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Policier/Noir/Thriller
Lariviere : Rien à voir d’extraordinaire
 Publié le 30/12/20  -  15 commentaires  -  6873 caractères  -  174 lectures    Autres textes du même auteur


Rien à voir d’extraordinaire


Moi je n’ai rien vu d’extraordinaire, oui c'est vrai, c'est là-bas que se trouve le chantier, entre midi et deux on casse la croûte et parfois, quand on peut, on va manger au PMU d’en face, c’est faisable mais pas tout le temps parce que faire le manœuvre dans le bâtiment ça rapporte pas beaucoup d'argent, mais moi ce jour-là je les ai pas accompagnés parce que je me sentais pas très bien à cause de cette histoire de chantier qu’on était soi-disant en retard et qu’on s’est fait engueuler par le patron et même qu'Abdel le chibani lui qu'on n'entend jamais il a dit comme ça que de toute façon les patrons c'est juste bon qu'à vous gueuler dessus et il a rajouté qu'entre les chiens et nous ils faisaient pas de différence et je crois qu'il a raison, et il y avait aussi ce rat crevé dans la bétonnière qu'on a découvert juste avant le repas et qui puait, oui, c'était impressionnant à quel point ça puait, quand on l'a sorti gonflé et tout délavé tellement que son pelage n'était plus gris mais clair presque blanc et il était vraiment puant, flottant sur son ventre, prêt à éclater comme une outre trop pleine, et c'est moi qui ai dû l’enlever, ça m'a coupé l’appétit, alors j’ai préféré laisser les autres partir manger tranquille et m’isoler un peu et marcher aux abords du chantier en restant seul pour que ça passe, les nausées, la puanteur et l'image de cette grosse masse blanchâtre et gluante qui venait se coller devant moi chaque fois que je fermais les yeux et qui faisait comme une tache qui clignotait à l'intérieur, et puis les idées noires, alors j’ai sorti une cigarette que j'ai allumée de suite et j'ai fumé tranquillement tout en marchant pour me faire passer le mal au cœur, les odeurs, et le reste, et je me suis mis à regarder la rue tranquillement en direction de la place Salengro vu que côté marché gare il y avait beaucoup d’animation parce que c’était le marché aux fleurs et que moi j’avais besoin de calme et que tout ce vacarme ça m’empêchait de me détendre et qu’il fallait quand même que j'y arrive vu qu’après il fallait reprendre le travail sous le soleil, ça tape, ça frappe fort, en plein été ça cogne dur, alors j’ai fait quelques pas en direction du petit pont et je me suis accoudé à la barre, la balustre, le garde-fou et de là c’était silencieux et je voyais bien la place Salengro avec tous ces gens qui marchaient et qui commençaient à rentrer et il y avait aussi beaucoup de voitures et même un bus est passé et je me suis arrêté parce que les nausées revenaient, alors j’ai repris une cigarette et j’ai vu au milieu des maisons quelque chose comme une langue, oui, une grosse langue grise flottante gonflée et sale comme une énorme masse gluante qui se déroulait au milieu de la rue et de la ville tout entière avec les gouttières qui brillaient très haut et les odeurs du rat et moi, mon ventre vide qui se mettait à gargouiller et c’est à ce moment que d’abord j’ai vu la petite fille qui descendait la rue avec ses nattes noires, avec la langue grise qui grossissait tout autour et je me suis juste aperçu qu’il y avait des oiseaux pas loin de là dans un arbre et que c’étaient des oisillons qui piaillaient parce qu’ils avaient faim, mais moi, j'ai conscience qu’il ne faut pas bombarder des familles, ceux qui font ça ne sont pas des hommes, ils seront