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Sentimental/Romanesque
maria : Le Salto [Sélection GL]
 Publié le 01/09/19  -  13 commentaires  -  11835 caractères  -  159 lectures    Autres textes du même auteur

Une fillette portugaise immigre en France ; ce sera le début de longs silences.


Le Salto [Sélection GL]


Le curé, homme éclairé du village, exposa à la richissime Dona Pereira la situation chaotique de la famille Pinto. Le jeune Tonio, dix-sept ans, accusé de coups et blessures sur un officier du dictateur Salazar est recherché activement par les autorités. Sa belle-sœur, Emilia, mère de Gina, cinq ans et de Pedro, trois ans et demi, vivait chichement de travaux de couture pour les bourgeoises de Paramos. Attendrie, peut-être, Dona Pereira fit don au curé de l’argent nécessaire à l’exil clandestin pour la France, où vivait depuis huit mois Fernando, le mari d’Emilia ; ceci en cadeau surprise d’anniversaire pour Fernando, qu’elle chérissait, on ne sait pourquoi, comme un fils.


On s’ingénia à vieillir l’oncle Tonio qui prit, en quelques semaines, l’apparence respectable d’époux et de père. Gina s’intéressait aux préparatifs. La fillette évoluait parmi les adultes, on ne s’interrompait pas quand elle s’approchait de leurs conversations ; elle connaissait alors les détails et les dangers du grand voyage, du Salto.


En montant dans le train pour Porto, Gina laissait aux hommes qui restaient, fatigués et condamnés à trimer, les femmes en noir qui portaient leur travail sur la tête, qui s’échinaient dans les champs, qui éclataient de rire au lavoir, aussi fort qu’elles tapaient le linge, aux grivoiseries de la voisine et leurs enfants barbouillés, asservis à l’attente, au bord d’un océan qui racole et exile.


Un passeur d’hommes les attend à la sortie de la gare devant l’entrée de l’hôtel Sylva. Il a l’allure et l’habit du chauffeur d’un important manufacturier lyonnais, une casquette à la main et l’air hautain et détaché. Il s’adresse à l’oncle Tonio, parle bas, dans son épaisse moustache brune et ne se retourne pas vers la mère et les enfants. Celle-ci s’est assoupie, le garçon dort aussi. Gina, la joue contre la vitre entrouverte, scrute le dehors sans lâcher la main de son frère ni la poupée de chiffons que Dona Pereira lui avait confiée au moment des embrassades et des pleurs d’adieu. Ils roulent vers un refuge où ils se restaureront et attendront la nuit avec d’autres candidats à la vie française. Le passeur prend le temps d’expliquer à l’oncle Tonio qu’ils dépasseront les frontières de nuit et à pied, sans doute, et qu’au moindre contrôle qui capoterait, il se défausserait, sans néanmoins lui dévoiler comment il arguerait de sa présence en compagnie de fugitifs.


Après minuit, ils se mettent en route. Ils ne sont pas trop chargés car les belles choses n’émigrent pas. Ils arpentent la campagne qui, trop près de la ville, n’a pas beaucoup à raconter.

Ils marchent sur des sentiers caillouteux et sinueux, la peur d’être pris les rend presque invisibles, ils avancent sans laisser de trace et rien n’annonce leur passage. Le passeur, grave dans cette nuit sourde et grasse, grimpe sur une butte de terre argileuse et les somme de le rejoindre. Il tend le bras et pointe l’index sur l’Espagne allumée. Puis il s’accroupit, leur fait signe de se baisser aussi, tout en restant tourné vers la ville d’en bas. Il se déride à la vue de signaux lumineux provenant de l’emplacement de la fête foraine, loué chèrement, par des gitans, une partie aux Portugais et l’autre aux Espagnols. Ce grand espace était devenu un lieu de passage convoité, car, prises au collet de gitans mafieux, les autorités des deux pays n’y exerçaient aucun droit. La fillette avait entendu toutes les explications données par Dona Pereira au curé et savait que le vrai passeur était l’argent.


