terrestre. Leur consistance semblait trop dense pour qu'ils puissent être constitués d'éléments gazeux. Ce n'était pas des météorites, des astéroïdes, ni d'autres objets géocroiseurs, car ces objets ne suivaient de toute évidence aucune orbite.


En fait, tout ce que je pouvais dire de sûr et de raisonnable, c'est que ces choses se déplaçaient et qu'elles se déplaçaient très vite...


À la maison, j'effectuais des recherches, des calculs inutiles, j’échafaudais de possibles théories, mais j'avoue que rien ne tenait vraiment.


Il fallait que j'admette que tout aussi surprenant que ça puisse paraître, j'étais en train de travailler sur un de ces fameux « Unidentified Flying Object », un « Objet Volant Non Identifié », et que c'était le seul terme qui correspondait désormais.


À la réflexion, ces conclusions paraissaient tellement évidentes et les choses sautaient tellement aux yeux – comme on dit – qu'on peut se demander pourquoi je n'y ai pas songé plus tôt.


Sans les connaître dans les détails, j'étais évidemment au courant de l'existence de toutes sortes de théories du complot, de l'affaire de Roswell jusqu'à la théorie des premiers astronautes et j'avais vu le très beau film E.T. de Steven Spielberg : jusque-là, pour moi, tout était clair ; les OVNI et les extra-terrestres se résumaient à du cinéma à l'esthétique artistique très aléatoire ou à une rubrique intarissable sur les légendes urbaines modernes et les fantasmes populaires, ce qui les rendait en somme bien plus proche des champs de compétence de la sociologie, voire de la psychanalyse, que des sciences dures comme celles des mathématiques ou de l'astronomie.


Le week-end du 4 juillet, le jour de la fête nationale, nous avons décidé de profiter du temps splendide pour nous rendre au lac Michigan, où nous avions l'habitude d'aller prendre le frais, de laisser dériver nos pensées et de les laisser glisser au fil de l'eau, libres et légères, quand nous avions un moment à nous au cours de ces longues années d'études à Cambridge et même par la suite pour nous retrouver avec calme, entre les galeries d'art et le travail au MEO d'Hunstville...


Sur le contrebas, un site aménagé pour l'occasion réunissait des amateurs de parapentes. Angie avait le moral. Une colonie de colverts passait en caquetant doucement, attirés par le pain de mie lancé par les nombreux touristes. Je l'ai alors aidée à gravir un petit promontoire de terre recouvert d'un tapis de mousse et de fleurs sauvages et nous avons pu jouir pleinement du panorama. Ensuite, je l'ai poussée jusqu'au bord du lac.


Avec son fauteuil roulant, Angie se débrouillait mieux que moi... je crois même qu'elle se moquait un petit peu et j'étais content de la voir profiter de ces bons moments. Elle souriait et j'étais heureux, car je ne l'avais plus vue sourire depuis longtemps ; je veux dire, sourire naturellement, comme avant...


Alors, les choses donnèrent l'impression pour un temps de reprendre paisiblement leur ordre logique et leur équilibre et j'ai souri tout aussi spontanément, dans le caquètement apaisant des canards, en la regardant qui jouait à faire des ricochets et en constatant avec plaisir qu'elle ne se débrouillait pas trop mal là encore ; et puis soudain, mon sourire s'est transformé en grimace ; dans le sillage des galets qui glissaient avec grâce sous le soleil de midi apparaissaient maintenant distinctement à la surface des dizaines de petites sphères scintillantes qui ressemblaient inopinément, dans le ciel projeté en miroir, à une fantastique traînée de soucoupes volantes...


Un soir, à la fin de l'été, alors qu'Angie était déjà couchée et que j'étais toujours penché sur ce curieux dossier avec ces inévitables questions qui tournaient maintenant dans ma tête constamment, j'ai reçu un appel impromptu d'un employé du centre qui me disait qu'il était désolé de me déranger à une heure pareille, mais que la nouvelle qu'il avait à m'apprendre me ferait certainement plaisir : ils avaient enfin pu localiser des impacts probablement issus de ces mystérieux flashs lunaires et terrestres de 2012 et 2013, et ils étaient désormais en possession de débris provenant de la collision. J'ai demandé plusieurs fois confirmation de ce que je venais d'entendre ; après m'être ressaisi et écouter les quelques explications sur la nature et les circonstances de la découverte, j'ai répondu que je prenais la route immédiatement pour l'observatoire.


En arrivant dans les locaux dédiés au laboratoire et à la première vue des débris, j'ai eu un profond soulagement.


De toute évidence, même en gardant toutes les précautions d'usages indispensables, les morceaux de choses que j'avais entre les mains ne semblaient provenir d'aucun objet façonnable, manufacturé, ou d'un quelconque matériau fabriqué, mais bien de structure primaire, d'aspect et de densité proche de la roche, bien que les modifications de structure sous l'effet de la chaleur correspondant à l'entrée dans l'atmosphère terrestre ne permettait pas de livrer sérieusement de conclusions plus formelles à la simple observation de surface.


La chose d'emblée surprenante, c'est qu'à l'étude microscopique et spectrographique de quelques tranches, la principale composante de ce fragment de chose venu du ciel n'était pas constitué d'éléments chondritiques ou lithoïdes ou d'éléments ferreux comme le sont la plupart des météorites.


Étrangement, on retrouvait, en plus des nombreux éléments carbonés classiques, des acides aminés en grande quantité, ce qui est très rare pour des objets provenant de l'espace, bien que certains corps célestes, comme les comètes, possèdent en leur cœur cette particularité biochimique.


Cet ensemble de substances organiques formait une étonnante structure composée d'un axe central rigide paraissant creux à sa base, ainsi que d'un « tuyau » central plein dans la partie principale qui donnaient naissance de part et d'autre à des lames insérées obliquement, formant des sortes d'écailles modifiées en crochets.


Ce qui était encore plus déconcertant, c'est que le cœur de cette structure semblait être constitué de protéines complexes de gros poids moléculaire qui évoquaient fortement une protéine que nous connaissons très bien sur terre, une protéine constituant le principal élément des téguments chez les reptiles, les oiseaux et également chez les mammifères et que nous appelons couramment kératine β. Ces protéines se sont d'ailleurs révélées insolubles dans l'eau, comme celles qui assurent à la peau ou à tout autre type d'enveloppe extérieure, sa propriété d'imperméabilité et de protection.


Devant ces évidences, j'étais complètement hagard, comme vidé de substance. J'avais été soulagé dans un premier temps de découvrir que ces débris ne provenaient d'aucun astronef ni d'aucune soucoupe volante et maintenant je devais constater que tout aussi aberrant que ça puisse paraître, je venais d'étudier et j'avais sous les yeux une chose qui possédait toutes les caractéristiques physiques et biochimiques de ce qui devait être à l'origine une gigantesque plume.