punis, grâce à Dieu, alors les odeurs me revenaient parce que je le connais, lui, je sais qu'il est vieux et obèse, qu'il est dans les affaires depuis toujours, en Orient, en Occident, qu'il pose un doigt et que, d'un coup, son ongle énorme s'enfonce profondément dans chaque pays du monde avec toute sa masse de viande de bombes de doigts griffus, avec sa masse d'argent et sa graisse qui étouffent mes frères et sœurs parce que sa cause c'est Israël et je sais ça, moi qui ne suis qu'un manœuvre et probablement pour vous rien qu'un sale Arabe, juste bon à couler du béton ou à vider vos poubelles, et il passait soudain devant moi sur l'avenue avec toute l'horreur de sa masse invisible que je voyais pourtant, car moi j’ai mille yeux, j'en ai trois cent mille, j’en ai trois milliards et plus encore et je vois toute la vérité parce que j’ai six milliards d’yeux partout car Mahomet est le prophète et qu'il nous a appris à regarder avec les vrais yeux et à voir les réalités et vous, vous tapez bêtement ma déposition, mais j’ai mille milliards d’yeux, et je vois ce gros comme il est réellement, c’est un des chefs des transparents qui viennent nous dégouliner dessus et nous mettre des rats crevés dans les bétonnières, alors j’ai enlevé moi-même le rat crevé et je l’ai vu se rapprocher, je l’avais déjà vu une centaine de fois, des milliers et des milliards de fois, avec mes milliards d’yeux, à des milliards d'endroits, partout dans l’univers, il était de plus en plus près et il allait faire ça avec la petit fille aux nattes noires, celui-là c’est un des pires parce qu’il a déjà mis beaucoup de femmes enceintes, presque toute l’Afrique, l'Asie et la Palestine et il a mangé, dévoré, avalé des pays entiers et les richesses, avec tous les peuples dedans, et les ressources minières, il a tout avalé ; la terre, les chairs, les os, les ressources, et même les yeux des enterrés ; il a tout englouti avec sa grosse langue grise qui n'a pas de fin, même les jeunes filles vierges et en plus, tout dégoulinant, il trouve le temps d'endormir les gens et quand ils sont assez endormis il vend des armes pour faire durer les conflits et vous aurez rien de plus dans ma déposition, parce que je n’ai rien vu rien d’extraordinaire, juste le gros transparent dégoulinant qui s’est approché de moi très près, trop près, et il y avait cette odeur de rat crevé qui tournait dans la bétonnière, dans mon crâne, avec cette chaleur insupportable et il m’a parlé, il me semble qu'il m'a même adressé un sourire pour me mettre dans sa poche et ensuite continuer à avaler tout le reste du monde, alors les oisillons ont arrêté de piailler, le silence s'est installé tout autour, il s’est accoudé sur la rambarde pour regarder l’eau qui coulait et les canards qui suivaient le cours de l'eau tranquille dans les vaguelettes vertes et soudain, il y a eu comme un éclat de tonnerre, et ensuite beaucoup de rouge, c'était du sang partout, moi, je n’ai rien vu, il y avait le fracas et le sang qui se répandait et le soleil qui brillait dans la flaque qui séchait et qui formait un énorme caillot et puis une masse noire poisseuse et le corps qui faisait comme des hoquets, ça bougeait vite malgré la grosseur de la masse qui remuait, sa tête éclatée, ses mains, son gros ventre qui n’était plus du tout transparent, le bitume, la rambarde, ma chemise, le soleil qui brillait comme des bombes, le rat crevé, la petite fille et le courant de l'eau tranquille ; je n’ai rien vu d’extraordinaire, oui c'est ma chemise, le sang, je ne sais pas ; le marteau aussi, il est à moi...


