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Réalisme/Historique
Luz : Alexandre
 Publié le 25/12/19  -  6 commentaires  -  14374 caractères  -  40 lectures    Autres textes du même auteur

Sur un enfant placé dans une ferme au tout début du vingtième siècle.


Alexandre


Mémé Renée parlait souvent toute seule en préparant la soupe, surtout l’hiver à la nuit tombée ; comme si elle discutait — marmonnait plutôt — avec les pommes de terre, les carottes et les navets. Un soir, Lucile lui demanda ce qu’elle pouvait bien raconter à ses légumes. Au bout d’une bonne minute, elle finit par expliquer :


— Ça dépend des jours. En ce moment, je pense à mon père ; ton arrière-grand-père Alexandre que tu n’as pas connu, car il est mort deux ans avant ta naissance. Il n’a pas eu une très belle vie — c’est le moins que l’on puisse dire — et je peste en songeant à toutes les misères qu’il a endurées.

— Alors tu peux me raconter, mémé. Ça soulagera peut-être ton cœur, et puis c’est important pour moi de savoir comment ont vécu mes ancêtres ; leur part de malheur, et aussi leur part de bonheur, j’espère.


Mémé s’installa près du feu de la cheminée — au «  cantou  » — et retraça pour Lucile un épisode bien triste de l’enfance d’Alexandre.


«  Les parents de mon père étaient très pauvres. Ils avaient pris une petite ferme en « locature  », comme on disait en ce temps-là, qui ne leur permettait de survivre qu’à grand-peine. Les ventes au marché et sur les champs de foire ne leur servaient qu’à payer le loyer. C’est pour cette raison qu’Alexandre, le troisième fils de la famille, fut placé vers l’âge de huit ou neuf ans dans une autre ferme, distante d’une quinzaine de kilomètres. Cette métairie était exploitée par les Renaudier, un couple d’une cinquantaine d’années. Particulièrement avides et méchants, rudes à la tâche, ils vivaient avec leur fille unique et employaient un vieux domestique.

Cette ferme s’étendait sur au moins trente hectares de pâturages et permettait l’élevage d’une vingtaine de vaches et autant de moutons. Depuis les bâtiments, les prés et les champs s’étiraient en pente douce au sud d’une large combe. La terre, d’excellente qualité, donnait de bonnes récoltes de blé, d’avoine, de pommes de terre, et fournissait une grande quantité de fourrage pour les bêtes.

Ce qui me rend encore plus malheureuse, c’est de savoir qu’il n’alla plus à l’école à partir de ce moment-là ; et ça, c’est vraiment intolérable, car il aimait énormément étudier. Il aurait pu avoir une jeunesse normale, heureuse, comme les enfants de la ville voisine ou ceux des paysans aisés, puis apprendre un métier à l’adolescence. La misère est bien la plus grande injustice qui soit ! Quand je pense..., quand j’y pense encore, tiens...  »


— Dis, mémé, c’était où exactement cette ferme, l’interrompit Lucile, voulant distraire sa grand-mère d’une colère qu’elle sentait monter et qu’il fallait atténuer, étant donné sa santé fragile depuis quelques mois.

— À Crouzit, un petit village entre Cortanes et la forêt de la Mirandelle.

— Je vois bien le secteur ; pépé connaît des coins de champignons par là-bas. Mais excuse-moi ; continue...

— Eh oui ; non seulement la terre y est fertile, mais en plus les bois regorgent de cèpes et de girolles à l’automne. On en trouve même souvent en plein été, au pied des hêtres et des chênes en bordure des prés.


«  Mon père a vécu des mois très difficiles, reprit mémé Renée. Il devait se lever en même temps que les adultes : à quatre heures du printemps jusqu’à la Toussaint et à cinq heures l’hiver. Le matin, il s’occupait des vaches. Il leur donnait du foin, puis participait au nettoyage des allées de l’étable après la traite. Les après-midi, de septembre à novembre, il amenait quelques cochons — moins d’une dizaine, sans doute — dans un pacage gagné progressivement par des taillis où ils farfouillaient le sol à la recherche de glands et de faînes.

Un ruisselet courait au bas de la combe, rendant ses abords légèrement marécageux. Aussi, à la morte-saison, Alexandre devait aider à curer les rigoles pour assainir les terrains, limitant ainsi la prolifération des joncs et permettant le passage des charrettes tirées par les bœufs sans risque de s’embourber. Il s’agissait, évidemment, d’un travail harassant pour un garçon de son âge. Sa houe pesait lourd au bout de ses petits bras et il avait le plus grand mal à retirer du fond de la saignée la terre argileuse gorgée d’eau. Le soir et la nuit, son dos le faisait énormément souffrir.

