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Fantastique/Merveilleux
Leandrath : Cycle des Amberlirims - Aventures : 6 - Voyage Initiatique
 Publié le 10/01/09  -  3 commentaires  -  27768 caractères  -  20 lectures    Autres textes du même auteur

Un nouveau personnage hors du commun, même au regard d'un univers de fantasy, voyage sur la route qui relie son passé et son avenir.


Cycle des Amberlirims - Aventures : 6 - Voyage Initiatique


Cette nouvelle intervient alors que les Amberlirims réfugiés chez les elfes commencent à percer les mystères de ce nouveau monde. Elle décrit une partie des évènements qui sont arrivés pour Lina W’oot, qui s'est séparé du groupe pour aller son propre chemin, à la recherche de son identité, et surtout de l'Yggdrazill.


Voir partie 1 : Introduction – Préface


______________________________



La pluie s’était mise à tomber la veille. Une petite pluie fine et froide, qui descendait des nuages gris sur la terre rocailleuse de Warg’am’hor. Elle s’écrasait sur le sol aride et ruisselait en de petites rivières, transformant progressivement la poussière en boue. Les montagnes environnantes, sous leurs manteaux de brumes humides, semblaient dominer la région de leur présence millénaire. Tels de vieux et sages arbitres, indifférents aux querelles des hommes autant qu’aux éléments. Leurs pics se perdaient dans la grisaille des nuages bas, comme s’ils avaient voulu les percer pour en faire jaillir toute l’eau et dégager le ciel.


La pente du terrain s’accentuait lentement depuis la plaine d’Athanelas, jusqu’aux solides repaires des nains. Au fur et à mesure, la végétation se faisait plus discrète. Les rochers remplaçaient les arbres, et les sentiers laissaient place aux ravines.

Lentement, le voyageur s’éloignait du centre de la Malédiction de Sylvanus. Mais le temps ne s’éclaircissait pas pour autant. Il tranchait nettement sur ce décor de pierre et de terre. Grand, une immense épée dans le dos, des cheveux rouges et une peau écailleuse, il avait un aspect indéniablement reptilien. Pourtant il était humain. L’étrangeté seule de cet individu aurait attiré sur lui toutes les attentions. Mais l’armure magnifiquement ouvragée qu’il portait semblait émettre en permanence une diffuse luminescence. Aussi sa présence dans les régions rocheuses n’était-elle pas passée inaperçue. Lui-même paraissait n’avoir rien remarqué de l’impressionnante série de paires d’yeux qui le scrutaient alors qu’il gravissait prudemment la pente. Mais après tout, qui aurait pris le risque de s’attaquer à un demi-dragon pourvu d’une épée de la taille de deux hommes.

C’était du moins ce qu’il se disait, tout en arpentant les chemins escarpés qui conduisaient vers les plus hautes montagnes.


Là, il espérait trouver une créature ancienne et puissante, qui pourrait lui apprendre ce qu’il était advenu de ses compagnons. Certes, les autres survivants du crash de la barque étaient en sécurité sous la protection de la Reine des Elfes. Mais en tant que Comte, et Porteur de l’Anneau du Lion d’Or, il se devait de contribuer au regroupement des citoyens impériaux sur ce nouveau monde. Bon, peut-être la perspective de visiter des environnements inconnus, de découvrir des ressources cachées, de contribuer à écrire les légendes et surtout de rencontrer le Dieu des Dragons, l’avait-elle un peu motivé, elle aussi. Mais si peu. Et après tout, il était normal qu’un prêtre d’Oghma s’efforce d’augmenter ses connaissances et, par-là, celles de son ordre.


« Ha ben ça, c’est l’hôpital qui se moque de la charité, t’es prêtre quand ça t’arrange, hein ? »


Il entendait les reproches amusés de ses compagnons comme s’ils avaient été là.

Il était parti depuis deux semaines maintenant, et c’était la première fois qu’il était séparé d’eux pour une si longue période depuis qu’il les avait rencontrés, loin, dans la grande capitale de Teragopolis. En fait, ils lui manquaient.

Mais l’heure n’était pas aux atermoiements sentimentaux, il devait mener à bien sa quête et retrouver l’Yggdrazill, et…


- Ho, quelle drôle de créature…


Lina W’oot s’interrompit pour observer une sorte de lézard à plumes qui louvoyait entre les fissures.