 
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   SaulBerenson   
1/12/2020
 a aimé ce texte 
Un peu
Le main d'Allah qui frappe la grosse masse grise capitaliste qui aime Israël étouffant les frères et sœurs musulmans...bon, pourquoi pas ?
Je ne sais pas à quel degré il faut prendre cette nouvelle.
Le rythme imposé d'une phrase unique semble indiqué un état qu'un euphémisme policier qualifierait de "très agité". Nous avons donc là un "suspect" avec marteau ensanglanté à la main. Il fallait oser.
La littérature n'est pas qu'un passe temps et la violence est partout. Texte très politique dont l'impolitiquement correct est la seule chose que je retiendrai de bon.

   ANIMAL   
7/12/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'aime bien le fond de ce texte qui raconte la dislocation intérieure de cet homme, ce mélange dans sa tête, cette déformation de la réalité qui le conduit à un crime dont il n'a même pas conscience. Récit de la dérive ordinaire d'un ouvrier surmené, coup de folie d'un homme endoctriné, maladie du cerveau physique ou mentale ? Sans doute les enquêteurs ne s'y retrouveront-ils jamais dans ce délire verbal et déduiront-ils au crime d'un déséquilibré.

La forme est justifiée par la logorrhée, mais que c'est pénible à lire.

Un bon texte néanmoins.

   Donaldo75   
10/12/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément
Autant le dire tout de go, j'ai trouvé ce texte très fort de par le risque pris par l'auteur de choisir ce format ultra dense, moléculaire au point que les atomes sont comprimées dans la narration mais aussi par la puissance du drame qui se joue dans cette rivière furieuse de mots. Tout se mélange dans la tête de cet homme et sa façon de raconter est presque libératrice pour lui, pour le lecteur qui s'il n'a pas craqué après deux lignes se laisse entraîner dans ce flux et en prend la vigueur. C'est du délire mais quel délire, celui de tous les jours dans la vie difficile d'un pauvre gars perdu dans sa tête. Je ne suis pas certain qu'il soit fou, juste dépassé par ses pulsions, son animalité, et plein d'autres choses que le lecteur peut découvrir en reprenant la lecture. Parce que ce texte est difficile à lire à la loupe, sagement assis sur son rocking chair en chaussant ses grosses lunettes bien tranquillement enfoncé dans son plaid. Non, il dérange, il tortille les neurones, il agace, il ne donne pas envie d'aller en arrière sinon c'est fini, hop, basta, bonsoir msieurs dames. C'est plus que du rock'n roll et le lire avec attention c'est comme écouter un morceau des Dead Kennedys au ralenti, c'est comme conduire une Lamborghini en première, c'est sage mais pas marrant. D'aucuns pourraient crier au scandale mais l'ont-ils fait quand ils ont lu - mais l'ont ils lu, au fait ? - le chapitre Vardaman du roman de William Faulkner intitulé "Tandis que j'agonise ? Que de questions à se poser, ça se précipite comme dans la tête de ce meurtrier que je ne qualifierais pas de pauvre hère car en définitive il accomplit l'acte le plus horrible de la création.

Bravo !

   hersen   
30/12/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément
Au premier abord, on se dit, oh le pavé !
Et puis ensuite, dès les premières lignes, on oublie le pavé et on est happé par ce rythme, presque hypnotique, et puis ça s'arrête brusquement, au point unique; Qui ressemble fort à un mur, au-delà duquel le narrateur, sans doute, je le devine, ne pourra plus s'exprimer.
c'est un véritable tour de force, le truc qui rend jaloux, mais qui recèle trop de talent d'écriture pour que ça s'installe (la jalousie). On est juste tellement heureux de lire de tels textes.

En plus, c'est sur Oniris :)))

Il y a , dans l'urgence de dire du narrateur, quelque chose qui me fait vraiment penser à "la vie devant soi", notamment dans le passage où l'enfant se livre au père de famille, qui deviendra sa famille, quand l'enfant commence à raconter sa vie, qui n'est qu'un empilement d'horreur, avec une urgence, mais avec naturel, devant ce père de famille pétrifié de cette horreur.
Et là, je retrouve très exactement ça.

Un grand merci pour la lecture, Lari !

   Dugenou   
30/12/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Larivière,

Un texte étouffant, oppressant. Je l'avoue, durant ma lecture j'ai vainement cherché un point qui m'aurait permis de reprendre ma respiration (psychologique ?). J'ai cru voir des points virgule mais ça n'a pas grande importance maintenant. Vous avez eu l'obligeance de mettre des virgules, au moins...

Je me sens lessivé.

Dugenou.

   Arsinor   
30/12/2020
 a aimé ce texte 
Vraiment pas
Il me semblait bien que c'était une déposition même si vu la logorrhée le policier chargé de la recueillir aurait coupé la parole à cet ouvrier, ce n'est pas un entretien de sociologie. Le découpage par des virgules et le style font penser aux verbatims des études sur la langue. Aux deux tiers, notre narrateur se met à délirer sur l'Islam, j'ai moins bien suivi. Quelle est cette grosse langue grise ? Pourquoi soudain un style transcendantale avec les griffes qui s'enfoncent dans les pays de l'Occident ? Peut-être des terroristes qui épargnent l'ouvrier "arabe" et plongent dans le sang les autres.

Mélange de vulgarité et de lucidité vu l'importance de rendre tout de même une histoire aux yeux du lecteur. Quelques points-virgules à signaler...

