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Fantastique/Merveilleux
marogne : Les bains mystérieux
 Publié le 30/04/09  -  15 commentaires  -  7306 caractères  -  73 lectures    Autres textes du même auteur

Un homme se réveille au bord de la mer, un étrange canal l'attire.


Les bains mystérieux


Ce texte tire son inspiration de l'exposition « de Chirico, ou la fabrique des rêves » du musée d'art moderne de la ville de Paris, et en particulier de la série intitulée « Les Bains Mystérieux » dont on peut voir des exemplaires ici ou là.


_________________



Une sensation de chaleur.


Le soleil sur ma peau.


Une impression de sable sous mon dos.


Je suis allongé. Je n’ose pas encore ouvrir les yeux. Je dois être sur une plage. Je sens maintenant la brûlure des grains de sable qui ont pénétré les plis de ma peau. La sensation du soleil sur mon visage est agréable.


Le bruit de la mer.


Une légère brise caresse mes seins. C’est ce vent qui fait clapoter l’eau, je l’entends maintenant. C’est comme si mes sens revenaient les uns après les autres.


J’ai ouvert les yeux en les protégeant de la lumière avec mes mains. C’est sans doute un réflexe. J’ai dû être habitué à vivre dans des régions où le soleil brille fort. Je suis bien au bord de la mer, à quelques mètres du rivage.


Je me suis assis, je suis seul. Je ne vois personne sur la mer, personne derrière moi. Pas un bruit ne vient troubler le ressac.


Je reste un long moment face à l’étendue liquide dont les couleurs varient à l’infini suivant les mouvements de sa surface. Je ne pense rien. J’ai seulement conscience de l’endroit où je suis. Ou plutôt j’ai conscience de mon environnement, sans savoir y donner un nom. Je sais ce que c’est que la mer, le sable, le soleil, le vent. Mais que fais-je ici ?


J’ai l’impression qu’un long moment a passé. Mon esprit se réveille petit à petit, comme après un engourdissement. Je dois me lever. Debout je devrais mieux voir où je suis, peut-être alors pourrais-je y mettre un nom.


Il n’y a rien que la mer, la plage et moi. Je sens cette solitude. Je crois que je devrais être inquiet, mais non. Mon esprit semble flotter sur les éléments. La brume qui recouvre légèrement le paysage semble provenir de mon cerveau fatigué.


Un canal !


Un canal là-bas se jette dans la mer. Je me décide à m’en approcher. J’ai chaud.


C’est en arrivant à côté de son embouchure que je me découvre nu. C’est une étrange sensation. Je n’avais pas conscience jusqu’alors qu’il pouvait y avoir une différence entre être nu et être habillé. C’est arrivant là que brusquement cela m’est apparu. J’ai eu un sursaut d’effroi en pensant que quelqu’un pourrait me voir dans cet état, mais non, il n’y avait personne.


L’eau se déverse dans la mer tout doucement. Elle ne semble pas pouvoir se mélanger à celle-ci, comme s’il s’agissait de liquides différents. Mais au loin, là-bas, on voit que les bords de ce fleuve s’estompent, et que l’eau de la terre finit par être absorbée par l’immense nappe.


J’ai chaud, et cette eau à côté me semble le seul moyen de me rafraîchir. Précautionneusement j’y entre. Il y a quelques marches qui permettent d’y descendre. L’eau m’arrive à hauteur de la poitrine, la sensation sur mon corps est un délice. Comme mes muscles se détendent, je sens mon esprit s’ouvrir, comme si un vent frais venait l’aider à s’épanouir.


Je suis loin maintenant du rivage. Il y a une petite cabane à côté du canal. Sans vraiment savoir pourquoi j’ai remonté le flux, je me sens bien. Je reconnais une cabane de bains, du type de celles que l’on utilisait pour se changer lors des premières baignades en mer. À côté de celle-ci un homme en complet est tourné vers l’amont de ce cours d’eau. Il porte un chapeau, et est complètement immobile. C’est le premier homme que je vois dans ce monde.


Un peu plus loin, une autre de ces cabanes. Le canal là l’entoure, en faisant une île. Un autre baigneur s’y trouve, comme moi, l’eau lui arrivant aux seins. Je suis à côté de lui, il ne m’a pas parlé, son regard semble me traverser. Je devrais lui adresser la parole, mais je n’ose pas. Ce n’est pas une crainte à proprement parler, non, je ne veux pas lui parler c’est tout. En fait, je ne veux pas parler. Je sais que je le pourrais si je le voulais, mais je ne le veux pas.