- Mmh, oui bon, reprenons.


Il se remit en route, en fredonnant un air ancien.


Derrière les rochers, ou tapis dans des ornières, dissimulés dans des crevasses, les gnomes des montagnes observaient le voyageur. De petite taille, à l’aspect sec et échevelé, ils servaient de sentinelles en surface, pour les nains. Ils étaient leurs serviteurs. Pourtant ils n’avaient pas donné l’alerte quand le géant avec sa gigantesque épée avait pénétré dans leur territoire. Il était seul et ne faisait rien pour dissimuler sa présence. Les gnomes étaient intrigués, fascinés par cette créature humanoïde au profil dragonien. Pour il ne savait quelle raison, le chef de patrouille avait ordonné de le suivre jusqu’à savoir ce qu’il était venu chercher dans les montagnes. Alors les gnomes s’y appliquaient au mieux. Ils étaient presque invisibles dans le décor.


La créature chassait pour se nourrir, et s’arrêtait à chaque occasion pour remplir une outre d’eau. Elle ne faisait pas cuire sa nourriture. Et n’allumait pas de feu. Elle n’avait pas l’air de souffrir du climat, et chantait souvent. Son chant était presque hypnotique. Les gnomes, songeant aux vieilles légendes de démons des cavernes aux voix charmeuses, avaient décidé de maintenir avec lui une distance raisonnable.

Mais ils ne pouvaient s’empêcher de rester sur ses traces.


Ainsi Lina W’oot voyageait-il, tel le joueur de flûte, emmenant derrière lui une horde de petites-gens du peuple des montagnes. Il aurait pu ignorer leur présence encore longtemps s’il ne lui avait fallu franchir une ravine, profonde, et large de plusieurs dizaines de pieds. Mettant à profit sa grande taille et sa force, il lui fut aisé de se projeter de l’autre côté en un bond extraordinaire. Dans leur étonnement, les gnomes trahirent leur présence. Depuis l’autre côté du fossé, le barde demi-dragon remarqua les petites silhouettes qui apparaissaient par intermittence entre les rochers rendus humides par la pluie.


Il hésita un instant. Puis il leur cria dans la langue commune d’Idalness :


- Si vous me suiviez, vous feriez bien d’abandonner. Sachez que je ne tolérerai aucune entrave dans ma haute mission !


Et il força l’allure, mettant rapidement de la distance entre lui et ses poursuivants. Qui, de toute façon devraient faire un détour conséquent pour franchir la ravine.

Mais les gnomes ne pouvaient faillir à leur tâche. Une fois le centre de leur attention disparu, ils recouvrèrent toute la clarté de leurs esprits. Rapidement, ils prévinrent les nains. Et bientôt la montagne retentit des échos des tambours. Les éclaireurs nains étaient sur les traces de Lina W’oot.


Ce dernier perçut le rythme d’alarme, répercuté par les flancs des montagnes. Au moins cela lui fournissait-il un accompagnement. Bien que la musique purement utilitaire ne lui ait jamais vraiment plu. Néanmoins, il fallait qu’il se hâte. Les elfes l’avaient prévenu de l’hostilité des nains de Warg’am’hor. Et il ne tenait pas à se retrouver aux prises avec ces gens. Pas s’ils étaient aussi désagréables et nauséabonds que ceux de son monde d’origine.

Mais ils avaient l’avantage du terrain. Et Lina n’était pas vraiment discret, avec sa grande taille et son armure débordant d’enchantements.


Il courait pour échapper à ses poursuivants, franchissant les obstacles et gravissant les parois aussi vite qu’il lui était possible. Il estimait que toute une escouade était sur ses talons, mais il n’avait encore aperçu aucune barbe. Ils tentaient peut-être de l’encercler. Ou plus vraisemblablement de l’amener quelque part. Il n’allait pas se laisser conduire à l’abattoir.

Il repéra un promontoire, d’où il aurait une vue d’ensemble sur les environs proches. Et incidemment, où il pourrait se défendre avec facilité. Il escaladait la roche parsemée de mousse quand la première hache vint se planter à côté de sa tête. Les nains avaient décidé de passer à l’offensive. Une fois en haut, Lina se rendit compte qu’il ne s’était pas trompé de beaucoup.