   Charivari   
30/12/2020
Lari, arrête les acids, ça fait du mal à la tête !

Non, sérieux, un texte complètement barjo, qui va crescendo, le style et le fond se confondent, on entend le personnage, on fait corps avec lui, on se dit quand même putain de rat, on pense un peu à l'etranger de Camus, un individu sans volonté qui se laisse aller par la fatalité et que le soleil pousse au crime, c'est la faute au soleil, c'est la faute au rat, c'est la faute à Israël... Mais là c'est un Meursault en plein délire, jusqu'à la tragédie finale...

Bref, l'exercice de style est réussi et le résultat, saisissant. Par contre, j'ai un gros bémol: je crois que le fait d'associer ce récit, de manière un peu artificielle à mon goût, à l'islamisme et les attentats type "loup solitaire", sujet sensible s'il en est, ça n'apporte rien à ce concept qui se suffit à lui-même, d'autant que je trovue que cette thématique n'apparaît que vers la fin. C'est dommage, je trouve, parce que ça nous fait bifurquer sur une toute autre thematique, et au final, sur un autre texte,

   wancyrs   
30/12/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Salut Lari,

Parler en bloc, voilà ce qu'on peut dire de ce texte. J'ai eu du mal avec les trois première phrases, mais après ça coule tout seul. Un fait comique que je veux partager c'est qu'à l'instant où je voulais cliquer sur la flèche du bas de mon écran pour faire monter le texte, ma souris est restée collée à la flèche, et je me suis surpris à m'écrier ; "Oh non non non !" :) j'ai cru ne plus pouvoir trouver où je m'étais arrêté. Bref, cet incident passé j'ai repris ma lecture.

Je vois dans ton récit un homme dérangé, intense ; et la densité du récit renvoie bien à cette intensité du caractère du narrateur. Je ne crois pas que ce soit un psychopathe, car son délire est trop près de l'humanisme. je vois plutôt un schizophrène qui, influencé par tout ce qui se passe autour de lui (la misère du monde, le terrorisme, la pédophilie, etc.), pète une coche. Bon, il peut s'agir d'un vrai criminel qui joue le schizophrène pour s'en sortir avec une charge moins lourde ; si c'est le cas, je devrais relire pour voir où j'ai loupé l'indice... en tout cas, les policiers auront fort à faire !

Merci pour le partage !

Wan

   papipoete   
31/12/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
bonjour Larivière
" ben voilà monsieur l'inspecteur ce que je peux vous dire ; il était aussi gros qu'il était méchant, j'étais sa proie il allait me dévorer, en me faisant vomir avec ce rat crevé qu'il avait jeté dans la bétonnière !
le sang là ? oui, je vois bien ! le marteau c'est le miens, mais je ne vois pas ce qu'il fait là dans tout ce sang ! voilà monsieur l'agent, je vous ai tout dit... "
NB un harcèlement que beaucoup connurent, sur un chantier de construction, un atelier d'usine ou bien à la POSTE quand les facteurs se pendaient aux balustrades, ou sautaient par la fenêtre !
Rarement, le " tourmenteur " en payait le prix, cédant sa place à la victime, et parfois la roue tournait vengeant un peu les victimes.
Là, je pense qu'il y a du racisme, mêlé d'autorité de SS, et ça ne peut que finir mal !
L'atmosphère est angoissante de bout en bout, et le scénario bien écrit avec le " parler " de l'ouvrier et ces images psychédéliques d'horreur où ça patauge au point de se noyer...

   Pouet   
31/12/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Slt,

oui, je trouve que le "se mettre à la place de" est bien troussé, l'angle de vue clair et "crédible" si cela veut dire quelque chose.

La forme est teintée d'une pointe de surréalisme fort opportune, le ton plutôt tragi-comique rend la chose certainement plus "accessible".

J'ai lu avec plaisir le déroulé des phrases.
J'ai simplement été un peu gêné par la surabondance - probablement inhérente à cette forme de narration - de "qui, que, parce que...".

Au final un texte assez "osé" qui ne laisse pas indifférent.