Cependant, il ne se plaignait pas lorsqu’il revenait chez ses parents, une fois par mois. Il ne voulait pas qu’ils s’inquiètent, pensant que tout cela était normal. Ses frères avaient bien été placés, eux aussi, au même âge ; mais dans une autre ferme, heureusement...  »


— Au moins, il pouvait se reposer quelques jours et retrouver l’ambiance familiale, fit remarquer Lucile.

— Oui, mais il ne restait que du samedi après-midi au dimanche soir ; une coupure bienvenue, mais si courte.


«  En tout cas, il en profitait pour manger à sa faim, poursuivit mémé Renée. Sa maman faisait de la bonne cuisine. Sa grande sœur, Madeleine, prenait également soin de lui ; il m’a dit un jour qu’il se souvenait encore des gratins de pommes de terre qu’elle préparait rien que pour lui dans un petit plat en verre.

Mais ces gentilles attentions le rendaient d’autant plus triste de devoir retourner à la ferme des «  Thénardier  ». Chez ces méchantes personnes, il ne mangeait qu’un morceau de pain et une soupe — souvent bien claire — au déjeuner et au dîner. Au réveil, il devait se contenter d’un bol de lait. Le «  Thénardier  » ne coupait jamais une tranche très épaisse, alors Alexandre faisait durer le plus possible ses maigres repas, trempant de tout petits bouts de pain dans son potage, sous l’œil sévère de la mère Renaudier. Elle restait debout, toujours habillée de noir, devant son fourneau et parlait peu. Jamais Alexandre ne l’avait entendue engager une conversation véritable avec qui que ce soit dans le village ; pas même avec son mari. Elle approuvait simplement tout ce qu’il disait et tout ce qu’il entreprenait.

Du printemps à l’automne, mon père grappillait dans la campagne, de-ci de-là, quelques fruits, baies et diverses plantes, comme des pissenlits par exemple. Mais cela ne représentait que de faibles quantités, juste de quoi donner un peu d’illusion à son pauvre estomac.

Il dormait dans l’étable, sur le côté du parc à foin, en compagnie d’Aubert, le domestique. Avant de se coucher, celui-ci finissait de traire une vache dont il avait pris soin de ménager le pis en fin d’après-midi. Il partageait alors le lait chaud et moussu avec Alexandre. Puis il allait chercher une rave sous sa cachette de paille et ils en mangeaient quelques tranches. Mon père me disait qu’Aubert l’avait beaucoup aidé à supporter cette période de son existence, tant sur le plan moral que physique. Dans la journée, Aubert essayait de limiter la fatigue d’Alexandre, le soulageant autant que possible des tâches pénibles. Avant de s’endormir, il lui racontait souvent une courte histoire de sa vie de bohème. Alexandre basculait alors dans le sommeil, pas trop malheureux, avec la chaleur et le souffle rassurant des vaches autour de lui.

Il réussit, une fin d’été, à se procurer un peu de bonheur. Tout en gardant les cochons, il parvint, grâce à beaucoup de patience, à apprivoiser un jeune corbeau. Il l’avait amadoué, petit à petit, en lui lançant des vers de terre. Au bout de quelques semaines, son ami l’oiseau l’attendait chaque début d’après-midi dans le pacage, puis le suivait partout. On aurait dit qu’il l’aidait à surveiller les animaux.

Par une journée ensoleillée d’octobre, il s’endormit de fatigue, lové au pied d’un chêne. Les cochons en profitèrent pour s’égayer dans les prés et les fourrés alentour. Son corbeau poussa un cri pour le réveiller et le prévenir de la fuite des bêtes, mais bien trop tard ; celles-ci s’étaient dispersées de tous les côtés et il ne put les regrouper. Il fut obligé d’alerter les fermiers qui entrèrent dans une colère noire. Le père Renaudier et Aubert réussirent à rassembler les cochons avant la tombée de la nuit, mais cela ne calma pas le ressentiment du fou qui, disait-il, avait perdu deux heures de travail précieux. Ce soir-là, Alexandre n’eut pas droit à sa soupe ; il se contenta du morceau de pain et du bout de fromage qu’Aubert lui donna discrètement en allant ranger les bidons de lait. Le lendemain matin, alors qu’il nettoyait l’étable, il entendit le cri de son corbeau qui, pensait-il, l’appelait déjà. En début d’après-midi, le père Renaudier lui ordonna d’aller curer les rigoles avec Aubert, plutôt que de garder les cochons puisqu’il en était incapable. En rentrant le soir, il vit son corbeau cloué à la porte de la grange ; sa petite tête inclinée sur les belles plumes mauve-noir de son corps. L’oiseau semblait avoir pleuré des larmes de sang. Alexandre vomit de la bile, puis s’évanouit au milieu de la cour. Il refusa de parler pendant deux jours et tomba malade. Les fermiers le ramenèrent chez ses parents, précisant qu’il avait attrapé un mauvais rhume suivi de diarrhées et qu’il ne mangeait presque rien.  »