Une dizaine de nains se pressaient autour de son refuge. Et leur petite taille ne semblait pas les gêner pour grimper.


« Même ici les nains sont tellement familiers de la caillasse qu’ils y vivent comme des poissons dans l’eau. Sauf que, étant dans l’eau, les poissons eux, sont propres. »


Souriant à sa propre boutade, le barde demi-dragon entreprit de tisser autour de lui ses charmes protecteurs et de soutien. Puis il prit dans son dos la lourde épée frappée d’une tête de dragon, dans laquelle coulait une rivière de mercure. Cette arme était sa fierté. Il l’avait dessinée et enchantée lui-même. Certes, avec un petit coup de main d’un obscur magicien pas très reluisant et vaguement talentueux. Mais tout de même.

Quoi qu’il en fut, ces nains allaient apprendre à leurs dépens qu’il valait mieux ne pas pourchasser les bardes de l’Empire Teragon. Les critiques étaient là pour ça après tout.


Lina frappa le premier casque qui dépassa le rebord de la petite plate-forme rocheuse. Le nain lâcha prise et emporta un de ses compagnons dans sa chute. Le suivant fut accueilli par un coup qui le décapita proprement. Mais les autres prirent rapidement appui sur le promontoire, et le barde se trouva acculé contre la paroi. Trapus et bardés de fer, armés de haches, les nains barbus lançaient à Lina des imprécations dans une langue qu’il ne connaissait pas. Il leur répondit dans le langage universel des dragons.


Il parut prendre une grande inspiration. Et le sang de Dragon Rouge, son héritage, fit son œuvre. Il exhala un souffle enflammé qui atteignit la plupart de ses adversaires. L’un d’eux, la barbe en feu, se jeta bas de la plate-forme sous l’effet de la panique. Les autres opérèrent une retraite stratégique. Visiblement ils ignoraient que le barde ne pouvait recourir à ce pouvoir qu’occasionnellement. Et c’était tant mieux.


Mais les nains ne renoncèrent pas pour autant. Ils entreprirent de creuser la roche à la base du promontoire. Lina W’oot s’étonna de leur vitesse d’exécution. Malheureusement, son abri n’allait pas faire long feu. Et d’où il était, il voyait les autres patrouilles qui convergeaient vers l’endroit où il se trouvait.


« Si je reste là je suis cuit, ils sont trop nombreux. »


Soit, il allait profiter de son seul avantage.

Faisant tournoyer son immense épée, il sauta au milieu des nains qui creusaient, en poussant le plus terrible hurlement qu’il pouvait produire. Mobilisant toutes ses ressources de comédien, il se lança dans une danse menaçante ponctuée de cri draconiques très convaincants. Surpris, les nains s’égayèrent en tous sens, afin d’éviter le déchaînement de fureur qui semblait les attendre. Lina W’oot n’était pas sûr d’apprécier que son public quitte la salle avant la fin. Mais comme c’était là précisément l’effet recherché, il ne s’en formalisa pas outre mesure.


La magie courant en lui augmenta sa vitesse et il se mit à courir vers les hauteurs. Il fallait qu’il les sème.

Au détour d’un chemin profondément enfoncé, il tomba sur une autre patrouille. Sans prendre le temps de ralentir, il sortit à nouveau son épée. Il traversa leurs lignes en balayant plusieurs guerriers. Sa peau écailleuse le protégea des coups portés à ses jambes. En fait, il devait à tout prix éviter de se faire submerger. Individuellement, les nains ne lui posaient aucun problème. Mais ils pullulaient dans la région.


Poursuivi par une horde de petits personnages en armure, le géant de Teragopolis courait à travers les montagnes. Alors qu’il parcourait une pente rendue glissante par le gravier qui se dérobait sous ses pas, apparurent dans le ciel les noirs nuages de l’orage. Et la pluie fine se transforma rapidement en une averse apocalyptique. En un court instant, le temps passa du calme au tumulte de la tempête. L’horizon fut plongé dans les ténèbres. Instinctivement, Lina chercha des signes d’utilisation de sorcellerie ou de magie druidique. Mais il ne perçut rien de tel. Il dut renoncer à chercher dans cette direction, tant il lui devint difficile de maintenir son équilibre dans les éléments déchaînés. Le vent violent se prenait dans ses vêtements, et le sol instable commençait à l’emporter avec lui vers le bas. Dans la lueur des rares éclairs, il apercevait les nains en contrebas, se tenant à l’abri des rocs les plus massifs. Soudain un grondement sourd retentit. Lina W’oot leva les yeux pour voir, lentement, la montagne descendre sur lui. Une masse énorme de terre et de pierre emportée par la force des eaux dégringolait vers lui. Et le sol lui interdisait toute fuite rapide. Il ne put retenir un cri.