Une statue magnifique a été dressée à quelques mètres du canal. Hiératique, un athlète grec illumine de sa blancheur irréelle le paysage.


J’ai passé plusieurs de ces cabanes maintenant, elles semblent être disposées assez régulièrement au long de cette rivière artificielle. De temps en temps j’ai vu un autre de ces personnages en costume, le long de l’ouvrage, ou plus loin. Chacun regardait dans une direction différente. Aucun ne m’a prêté attention. Le débit est plus rapide maintenant, je dois forcer un peu plus pour avancer.


Il y a de plus en plus de monde dans l’eau. Ils ont tous l’air absent, tendus seulement dans l’effort qu’ils déploient pour continuer à remonter cette eau qui coule de plus en plus fort, de plus en vite. Suis-je comme eux ? Cette pensée m’inquiète, je n’ai pas vraiment envie de leur ressembler, ils ont l’air tellement….


Mais est-ce vraiment de l’eau ? J’ai l’impression d’un liquide visqueux qui oppose de plus en plus de résistance à mes mouvements, comme s’il voulait m’empêcher d’arriver au but. On dirait un liquide vivant. Je suis fatigué, mes muscles me font mal, mais mon esprit s’éveille de plus en plus. Cela est amusant maintenant. Au fur et à mesure que je progresse, je découvre de nouveaux sentiments, de nouveaux mécanismes de pensée.


De la couleur !


Le dernier homme habillé que j’ai vu sur la rive avait une veste marron. Ce détail m’est revenu en mémoire peu de temps après l’avoir dépassé. Je me suis rappelé aussi les couleurs vertes et jaunes des cabanes. Je vois en couleurs, le monde s’éclaircit, je me sens bien.


Je revis.


Avancer me coûte de plus en plus d’efforts. Je ne sais pas encore vraiment vers quoi je me dirige, mais il le faut. Je me rappelle avoir dans le passé eu de telles envies, avancer, avancer quelles qu’en soient les conséquences.


Un bruit mécanique couvre le bruit de l’eau qui semble avoir perdu sa force. J’avance beaucoup plus facilement maintenant.


Rouge.


Cette eau est rouge. En réalisant cela je sens un frisson sur ma peau. Rouge et visqueuse, chaude. Je porte la main que j’avais trempée précédemment dans ce liquide à ma bouche. Un affreux goût métallique emplit tout mon être. Je sens mes cheveux se hérisser sur ma tête. L’eau, non ce n’est pas de l’eau, le sang dans lequel je suis a changé de sens, il m’emporte maintenant vers la source de cet étrange canal, vers la machinerie que j’aperçois maintenant sur l’horizon, noire, immense, imposante ; des pistons font trembler l’atmosphère et le sol, le bruit est effrayant, d’immenses roues happent les baigneurs devant moi, les déchiquètent, et leur sang gicle maintenant jusqu’à moi, dégouline sur mon visage, tandis que mon esprit comprend enfin le sens de tout cela, mais trop tard, je voudrais crier, mais ma trop longue indifférence au monde me l’a désappris, je vois ces corps broyés se vider de leur source de vie, je comprends, oui je comprends les regards vides, les efforts dirigés vers des objectifs tous différents, je comprends la parole oubliée, les besoins égoïstes, je comprends.


Trop tard.



Montesson, le 25 avril 2009


 
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   solidane   
30/4/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Beau comme un tableau. Pourtant la partie sensuelle du début , suivie d'un autre plus descriptive pour aboutir à une "compréhension" m'ont gênées. Beau comme un tableau oui, mais l'émotion était insuffisamment au rendez-vous chez moi.

   Anonyme   
30/4/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Depuis le superbe "Londres", on sait l'intérêt que Marogne porte à la peinture.
Ici, l'ambiance est radicalement différente. De la Provence sous le cagnard on passe à une antiquité fantasmatique.
L'auteur prend à la lettre l'intitulé de l'exposition " la fabrique des rêves" et donne libre cours à son imagination.
C'est original, inventif, intelligent.

   Selenim   
30/4/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Un descriptif littéraire d'une œuvre picturale, l'auteur avait déjà expérimenté, avec Londres, quelques teintes d'impressionnisme.