— Mémé, ils sont morts les Renaudier... Bien sûr, ils sont morts les salopards ! J’espère qu’ils n’ont pas eu d’enfants, sinon j’irai les trouver pour expliquer ce qu’ont fait leurs aïeux, dit Lucile, devenue probablement aussi blanche qu’Alexandre lorsqu’il avait découvert l’horrible fin de son ami corbeau. Calmement, je leur montrerai le regard de l’oiseau et du petit Alexandre ; et là je verrai dans leurs yeux, soit la tristesse et l’excuse, soit l’immense cruauté de leur cœur...

— Rassure-toi, cette famille maudite a disparu. Les Renaudier n’ont eu qu’un enfant ; une fille qui ne valait pas bien cher, elle non plus. Son fils unique s’est enrôlé dans la milice en 1940. Un résistant du maquis de ton pépé ne l’a pas raté : une balle dans la tempe à un carrefour de Cortanes.

— Je ne devrais pas dire ça, mais je me sens tellement mieux. Comme si Alexandre et son corbeau avaient été vengés par pépé.

— Oui, par un de ses camarades en tout cas. Ton pépé s’occupait plutôt des parachutages et de la distribution des armes et des munitions entre les maquis.


«  Le docteur vint examiner Alexandre, continua mémé Renée. Il le trouva très anémié et dit qu’il lui fallait du repos ainsi qu’une alimentation suffisante. Mon père avoua alors qu’il ne mangeait pas à sa faim à la ferme de Crouzit. Mon grand-père se mit très en colère et partit sur-le-champ, voulant donner une sévère correction à cette crapule de Renaudier. Le médecin, un brave homme très calme, le rattrapa à grand-peine et parvint à le dissuader d’agir sur le coup de l’émotion.


— Ne vous inquiétez pas, dit-il. Je vais établir un rapport que je transmettrai à la préfecture ; il y aura une enquête.


L’affaire ne traîna pas ; trois semaines plus tard, un inspecteur des services sociaux débarqua chez les Renaudier. Il interrogea, un à un, les membres de la famille ainsi qu’Aubert et les voisins. Alexandre, qui n’était plus retourné là-bas depuis sa maladie, fut obligé de s’y rendre, ce qui l’angoissa beaucoup. 


— Le mois dernier, j’ai trouvé le petit Alexandre dans un état de fatigue et de malnutrition extrême ; quelles tâches lui étaient confiées et que lui donniez-vous à manger ? demanda l’inspecteur au père Renaudier.

— Eh bien, il participait à des travaux simples et pas pénibles du tout pour aider notre domestique. Quant à la nourriture, on est bien servis ici ; tiens mon petit, il est dix heures, voilà ton pain et ton fromage, fit le fermier en découpant une épaisse tranche dans une tourte farineuse.

— Je n’ai jamais mangé de fromage chez vous, et le pain, c’était que deux fois par jour, alors pourquoi j’en aurais à cette heure-là, aujourd’hui ? répondit Alexandre avec courage.

— Tu as déjà tout oublié en seulement un mois… Ça, c’est les maux de tête que tu as eus après avoir laissé échapper les cochons qui t’ont fatigué, mais on va reprendre les choses en main tous les deux !

— Non, monsieur Renaudier, cet enfant va retourner chez ses parents ! Mon enquête est terminée et je vais transmettre mon rapport au préfet. Les mauvais traitements subis par Alexandre sont inadmissibles et seront sanctionnés.

— Eh bien, le petit peut s’en aller ! J’ai essayé de lui apprendre ce qu’est un travail soigné ; la satisfaction, en rentrant le soir, qu’on a fait pour le mieux malgré les difficultés. Mais il n’a rien voulu comprendre, alors on arrête là !


Peu importe que le fermier ait été condamné ou non à verser une amende. De toute façon, ça ne l’aurait sans doute pas dérangé ; il était bien assez riche pour payer.