- Damnation !!!


En dessous de lui, les nains fuyaient aussi vite que possible. Il n’avait que quelques secondes pour réagir, ou il mourrait enseveli sous des tonnes de roches. Mais il n’y avait aucun abri à l’horizon. Et pas moyen de s’éloigner suffisamment. Il jeta un regard désespéré aux alentours alors que le grondement devenait assourdissant. Il allait mourir là, trempé et sale, emporté par une avalanche de pierre et de boue. Il n’y avait même pas un sortilège qui…


Trop tard ! Tel un mur mobile, la vague déferlait sur lui. Il se recroquevilla et cacha son visage derrière ses bras. Juste comme il allait être englouti, il sentit le sol se dérober sous lui.


« Ça y est, je suis emporté, le rideau tombe ! » pensa-t-il.


La terre se referma sous lui doucement, et le grondement s’étouffa. Mais au lieu d’être écrasé, brisé, et emporté par la force des éléments, il se retrouva en train de tomber. Le temps qu’il réalise ce qu’il se passait, il atterrissait durement sur un sol de roche brute, avant d’être arrosé par une pluie de gravats. Il se jeta sur le côté. Le grondement semblait venir du ciel. Le barde se trouvait dans une sorte de grotte. Juste avant qu’il ne soit balayé par l’avalanche, une crevasse s’était ouverte sous ses pieds. Il était sauvé.


- Merci, Oghma, murmura-t-il.


Les pierres continuaient à tomber du « plafond ». Il se releva douloureusement, et épousseta ses vêtements habituellement éclatants. Dans la caverne humide, son armure enchantée diffusait une lueur pâle mais suffisante à ses yeux aux pupilles verticales. La caverne se prolongeait vers l’ouest visiblement. Il se mit en quête d’une issue. Lentement, au-dessus de lui, le grondement diminuait d’intensité. Les grottes s’enchaînaient, et rapidement Lina, malgré ses précautions, perdit toute idée de direction. Sans pour autant tourner en rond, il aurait été bien en peine de dire où il allait déboucher. Au bout d’un moment, il se contenta de suivre les galeries les plus importantes. De toute façon, sa taille l’empêchait de se glisser dans les tunnels trop étroits. Il songea distraitement que s’il devait retourner dans les égouts de Teragopolis, dans la célèbre cachette des Amberlirims, il faudrait faire quelques aménagements. Enfin, si toutefois les gens recrutés par Douran et Orlhynn ne mettaient pas la ville à feu et à sang en leur absence. Un assassin de Bhaal… Il avait bien senti que ce type avait l’air louche. Mais tout de même. Ses compagnons manquaient visiblement de bon sens. Il n’aurait peut-être pas dû les laisser seuls chez la Reine des Elfes.


Tandis qu’il parcourait les cavernes à la recherche d’une issue, les pires craintes traversèrent son esprit.

Même au plus profond de ses délires pourtant, il était loin d’imaginer ce que faisaient réellement Orlhynn et Douran à cet instant.


Il erra pendant plusieurs jours dans les galeries, consommant petit à petit ses maigres provisions. Il trouva par chance de petits cours d’eau souterrains qui lui permirent de ne pas mourir de soif. À deux reprises, il dut se battre contre des sentinelles gnomes. Heureusement, ils ne purent donner l’alerte. Bientôt les signes de présence naine se firent plus nombreux. Runes gravées dans les parois, galeries étançonnées, vestiges de vieux outils. Cette région des montagnes semblait ne plus être exploitée depuis longtemps. Mais il ne pouvait pas prendre le risque de s’y éterniser. Il devait parvenir à rejoindre la surface s’il voulait pouvoir se repérer. Et surtout continuer sa route.