Mais dans ces bains mystérieux, il plane une sensation de naïveté. Les liens donnés par l'auteur pour connaitre le tableau inspirateur, sabordent en même temps la découverte du texte.

Si des photos illustrent parfaitement certains textes, c'est parce qu'elles se concentrent sur un détail où sont l'objet d'une interprétation.

Ici, on suit littéralement un descriptif de la peinture. seul le dernier paragraphe nous dévoile un pan de réflexion de l'auteur.

C'est bien dommage d'être resté dans cette position d'observateur car on n'apprend rien de cette toile plutôt fascinante.
Avec plus d'audace et d'analyse, ce texte aura pu se parer de quelques plumes.

Selenim.

   Flupke   
30/4/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Bonjour Marogne,

J’ai trouvé cet exercice - imaginer une nouvelle sur la base de tableaux – intéressant et réussi. Ca m'a bien plu.
L’univers décrit est à la fois limpide et onirique. Les deux dernières phrases semblent avoir une portée philosophique.

Je remarque quelques phrases peuphoniques (un néologisme que je viens d’inventer il y quelques secondes et dont je te cède la licence d’utilisation à titre gracieux – contraction de peu et euphonique) :
C’est arrivant là que brusquement cela m’est apparu
Le canal là l’entoure
« Je me rappelle avoir dans le passé eu de telles envies ». La distance entre « avoir » et « eu » étonne un peu . On à l’impression que les bretelles entre l’infinitif et le participe passé vont lâcher.

Dans la continuité de ta nouvelle précédente, « baignoire » étant séparé de « bain » par une poignée de mots dans mon dictionnaire, il est aisé de deviner que le titre de ta prochaine nouvelle sera « Le bakchich » ce qui gâche un peu le suspens et l’effet de surprise. Bon je vais arrêter là, je sens que le surréalisme de ta nouvelle contamine par osmose inverse mon commentaire.

Amicalement,
Flupke

   victhis0   
30/4/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
C'est un bon exercice, assez tentant...Mais je peine un peu à la lecture, même si elle est assez fidèle du sentiment que l'on ressent devant les toiles de Chirico. Donc, c'est réussi ? oui, mais pas passionnant à lire pour autant en ce qui me concerne.
Si cet exercice t'intéresse, je te conseille vivement la lecture de l'Arrière Saison, de Philippe Besson, histoire entièrement imaginée à partir d'un tableau de Hopper.

   liryc   
30/4/2009
D'abord le positif, je retrouve l'ambiance des tableaux de de Chirico avec exactitude? Qu'a-t-il voulu exprimer dans ses toiles? Sans doute quelque chose prophe de ton récit. J'adore sa peintue métaphysique et ta nouvelle l'est touta autant.

Maintenant le négatif : Ennnorrmément de répétition :
j'ai compté
9 x "je suis"
2 x "je me suis"
9 x "c'est"
3 x "impression"
2 x "seulement"
4 x "vraiment"
2 x "seulement
16 adverbes en "...ment"

"j'ai seulement conscience de l'endroit où je suis" pourrait par exemple devenir : j'ai conscience de cet endroit.

"La brume qui recouvre légèrement le paysage semble provenir de mon cerveau fatigué" par : Le paysage se couvre d'une brume issue de mon cerveau fatigué.

"C’est arrivant là que brusquement cela m’est apparu" (apparu et brusquement forme un pléonasme)
par : arrivant là, cela m'est apparu.

"Précautionneusement j’y entre" :
j'y rentre, avec précaution

"Il porte un chapeau, et est complètement immobile" :
figé, il porte un chapeau.

etc...

J'ai lu hier des trucs et astuces pour améliorer mon propre style,
et l'utilisation abusive et courante de verbes tels que être, avoir, se trouver, dire, des adverbes en ...ment et des "que" y est déconseillé.

   Menvussa   
30/4/2009
 a aimé ce texte 
Un peu
Le texte est assez bien écrit et colle bien à ce tableau de Chirico. La nouvelle en elle même ne m'a pas trop intéressé, j'y ai trouvé une ambiance assez lourde, ambiance que je retrouve, d'ailleurs, dans le tableau.