Alexandre revint donc dans sa maison natale. La situation financière de la famille s’arrangea un peu avec le temps. Son frère aîné, Camille, se maria et loua un moulin au bord d’une belle rivière, non loin de la ferme. Son métier de meunier l’occupait beaucoup, mais il continuait à aider ses parents pour les gros travaux d’été ou en cas de besoin.

Douze ans plus tard, la Grande Guerre éclata. Une injustice de plus pour les pauvres gens ! Alexandre et Camille en revinrent, blessés et traumatisés à jamais. Leur frère Antoine fut tué en 1915 ; il venait juste d’avoir trente ans et d’apprendre la naissance de son deuxième enfant.

Mon père m’a raconté que pendant qu’il creusait dans les tranchées, entre deux tirs d’artillerie, il pensait souvent au rude travail qu’il avait dû fournir à la ferme des Renaudier, les hivers, à extraire l’argile des rigoles. C’était un peu le même travail au front, sauf que le boyau abritait des soldats et que c’était la boucherie. Il m’a avoué qu’il en venait alors à regretter le temps mauvais de son enfance.

L’horreur de la guerre, plus terrible que la maltraitance ; la boue mélangée à la chair et au sang plus lourde que la glaise d’un fond de pré ; oui, l’inconcevable finit toujours par nous sauter à la figure. L’homme est peut-être capable du meilleur, mais surtout du pire ; et son fils Paul — mon pauvre petit frère — l’a appris à ses dépens avant de mourir en déportation à Mauthausen.

Voilà ce que je marmonne aux beaux légumes de ton pépé, et pardon, ma petite Lucile, de t’avoir transmis ma tristesse... »


 
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   plumette   
2/12/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Ce que raconte ce texte est très prenant parce qu'il décrit des situations très concrètes, qu'il y a un effet de réel fort: la curée des fossés, la description des privations de nourriture et les stratagèmes pour compenser, la solidarité d'Aubert, l'histoire terrible du corbeau et la "délivrance" d'Alexandre.
Tout est dur, très dur, jusque dans l'évocation de la guerre de 14 mais ce n'est pas misérabiliste, c'est bien écrit.

Mon bémol concerne la construction. Je comprends que le mode "récit" de la grand-mère à sa petite fille apporte un peu de légèreté ( grâce aux dialogues qui encadre les portions de récit) mais je ne suis pas convaincue par la situation mise en place. J'ai un peu de mal à dire ce qui n'a pas fonctionné pour moi à ce niveau là! J'y ai senti comme un artifice de l'auteur.

Mais l'évocation d'Alexandre est plus que digne d'intérêt !

Merci pour cette transmission d'une mémoire.

Plumette

   ANIMAL   
4/12/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Voici une histoire de souvenirs d'enfance comme il en existe tant. Le thème illustre le travail des enfants pauvres placés à la ferme, qui furent plus ou moins bien traités et souvent maltraités.

L'originalité de ce texte réside dans le fait de faire intervenir la grand-mère, qui évoque son propre père, Alexandre. L'histoire est bien racontée, prenante, se lit aisément. Le personnage du valet Aubert, ingénieux et compatissant, est sympathique.

J'ai néanmoins quelques remarques.
Tout d'abord, on décrit la famille d'Alexandre très pauvre mais on semble y manger fort bien.
Puis l'allusion aux Thénardiers n'apporte rien au récit. La pingrerie des Renaudier se suffit à elle-même.
Ensuite, je me demande si, à l'époque, on faisait vraiment des enquêtes des "services sociaux" sur le sort des enfants pauvres qui se plaignaient de leurs maîtres.
Enfin, au moment de la guerre, je trouve vraiment "cliché" les méchants fermiers riches et radins qui deviennent miliciens/collabos et les pauvres fermiers honnêtes qui, forcément, sont résistants.

Hormis cela, la fin relance l'intérêt. Le parallèle entre le creusement des rigoles et celui des tranchées est très bien amené. J'aurais aimé savoir ce qu'est devenu le valet.

En somme, cette lecture fut plaisante mais le scénario me semble pêcher par trop de fragilités.

en EL

   maria   
5/12/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour,

Mémé Renée raconte l'enfance terrible de son père, et nous plonge ainsi dans la France des campagnes du siècle dernier.

Elle s'adresse à sa petite fille avec des phrases construites, elle parle des lieux, de faits précis, dont les acteurs sont des paysans. Alexandre, son père, "troisième fils" d'une famille pauvre, fut placé dans une métairie. Il travaillait dur, "levé comme les adultes", et était mal et peu nourri.