Je n'arrivais pas à comprendre ce qui se passait. J'avais beau lire et relire l'intégralité du rapport que je venais de rédiger, à chaque fois, j'avais l'impression de lire une farce et je me suis retrouvé empêtré pendant plusieurs jours et plusieurs nuits dans un profond dilemme.


Le lundi suivant, j'ai adressé mon rapport par les voies hiérarchiques, en toute conscience... tout en évitant néanmoins de trop réfléchir à ce qui allait bien pouvoir se passer par la suite.


À peine quelques jours après, j'ai constaté que j'étais placé sous la garde constante de personnes, d'agents de je ne sais quel service. Je ne pouvais pas rentrer à la maison, me rendre à l'épicerie, me réveiller le matin ou faire le moindre geste sans constater que j'étais étroitement surveillé.


À l'observatoire, aussi, le climat était devenu étrange. Les membres du personnel devenaient distants à mon égard et les contacts se faisaient de plus en plus rares.


Plusieurs semaines s'étaient écoulées depuis la remise de mon rapport et je n'avais toujours pas la moindre consigne ni aucun retour officiel. Alors, je suis resté chez moi, en attendant les ordres, tout en guettant de très près mon téléphone.


Un soir, enfin, celui-ci s'est mis à sonner. C'était un collègue de l'observatoire qui m'appelait. À son timbre de voix, j'ai compris qu'il était nerveux. Il a commencé par me dire que ces objets étaient réapparus et qu'ils s'étaient regroupés en formation circulaire sur la face cachée de la lune et à ce moment avant que je puisse lui poser la moindre question, la communication a été coupé brusquement... J'ai ensuite passé le reste de la soirée ainsi qu'une bonne partie de la nuit à essayer de le joindre, mais en vain...


Assez tôt dans la matinée du lendemain, j'ai reçu un appel de l'observatoire. Un appel officiel cette fois. Il me disait qu'il me remerciait pour tout le sérieux de mon travail et pour mon grand investissement, mais que malheureusement le dossier sur le sujet était clos et que les choses s'arrêtaient là. Malgré ma surprise et mes questions, je n'ai pas réussi à en apprendre davantage. Mon interlocuteur répondait de façon brève et cassante ; il me remercia encore avant de me souhaiter une bonne journée et de raccrocher.


J'étais interloqué par ce dernier coup de fil, car il me paraissait évident que si ces objets étaient réapparus à proximité de la lune, cela corroborait nos hypothèses de trajectoire et cela nous permettait enfin d'en savoir plus.


Le lendemain, je me suis rendu au centre pour avoir des explications. Le gardien à l'entrée a refusé de me laisser passer en me disant qu'il était désolé, mais qu'il avait reçu des consignes. À partir de ce moment, je n'ai plus réussi à joindre personne qui avait travaillé avec moi de près ou de loin sur ces événements, comme s'ils n'avaient jamais eu lieu, comme si toute cette agitation et cette période de plusieurs années n'avaient jamais existé.


Quelques mois après, ce que je redoutais est arrivé avec l'arrêt du projet de surveillance de l'espace. Tous les sites officiels étaient subitement fermés et tous les crédits gelés.


Un soir de septembre, le téléphone de la maison a sonné. Angie a eu une espèce de pressentiment et a tenu à répondre elle-même. À l'autre bout de l'appareil, c'était un médecin de l'hôpital. Il lui a annoncé assez froidement que l'état de Sylvia s'était aggravé et qu'elle était en mort cérébrale. Angie ne comprenait pas. Le médecin lui a demandé si elle pouvait se déplacer, car c'était elle la personne la plus proche au niveau médico-légal, pour qu'elle donne son autorisation à l'arrêt des machines.


Très rapidement, après l'enterrement de Sylvia, l'état de santé d'Angie s'est considérablement empiré ; ses crises la clouaient parfois au lit des journées entières et d'après les spécialistes l'évolution de la maladie était mauvaise... À la maison, elle ne se déplaçait plus qu'en fauteuil roulant et entre la fatigue causée par ses crises et l'effet sédatif de certains médicaments, elle était tout le temps épuisée, comme léthargique, souvent plongée dans un demi-sommeil, quand elle ne dormait pas complètement. Alors, les sorties et les invitations déjà devenues rares se sont réduites encore, jusqu'à cesser complètement.


Au MEO à Hunstville où j'avais repris mon travail à temps plein, je pouvais accéder à toutes les bases de données nécessaires et malgré la fermeture officielle du dossier, je continuais mes recherches, seul, dans la plus grande discrétion.


J'ai ainsi consulté jusqu'à épuisement des milliers de sources archivées, je me suis intéressé de très près aux différentes missions lunaires et à certaines de leurs étranges découvertes qui n'ont jamais été divulguées au grand public, j'ai visionné des films ainsi que des milliers de photographies restées dans le secret des archives de la NASA et je comprends pourquoi aujourd'hui ; je me suis plongé minutieusement sur toutes ces choses que je croyais connaître et de surcroît plus que les autres en tant que chercheur dans le domaine de l'astrophysique, et j'ai découvert avec une certaine horreur, qu'en réalité, sous la surface et le vernis officiel, je ne connaissais rien, et que la vérité dépassait de loin les plus folles conspirations à ce sujet...


À force de travail, de documentations, couplé à ma propre expérience, j'en arrivais enfin à une conclusion assez stupéfiante sur ce qu'était la réalité de ce phénomène, mais j'étais loin d'imaginer que la nuit à venir allait me confronter avec une certaine horreur à mes hypothèses les plus inconcevables.


Depuis quelques temps déjà, pour préserver le repos d'Angie, nous nous étions résignés à faire chambre à part afin que j'évite de la réveiller à n'importe quelle heure de la nuit quand je tardais trop à me coucher, comme souvent désormais, trop occupé voire obnubilé par mes récentes découvertes sur ces mystérieux phénomènes.


Cette nuit-là, alors que le sommeil m'avait emporté comme d'habitude le nez plongé dans mes dossiers, des sortes de petits chuchotements qui provenaient de la chambre d'Angie me réveillèrent brusquement ; c'était des petits bruits à peine perceptibles, en tendant mieux l'oreille, c'était comme si quelque chose se déplaçait ou glissait lentement sur la moquette qui recouvrait le sol...


Après avoir passé un petit moment à écouter avec attention, j'ai entendu clairement des clics caractéristiques ; on était en train d'ouvrir la fenêtre de la chambre. Alors, je suis monté à l'étage en silence pour voir et comprendre ce qui se passait...