   FIACRE   
2/5/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Oui, se précipiter tout conformisme à la rue dans les canaux ouverts !

   horizons   
2/5/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Citer le tableau en préambule scie un peu les papattes.Le titre de la nouvelle aurait suffit si tu voulais que quelques cultivés (dt je ne suis pas) reconnaissent l'oeuvre. Du coup on a l'impression d'une description, certes très belle mais téléguidée par un autre (le peintre). Il faudrait que les personnages et l'intrigue sortent encore plus du tableau qui devrait être seulement une toile de fond.

   widjet   
2/5/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Pour ma part, l'auteur n'a pas su et contrairement à son Londres que tout le monde cite è juste titre, imprégner son texte de ce charme hypnotique. Ici, la sensation est trop timorée, je ne me suis pas senti prisonnier de mes sens, si j'ose dire. Sans doute à cause d'une écriture trop descriptive, répétitive (mais sans l'effet ensorcelant de la redite) et globalement (et étrangement) peu inspirée.
Pourtant il y a de l'idée dans la structure : une première partie qui décrit, qui pose l'ambiance et une montée en puissance, plus haletante à l'image d'une dernière et très longue phrase.

Bien vu...mais trop tard. Le charme est déjà rompu.

Comme je l'ai dit, le problème vient sans doute de ce déséquilibre : la première partie écrase l'effervescence du final...Dommage.

Mais c'est surtout l'écriture qui m'a déçue...

Widjet

PS : C'est con mais le mot "sein" pour un homme ça me fait bizarre à chaque fois.

   Anonyme   
2/5/2009
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour Marogne
L'idée de commenter un tableau de l'intérieur est très originale. toutefois je ne sais pourquoi je n'ai pas été portée par le texte. j'ai l'impression qu'en tant qu'auteur tu es resté "en dehors" du tableau" et donc moi aussi du coup.
parce que là les pensées du personnages ne me semblent pas suivre une suite logique. Bon d'accord c'est pas obligé non plus mais en s'éveillant au tableau(c'est cela qu'il fait non?), je ne crois pas qu'il puisse décrire les choses de cette façon... Enfin moi j'ai lu d'abord le texte puis après je suis allée voir le tableau (je suis une ignare en art) et j'avais pas "vu" cela. je voyais ce tableau plus rouge plus cruel...

Xrys ignare

Désolée

Xrys

   Anonyme   
3/5/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
D'un point de vue stylistique je trouve ce texte très bien écrit. Certes, il y a quelques répétitions, mais le texte coule comme le fleuve ou le canal.

Sur le fond je ne vais pas trop dévelloper simplement parce que ce texte est composé à partir d'un tableau et que la vision de marogne est aussi bonne que n'importe qu'elle autre.

Bref, un texte agréable, plaisant, mais peut être un peu trop interprétatif...

   xuanvincent   
4/5/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Cette nouvelle (si je n'avais pas lu au préalable l'introduction de l'auteur) m'a fait penser à un rêve étrange (plus qu'à un récit véritablement fantastique). Sans m'intéresser autant que le précédent texte, je l'ai assez apprécié, pour sa dimension onirique.

Détails :
. "Je me suis assis, je suis seul" : j'ai moyennement apprécié cette phrase
. comme Liryc l'a déjà écrit précédemment, il m'a semblé voir ici et là des termes se répéter dans le texte, notamment le mot "cabanes".

   Togna   
5/5/2009
 a aimé ce texte 
Un peu
Les quatre toiles « Les bains mystérieux » titillent l’inspiration, comme beaucoup de celles de Chirico, d’ailleurs. Je ne sais quelles visions ont guidé son pinceau, pour moi, le plus mystérieux est « La vasque aux trois baigneurs ».
Tu conduis ton personnage vers l’amont alors que ceux de Chirico semblent tournés vers la mer. Tu as donc choisi de remonter vers la source. Celle du mal, qui finit par broyer l’être humain ?

   Bernet   
12/5/2009
 a aimé ce texte 
Bien
J'aime bien ces tous petits paragraphes comme des touches, des impressions furtives, éphémères…

Nous sommes dans le sensitif. Il faudrait peut-être ne pas l'écrire !
Ressentir et non sentir…

Trop d'eau tue peut-être ce "je" ?

Trop de "je", noient aussi l'émotion ?

Un dernier paragraphe qui s'étend, la goutte marine devient mer rouge. Ne faut-il pas canaliser ce passage ?



Des questions de forme, je vous en demande pardon.


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