Un dimanche, l’oncle Tonio avait amené Pedro et Gina à la fête foraine de la grande ville. Elle se souvient des musiques, des couleurs, des tumultes joyeux et des sourires insouciants d’une journée exceptionnelle. Mais ici, maintenant, Gina ne voit rien de merveilleux et n’entend rien de charmant. Pourtant, tout est là, prêt à exister mais rien ne bouge. Tout est déguisé en gris anthracite et déformé dans des noirs fluctuants. Une longue allée est barrée par une chaîne de montagnes russes muettes. À sa droite, une pieuvre géante, d’un autre monde et prête à éjaculer des rais de lumières, reste figée sur le bitume. À gauche, les autos tamponneuses, un long pic dressé à l’arrière, sont au point mort. Le carrousel est coincé et une chape d’aluminium retient les filaments de barbe à papa. Des rideaux de fer emprisonnent des animaux en peluche et les poupées andalouses. La mare en plastique est vide d’eau et de proies rigolotes. Des mégaphones ficelés aux troncs de platanes, et qu’elle avait connus loquaces, ne sort aucun son.

Gina a peur dans ce calme d’attente, et serre encore plus fort la main de son frère et la poupée de chiffons. Elle pense à implorer de l’aide, mais ne sachant plus où situer Dieu, elle se ravise et continue d’avancer dans cette atmosphère aussi poisseuse qu’une peau de chamois imbibée de cambouis.


Ils s’éloignent de cette mascarade et se rapprochent d’une Peugeot de couleur claire. Gina monte à l’arrière, après son petit frère et s’affaire à se frotter le visage avec la poupée de chiffons : elle a un dégoût de son corps et de sa tête, mais ne pense pas à pleurer. Les panneaux de signalisation défilent, elle prend à témoin la lune entière et impassible, elle est piégée, soumise au passeur, car, ne sachant pas lire, comment reconnaîtra-t-elle la France ?

Le passeur met une cigarette à sa bouche et jette le paquet froissé par la vitre entièrement baissée, la fillette grimace aux odeurs qui lui viennent. Elle a la saudade des hautes et causantes vagues de l’Atlantique, elle espère que, loin derrière elle, elles continuent de s’élancer, de s’enrouler de se soulever pour ensuite éclater de gouttelettes d’argent.


Ils roulent longtemps, le petit frère urine dans une bouteille en plastique, la mère et la fille se retiennent, puis ils s’enfoncent dans une route moins large, sur la droite. Le passeur ralentit, donne deux brefs coups de klaxon, puis un autre, on répond par un appel de phares. Ils s’arrêteront devant un hangar aménagé à l’intérieur, où ils se laveront, mangeront et dormiront un peu. Ils passeront, sans emphase, de l’Espagne à la France, cachés dans un corbillard, convoyé avec d’autres voitures, par un camion plateforme. Dona Pereira avait beaucoup d’argent et le curé des relations de résistant.


C’est à Marcigny, près de Roanne, que vivait le père depuis le deux janvier, homme à tout faire, au service de la patronne d’une manufacture dans laquelle on confectionnait les draps utilisés dans les hôpitaux du département. Contrairement à ses compatriotes, Fernando n’envoyait pas d’argent à sa femme, car écrivit-il, il économisait pour acheter un terrain sur lequel il bâtira une maison qu’elle entretiendra ainsi que le jardin de fleurs, car elle n’aura plus besoin de se baisser pour un kilo de patates.

Ils avaient parcouru, sans qu’il le sache, mille cinq cents kilomètres dans la peur, l’angoisse et l’incertitude, et ils allaient se remettre à lui fatalement.

Ils se sont changés dans le relais routier. La mère est statufiée dans une robe droite et sombre, elle avait vendu sa longue et soyeuse queue de cheval à la coiffeuse du village. Gina ne la trouve pas belle avec cette tête ramassée, étriquée, dépourvue de douceur et de légèreté. La culotte courte et bouffante donne au garçonnet un air jovial, l’oncle Tonio arbore son costume neuf avec une légère maladresse, les frous-frous de la jupe de la fillette ne lui enlèvent pas sa sévérité. Le passeur se prépare pour un autre convoi. C’est dimanche, un taxi les conduira quand même à l’usine.