Je suis rentré sans bruit en ouvrant doucement la porte qui était resté close. Je crois que je me rappellerai toute ma vie de ce que j'ai vu à ce moment : Angie se tenait debout devant l'ouverture béante de la fenêtre qui donnait sur la nuit. Il y avait la pleine lune qui brillait d'une pâleur spectrale. La scène était surréaliste et j'ai dû me raisonner plusieurs fois pour réaliser que je ne rêvais pas et que tout ça était bien réel. Angie marchait effectivement comme dans un rêve et se déplaçait sans son fauteuil roulant, gracieuse et souple dans ses rares mouvements d'une étonnante lenteur, car on aurait dit qu'elle était encore endormie, comme en hypnose, en transe, ou prise d'une crise soudaine de somnambulisme. L'atmosphère surnaturelle faisait penser à une cérémonie rituelle, mais je ne pouvais pas dire si Angie était la prêtresse ou une simple dévote envoûtée, soumise malgré elle à cette étrange messe noire.

J'ai alors ressenti dans la texture même de l'air un ample mouvement presque palpable qui m'enveloppait, malgré moi, avec le reste, comme si le ciel, la nuit, moi, Angie, toutes ces choses réunies flottaient ensemble et se mouvaient dans un même élan prodigieux, formant irrésistiblement une seule et même respiration sous l'effet d'une marée cosmique orchestrée par la lune et que cette respiration, en plus du ciel et des étoiles, animait ou dirigeait toutes choses vivantes, êtres de chairs, minéraux, arbres, fleurs, papillons... C'est à ce moment que j'ai brusquement remarqué sur les branches du vieux chêne qui surplombait la terrasse les yeux énormes d'une espèce de harpie féroce qui fixait Angie intensément. Tout autour, en regardant de plus près ou parce que mes propres yeux commençaient à s'habituer aux ténèbres, je constatai soudain que ce que j'avais pris pour de petits scintillements d'étoiles ou des reflets de la pleine lune sur les différents reliefs du sol étaient en réalité des milliers de petites orbites brillantes d'où couvaient dans un calme inquiétant autant de yeux d'un feu luisant, pointés en direction de la chambre à coucher, projetant dans la nuit blafarde les ombres et les halos démesurés de sombres et terrifiantes gargouilles de granit de toutes tailles, qui se tenaient immobiles, dans l'éclat pétrifié et glacé de l'astre mort.


Sans réfléchir, j'ai alors appuyé sur l'interrupteur. Au moment où la lumière éclairait l'intérieur, j'ai vu tout autour de la maison, non pas quelques-uns, mais des milliers d'oiseaux d'envergures, d'espèces, de formes et de couleurs différentes qui s'envolaient brusquement dans un énorme bruit de battements d'ailes, comme les charognards s'arrachent violemment d'un cadavre, quand ils sont dérangés lors de la curée.


À ce moment, je me suis précipité pour fermer la fenêtre et j'ai à peine eu le temps de retenir Angie qui venait de s'évanouir dans mes bras.


Depuis cette nuit-là et sans avoir pu les distinguer distinctement, je sais que ces choses sont là.


Ces choses ne sont pas des corps, des constellations, des astres, des étoiles, mortes, vivantes ou en devenir, ce ne sont pas des trous noirs, ni des amas de poussière spatiales et encore moins des objets ou des débris d'origine terrestre.


Pire, ces choses ne sont pas de synthèse ou résultante d'un quelconque processus de fabrication technique ou technologique, n'ont aucune caractéristique d'engins, de vaisseaux, ne ressemblent à aucune machine sortie d'un possible génie industriel, même provenant d'une hypothétique civilisation extra-terrestre avancée.


Ces choses sont vivantes, semblent très en avance sur l'échelle de l'évolution, sont indéniablement pourvues de volonté et ressemblent vraisemblablement à de gigantesques volatiles.


Ces volatiles sont juste au-dessus de nos têtes lorsque nous regardons la lune. Pour des raisons de climatologie spatiale manifeste, celle-ci leur sert de base, de nid ou de tout autre sorte d'abri ou de refuge qui leur permet de se maintenir en dehors de notre champ de vision tout en utilisant le pouvoir mystérieux d'attractivité et de magnétisme de celle-ci, qui semble parfaitement adapté à leur nature profonde.


Ce que je sais aussi, c'est que sans forcément être présentes en permanence, ces choses nous visitent, de façon plus ou moins régulière, et ce, probablement depuis la nuit des temps. C'est ce qui s'est passé lors de ces flashs lunaires et terrestres qui ont été observés entre le 12 février 2012 et 28 juillet 2013 et qui correspondaient à des collisions accidentelles au contact de notre atmosphère.


Le gouvernement sait cela. Il est clair que l'interruption des programmes de recherche et de surveillance de l'espace sert visiblement à cacher ce qui se passe. L'arrêt du programme « Constellation » par le président B. Obama n'était pas motivé par des soucis de budget et les dernières décisions de D. Trump concernant la reprise de la course à l'armement et la création d'une « force de l'espace » n'est pas une façon de montrer les muscles en terme de géopolitique terrestre, mais bel et bien une réponse adressée à ces choses et aux dangers qu'elles représentent pour notre planète et notre espèce.


Depuis les différentes missions dans l'espace, les responsables politiques connaissent à des degrés divers l'existence de ces oiseaux. Je pense d'ailleurs qu'un contact a déjà été établi et que ce contact persiste encore entre ces volatiles et ceux qui dirigent les principales nations de la planète. Il est probable également qu'un pacte secret ait été passé depuis longtemps entre ces entités et nos gouvernements.


Je ne sais pas si les personnes les plus puissantes de la planète parlent avec des oiseaux, même avec des oiseaux venus de l'espace ou d'une autre dimension et si c'est le cas, je ne sais pas non plus comment ils font pour se comprendre, mais j'imagine que c'est possible, car tout est possible finalement...


Pour des raisons de sécurité nationale ou peut-être pour des raisons plus pernicieuses, pour l'instant, nos dirigeants préfèrent taire toutes ces informations.


Pourtant, ce dont je suis sûr désormais, c'est que ces entités ne sont pas là pour notre bien. Il est clair que ces choses possèdent un système proprio-sensoriel hors du commun et le mot est faible, reposant sur un mode proche de la télépathie, voire de la télékinésie et peut-être sur d'autres modes de cognitions encore plus insidieux et inédits dont elles se servent pour nous détruire à l'aide de leurs mauvais charmes et de leurs perfides envoûtements, car le but final même tortueux et infiniment long est d'éliminer à terme l'humanité, peut-être pour des raisons personnelles, peut-être parce que nous sommes considérés comme des parasites définitivement nuisibles au reste de la galaxie, à l'univers, voire à l'harmonie stellaire dans son ensemble complexe.