Il se reposait par brèves périodes, et uniquement quand il pouvait se dissimuler. Sa constitution robuste lui permettait de résister à la fatigue. Mais cela ne durerait pas éternellement.


Il avait l’impression de traverser les vestiges d’un passé laborieux, dans ces mines abandonnées. S’il avait été plus en forme, il aurait probablement prêté une grande attention aux symboles ornant les galeries et aux roches taillées avec talent, révélant une architecture souterraine impressionnante. Mais il avait déjà passé trop de temps courbé dans les tunnels des nains pour ne pas avoir une avalanche de reproches à formuler à leur encontre. Que n’avaient-ils prévus des espaces plus importants pour permettre à des personnes de taille normale de se mouvoir ? Enfin, tout dépendait de ce qu’on entendait par normale…


Au fur et à mesure de son avancée, il perçut la subtile augmentation de température des cavernes.

Craignant de s’approcher d’une ville naine, il redoubla de précautions. Mais l’aura lumineuse de son armure attirerait les sentinelles comme un phare dans la nuit. Pourtant, les constructions se faisaient de plus en plus rares. Bientôt il se retrouva à parcourir des tunnels naturels ou vaguement dégrossis. Et la température augmentait encore. En fait, la chaleur à elle seule aurait probablement roussi les poils de n’importe quel nain arrivé à cet endroit. Mais pour sa peau de demi-dragon, ce n’était qu’une douce chaleur, réconfortante après l’humidité des grottes. Ensuite il perçut la lueur rougeoyante qui émanait du fond des tunnels. Intrigué, il se dirigea vers elle. Pour déboucher dans une immense salle souterraine, au centre de laquelle coulait paresseusement un large fleuve de lave. Il se trouvait sur une petite plate-forme surplombant la grotte colorée de l’éclat orange de la roche en fusion. Autour du fleuve incandescent jaillissaient parfois des geysers d’une vapeur brûlante. Sur l’autre rive, le sol semblait taillé en paliers qui montaient lentement vers les hauteurs. Et sur chacun de ses paliers, comme jetées négligemment, brillaient gemmes et métaux précieux. L’or avait fondu et donnait à l’ensemble l’aspect d’un escalier doré couvert de trésors naturels.


Lina W’oot eu besoin de quelques instants pour retrouver ses esprits. S’aidant de ses griffes naissantes, il descendit de la plate-forme. La roche était chaude et s’effritait facilement. Il se laissa tomber sur les quelques derniers mètres. Alors qu’il époussetait ses vêtements par réflexe, la surface de la lave, non loin de lui, se mit à bouillonner. Puis l’imposante tête d’un dragon rouge de taille impressionnante en émergea. Ruisselantes de magma, ses écailles brillaient, comme animées d’un feu intérieur. Mais elles paraissaient ternes en comparaison de son regard reptilien, où se lisait une puissance écrasante. Lina suivit en relevant lentement la tête le mouvement de la créature qui s’élevait hors de la rivière. Une patte griffue prit appui sur le rebord. La lave s’en écoulait comme s’il s’était agi d’eau. Le dragon se dressait, à demi extrait de son bain ardent, et sa tête cornue touchait presque le haut plafond de l’immense grotte. Il inclina son long cou pour amener sa face à hauteur du barde de l’Empire Teragon. Ce dernier, s’il avait déjà rencontré des dragons, n’en avait jamais imaginé de cette taille.


Il hésita, le temps de rassembler son courage.


- Heu… Seigneur Bahamut, hasarda-t-il, intimidé malgré lui.


Instinctivement, il avait utilisé la langue des dragons. Le géant rouge qui se tenait face à lui poussa un hurlement qui fit trembler les parois de la caverne.


Sans le vouloir, Lina recula d’un pas.


- Je suis le Seigneur de la Montagne, dit le dragon, d’une voix rocailleuse et sourde. Qui es-tu pour chercher Notre Père à tous ? Je ne sens pas sur toi l’odeur des esclavagistes.

- En effet, commença Lina, retrouvant rapidement sa contenance. Je viens d’un autre monde, au-delà de l’océan. Un monde où les dragons sont peu nombreux, mais craints et respectés. Et personne n’oserait les réduire en esclavage. Je porte dans mon sang leur puissant héritage, qui a été éveillé en moi par l’un de vos honorés semblables. Et si je cherche le Vénéré Seigneur Bahamut, c’est dans l’espoir qu’il puisse m’aider à retrouver le navire volant qui nous a permis d’arriver sur cette Terre.