   Malitorne   
1/1/2021
 a aimé ce texte 
Un peu
Je suis toujours réservé devant un texte qui essaie de reproduire le délire d’un cerveau malade, souvent les auteurs en font trop ou pas assez par méconnaissance. L’absence de ponctuation ne me semble pas suffisante pour rendre compte pleinement d’une désorganisation de la pensée, ni les quelques images envahissantes qui répondent encore trop à des enchaînements logiques. Pour avoir animé des ateliers d’écriture thérapeutiques, je sais combien les structures grammaticales souffrent d’éclatement, de bizarrerie, et les mots de dispersion. Bien entendu tout dépend du niveau de gravité de la maladie, mais ton personnage étant un tueur on peut penser qu’il est quand même bien atteint ! Je ne suis donc pas convaincu par la mise en forme mais parce que j’ai des points de comparaison. C’est davantage un délire littéraire que tu nous livres.

Secundo, le message sous-jacent est sujet à caution. Si j’ai bien compris, tu t’inspires d’attaques récentes à connotations terroristes d’individus isolés. Dans ta démonstration, ces gens là sont des malades, des fous, donc des irresponsables. On a même l’impression que tu veux nous apitoyer avec ce pauvre bougre. Ce ne sont pas des convictions politiques ou religieuses qui animent les gestes de ces meurtriers, simplement le résultat d’une confusion de leur esprit. Ce genre de raisonnement, même si des cas existent, m’apparaît trop simpliste et escamote la réalité des faits. Les attaques terroristes, avant d’être l’actes de déséquilibrés, restent l’œuvre de fanatiques persuadés d’être dans leur bon droit et de servir une cause jusqu’au bout. Tu as choisi l’angle de la folie pour tenter de comprendre, c’est réducteur par rapport à la problématique du sujet.

Un récit pour moi anecdotique, bien loin, dans un tout autre registre, de ton excellent "Les oiseaux lune" qu’à l’époque j’avais sous-évalué.

   Bellini   
1/1/2021
Meilleurs vœux d’inspiration, Larivière,

Les allégories, je préfère les comprendre, surtout quand je lis dans une même phrase les mots Israël et arabe.
Je n’ai pas pu décortiquer le schéma actanciel de ce récit. Je pense y avoir reconnu le sujet (le manœuvre) et peut-être l’objet (laver les insultes immémoriales, symbolisées ici par le rat dans la bétonnière), je dis bien, peut-être…

Dans la première moitié du texte je me suis même demandé si le manœuvre ne s’en prenait pas à l’islamisme radical lorsqu’il évoquait le bombardement des familles. Il a fallu le piaillement des oisillons qui ont faim pour me convaincre qu’il s’agissait plutôt de territoires palestiniens bombardés. C’est grave de pouvoir se tromper sur de tels sujets. La référence à Israël qui suit, et sur laquelle je reviendrai, a fini de conforter cette seconde hypothèse.

Du coup, j’ai cru reconnaître le Capitalisme dans ce vieil obèse que Dieu punira. Sa grosse langue m’a semblé être celle des mots ensorceleurs qui corrompent le monde et les idéaux. Je dis bien peut-être…
La petite fille avec ses nattes (des épis de blé), je la vois comme le symbole de la fertilité, de la beauté et de la sagesse. Elle est encore pure, alors la langue tourne autour d’elle, cherche à la séduire, le manœuvre la voit en danger.

Tout ce que je viens de dire tient à peine en équilibre sur un fil ténu, et je n’aime pas trop ça. Je n’aime pas ne pas comprendre un récit, fut-il allégorique, et jamais je ne donnerai une caution positive, sous forme de note ou d’appréciation, à un texte qui donc emploie les mots Israël et arabe dans la même phrase, sans que je comprenne de manière irréfutable la substance du récit ni ce que l’auteur veut vraiment nous dire à travers son personnage. Que vient faire Israël là-dedans ? Si je comprends que le manœuvre arabe y fasse référence en confondant Israël et l’Occident dans une même haine primale et anticapitaliste, cette référence a le défaut de déporter le récit, de le polluer par cette cible dont je me serais volontiers passé. C’est le même risque que celui d’un référendum sociétal dont les électeurs profiteraient pour juger le gouvernement plutôt que la question.