Oui, je peux affirmer que malheureusement l'affrontement est en cours, mais que la guerre ne se mène pas comme dans les films de science-fiction, à coups de pistolet ou de sabre laser. La destruction de l'humanité se fait en silence, aux yeux de tous, sans que personne ne s'en aperçoive. Dans notre réel, elle se déroule dans la discrétion et la douce illusion des gazouillis et les batailles se mènent sur le terrain inaccessible du sensible ; à l'abri des cieux et des espaces verts, dans les troncs creux de nos souvenirs et de nos arbres morts, au détour d'un buisson fleurissant ou sous la tour lugubre d'un clocher d'église, dans la poésie maudite de leurs sibyllines mélodies ces créatures hystérisent avec ardeurs nos vrais oiseaux et électrisent en silence la moindre parcelle palpitante de notre corps jusque là profondément enfouie dans les méandres de nos cerveaux reptiliens, car oui, pour notre plus grand malheur, c'est bel et bien une guerre psychologique qui a débuté et qui progresse un peu plus à notre insu et dans nos foyers de jour en jour...


D'ailleurs, il n'est pas impossible que nous vivions, sans le saisir encore, la première guerre totalement sensorielle de notre histoire.


Il est certain, qu'en réalité, ces êtres ne sont ni des anges, ni des oiseaux, ni des petits hommes verts, en tous cas, pas au sens où nous les concevons...


Ils sont d'ailleurs probablement très éloignés de tout ça dans leur physiologie naturelle. Une physiologie que nous sommes tout simplement incapable de distinguer comme matérialité tangible dans nos interprétations...


À ce propos, la conscience, encore profondément embroussaillée dans l'immensité de nos champs sensoriels et de bien d'autres choses, restera pour longtemps encore à notre entendement un univers parcellaire bien mystérieux...


En regardant plus attentivement le groupe de canaris s'agiter dans la volière du grand patio, comme une révélation, je me suis dit subitement que d'autres personnes, chercheurs ou non, ont sans doute découvert ou approché la vérité bien avant-moi, mais que probablement ils ont renoncé à énoncer les faits, face à la peur du ridicule, pour préserver leur prestige, mais peut-être aussi parfois pire, simplement pour sauver leur vie.


Bien sûr, pour m'intimider à mon tour, ils poussent des cris sur leur perchoirs, battent bruyamment des ailes sans raison, tapent dans leur os de seiche frénétiquement et vont jusqu'à déposer leurs fientes dans tous les coins quand la porte de leur cage est restée ouverte, mais ce qu'ils ne savent pas, c'est que cela me permet d'étudier leurs comportements à ma guise et quand bien même je devrais rester ici pour l'éternité, je suis bien déterminé à mettre à jour les manigances et les charmes funestes qui se cachent dans l'apparente frivolité de leur langage et à prouver au monde entier ce que ni les ornithologues ni les autres astrophysiciens n'ont pu saisir jusqu'à présent, faute de s'y intéresser vraiment.


Aujourd'hui, c'est le premier jour du printemps, mais il est déjà tard.


En fin d'après-midi, l'infirmier qui ressemble à un pigeon-ramier m'a amené du courrier. C'était enfin des nouvelles d'Angie...


Comme tous les matins aux aurores, demain, le gazouillis des oiseaux mettra tout le monde de bonne humeur, comme je devais l'être moi-même jadis en les écoutant.


Pourtant, quand je les entends désormais, je reste cloîtré dans ma chambre.


Car je sais aujourd'hui que dessous les apparences, le chant des oiseaux n'est pas un chant de joie, mais bien un chant de guerre...




(*) « Quelle était cette lumière brillante dans le ciel la nuit dernière ? »

NB : Ce récit est un clin d’œil, dans le syle d'E.A.Poe, écrit pour commémorer le 50e anniversaire du premier pas sur la lune, le 21 juillet 1969, avec un peu de retard...


 
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   cherbiacuespe   
13/1/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément
Voilà une histoire originale.

Le ton est monotone comme il est nécessaire. C'est raconté comme une sorte de témoignage, c'est un bon choix car on reste concentré sur le sujet, on veut savoir.

Et à la fin on est pas déçu. On reste ainsi dans le mystère. Est-il interné pour garder le secret ou est-ce un halluciné qui a rêvé toute l'histoire.

Beau travail sur les LTP que je ne connaissais pas. J'aime ces histoires d'après faits réels ou l'on remarque que les auteurs ont aussi fait un boulot d'enquête et de recherche afin de coller à la réalité (travail fastidieux et long généralement). C'est très peu remarqué, jamais signalé et encore moins félicité. Félicitation donc.

Cherbi Acuespè
En EL

   maria   
14/1/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

même si j'ai trouvé le narrateur trop bavard sur sa vie familiale, je crois que l'auteur(e) a eu raison de la mettre en parallèle à son travail de scientifique. La lecture du texte est moins ardue pour les profanes à "la recherche physique et structure".
J'ai trouvé la scène dans la chambre d'Angie, particulièrement bien écrite, poétique et visuelle.
Le narrateur a été écarté des recherches parce que, me semble t-il, il a trouvé, en analysant les débris, "une gigantesque plume". Les autorités craignent qu'il ne dévoile la dangerosité de "cette guerre psychologique et sensorielle".
Verrons-nous, lors de prochaines "collisions accidentelles", ces "petites orbites bruyantes" ?
Pour que "la destruction de l'humanité se fait en silence" n'aie pas lieu, continuons donc à respecter "le pacte" avec les oiseaux !

J'ai trouvé cette nouvelle remarquable par la qualité, la justesse de son écriture, et par l'imagination de l'auteur(e) partie de connaissances scientifiques qui ne me semblent pas erronées.

Merci pour le partage et à bientôt.
Maria en E.L.

   Louison   
27/1/2020
 a aimé ce texte 
Un peu
La longueur de ce texte m'a vraiment rebutée, je n'avais pas envie de le lire.
Je l'ai lu tout de même et plusieurs fois.
J'ai trouvé l'histoire intéressante, mais je pense que des coupes sont nécessaires. Trop d'informations inutiles à mon avis, qui n'apportent rien au récit.
Bien sûr, l'auteur décide et reste maître de son œuvre, je n'émet qu'un humble avis.
Louison en EL

   Mokhtar   
4/2/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Donc pour ces volatiles venant d’ailleurs, le but final serait d’éliminer les humains de la terre. À mon humble avis, lesdits humains sont assez grands pour faire ça tout seuls. Les choses sont en route, grâce à quelques zoziaux à haut-de-forme qui oeuvrent avec ardeur.

Quant à considérer l’homme comme « définitivement nuisible à la galaxie »…c’est défendable. Il suffit de voir l’état de notre planète pour s’inquiéter de nos velléités à pousser le bouchon du côté de Mars ou Vénus pour y fourguer nos nuisances expansionnistes.