« Bon, ça a l’air d’un bon résumé, tout ça. Et sans trop balancer, vaut mieux pas l’énerver celui-là, ajouta intérieurement le barde. »


Le dragon parut réfléchir un instant. Puis il huma à nouveau l’air au-dessus de Lina.


- Raconte-moi ton histoire, Progéniture, dit-il finalement.


Lina W’oot afficha un sourire ravi. Il s’éclaircit la voix.


- Il y a bien longtemps, sur un monde lointain, très lointain…


Trois jours. C’est le temps que mit le dragon pour apprendre tout ce qu’il voulait sur Leandrath. Trois jours durant lesquels Lina raconta histoires et légendes, expliqua, décrivit, commenta la vie sur le continent qui l’avait vu naître. Le Seigneur de la Montagne le laissait parler, puis lui posait une question. Et le monologue reprenait. À l’issue de ses trois journées, Lina W’oot avait lui aussi l’impression d’en savoir plus sur son propre monde. Et, ce qui ne gâchait rien, le dragon lui avait permis d’accéder à de nombreuses connaissances sur sa race en Idalness.


- Je ne peux t’aider, dit finalement le dragon. Je vis dans ces montagnes depuis si longtemps qu’elles se sont refermées sur moi. Je sais tout ce qui s’y passe. Mais le ciel m’est devenu étranger au fil des ans. Pour rencontrer Bahamut, tu dois te rendre sur le Sommet du Monde. Là est sa demeure.

- Quelle route dois-je emprunter, Puissant Seigneur Dragon ? demanda le barde.

- Une fois à la surface, repère l’étoile rouge et suis là jusqu'à apercevoir le plus haut pic qui soit. Tu devras le gravir. Et en haut, tu trouveras Notre Père.

- Heu oui, mais… la véritable question est : comment vais-je retrouver la surface ?

- En ne bougeant pas de l’endroit où tu es.

- Je ne suis pas sûr de comprendre la métaphore, voulut protester le barde.


Mais le dragon l’interrompit :


- Ce n’est pas une métaphore. Au plus, c’est une périphrase.


Et l’incantation se compléta autour de Lina W’oot qui se sentit transporté sur les ailes de la magie jusqu'à émerger dans une eau glaciale et ténébreuse.

Alors que le demi-dragon se rendait compte qu’il était simplement à nouveau en contact avec l’air nocturne de la surface, loin sous ses pieds le Seigneur de la Montagne se réjouissait :


- J’ai toujours voulu la placer celle-là…


Localiser l’étoile rouge ne lui posa pas de problème tant la nuit était dégagée. Il était content de retrouver l’air libre et se mit en marche immédiatement, vers le nord. Après la noirceur et le confinement des tunnels, la nuit lui murmurait de nombreuses promesses.

Son voyage dans les profondeurs lui avait épargné une lente ascension. Et il se retrouvait maintenant à une altitude plus importante. Afin de s’orienter sans peine, il voyageait la nuit et se reposait la journée. De toute façon, le lever du soleil coïncidait avec l’apparition de la brume. Un brouillard épais qui masquait les aspérités et les pièges de la roche. Il lui était impossible de progresser correctement dans ces conditions. Mais surtout, il ne pleuvait plus.


Après une semaine de voyage dans l’air froid des hauteurs, il aperçut enfin le Sommet du Monde. Il avait marché la veille jusqu’à ce que le voile de brume soit trop important, tentant de profiter des premières lueurs de l’aube. Dans le milieu de l’après-midi, quand le brouillard se déchira, Lina W’oot put enfin contempler le pic majestueux qui se dressait entre les montagnes enneigées. Il se tenait entre les massifs rocheux les plus élevés, mais il les dépassait de beaucoup. Élancé et rectiligne, il ressemblait davantage à un pilier qui aurait été jeté là par quelque divine volonté qu’à une véritable montagne. Mais après tout, peut-être la volonté divine était-elle réellement à l’origine de sa création…

Il se déplaçait dans les chemins tracés par les eaux ruisselantes depuis des siècles. La pente était encore douce mais se raidissait de plus en plus. Bientôt il devrait abandonner la marche pour l’escalade.