Une dame française les attend adossée à un portillon, Tonio lui remet une lettre. Elle la lit, puis examine l’homme — elle était au courant de tout —, elle dévisage la mère et retient un ricanement ; elle ne regarde pas les enfants. En avant du lundi, elle leur fait visiter la manufacture, pour les tester et les mater, peut-être, si nécessaire. Ils pénètrent dans une vaste salle carrée, carrelée en damier noir et blanc, où, sur les murs malpropres sont vissés des longs bancs recouverts d’échardes de bois vert aux pieds rouillés, et des portemanteaux en fer et à chaque coin est scellé un lavabo à robinet unique.


C’est un endroit de transition.


La dame française fait glisser, sans anicroche, une porte en tôle ondulée. De l’atelier, exhale une irritante odeur d’huile brûlée, la même que celle de la vieille bécane de l’oncle, sans l’air purificateur de l’océan. Jusque-là derrière Tonio, Gina se décale vers la droite, et elle voit des dizaines de machines à coudre électriques, alignées par rangées de quatre sur plusieurs mètres. Elles sont noires, gravées de Singer d’or, et signifiées par une immense bobine, en cône, de fil de coton blanc. La fillette n’en a jamais vu d’aussi grosses. Elle lève la tête vers sa mère et la pense, le dimanche d’avant. Elle cousait sous la tonnelle de vigne verte au rythme de l’Atlantique. L’océan postillonnait et l’éclaboussait de ses chiquenaudes de fraîcheur. Digne et légère, le visage épanoui, instruit pour sourire, elle s’adossait contre sa chaise en osier, du bout de ses doigts fins, ajustait la courroie de cuir puis jouait avec grâce du pédalier. Le vent de l’océan soulevait timidement le voilage qu’elle surfilait, c’était beau et rassurant. Gina ne voit pas de rubans entremêlés, de corbillons de boutons dépareillés, de coffrets d’épingles, de bouts de tissu de rien du tout, de mètre ruban lézardant à ses pieds, de ciseaux écartés, prêts à servir. Il n’y a pas le petit bazar de couturière. Ici, devant chaque machine, est riveté au sol un tabouret recouvert de moleskine noirâtre. De cet atelier, Gina ne peut rien extraire de vivant, rien qui ne sente bon, rien qui donne du bonheur. Heureusement, elle n’a pas levé la tête assez haut pour voir les bureaux métalliques et leurs micros en état d’alerte permanent.


Ils sortent de l’usine, la dame française les conduit à l’hôtel. Elle échange quelques mots avec le réceptionniste, Gina entend prononcer approximativement le prénom de son père. Elle leur montre, à l’étage, deux chambres adjacentes. Gina comprend qu’elle dormira avec l’oncle et son petit frère. Celui-ci manifeste son envie de faire pipi. La dame française montre du doigt le fond du couloir, et tourne l’index vers la gauche. La fillette prend son frère par la main et ils s’engouffrent dans cet interminable couloir, Gina a la tête lourde et les yeux encombrés, comme quand, au village, l’orage menaçait en soufflant un air épais et pesant. Elle laisse son frère aux latrines. Des gémissements humains et mixtes lui viennent d’un peu plus loin, elle s’aventure, penche la tête et voit un balcon où un homme, beau comme un prince, en chemise d’un blanc éclatant, les manches soigneusement retournées, les bras longs et musclés, une main forte sur l’épaule nue d’une jeune fille, et l’autre en haut de sa cuisse sous le volant de sa jupe bleu ciel, se balance avec allégresse. Il tangue contre cette bombasse et fait glisser sa langue autour et dans sa bouche offerte, avec le sourire triomphant du jouisseur, le visage perlé de sueur facile, la chevelure frivole et libre.

Pendant quelques instants, les regards de l’homme et de la fillette sont face à face, elle est tétanisée d’effroi, ensevelie de chagrin, elle a envie de vomir et de pleurer, elle suffoque de stupeur puis de rage ; elle est anéantie, et, dans la promesse d’un silence, elle se jure de ne pas lui remettre l’argent que Dona Pereira a caché dans le ventre de la poupée, elle n’a pas encore la force d’un autre engagement.


Le petit frère appelle, la fillette se détourne de son père pour rejoindre Pedro. Elle comprend alors qu’elle devra se taire longtemps et sur beaucoup de choses.


Lundi 5 septembre, école primaire Albert Camus, classe de cours préparatoire :


— Gina Pinto ?


Elle lève le doigt.