Sont évoqués « les mauvais charmes et les perfides envoûtements » de ces êtres doués de capacités surnaturelles, mais on ne dénombre pas de victimes. On invoque des raisons majeures au silence des dirigeants politiques, tous d’accord (quelle utopie) pour se taire, mais rien ne permet d’évaluer ces raisons.

Je ne m’accommode de l’irrationnel qu’en poésie ou dans l’art en général. Et la SF est pour moi une spécialité littéraire qui m’est aussi étrange qu’étrangère.

Aussi je m’interdis d’émettre un avis définitif, et même je me sens obligé de bien noter ce texte d’un genre qui n’est pas ma tasse de thé. Nous sommes sur un site d’écriture, et il faut admettre que l’auteur rédige de façon très agréable, et qu’on suit aisément le développement de son affaire. La progression des faits sait habilement conditionner et intriguer le lecteur. Ma flèche réductrice concerne quelques longueurs un peu hors sujet comme l’immixtion dans l’histoire de sa belle-sœur agonisante et de la femme malade, dont je cherche en vain la raison (à moins que l’auteur se divertisse à lancer son lecteur sur de fausses pistes).

Et je demeure maudissant mon esprit obtus qui m’empêche de donner sens à la scène lazarienne qui voit Angie marcher comme par miracle. Ne serait-elle pas (ou plus) de ce monde ?

Mokhtar, en EL(si,si).

   plumette   
4/2/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Une nouvelle remarquablement écrite, dont le soubassement scientifique est sûrement très documenté, mais trop loin de mes goûts et connaissances pour que je puisse le goûter comme il se devrait.

Dans la construction, l'alternance entre la vie personnelle de Chadwick et sa vie professionnelle m'a permis de reprendre ma respiration. Je suppose qu'il y a un lien entre les malheurs qui écrasent cette famille et cette guerre sensorielle, sinon comment comprendre cette accumulation? En écrivant cela, je me rends compte que je donne crédit à la réalité de cette surveillance des oiseaux-lunes et au complot.
Ou alors, est-ce cette accumulation qui entraîne ce scientifique dans une sorte de délire?

Il me semble que vous ne choisissez pas ! Et que vous laissez votre lecteur se dépatouiller avec cette histoire terriblement anxiogène.

je em suis demandée le sens de ce "Bonjour" au début. A qui s'adresse le narrateur?

Je crois que le texte est contemporain ( se passe en 2020) et j'ai été un peu surprise que le narrateur parle de carrière pour un cursus qui n' a commencé qu'en 2011. Mais c'est un détail!!

beau travail!

   HERLINE   
4/2/2020
 a aimé ce texte 
Bien
l'idée d'une guerre d'un autre temps d'un autre lieu est originale...Votre style a quelque chose de charmant et légèrement suranné, vous racontez à la manière des auteurs fin du XIXème. et cela ne déplaît pas de le remettre au goût du jour. Le récit est long à se mettre en place cependant avec moult détails, beaucoup de phrases longues où le " et " " et" vient marquer la régularité et inviter au temps de respiration : en gros il manquent des virgules et des points dans certaines phrases. On pense à Hitchcock et ses oiseaux, Edgar ( sans d ) PoE et si le narrateur avait étudié à l'université de Miskatanovic, on aurait perçu quelque chose de Lovecraftien dans tout cela.
Dans l'ensemble et mises à part ces quelques remarques d'un humble non spécialiste de la littérature, on ressent une certaine maîtrise de l'écriture et je vous dis bravo pour ce moment.

   Tiramisu   
4/2/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour,

Le fond est intéressant, crédible par son vocabulaire scientifique, par les aspects politiques également. On peut effectivement imaginer que face à un tel danger extraterrestre les politiques cacheraient ce risque au commun des mortels.

Il y a une bonne montée du suspense que je trouve malgré tout assez tardive. Il faut en effet prendre son souffle pour commencer et continuer cette nouvelle, car le début est longuet.

On commence par un bonjour sans savoir à qui il s'adresse. Peut être faut-il faire le lien avec la fin avec l'infirmier qui apporte un courrier. Le narrateur serait-il interné, et passerait son temps à écrire des courriers sans réel destinataire ?

Ensuite, la biographie du narrateur, la liste des lieux, des services etc donnent sans doute une forme de crédibilité au texte mais renforce la lenteur à rentrer dans le vif du sujet.

Donc, le suspense commence tard mais me tient en haleine. OVNI ou autre en tout cas ça y est, je suis captivée.

L'histoire des oiseaux-lunes est originale et nous sort du chemin tout tracé des soucoupes volantes et autres aéronefs. Cela fait écho à l'état de notre Nature si maltraitée. Une forme de Nature serait plus forte, les oiseaux en forte diminution sur terre, auraient des grands frères féroces ...Pas mal du tout comme idée.

La scène avec Angie somnanbule face aux oiseaux dans la nuit est superbe.
Pour le reste, l'écriture pourrait être allégée, les phrases sont un peu longues ou répétitives, il me semble.

Une question que vient faire la mort des parents d'Angie, la soeur dans le coma ? En quoi cela sert l'histoire, sont ce les oiseaux lunes les coupables ou bien toutes ces morts auraient contribué à déséquilibrer la psychologie du narrateur ?

Merci pour cette lecture

   ours   
6/2/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour

Voilà une nouvelle qui a du demander un sacré travail de recherche. Même si je vous avoue que l'entame ne m'a pas attiré : le MIT, les diplômes... Je me suis dit que l'auteur allait devoir tenir la route question connaissances scientifiques pour que le personnage reste crédible. Mais dans l'ensemble tout semble assez cohérent si ce n'est parfois la naïveté du personnage.

Ce que j'ai le plus apprécié dans votre nouvelle, c'est l'incursion du fantastique particulièrement à la fin du récit qui donne un vrai élan presque lyrique me plongeant dans la psychologie du personnage et son interprétation du phénomène. Tout n'est pas dit explicitement, de fait je ne sais pas si le narrateur affabule, divague ou perd complètement la tête. Ce contraste avec le côté pur SF m'a plu.

Dans l'ensemble j'ai passé un agréable moment de lecture même si j'ai parfois eu le sentiment que le récit pourrait être allégé. J'ai parfois eu l'impression de lire un roman dans le sens où il y a beaucoup de détails et d'informations qui ne servent pas directement l'histoire. Mais cela est affaire de goût.

Bravo pour ce beau travail et merci du partage !

Edit : revue de l'appréciation, cela m'arrive quand un récit traîne un peu dans mon esprit et me fait réfléchir bien après la lecture.

   Cat   
5/2/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Monsieur Chadwick,

J'ai lu votre histoire.