Je défie quiconque d’avoir compris précisément le contenu et l’intention de ce texte, qui par le choix du mot Israël, que l’auteur l’ait voulu ou non, concentre tout à coup une forte implication politique, qui dégonfle si je puis dire l’image très forte du rat secoué dans la bétonnière. Suivre le cheminement réflexif poncifiant d’un individu traumatisé par sa condition ou par les offenses faites à ses croyances religieuses est une chose, laisser ce cheminement en suspens dans une nébuleuse factuelle en est une autre. Que se passe-t-il à la fin ? La description indiquerait plutôt que le manœuvre n’est pas l’auteur de l’attentat. Après tout, il n’avait qu’un petit marteau à la main… Alors quoi, une victime lui aussi ? Que la police pourrait soupçonner, parce qu’il est arabe et qu’on l’a trouvé sur les lieux avec un objet contondant ? Que veut-on donner à penser aux lecteurs ? Que cette guerre contre l’Occident s’est tellement banalisée qu’il n’y a plus rien à voir d’extraordinaire dans la violence ? Qu’elle frappe aveuglément ? Peut-être l’auteur dit-il cela… ou peut-être pas… Il ne m’étonnerait pas que la fin soit comprise différemment selon les commentaires (que je n’ai pas lus) et ça, c’est très dommageable pour l’intérêt du récit, car on n’est pas ici dans une bluette de récit poétique.

Sur des sujets sensibles comme ceux-là je ne me satisfais pas d’une allégorie qui délivre des évènements et des conclusions tout à fait obscurs pour le lecteur, même s’ils procèdent d’une réflexion de l’auteur qui enrichit la complexité et la dramaturgie du sujet. Je me demande si, sur les réseaux sociaux, vous ne vous feriez pas finalement interpeller (euphémisme) par à peu près tout le monde.

Quant au mode narratif choisi, la logorrhée des courants de conscience est en phase avec l’excitation du personnage, même si elle suit une continuité mentale, ce qui semble assez peu logique dans ce brassage fantasmagorique et parabolique.

J’ai aimé le style et le fil narratifs, mais pas du tout l’insondable chaos spéculatif dans lequel vous abandonnez vos lecteurs.
Cordialement
Bellini

   AKIDELYS   
3/1/2021
 a aimé ce texte 
Bien
quel rythme, j'en suis hors d haleine !
une seule phrase c'est osé, mais ça marche et c'est en phase avec le discours et l'oralité du langage du narrateur. Je suis partagée entre lui administrer un sédatif ou prendre au sérieux son histoire... c'est donc réussi
bravo

   Raoul   
25/3/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour,
Pour un phrasé, c'est un phrasé !
J'aime beaucoup cette logorrhée qui commence par un singulier, part aux pluriels, tout aussi singuliers, s'égare en énumérations d'yeux, de dieux qui voient tout : un flux de pensées qui résonnent et déraisonnent (formidable image que cette langue !), et revient au singulier, au geste incompréhensible, inimaginable.
J'ai pensé au criminel de l'Étranger de Camus.
Style superbe et complexité du thème en fragmentation qui ne se réduit pas au binaire mais à ce "Je" qui voit, agit, se voit agir et réagit à... je trouve ce texte équilibriste, intéressant, difficile et très réussi !
Bravo.

   ericboxfrog   
30/6/2021
C'est une déclaration, un dialogue ou plutôt un monologue. Il n'y a pas de point, juste des virgules et deux points-virgule à la fin ; mais ça ne gêne pas. José Saramago écrivait aussi comme ça, de longues phrases, très longues phrases. Ça attire, c'est attrayant, on n'a pas envie de s'arrêter de lire. Il y a de tout. C'est très riche en détails. Il y a la vie, il y a la mort, la beauté et la laideur et de nombreux autres antagonismes. C'est un style nouveau pour moi, et ça me plaît. Ce qui est mis dans ce texte, cette façon impeccable d'expliquer les choses, c'est clair, long, précis. (Peut-être quelques exagérations quand on lit des quantités exorbitantes : mille, cent mille, trois milliards, six milliards, mille milliards... un peu lourd. Et quand on ne suit pas ce délire un peu trop complexe, on perd un peu le fil. On ne l'a sûrement pas vécu pareil: la petite fille, un arbre avec des oisillons, une grosse langue grise flottante gonflée et sale, et surtout le rat mort retrouvé dans la bétonnière décrit sous tous les angles, dans un état très avancé de décrépitude, pendant assez longtemps au début du texte.
Le tout dans un gros paquet de lignes, sans espace, ou presque formant un gros bloc. Chapeau !


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