 
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   FANTIN   
1/8/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Un texte fort, à tonalité autobiographique, écrit dans une langue élégante et riche (passons sur le terme "bombasse" qui jure au milieu mais qui est voulu pour signifier l'indignation et le dégoût). Le thème est de toujours: l'exil de ceux que la vie malmène et pousse un jour dans le dos pour aller tenter leur chance ailleurs.
A travers des formules heureuses et évocatrices(:"qui portaient leur travail sur la tête"; "les belles choses n'émigrent pas"; "le vrai passeur était l'argent";"mère statufiée dans une robe droite et sombre",etc.), des détails vrais et percutants(: la queue de cheval coupée et vendue-on pense à Fantine vendant ses dents -; odeurs diverses; alignement de machines à coudre)et un récit très imagé(on croirait voir un film par moments), on a ici en concentré le dur apprentissage de l'existence par une fillette, avec la découverte progressive et brutale de sa réalité sans panache, dévoilée par étapes en crescendo.
Un texte au goût amer et au regard désenchanté mais qui, en plus de ses qualités littéraires, ne ferme pas forcément la porte à la possibilité d'une vie réussie grâce aux vertus de la résilience.

   hersen   
2/9/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Un texte dans lequel il y a des très belles choses, comme "l'océan qui racole et exile". c'est exactement ça.
je trouve à cette histoire une assez belle authenticité, depuis le cirque des gitans jusqu'au curé qui se mêle de plus que sa fonction.
Dona Pereira est le personnage pivot, financièrement, et on peut se demander pourquoi, dans un Portugal si pauvre, elle décide de " faire un cadeau d'anniversaire" au beau Fernando? nous pouvons le comprendre à la fin, les charmes ravageurs ont dû aussi échoir chez la Dona.

J'ai aimé avoir eu la tentation de reprendre l'auteur sur certains points, comme par exemple la poupée "confiée" par la dona; non, me suis-je dit, elle a été "offerte". Il faut que j'arrive à la fin pour bien comprendre qu'elle a été confiée. J'aime beaucoup dans mes lectures ces rebondissements.

Les exilés riches étaient rares, et partaient beaucoup plus loin, souvent en Amérique Latine. Je connais , par les anciens exilés qui me les ont racontées, des histoires beaucoup plus difficiles que celle-ci et pourtant, Gina n'a pas de mal à émouvoir, elle que l'on devine déjà partagée entre ses souvenirs de son pays et de sa nouvelle vie, qui démarre si lourdement.

Je pense que Tonio a eu beaucoup de chance d'échapper au PIDE !

Un anachronisme peut-être : le petit frère fait pipi dans une bouteille en plastique. Je ne crois pas qu'à cette époque il y avait des bouteilles en plastique au Portugal.

J'aime la fin qui dit une volonté de faire fi d'un si court passé et portant un secret si lourd :

-Gina Pinto ?
Elle lève le doigt.

L'histoire du Salto, jamais facile, toujours déchirant.

   wancyrs   
18/8/2019
 a aimé ce texte 
Un peu
Salut à vous,

La fin du récit est terrible ! Et pour moi c'est ce qui me console d'être allé jusqu'au bout. Le texte est lourd, lent, les descriptions ne permettent pas vraiment de visualiser, même la scène de l'ébat sexuel de la fin ; pourtant on sent l'effort entre les lignes... J'ai lu le premier paragraphe au moins cinq fois, car il y a trop d'informations d'entrée de jeu, et du coup cela m'a découragé de continuer, car malgré mes efforts, je savais que je reviendrais toujours au début du texte pour savoir qui est qui.
Le fait qu'il ne se passe rien de bon tout au long du récit n'aide pas à aimer ; j'imagine que l’épisode est un extrait de quelque chose plus grand, car il s’achève sur quelque chose de croustillant...

Bonne continuation à vous !

Wancyrs en EL

   Malitorne   
1/9/2019
 a aimé ce texte 
Un peu
J'ai moyennement apprécié le style, pas toujours très clair, avec des images forcées (voir mes annotations). Je comprends que le commentateur précédent ait dû s'y reprendre à plusieurs fois pour bien saisir certains chapitres. Je pense que vous devriez fluidifier votre écriture pour la rendre plus accessible.
Le thème est intéressant d'un point de vue historique mais un peu terne, il ne se passe pas grand chose. L'absence de dialogue rend les choses très linéaires, presque hors de la réalité. Leur rôle est pourtant essentiel pour donner vie et dynamisme à un récit. Tout ceci respire trop la littérature et fait perdre de la substance à un exil qui devrait pourtant être riche en émotions.