J'ai lu cette nouvelle à sa parution. Une très longue nouvelle, comme aime les écrire l'auteur. ^^

Comme tout texte riche, il faut s'en imprégner pour apprécier sa juste valeur. Car il ne s'agit pas d'une nouvelle de gare, vite lue et tout aussi vite oubliée, comme nous avons trop pris l'habitude d'en lire. Normal, me direz-vous dans cette société où le fast-consumérisme a été élevé au rang d'évangile.

Ici, votre histoire, Monsieur Chadwick, est prenante et construite selon les règles de l'art pour préparer la chute glaçante.

La première partie plante le décor d'une vie, comme celle que j'imagine chez les cadres sup' de la société américaine, immuable depuis au moins les années 50 (1950). Des études dans une université de bon aloi, un mariage heureux, un avenir professionnel et familial qui se dessine conforme à ce qui est attendu d'une vie, en quelque sorte banale, au mécanisme bien huilé. Un décor idéal en somme, comme pour mieux mettre en exergue toute l'horreur de la découverte qui va suivre.

Et tout doucement, moment charnière du récit, au fur et à mesure que l'on découvre avec le narrateur la nouvelle mission qui lui est confiée, l'univers se met à basculer...

La deuxième partie, à partir du coup de fil qui va entraîner le héros dans les incroyables découvertes de sa nouvelle mission, l'escalade des événements, quasi imperceptible, monte dans un crescendo subtil. - A ce propos, je salue le travail de sape bien mené par l'auteur qui nous entraîne subrepticement vers l'horreur finale.

D'autant plus horreur, qu'elle est fort plausible. Comment ne pas, après avoir lu cette nouvelle, se mettre à regarder les oiseaux avec un relent d'inquiétude ?

Elle est superbe la scène de la nuit où Angie se lève et marche comme envoûtée par les harpies. Harpies que découvre Edgar Allan (joli clin d’œil au Maître!) perchées sur les branches. Elle est le clou du spectacle pour moi. Une scène ou la Poésie se fond dans le Fantastique pour une hallucinante danse macabre.

Ce que j'apprécie dans cette nouvelle, en plus d'applaudir la somme considérable du travail de documentation qui a été nécessaire pour rendre crédible ce récit, c'est la, ou plutôt les portes ouvertes offertes par l'auteur afin que chaque lecteur se laisse aller à toutes les hypothèses et déductions que son imagination plus ou moins débridée voudra bien échafauder.

Pourquoi ne pas s'imaginer que les oiseaux-lune, ces oiseaux de malheur vivant parmi nous depuis si longtemps ont pris les rênes de nos destinées. Ainsi, l'accident des parents d'Angie, sa sœur miraculée mais dans le coma, la maladie d'Angie, elle-même... jusqu'à cet infirmier qui ressemble à un pigeon-ramier, et l'avenir de Monsieur Chadwick, à jamais obsédé par la réalité...

L'histoire est prenante. Je la porte dans la tête depuis ma première lecture, hier matin, et à chaque fois que je regarde s'ébattre les oiseaux de mon jardin...

Après une relecture, je vois d'un œil amusé, Rosie, la vieille perruche de maman, enterrée au fond du jardin de la maison familiale. Comme un léger appel du pied qui dirait ''attention, il va être question ici d'une histoire de plumes... '' et qui annoncerait le renversement de situation final...

La SF n'est pas mon univers de prédilection, sauf lorsqu'elle s'immisce dans la réalité au point de donner des frissons, et surtout lorsqu'elle est, comme c'est le cas ici, menée par une plume de qualité. C'est toujours cela, une belle écriture, qui, ajoutée à la curiosité entraînera mon plaisir à la découverte de nouveaux horizons.

Pour cela, et pour le reste, merci Lari.


Cat

   Babefaon   
6/2/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un texte assez long et bavard qui m'a un peu fait peur au début, je dois bien l'avouer. D'autant que je suis un peu hermétique à ce genre de sujets. Je me suis pourtant laissé embarquer sans difficulté au fil des lignes, car le sujet hormis qu'il soit très documenté est habilement mené. Rien à dire sur sa construction. Le texte très aéré et les allers-retours entre la vie personnelle et professionnelle du narrateur permettent de souffler un peu et de sortir un temps de l'intrigue principale. J'avoue aussi être un peu passé en accéléré sur certains passages, trop explicatifs à mon goût, ce qui m'amène à penser qu'il pourrait peut-être être allégé à certains endroits, mais cette réflexion n'engage que moi et il est possible que je me trompe, car je sais combien il est difficile parfois de trouver l'équilibre recherché. Merci pour ce bon moment, et au plaisir de vous lire à nouveau...

   Louis   
7/2/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Deux lignes narratives sont suivies dans ce récit fantastique : l’une relative à la vie privée du narrateur, dans la dimension d’une histoire personnelle, l’autre relative à sa vie professionnelle, dans une dimension sociale et collective. La ligne d'une singularité, et l’autre celle d'une universalité.

Elles ne sont pas indépendantes l’une de l’autre, et l’on sent bien que l’une entraîne l’autre.

Mais laquelle ?
Laquelle est ligne directrice ? Le texte joue sur une ambiguïté, qui permet de donner la préséance soit à l’une, soit à l’autre.

L’histoire est celle de corps célestes. Une histoire d’astres, une histoire d’oiseaux.
Les oiseaux et les astres ont en commun de présider, selon les croyances traditionnelles, au destin des hommes.
Dans les idées superstitieuses, dans l’astrologie, le destin de chacun serait gouverné par la position et le mouvement des astres.
Quant aux oiseaux, ils étaient vus comme des signes qui augurent une destinée : « oiseaux de mauvais augure » : dit-on encore aujourd’hui.
Les auspices se chargeaient d’observer le vol et le chant des oiseaux, et les augures lisaient l’avenir dans les entrailles des volatiles.

La vie adulte du narrateur semble avoir commencé sous les meilleurs « auspices », et sous une « bonne étoile », elle prend fin quand des astres, précisément dans un ‘’désastre’’, deviennent oiseaux de mauvais augure.

Dans la première ligne narratrice, le narrateur se présente en insistant sur la culture scientifique dont il est nourri, l’université parmi les plus prestigieuses qu’il a fréquentée ( le MIT de Cambridge), les diplômes supérieurs qu’il a obtenus ( ingénieur en géologie spécialisée dans l’aérospatiale ; doctorat en physique et géologie appliquée). On ne pourrait guère voir en lui un farfelu extravagant, fantasque et délirant, crédule naïf et irrationnel.
Il est un astrophysicien, pas un astrologue. Sa carrière s’est faite dans un domaine scientifique élevé, on ne pourrait le soupçonner d’être un esprit faible et sans rigueur. Il est averti des « théories du complot », et ne confond pas science et science-fiction. Il donne ainsi des garanties de fiabilité : ce qu’il va découvrir, dans le cadre même de son activité professionnelle, doit être considéré comme fiable, véridique et authentique.
Il lui faut ces garanties, car ce qu’il va relater n’est pas facile à croire, pas facile à admettre. Son récit, en effet, va se teinter de fantastique pour devenir tout à fait stupéfiant et incroyable, étrange autant qu’invraisemblable.
Ainsi le plus fiable finira-t-il par engendrer l’incroyable, le plus crédible par insinuer le plus douteux, le plus rationnel par se mêler à l’irrationnel.

