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Sentimental/Romanesque
Luz : La glace de l'étang
 Publié le 04/07/18  -  14 commentaires  -  3917 caractères  -  60 lectures    Autres textes du même auteur

Souvenir d'enfance : deux amis dans la montagne et leurs jeux sur la glace d'un étang.


La glace de l'étang


Le dimanche, juste après avoir mangé (aussi rapidement que possible), on se retrouvait avec Jeannot et on partait à l’aventure à travers monts et collines.


On n’avait que huit ou neuf ans, mais en ce temps-là (bien avant les ordinateurs et Internet) les parents laissaient les enfants se débrouiller et vivre assez librement, au moins en ce qui concernait l’espace extérieur. Et puis il n’y avait pas tellement de bêtises à faire à la campagne ; encore que…


À la fin de l’été, lors d’un de nos périples, on avait repéré un petit étang niché dans un repli de la montagne.

Novembre venu nous gelait la peau, mais on a décidé d’y retourner quand même. Après une semaine très froide on voulait voir si la glace s’était formée.


On est partis tout droit en coupant à travers les bois de sapins, nos bonnets enfoncés jusqu’au bas des oreilles.

La lumière oblique se faufilait entre les arbres. Dans l’air coupant flottait encore faiblement l’odeur de la résine d’été.

La montée était raide jusqu’au plateau. Après, il fallait contourner des pacages en pente plus douce pour enfin arriver au-dessus d’une combe où se dessinait en contrebas l’ovale du petit plan d’eau.

Celui-ci, comme on l’avait espéré, était complètement gelé.

De loin, sa surface gris clair scintillait de minuscules paillettes, comme celles qui brillaient dans les yeux joyeux de Jeannot, et les miens aussi probablement.


Arrivés sur le bord, on s’est aussitôt engagés dans une course de glissades tout autour ; nos bottes en plastique en guise de patins. Puis on a essayé de briser la glace avec des cailloux, mais ça ne faisait que l’ébrécher. La vingtaine de projectiles lancés avait seulement dessiné autant d’étoiles givrées.

Avec un piquet de clôture, c’était mieux : on arrivait à faire des trous d’où l’eau jaillissait en cercles bleutés.


Alors, ça nous est venu d’un coup, sans se concerter, comme une évidence : on s’est mis à jeter sur une partie de l’étang toutes les pierres et les cailloux que l’on pouvait trouver au bord des sentes, sur les talus et les murets en ruine. On allait les chercher haut sur les pentes.


On arrivait à dégager les petites roches à grands coups de pied ou à l’aide d’un pieu en bois. On les lançait sur la glace ou bien on les poussait et elles dégringolaient entraînant sable et graviers.

On jetait les pierres et on criait, sans arrêt, sous l’écho de la combe, comme les petits dahus des montagnes impossibles à arrêter.


Le froid durcissait nos visages et aussi nos mains à travers des gants de mauvaise laine marron.

Le soleil rebondissait sur l’étang entre de fins nuages blancs.

On était haut dans le ciel, l’air étourdissait nos pensées. Les fumées de la vallée ne montaient pas jusqu’à nous.


Puis la lumière de fin novembre a basculé de l’autre côté de la montagne. Alors, la fatigue aidant, on a mis fin à notre douce folie.

Une traînée de pierres, de cailloux et de graviers accumulés s’élançait sur le plan d’eau, formant une amorce de chemin sombre recourbée à son extrémité.

On a marché dessus comme des somnambules. La glace craquait et se fissurait sur les bords du passage, projetant de longues lignes de fracture à travers l’étang. Des poches d’air circulaient en dessous.

L'eau gargouillait faiblement à travers l’amas minéral.

On est allés jusqu’au bout de notre petit chemin, tout en ayant conscience, je crois pour la première fois de notre existence, de prendre un risque, et en même temps de maîtriser notre peur.


La nuit montait de plus en plus haut vers le ciel, alors on est redescendus en courant par le sentier des bergers, légers comme des oiseaux.


Quand on est retournés là-haut, le dimanche suivant, l’eau avait englouti notre chemin de pierres. Une glace plus fine, bleu très clair, commençait à cicatriser l’étang.