Cette phrase est bizarrement construite. Qu'est-ce qu'elle laisse exactement aux hommes Gina ? On ne comprend pas : « En montant dans le train pour Porto, Gina laissait aux hommes qui restaient, fatigués et condamnés à trimer, les femmes en noir qui portaient leur travail sur la tête, qui s’échinaient dans les champs, qui éclataient de rire au lavoir, aussi fort qu’elles tapaient le linge, aux grivoiseries de la voisine et leurs enfants barbouillés, asservis à l’attente, au bord d’un océan qui racole et exile. »

Quelques tournures disgracieuses : «  Le passeur, grave dans cette nuit sourde et grasse », « une pieuvre géante, d’un autre monde et prête à éjaculer des rais de lumières », « L’océan postillonnait et l’éclaboussait de ses chiquenaudes de fraîcheur. »

   BeL13ver   
1/9/2019
 a aimé ce texte 
Pas
Le début du texte est pataud, le style est lent, très lent, trop lent, et à mon avis sans raison. C'est dommage, ce récit au présent ne fait pas trépider. J'ai l'impression que ce texte n'a d'aventure que le nom. J'ai dû mal à accrocher. À la fin, je suis plutôt déçu, parce que la dramaturgie prend enfin un tour intéressant, mais c'est à mon sens trop tard pour que quelque chose se passe. Vous avez du vocabulaire, mais vous l'exploitez, pour le moment, sans grande conviction, ce qui est dommage. Peut-être y avait-il un but, mais je pense que vous insistez trop sur l'aspect et terrible de ce passé lourd au lieu de le figurer par d'autres moyens. Un démarrage diesel pour un texte qui aurait pu être beaucoup mieux réussi.

   senglar   
2/9/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bonjour Maria,


Suis allé réviser quelque peu mon Salazar. Lol :)

On assiste ici au parcours laborieux de fuyards fuyant (sic) le régime autoritaire, dictatorial de Salazar. Sont impliqués le révolté Tonio et sa belle-soeur mère de deux enfants dont l'attachante Gina. La riche Dona Pereira a fourni l'argent pour les passeurs. Il s'agit de rejoindre l'époux qui vit en France. Un pactole lui est de plus destiné.

Dona Pereira n'agit-elle que par bonté d'âme ? Elle aucune réelle raison de donner tout cet argent en fait, ça n'est pas une dame patronnesse.

Pourquoi emploie-t-on le verbe "éjaculer" pour les rais de lumière émis par une pieuvre mécanique d'attraction foraine ? Pourquoi l'auteure indique-t-elle ici une connotation sexuelle ? Veut-elle nous mener quelque part ?
Pour le souvenir des femmes plaisantant entre elles, après tout pourquoi pas ?...

Au terme du périple, où l'on a eu tout le loisir de regretter le Portugal, le bord de la mer, Gina surprend son père, un bellâtre "beau comme un prince, en chemise d'un blanc éclatant", se préparant à lutiner une jeune fille et passant à l'action.

Elle décide garder l'argent caché dans sa poupée. Où est la mère dans l'histoire ? La fillette ne lui dira rien, ni à son oncle.

Qui est réellement son père ? Le long apprentissage de la vie commence pour Gina Pinto... au cours préparatoire de l'école primaire Albert Camus à Marcigny près de Roanne.

Tout n'est-il pas que fric et sexe en ce bas-monde... à défaut de pouvoir ?

L'auteure n'en dit pas plus.

Le salto est un saut retourné arrière. Un retour sur illusions ? Pour repartir sur le bon pied ?

Pourquoi greffer une intrigue aussi minable aux deux extrémités de la longue odyssée qu'est le passage de la frontière menant à l'exil avec ses incertitudes et ses péripéties ? Les supposés bons semblent ici aussi noirs que les méchants hormis nos fuyards. En fait ce qui fait le corps du récit apparaît de la sorte comme un long, long cheveu dans la soupe alors qu'il devrait être la soupe et la partie olé olé anecdotique.

Bon y a du boulot hein !