Il fait le récit d’une découverte effarante, qui bouleverse l’identité même des choses, plus particulièrement des oiseaux : ces animaux volatiles ne sont pas ce qu’ils paraissent, ils sont des êtres extra-terrestres, voire même surnaturels ; ils n’ont pas la terre pour origine, mais un ailleurs indéterminé ; la gaieté de leur chant et leur allure inoffensive cachent des intentions hostiles, belliqueuses et destructrices.
La « guerre des mondes » entre les oiseaux extra-terrestres et les hommes a déjà, selon lui, commencé depuis longtemps, mais sous un aspect inattendu, très éloigné des images qu’en donne la fiction : « la guerre ne se mène pas comme dans les films de science-fiction, à coups de pistolet ou de sabre laser. La destruction de l’humanité se fait en silence, aux yeux de tous, sans que personne ne s’en aperçoive. Dans notre réel, elle se déroule dans la douce discrétion et la douce illusion des gazouillis ».
C’est tout un regard sur la réalité quotidienne qui se trouve bouleversé : l’ailleurs n’est pas au loin, à des années-lumière révélées par un télescope, mais ici ; l’autre est dans le même, et l’étrange dans la banalité du quotidien ; le drame se dissimule dans le doux et léger gazouillis des oiseaux.
Tous les volatiles sont sur le modèle de ce corbeau du poème d’Edgar Poe, celui qui ne connaît qu’un seul mot : « Nevermore. » : « Jamais plus. »
Les corps célestes, météorites, astéroïdes ou géocroiseurs se confondent avec ces autres corps vivants planant dans le ciel : les oiseaux. Tous sont des « oiseaux de malheur ».
« Prophète ! — dis-je, — être de malheur ! oiseau ou démon ! toujours prophète ! » : s’écrie le narrateur de Raven, traduit par Baudelaire.
Les astres étudiés par l’astronome rejoignent les astres de l’astrologie, et les oiseaux des ornithologues ceux des auspices et des augures dans une même fonction : annonciateurs de malheur, à la différence que les oiseaux-lunes ne sont plus seulement des signes, mais les causes mêmes du malheur qui survient.

Comme un renversement du monde : le ciel était le lieu du parfait et de l’immuable, le « supra-lunaire » ; il campait le lieu du divin et le séjour des anges, il cède désormais la place aux profondeurs de la terre, à ce monde chtonien qui cache des êtres maléfiques et des enfers ; le dessous a pris la place du dessus, l’au-delà de l’ici-bas. «Être de malheur, oiseau ou démon ! ».

Les événements de la vie privée du narrateur, dans ces conditions, ne sont pas indépendants des découvertes faites par le docteur Edgard Allan Chadwick, avatar à la fois d’Edgar Allan Poe, et du physicien James Chadwick, celui qui a découvert le neutron dans le noyau de l’atome, et participé à l’élaboration de la première bombe atomique, à Los Alamos, dans le cadre du projet Manhattan.

Ces événements malheureux ne relèvent pas du pur hasard, mais sont provoqués par les "oiseaux de malheur". Il s’agit d’empêcher Chadwick de connaître la vérité et de la dévoiler. Leurs manœuvres d’intimidation vont jusqu’à tenter de ravir son épouse, après avoir provoqué la maladie qui l’empêche de marcher, et tentent de la transformer en oiseau, elle dont le nom sonne comme celui des anges : « Angie », confirmant le basculement entre le céleste et le chtonien.

La rédaction et la diffusion de la lettre que le narrateur rédige, - adressée à tous et à chacun, une lettre aux humains - et qui constitue le contenu du texte, apparaît dès lors comme un acte héroïque, qui demande beaucoup de courage et de clairvoyance. C’est l’écriture elle-même, dans ces circonstances, comme porteuse de vérité, qui est un acte de pur héroïsme. La seule arme contre le fléau qui menace se trouve dans les mots, et la lumière qu’ils prodiguent, la prise de conscience qu’ils permettent, quand les autorités politiques, elles, ont choisi le silence, et voudraient aussi faire taire le narrateur.

Si l’on accorde, en revanche, un primat à la deuxième ligne narrative, celle de la vie privée et de la subjectivité, alors le texte se lit autrement, et le rapport entre les deux lignes s’en trouve changé.
Les malheurs qui s’abattent sur la famille du narrateur sont le fait du hasard. Ils n’ont pas de sens, mais le narrateur développe un délire interprétatif de type paranoïaque, dans lequel ils reçoivent une signification. Sa vision du monde change et s’introduit dans ce délire, quand le ciel cesse d’être « éternellement bleu », et apparaît « comme cousu d’étoiles déjà mortes, des étoiles très noires qui venaient obscurcir à jamais notre existence et tuer dans l’œuf tout espoir d’insouciance et de sérénité » ; quand les étoiles se transforment à ses yeux en oiseaux, et n’expriment qu’un Nevermore.
La subjectivité délirante du scientifique a des conséquences sur l’interprétation des objets de sa recherche, et Chadwick se retrouve interné dans un hôpital psychiatrique.

Le texte relève indéniablement d’une esthétique fantastique, même si le « genre fantastique » résiste à toute définition stricte.
Pourtant, il possède une dimension sociale et politique. Chadwick, même s’il délire, sent bien que ce qui lui arrive déborde son cas personnel et les limites de son individualité.
Par son nom et ce qu’il évoque, on peut penser que les oiseaux noirs qui planent sur l’humanité, menaçant de la détruire, ne sont autres que les armes nucléaires ; que la rationalité du monde portée à ses extrêmes par les technosciences n’engendre pas nécessairement le progrès, mais peut entraîner l’humanité à sa perte ; que l’imagination laissée à la seule raison génère des monstres (le peintre Goya avait titré l’une de ses œuvres : « Les Songes de la raison engendrent des monstres »)

Le fantastique joue sur la gamme de la peur. Pourquoi cette peur ?
Le récit fantastique n’a-t-il d’autre propos que de divertir le lecteur, de provoquer en lui peur, effarement, surprise, et toutes sortes d’émotions fortes, ce battement de cœur supplémentaire qui déloge l’homme de son quotidien, bien qu’il soit confortablement installé dans son fauteuil ?
N’a-t-il pas aussi à nous faire peur, pour provoquer, hors texte, une réaction salutaire contre ce qui produit les « monstres » ?