Cela formait un grand point d’interrogation dont nous étions l’origine, immobile et silencieuse.


 
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   SQUEEN   
9/6/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,
cette lecture m'a plu, bien écrites les sensations passent bien, j'en aurais voulu un peu plus, des joues rouges, des yeux qui pleurent, des souffles courts...Mais j'en fais toujours trop, et puis cette absence les induit ce qui est beaucoup plus subtils et donne de la place au lecteur.
Merci pour cette petite tranche de vie ramassée comme un trésor. Une petite interrogation: pourquoi tant de "on" au début, cela a un peu gêné ma lecture, avez-vous essayé avec "nous"?
SQUEEN

   plumette   
11/6/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↓
j'ai lu sans déplaisir ce souvenir, écrit avec précision et ménageant au lecteur une sorte de suspens.

j'ai vu ces deux garnements jeter des cailloux de plus en plus gros sur cet étang gelé et me suis demandée s'il y aurait une chute, au sens propre du terme!

L'image de la cicatrice à la fin m'a beaucoup plu.

Ce souvenir pourrait peut-être servir de socle à une fiction et s'étoffer un peu?

Plumette

   Louison   
14/6/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Nostalgie d'une enfance libre
Une écriture vive qui décrit bien ce moment de bonheur, avec des phrases courtes et une jolie histoire.
Bref, un bon moment de lecture.

   GillesP   
4/7/2018
 a aimé ce texte 
Pas
Je n'ai pas réussi à être sensible à ce souvenir d'enfance, à cette tranche de vie. L'écriture me paraît pourtant tout à fait correcte, elle n'est pas empesée, l'auteur n'en fait pas trop. Mais la banalité de l'aventure m'a gêné. Je m'attendais à un évènement particulier, quelque chose qui viendrait donner à cette gentille épopée enfantine une saveur particulière. Je suis peut-être passé à côté de quelque chose.
Ou alors j' ai perdu une certaine innocence, une faculté à m'extasier face à l'enfance et la beauté de la nature. Bref, ce texte-là n'est pas pour moi, mais j'ai conscience que mon jugement est éminemment subjectif, pour le coup. Ce n'est donc pas la qualité du texte que je remets en cause. Il ne m'a pas parlé, c'est tout.

   Vanessa   
4/7/2018
 a aimé ce texte 
Vraiment pas
Bonjour,
Je n'ai pas été séduite par cette lecture. J'ai eu le sentiment de lire une rédaction minimaliste d'un souvenir d'enfance.
Le style est simplement correct. Les parenthèses, par exemple m'ont déplues.
Si vous nous dites que vous mangiez rapidemment sans nous en donner la raison, je n'en vois pas l'intérêt. Je n'ai pas perçu le lien que vous faites entre internet et le fait que les parents laissaient ( entre parenthèses)à l'époque, plus de liberté aux enfants.
Et surtout, il me manque de l'émotion.
Vous nous décrivez des faits sans jamais un ressenti alors comment est-il possible que le lecteur vivent ces moment ?
Je suis désolée.






.

   Perle-Hingaud   
4/7/2018
 a aimé ce texte 
Bien
J'ai bien aimé ce texte.
Je le trouve délicat et... maladroit: les parenthèses, l'abus de "on" dans les premiers paragraphes desservent nettement le propos. Sinon, le récit est raconté avec précision et réalisme. Les détails font vivre la scène, mais le regard adulte, sensible, est bien présent dans l'analyse.

Merci pour cette jolie lecture !

   MonsieurF   
4/7/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Au delà de quelques maladresses stylistiques (les parenthèses, le on parfois un peu abusif), j'ai beaucoup aimé ce texte.
J'aime l'évocation des instants banals, presque sans importances, qui pourtant permettent de prendre conscience de certaines choses: la glace comme les blessures se referme, les choses les plus violentes finissent presque toujours par cicatriser, ne laissant qu'une trace infime, et surtout un souvenir marquant.