Mais a-t-on bien cerné les priorités ? Ô sexe parasite ! Et fric mal acquis !

D'où le (-) de la petite insatisfaction.


Merci Maria !


senglar

   Donaldo75   
2/9/2019
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour Maria,

Sur cette lecture là, j’ai décidé de commenter en instantané, c’est-à-dire au fur et à mesure.

La narration n’est pas facilitée par l’usage assez erratique des temps ; le présent donne l’impression d’un instantané, un polaroid, ce qui est un effet stylistique intéressant d’ordinaire mais pas très judicieux ici. Il y a des détails dont je ne ne vois pas la justification dans le ressort dramatique ; peut-être que ça va me paraitre plus clair par la suite mais j’en doute.

J’arrive à la fin. Certains termes, comme « bombasse », utilisés dans des scènes, ne vont pas avec le reste de la narration. Et c’est une sorte de symbole d’un écrit intéressant mais confus, manquant de fluidité pour le lecteur. La fin arrive très vite et laisse un sentiment d’inachevé. Les détails précédents ne se justifient pas plus.

Voilà mon impression de lecture ; je préfère ne pas les synthétiser car elles sont prises sur le vif.

   rosebud   
2/9/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Pour sa deuxième nouvelle, Maria réussit à nouveau un tour de force.
Elle a un sens prodigieux de la narration et je comprends décidément mal pourquoi son style inimitable peut apparaître à certains lourd, lent ou pataud, alors qu’il me semble au contraire rapide, concis, énervé, enlevé. On dirait que c’est écrit « en courant » comme disait Léautaud. Maria semble toujours comme pressée de raconter son histoire, avant qu’elle ne s’évapore.
Et au-delà des formules bien trouvées, il y a aussi des petits éclairs de concision, comme « l’Espagne allumée », ou « ils avancent sans laisser de traces et rien n’annonce leur passage », ou « gravées de Singer d’or ».
L’utilisation du présent tout au long de leur fuite éperdue soutient également cette impression d’urgence. Comme dans un film a noté très justement Fantin.
Je tiens Maria pour la plus talentueuse des nouvellistes d’Oniris.

   Vincente   
3/9/2019
 a aimé ce texte 
Bien
L'écriture est décidée, agréable car précise mais sans lourdeur, ce qui doit être énoncé l'est dans une "sobriété généreuse" ; assez factuelle, la volonté est de raconter avec tout le nécessaire à la compréhension. Mais on n'est pas pour autant dans des minutes de greffier ou quelque récit dénué de sentiments, l'empathie envers cette famille est invitée, les lieux et situations s'imaginent aisément. Et puis le développement est "crédible" (même si vers la fin, en particulier l'articulation autour de la scène sexuelle est discutable), l'on s'étonnera que l'auteur n'ait pas jugé bon de signifier en exergue qu'il s'agissait d'une histoire vraie ; peut-être parce que c'était évident ?

J'ai été "perturbé" dans l'adhésion au développement à plusieurs moments du récit. J'ai alors trouvé les mots du narrateur décalés. En effet, celui-ci est une sorte de voix off, non identifiée (en tous les cas je ne l'aie pas vue). Elle s'exprime du haut des scènes vues "en sympathie" depuis les pérégrinations des trois personnages principaux. Dans les cinq premières strophes, tout "colle" bien, le propos est expressif et cohérent (ah sauf à la cinquième sur une petite chose : quand il est écrit que le passeur "se déride", mais il est minuit, la nuit est "sourde et grasse" donc très noire, comment peut-on voir les traits du visage du passeur changer ?...).
Dans la sixième, le narrateur s'est pris de "sympathie" pour Gina, il parle de ce que voient ses yeux, employant le "elle ne voit… mais ici, maintenant Gina ne voit rien de merveilleux…", il exprime donc ce qu'elle pense par un transfert scénaristique. Il n'est donc pas "normal" que cette fillette de cinq ans pense l'expression "prête à éjaculer des…[/i]". Il y a une rupture narrative problématique.
Ensuite, ce décalage continue dans les paragraphes suivants et s'accentue car Gina devient le vecteur/acteur des scènes, et quand "elle se sent piégée, soumise au passeur, etc… on appuie encore sur cette fausse route. Il faudrait que l'on comprenne que ce sont des impressions qui viennent à l'esprit d'Emilia et non pas de l'enfant, bien que l'on puisse comprendre l'auteur qui a préféré ce versant plus touchant, , plus "efficace" émotionnellement. Pour moi ça ne marche pas. Le filtre qu'opère la voix off, narratrice et surplombante, ne doit pas créer de diffractions apparentes, sinon cette façon de distancier plus ou moins le narrateur des acteurs accentue encore un peu plus son éloignement, donc le notre, des personnages.