Merci Lariviere pour ce beau texte fantastique.

   Malitorne   
7/2/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Il n’y a pas de doute, je vous préfère comme auteur de nouvelles que poète. Sur cette histoire j’ai pu vous suivre, au contraire de votre dernière poésie qui m’avait semblé bien abscons. J’ai beaucoup aimé les trois quarts du récit, l’imbrication entre science-fiction et vie quotidienne m’a apparu judicieuse. Si j’en crois les ressorts de l’intrigue les deux sont mêlés, mais c’est bien aussi de ne pas se focaliser que sur un genre, d’introduire du commun à côté du fantastique.
L’apparition des oiseaux-lunes dans l’espace est captivante, leur description, l’étrangeté du phénomène. C’est après, à mon avis, que ça se gâte. Vous n’avez su tenir l’originalité jusqu’au bout et êtes tombé dans trop de poncifs : le complot des gouvernements, des créatures extraterrestres donc forcément hostiles, la possession des esprits humains et animaux confuse. Tout s’embrouille, tout perd de sa clarté – le narrateur a-t-il perdu la raison ? – on dirait que vous avez eu du mal à finir l’histoire. Je regrette que vous ne soyez parvenu à conserver cette excellente idée de ptérodactyles cosmiques, incompréhensibles, pour la ramener vers un scénario somme toute banal.
Malgré quelques phrases pesantes, le style est agréable et se parcourt sans difficulté.

   Robertus   
7/2/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Lariviere

Comme beaucoup j'admire le travail de documentation, beaucoup de mots auraient dû cependant être explicités à mon avis mais comme il s'agit d'une lettre ç'aurait sûrement brisé l'effet voulu.

Il y a déjà beaucoup de ce que je penses qui ont été dit dans commentaires précédents je ne vais donc pas m'appesantir.

Je suis quelqu'un de très visuel et je voulais juste faire remarquer certains détails dans la scène très particulière avec Angie et la harpie.

Vous la décrivez, au tout début de ce long paragraphe, comme étant " debout devant la fenêtre béante ", puis plus loin vous nous expliquez qu'elle marche lentement. Dans ma tête quelque chose s'est bloqué et je l'ai imaginée buter contre la fenêtre. Le choc initial aurait pu être de la voir d'abord marcher doucement pour arriver devant la fenêtre béante. J'imagine que visuellement, il était plus joli de commencer la description comme vous l'avez fait, mais à mon avis cette légère incohérence aurait pu être évitée.

Un peu plus loin vers la fin, toute cette partie recèle quelques erreurs, à mon avis, d'ordre visuel encore :


" C'est à ce moment que j'ai brusquement remarqué sur les branches du vieux chêne qui surplombait la terrasse les yeux énormes d'une espèce de harpie féroce qui fixait Angie intensément. "

[ On arrive à un moment où le narrateur remarque " brusquement " les yeux d'une harpie " féroce " qui fixait ANGIE intensément ( sa femme ! ). Pour moi, le début de la phrase qui suit ne dépeint pas assez la gravité. Les termes utilisés sont trop lents à mon avis. ] ..." Tout autour , en regardant de plus près ou parce que mes propres yeux commençaient à s'habituer aux ténèbres, je constatai soudain que ce que j'avais pris pour de petits scintillements d'étoiles… "

[ " en regardant de plus près " pour moi casse totalement le rythme et la tension, comme s'il ne semblait pas plus alarmé par ce qu'il avait vu avant. Je penses que commencer directement par " Je constatai soudain que ce que j'avais pris pour de petits scintillements d'étoiles… " aurait été plus judicieux.]

[ Dans la même phrase plus loin le terme " orbites brillantes " est assez paradoxal. Déjà, je n'ai compris que plus tard que ces orbites étaient des orbites d'yeux. Je n'avais pas compris comment une orbite qui était un verbe de déplacement en astronomie pouvait être matériel. Puis, même comprenant cela, j'ai essayé de comprendre la suite : ]

" ...sur les différents reliefs du sol étaient en réalité des milliers de petites orbites brillantes d'où couvaient dans un calme inquiétant autant de yeux d'un feu luisant, pointés en direction de la chambre à coucher… "

[ déjà " de yeux " c'est difficile à lire ^^, ne dit-on pas " autant d'yeux " ?. Ensuite j'ai eu du mal à comprendre à cause du " sur les différents reliefs du sol " que les yeux étaient en fait à la fenêtre, c'est seulement trop loin qu'on voit " pointés en direction de la chambre " qu'on comprends que ça vient de l'extérieur. ]

Enfin voilà, des chipoteries visuelles, qui servent peut-être, au final, à donner encore plus un aspect surréaliste à scène.

Bravo pour cette nouvelle !

   Pepito   
9/2/2020
Hello Larivière !

Style : débute façon curriculum vitae... et continue de même. Le tout bourré d'annotations d'école célèbres (aux US, bien sûr, parce que les E.T. ils atterrissent toujours aux US, c'est bien connu ;=) et galimatias scientifique. Pour les émotions, merci de prendre la file d'attente.

Je dois avouer que je me suis ennuyé ferme et j'ai sauté la fin. Une histoire de zoziaux ?

Le genre de SF qui fait détester la SF à ce qui ne connaissent pas la SF.

"qui flottaient dans l'espace sur un plan horizontal." voilà une phrase qu'elle est drôle. ;-)

Une autre fois surement. ^^

Pepito oiseau de mauvais augure... cui_cui_cui

   hersen   
11/2/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Le point fort de cette nouvelle est certainement le flottement en guise de chute et c'est un aspect que j'aime beaucoup.
Car même après quelues temps, je me demande, même si je reste penchée du même côté.

Un petit air de complot, assez bien posé, le vide autour d'un chercheur. et cela n'a rien d'irréel. on se demande beaucoup au sujet de ses recherches. Et découvrir en fin une obsession des oiseaux de malheur qui engendrent tout est bien vu.
Qui veut abattre son chien l'accuse de la rage.

Dans la narration, même si je peux comprendre pourquoi, la nouvelle trainaille un peu trop dans la description rigoureuse de la vie de ce couple. Il me semble qu'il y avait moyen de faire un tantinet moins long, car finalement, ce n'est pas une partie si captivante. En tant que lectrice, je reste trop longtemps dans l'expectative.

La catégorie, c'est l'éternel problème. En choisissant l'une ou l'autre, SF ou fantastique, l'auteur y laisse malgré lui quelque chose, et c'est un peu dommage, comme c'est toujours le cas pour les textes qui peuvent entrer dans deux catégories.
Mais aucune ne serait usurpée.

Donc, un intérêt qui s'est accru au fil de ma lecture.

merci de la lecture !
(mon éval tient compte d'une trop longue attente en début de texte)


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