C’est là que les créatures l’attaquèrent. Grises comme la roche, elles s’étaient approchées sans qu’il ne les distingue. Rampantes et vives, elles fondirent sur lui, leur coordination révélant leur intelligence. Elles ressemblaient à des vipères démesurées, dotées de mandibules et de deux pattes postérieures qui leur permettaient de bondir. Le plus inquiétant était la tendance de leur salive à dissoudre les substances qui entraient en contact avec elle.


Lina eut à peine le temps de sortir son imposante épée que les créatures étaient déjà sur lui. Encerclé, il dut se battre de manière défensive, tentant de les repousser. Il se trouva acculé à un rocher, les vipères se dressant de toute leur hauteur, autour de lui, prête à frapper. Ses écailles lui avaient épargné de trop graves blessures, mais les morsures brûlantes des créatures commençaient à faire sentir leurs effets, même sur un demi-dragon.

Et quand il parvenait à éliminer une des vipères grises, son sang attaquait la lame, l’obligeant à retenir ses coups s’il ne voulait pas terminer avec un bout de métal racorni en guise d’arme. Heureusement la magie la protégeait. Puisant dans ses ressources, il lutta pied à pied contre les serpents jusqu’à ce qu’il n’en reste aucun. Épuisé, il finit par s’écrouler, dos au rocher, assis à même le sol, entre les cadavres des créatures, dont les fluides s’écoulaient en fumant le long de la pente. Les charmes de ses objets lui permettaient de guérir rapidement, mais les blessures restaient douloureuses, et il dut se résoudre à prendre un peu de repos.


Les jours suivants se perdirent dans la fièvre qui l’envahit. Ne pouvant rester sur place, il se força à avancer en direction du pic. Grâce à ses sortilèges, il put se maintenir suffisamment en forme pour progresser. Mais la brume de l’extérieur semblait pénétrer chacun de ses sens et jetait sur ses perceptions un voile anesthésiant. Il en émergea brusquement, un soir.

Recroquevillé entre des rochers pour se protéger du vent et du froid, à une altitude d’où il pouvait voir, loin au sud, la plaine d’où il venait. Le poison avait quitté ses veines, et la magie de son médaillon avait refermé ses blessures. Il eut l’impression d’émerger d’un long sommeil où il aurait rêvé qu’il escaladait une montagne. Puis il regarda vers le ciel, et contempla tout ce qui lui restait encore à gravir. Il resta un long moment, debout sur sa corniche, le vent agitant les lambeaux de son manteau chatoyant. Mais il refusait d’abandonner. Marchant parfois le long des parois, les escaladant souvent, il gagna petit à petit en altitude. Il employa ses sorts à le protéger du froid, et à guérir ses mains dont les griffes s’enfonçaient dans la roche à la recherche de prises. Finalement, il atteignit une terrasse, sur laquelle s’ouvrait une grotte à l’entrée titanesque.


L’altitude était telle qu’il lui était difficile de respirer. Une sensation d’oppression avait envahi sa poitrine et comprimait ses poumons. Mais l’altitude n’était pas la seule en cause. Il y avait dans cette grotte quelque chose dont le pouvoir dépassait tout ce à quoi il avait pu être confronté. Quelque chose d’ancien et de terrifiant, et fascinant à la fois.

Un grondement sourd montait des profondeurs obscures de la caverne, dont l’entrée était encadrée de deux colonnes de granit, sculptées pour représenter deux dragons prenant leur envol.


Sous le ciel chargé de nuages, Lina W’oot prit une inspiration, et s’enfonça dans les ténèbres.


 
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   dude   
11/1/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Je tiens à prévenir que j'ai lu cet épisode sans avoir lu les précédents.
J'ai apprécié le périple de Lina. On retrouve les poncifs de l'heroic fantasy: dragon sous la montagne, magie, le son des tambours qui annonce la venue de l'ennemi (quelqu'un a dit Moria? :)), des nains, des gnomes...
C'est écrit avec soin. Peut-être une utilisation trop abondante d'adjectifs par endroit et quelques tournures maladroites. Comme par exemple ici avec la répétition de "courir":
"La magie courant en lui augmenta sa vitesse et il se mit à courir vers les hauteurs"
L'emploi de certains mots m'ont paru ne pas coller avec l'idée que je m'étais faite du personnage de Lina. Un vocabulaire parfois trop moderne, presque anachronique par moment. Par exemple là:
"Et sans trop balancer, vaut mieux pas l’énerver celui-là, ajouta intérieurement le barde. "
Le résultat final reste plaisant. Le récit respire le souffle de l'aventure!