Pour moi, mais peut-être que je vais trop loin, ce texte est une métaphore des souffrances de la vie, de ces coups durs (ici les bâtons et les pierres) que l'on peut endurer et que le temps permet peu à peu d'accepter. Deuils, chagrins, blessures, ce qui fait, aussi, une vie humaine.

Le style, au delà des remarques ci dessus, est simple, proche de l'esquisse, ce qui me plaît.
C'est un bon texte pour moi.

   Pepito   
4/7/2018
Bonjour Luz,

Une jolie kriture. Pour chipoter : surpris par les (), je n’en vois pas l’utilité.
Surpris aussi par les "on", des "nous" font à mon gout beaucoup plus langage écrit.

- "un risque, et" … mhhhh, un doute sur la virgoule, là.

Et plein de jolies formules dont un "cicatriser l’étang" qui m'a beaucoup plu. ^^

Merci pour ce joli souvenir d'enfance.

Pepito

   hersen   
4/7/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Bonsoir Luz,

Voici une nouvelle à la croisée des chemins poétiques et des souvenirs.

c'est un souvenir que tu nous livres tel qu'il est, ou en tout cas tel que tu le perçois aujourd'hui.

J'ai aimé ressentir le froid au bord de cet étang gelé, j'ai même eu la trouille de tomber dedans. Mais non, même pas peur, ou pas beaucoup ! Tu nous racontes l'exaltation d'avoir vaincu quelque chose, qui sûrement n'en valait pas la peine pour le risque encouru sauf que...il faut bien que notre confiance en nous nous vienne de quelque part, sans doute ?

Merci de cette lecture !

   Marite   
5/7/2018
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Bien apprécié cette escapade enfantine contée en souvenir d'enfance. Mais l'écriture aurait gagné à être travaillée davantage car les nombreuses répétitions de la formule introduite par " on ..." m'ont donné à penser que le texte émanait d'une écriture scolaire, de même pour les retours à la ligne à l'intérieur des paragraphes, pratiquement à chaque phrase.

   Donaldo75   
5/7/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Luz,

Ces souvenirs d'enfance sont doux et nous rappellent que cette période de la vie ne dure qu'un temps mais quel temps et que d'aventures.

J'aime bien ton écriture.
C'est agréable à lire, visuel.

Merci,

Donaldo

   Eclaircie   
6/7/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Luz,
Il me semble que vous êtes plus souvent publié en poésie qu'en nouvelle et c'est la raison de ma lecture et de ce commentaire. C'est ce sujet qui m'a donnée envie :
http://www.oniris.be/forum/vous-souvenez-vous-de-t25826s30.html#forumpost345733

Je ne commente quasiment pas les nouvelles, aussi, je demande votre indulgence.
Je dirais:
Jolie histoire qui perso me fait revivre l'enfance de mes enfants, au cœur du petit village que j'habite.
Le style est simple, aisé à aborder.
dans la partie qui va de "Arrivés sur la bord..." jusqu'à "cercles bleutés", l'écriture me semble un peu manquer de punch.
Et la fin me semble trop rapide, après le grand développement détaillé du début de l'aventure.
(Je vous livre là mes impressions)
Globalement j'ai bien aimé suivre ces deux gamins dans leur aventure et leur inconscience.

Merci du partage,
Éclaircie

   jfmoods   
7/7/2018
J'aurais ajouté 3 virgules...

"mais en ce temps-là (bien avant les ordinateurs et Internet) les parents laissaient les enfants se débrouiller et vivre assez librement" -> mais en ce temps-là (bien avant les ordinateurs et Internet), les parents laissaient les enfants se débrouiller et vivre assez librement

"Après une semaine très froide on voulait voir si la glace s’était formée." -> Après une semaine très froide, on voulait voir si la glace s’était formée.

"On les lançait sur la glace ou bien on les poussait et elles dégringolaient entraînant sable et graviers." -> On les lançait sur la glace ou bien on les poussait et elles dégringolaient, entraînant sable et graviers.