Et pour finir, bien que ce ne soit pas exhaustif, le terme "bombasse" est pour les mêmes raisons inadéquat, ce sont encore les yeux de Gina qui voient la scène. Etc…

Sur le fond, l'ensemble est touchant mais manquant certainement d'envolée, on reste par trop dans le récit attristant, le développement est bien tenu, la chute pudique après l'excès obscène qui l'a juste précédé, mais il faut pour moi corriger ce problème de narration.

   thierry   
3/9/2019
 a aimé ce texte 
Bien
L'évocation d'un voyage tourne souvent sur ces éléments atemporels : l'océan, la peur, le conflit. On y trouve la nuit, on est confronté à la brutalité de l'autre. En ce sens, voici un récit très coloré.
Les parallèles sont saisissants, la fête foraine et les décors de cauchemars. Encore une fois, j'apprécie cet océan tantôt menaçant et parfois rassurant, la nostalgie d'une enfance arrachée à son histoire et… à sa géographie, à son environnement comme à son intimité.
Il y a d jolies trouvailles : "leurs enfants barbouillés, asservis à l’attente, au bord d’un océan qui racole et exile. ", "le vrai passeur était l’argent.", et d'autres…
Le rythme est celui d'un roman. J'attends (peut-être à tord) une percussion régulière, le rythme d'un cœur battant, je vois là une navigation au long court, décidément les océans sont capricieux. De plus je ne saisis pas bien cette alternance de présent et de passé. Enfin, la conclusion se veut une gifle mais elle ne répond pas à sa promesse. Le "Elle comprend alors qu’elle devra se taire longtemps et sur beaucoup de choses." est un peu trop facile.
Il y a là un véritable style, une maîtrise certaine, mes les récits d'exil sont très difficiles, il me faut une progression dramatique qui me donne le tempo adéquate.

   jaimme   
7/9/2019
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour,
J'ai eu du mal à arriver jusqu'à la fin pour deux raisons: l'utilisation très curieuse des temps qui alourdit grandement la lecture et le fait qu'il faille arriver à la fin pour que l'action commence... et se termine. Vous avez utilisé beaucoup de figures de style, parfois intéressantes, mais elles paraissent en fin de compte forcées puisqu'elles ne peuvent remplacer l'intérêt bien limité d'une grande partie du texte. C'est bien dommage car l'histoire aurait pu être intéressante vu le contexte et le drame personnel.
Vous avez indéniablement des facilités d'écriture, j'espère que ces remarques (bien sévères, j'en suis désolé) vous seront utiles.
Au plaisir de vous lire à nouveau.

   solo974   
14/11/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour maria,
J'ai bien aimé votre nouvelle, au titre particulièrement bien choisi.
Le passage de l'imparfait au présent de narration m'a également plu, car ce dernier temps permet au lecteur de vivre les épreuves traversées par les protagonistes, et de les suivre dans leurs douloureuses pérégrinations.
Un beau texte sur un sujet émouvant et d'actualité.
Bravo et excellente continuation à vous !

   poldutor   
20/1/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Maria
Je découvre votre nouvelle le Salto, j'en suis tout retourné, cette histoire évoquée par une fillette de cinq ans est à la fois douloureuse et promise à la liberté que tout humain devrait connaitre. Quoi de plus difficile que de devoir quitter (fuir) son pays...La vue de son père en galante compagnie, doit faire vieillir rapidement cette enfant, que la fuite de son pays à muri.

J"ai comme certains des collègues relu deux ou trois fois le début de l'histoire, pour repérer les différents protagonistes, les prénoms étrangers étant parfois difficiles à retenir.
On suit pas à pas le difficile parcours de cette famille.
Très belle histoire, suspense finement distillé.
Merci pour ce moment d'humanité.
Cordialement.
poldutor.


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