Renée s'est comme appropriée l'histoire de son père. J'ai eu parfois l'impression qu'elle raconte ses propres souvenirs. Mais en fait elle ne fait que relater ce qu'elle même a entendu, peut-être au coin d'un feu aussi.
Ni le lecteur ni la petite fille ne remettent en cause l'authenticité des dires de la vielle dame. A tel point que Lucile ressent de la haine pour ces"Thénardier" qui ont fait du mal à son grand-père qu'elle n'a pas connu. Mémé Renée renchérit : "Rassure toi : cette famille maudite a disparu." Pour elle, le meurtre d'un des descendants de ces riches et méchants paysans venge son père et son fidèle corbeau.
Alexandre connut aussi "l'horreur de la guerre, plus terrible que la maltraitance" à Crouzit.
"Pardon, ma petite Lucile, de t'avoir transmis ma tristesse.
" Renée n'a pas vraiment le choix. C'est comme si la vie d'Alexandre devait être gravée génétiquement, par la tradition orale.

J'ai pris beaucoup de plaisir à lire cette nouvelle.
Je retiens deux beaux passages.
- Le paragraphe sur le corbeau qui veut prévenir son ami que les cochons sont partis. (Je crois tout ce que dit une grand-mère !)
- Le précédent, sur les nuits dans l'étable. La "vie bohème" d'Aubert ferait un savoureux sujet de nouvelle. (Suggestion à l'auteur(e).

Merci à l'auteur(e) pour cette immersion dans une réalité passée.

Maria, en E.L.

   Corto   
11/12/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Tableau de la misère campagnarde au tournant des deux siècles, 19ème et 20ème.
L'histoire est assez prégnante, on s'y enfonce facilement sans s'y perdre malgré les multiples détails.

L'utilisation du langage parlé est un exercice difficile surtout dans une si longue durée. J'y remarque d'ailleurs parfois des expressions peu usitées en langage populaire comme "Un ruisselet courait au bas de la combe, rendant ses abords légèrement marécageux". Mais on passe volontiers sur cet écueil car le récit est bien construit et logique.

De même le nombre des personnages est parfois ardu comme dans le paragraphe où " Le docteur vint examiner Alexandre...", car il faut suivre à la fois l'enfant, Mémée, le père, le grand-père, "cette crapule de Renaudier" et le médecin. Mais on finit par s'y retrouver.

D'autres personnages apparaîtront ensuite dans l'épisode de la Grande Guerre, on les suivra sans problème, jusqu'à ce que Mémée ait le dernier mot "Voilà ce que je marmonne aux beaux légumes de ton pépé, et pardon, ma petite Lucile, de t’avoir transmis ma tristesse… "

L'histoire est simple et tendre, crédible comme un récit de vie. La complicité entre la grand-mère et sa petite fille est touchante.
On suit volontiers ce récit pour s'enrichir d'un tel vécu.

Merci à l'auteur.

   Donaldo75   
25/12/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Luz,

Je passe vite fait - désolé j'ai plein de paquets à ouvrir - pour te dire que j'avais beaucoup aimé cette nouvelle; elle est très bien écrite et son réalisme m'a entraîné dans une lecture pas toujours reposante parce que le personnage d'Alexandre n'a pas eu une vie facile.

Bon, je ne vais pas t'abreuver d'un commentaire composé et encore moins disserter sur ton style, la trame narrative, la qualité des dialogues, le découpage du récit. Comme disait ma grand-mère, quand tout est bon pourquoi en rajouter ?

Bravo !

Donaldo

   hersen   
25/12/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonsoir Luz !

Dans ta nouvelle, j'aime le côté historique, même si peut-être on en ressort avec l'impression que les plus aisés sont pourris et les pauvres de bien bonnes gens. je Je sais si l'histoire est vraie, mais te connaissant (virtuellement en tant qu'auteur !) je parierais que oui. Ce qui donc a naturellement un grand prix, un prix de mémoire. Et je te crois, là n'est pas la question :)))
L'angle choisi, celui d'attaquer par la grand-mère qui raconte ce passé, je ne dis pas qu'il n'est pas bon. Mais en quelque sorte, il me prive d'Alexandre, pivot de l'histoire.
Quand Aubert trait moins les vaches pour lui réserver du lait, quand il est ami avec le corbeau, quand il subit des injustices...j'aurais aimé entendre sa voix.
La fin est aussi très prenante, les réalités de la guerre sont bonnes à être rappelées ! Nous les oublions trop facilement, peut-être.

Un grand merci pour cette lecture !


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