   Menvussa   
13/1/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
L'aventure continue, l'imagination fertile de l'auteur nous entraîne un peu plus loin dans ce monde fabuleux, mais le lecteur que je suis commence à perdre quelques repères. J'ai par ailleurs relevé quelques coquilles, je livre le tout dans l'ordre de la lecture.

" Bon, peut-être la perspective de visiter des environnements inconnus, de découvrir des ressources cachées, de contribuer à écrire les légendes et surtout de rencontrer le Dieu des Dragons, l’avait-elle un peu motivé, elle aussi." Dans cette phrase, le "elle" perturbe la lecture, "elle" se rapporte à "perspective" mais le second pourrait presque se rapporter au personnage, et ça coince.

" Pour il ne savait quelle raison, le chef de patrouille avait ordonné de le suivre " je mettrais une virgule après "pour" évitant une liaison aux sonorités étranges, mais, bon...

" La créature chassait pour se nourrir, et s’arrêtait à chaque occasion pour remplir une outre d’eau. Elle ne faisait pas cuire sa nourriture. Et n’allumait pas de feu. Elle n’avait pas l’air de souffrir du climat, et chantait souvent. Son chant était presque hypnotique. Les gnomes, songeant aux vieilles légendes de démons des cavernes aux voix charmeuses, avaient décidé de maintenir avec lui une distance raisonnable. " On est en train de suivre notre "demi dragon" dans sa progression, poursuivant sa quête... et tout à coup, on nous dit qu'il chasse pour ce nourrir et on l'imagine presque batifolant à rechercher quelques petites bestioles à se mettre sous la dent, sur ce sol qu'on imagine jusqu'alors aride et rocailleux... y a un truc qui ne colle pas.

" avec un petit coup de main d’un obscur magicien pas très reluisant et vaguement talentueux." Cette précision n'a aucun intérêt et prête à confusion car on imagine quelque imperfection à cette épée qui va lui causer tord très prochainement ce qui n'est apparemment pas le cas.

" Lina W’oot n’était pas sûr d’apprécier que son public quitte la salle avant la fin. Mais comme c’était là précisément l’effet recherché, il ne s’en formalisa pas outre mesure. " Sans intérêt

" La terre se referma sous lui doucement, et le grondement s’étouffa. Mais au lieu d’être écrasé, brisé, et emporté par la force des éléments, il se retrouva en train de tomber." La terre se referme sur lui et pas sous lui puisqu'il continue à tomber.

" Enfin, si toutefois les gens recrutés par Douran et Orlhynn ne mettaient pas la ville à feu et à sang en leur absence. Un assassin de Bhaal… Il avait bien senti que ce type avait l’air louche. Mais tout de même. Ses compagnons manquaient visiblement de bon sens. Il n’aurait peut-être pas dû les laisser seuls chez la Reine des Elfes." Les chapitres 2 et 3 nous ont montré Orlhynn et Douran comme des personnages plutôt sympathiques et là, il semblerait que ce ne soit plus le cas... le lecteur s'y perd, ils sont soit criminels ou stupides(très mal entourés) et qui est ce type louche ?

" Mais le dragon l’interrompit :


- Ce n’est pas une métaphore. Au plus, c’est une périphrase.

C'est amusant... mais ça ressort ici comme un peu trop décalé, un peu comme un anachronisme... nous voilà bien avec un dragon linguiste.

Bon, c'est un super récit, mais attention de ne pas larguer le lecteur en chemin il pourrait se retrouver nez à nez avec un nain...porte quoi. (lol)

   xuanvincent   
13/1/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Je ne lis pas habituellement les récits de fantasy toutefois après une rapide lecture, cette histoire m'a paru dans l'ensemble bien écrite et intéressante.

La phrase finale donne envie de connaître la suite.


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