Le cadre spatio-temporel ("On n’avait que huit ou neuf ans", "Novembre", "au-dessus d’une combe où se dessinait en contrebas l’ovale du petit plan d’eau") met en place une tonalité épique qui couvre l'ensemble du récit ("on partait à l’aventure à travers monts et collines", "lors d’un de nos périples", images d'une adversité à affronter : "La montée était raide jusqu’au plateau", "On allait les chercher haut sur les pentes", "On les lançait sur la glace ou bien on les poussait et elles dégringolaient", "Le froid durcissait nos visages et aussi nos mains à travers des gants de mauvaise laine marron", "on est redescendus en courant par le sentier des bergers", images grandioses : "On était haut dans le ciel", "Les fumées de la vallée ne montaient pas jusqu’à nous", "la lumière de fin novembre a basculé de l’autre côté de la montagne", "La nuit montait de plus en plus haut vers le ciel").

L'évocation, aux perceptions rayonnantes (odorat : "Dans l’air coupant flottait encore faiblement l’odeur de la résine d’été", vue : "La lumière oblique se faufilait entre les arbres", "sa surface gris clair scintillait de minuscules paillettes, comme celles qui brillaient dans les yeux joyeux de Jeannot, et les miens aussi probablement", "Le soleil rebondissait sur l’étang entre de fins nuages blancs", "des trous d’où l’eau jaillissait en cercles bleutés", ouïe : "on criait, sans arrêt, sous l’écho de la combe", "L'eau gargouillait faiblement à travers l’amas minéral", toucher et ouïe : "La glace craquait et se fissurait sur les bords du passage"), est toute emplie de ce combat contre un ennemi statique, offrant, par son épaisseur, une farouche résistance aux assauts répétés des deux enfants ("on a essayé de briser la glace avec des cailloux, mais ça ne faisait que l’ébrécher. La vingtaine de projectiles lancés avait seulement dessiné autant d’étoiles givrées", "on s’est mis à jeter sur une partie de l’étang toutes les pierres et les cailloux que l’on pouvait trouver").

Pour éprouver sa bravoure, ils vont alors s'avancer sur l'entaille infligée à cette cuirasse ("On a marché dessus comme des somnambules", "On est allés jusqu’au bout de notre petit chemin, tout en ayant conscience, je crois pour la première fois de notre existence, de prendre un risque, et en même temps de maîtriser notre peur"), sur le dos métaphorique d'un dragon en hibernation ("projetant de longues lignes de fracture", "Une glace plus fine, bleu très clair, commençait à cicatriser l’étang").

La vieillesse ne se résume pas au froid constat des années qui s'en vont. Elle repose aussi sur le fait que nous laissions ou non mourir le formidable vivier de l'enfance, la source la plus féconde de notre imaginaire, le mystère inépuisable, savamment entretenu, de notre relation au monde ("Cela formait un grand point d’interrogation dont nous étions l’origine, immobile et silencieuse").

Merci pour ce partage !

   Lulu   
13/7/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Luz,

Je découvre ce petit texte fort sympathique. Il me semble si proche du souvenir, comme brut, livré sans trop de recherche, ce qui n'este pas un reproche. Juste une impression de voir ce souvenir revivre dans le récit avec l'émotion sous-jacente…

Des maladresses ont été relevées, je n'y reviens pas… Les parenthèses, oui, on peut les éviter en intégrant le contenu dans le récit si c'est nécessaire, bien qu'ici, il m'a semblé que les commentaires que sont ces parenthèses étaient inutiles, car on peut faire confiance au lecteur dans sa capacité à lire entre les lignes.

Je peux peut-être vous donner un exemple de ce côté brut qui semble à peine maladroit : "Alors, ça nous est venu d'un coup, sans se concerter, comme une évidence…" Je trouve la formulation peut-être trop "orale", mais la force du texte dans son ensemble, c'est vraiment qu'au-delà d'un récit imaginaire, nous sommes dans le souvenir… Que tout cela fut inventé, ou non.

J'ai vraiment beaucoup aimé la dernière phrase. Il y a parfois aussi, dans l'ensemble, de très belles images, comme ici :"La lumière oblique se faufilait entre les arbres". C'est simple, mais le détail rend tout cela réaliste.

J'espère vous relire en nouvelles.


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