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Réalisme/Historique
marogne : Une poignée de jujubes
 Publié le 09/12/09  -  16 commentaires  -  16770 caractères  -  68 lectures    Autres textes du même auteur

Une journée qui se termine par une poignée de jujubes jetés sur la route, sur fond de Grande Muraille.


Une poignée de jujubes


Le soleil se levait à peine quand ils passèrent au nord de la place Tian’anmen. La lumière blafarde rendait encore plus impressionnante cette vaste étendue encore déserte à cette heure-ci. Au milieu, le mausolée du Grand Timonier se dressait, fier, comme pour faire obstacle aux vents bienveillants du sud qui passaient par la porte Qianmen puis la porte « face au soleil ». Encadré par les couleurs vives de la porte de la Paix Céleste, le portrait de Mao contemplait, impassible, le passage des voitures sur la grande avenue.


Il aurait voulu exprimer le mélange de sentiments qui l’habitaient devant ce lieu de rencontre entre le gigantisme maniéré de la cité des Empereurs, aux centaines de palais à l’architecture délicate, et voués au secret, et la puissance du communisme chinois exprimée par l’immensité de cette place bordée par les façades kitch du palais du Peuple et du musée de la Révolution, voulue comme symbole de l’espace urbain rendu au peuple. Mais après un regard rapide à Chloé il se retint. Elle avait les yeux à moitié fermés, recherchant la solitude dans une somnolence qu’il espérait non feinte.


Il se rappela l’excitation des premiers mois, quand tout était nouveau, tout était beau. Chaque promenade était alors une découverte, l’occasion de s’émerveiller.


La voiture glissait sur Chang’An, indifférente aujourd’hui aux immeubles modernes qui rivalisaient d’élégance et de folie, exposant leurs façades de verre aux rayons du soleil, et parant de mille nuances les flots de bicyclettes des travailleurs. Ils se rendaient à Simatai pour aller voir un tronçon de la Grande Muraille qui n’avait pas été reconstruit pour les touristes. Ils avaient déjà visité le site de Mutianyu, avec sa télécabine qui permettait de rejoindre la Muraille sans se fatiguer dans l’ascension de la colline qu’elle couronnait. La vue était effectivement superbe, les murs de briques reconstitués semblaient braver le temps, et on pouvait imaginer les troupes en armes emprunter au pas de course le chemin de ronde parfaitement dallé. Les différents pavillons de garde, intacts, ou plutôt reconstruits à l’identique, veillaient encore, et on pouvait depuis les étroites fenêtres se voir là, surveillant sans cesse les terres du nord, tremblant de voir apparaître sur ces terres désolées, les premières escouades barbares. On pouvait … ou on aurait pu, plutôt, tant la foule qui se pressait dans les étroits couloirs empêchait même de se laisser aller à l’imagination. Il fallait avancer, laisser la place à ceux qui voulaient visiter au pas de course, se pousser pour ne pas gêner les pères qui prenaient des photographies de leur famille. Le bruit mécanique des appareils réflex d’antan avait été remplacé par le tintement des appareils numériques, et cette musique couvrait presque le chant des cigales qui montait péniblement des arbres du versant sud. Dans les grandes volées d’escaliers qui permettaient de passer les zones les plus escarpées de la crête, le flot se ralentissait, les plus fatigués s’arrêtant sur les marches, vaguement effrayés de la raideur de la pente. Et il fallait les éviter, zigzaguer sur les étroites marches de briques, s’excuser tout en pestant in petto sur leur sans-gêne.


Ils étaient redescendus en empruntant un toboggan qui dévalait la pente. Ils s’étaient assis sur de petites luges qui n’avaient qu’un simulacre de frein, et qui accéléraient petit à petit, empruntant de frêles ponts qui oscillaient dangereusement à chaque passage, et faisaient pousser à Chloé des cris de peur. L’arrivée était située au début même du grand marché à touristes, là où on pouvait acheter mille objets estampillés « Grande Muraille », mais aussi des soldats en terre cuite de Xi’an, ou toute une variété de fruits confits ou de fruits secs. Il fallait là encore jouer des coudes pour s’approcher des étalages, et pouvoir avoir le temps de marchander suffisamment pour obtenir des prix raisonnables, ce qui était difficile, car la plupart des touristes étrangers y rechignaient, et la compétition faisait que les marchands ne s’intéressaient qu’à ceux qui étaient prêts à payer cinq à dix fois le prix…


Il avait un souvenir mitigé de cette visite. C’était une des premières qu’ils avaient faite, très peu de temps après leur installation, et la nouveauté, la grandeur de la construction, l’exotisme du lieu, avaient permis de supporter la foule et le côté artificiel de cette reconstruction moderne d’un monument millénaire, et même d’y prendre plaisir. Avec le recul il en avait presque honte, il avait appris à aimer le pays, et recherchait maintenant le véritable, l’original, tâche d’autant plus difficile qu’au-delà des catastrophes de la révolution culturelle, la culture chinoise ne valorisait pas les vieilles pierres. On détruisait et on reconstruisait, on gardait l’architecture, mais on utilisait des matériaux et des techniques modernes qui donnaient un côté kitch désagréable aux monuments et aux palais. Et c’est ce côté artificiel qui avait fini par déplaire à Chloé, par l’éloigner et l’empêcher de vraiment prendre plaisir aux visites qu’ils faisaient.


Il avait passé la semaine dans le nord, un déplacement professionnel, et il avait vu là-haut des morceaux de la Muraille originelle en terre. Là, elle n’avait pas été reconstruite, pas aménagée pour les touristes - elle n’était pas assez « typique » ou impressionnante - tout juste tolérée de-ci de-là, quand elle ne gênait pas pour construire des habitations ou faire passer des routes. Ce qu’il avait ressenti alors, il voulait le partager avec son épouse, et il avait réussi à la convaincre de passer la journée de dimanche à Simantai, là ou normalement la Muraille, qui faisait partie du tronçon construit à l’époque Ming, avait été laissée en l’état. Il avait fallu argumenter, mais elle avait accepté, de guerre lasse, et maintenant il redoutait de la décevoir.


La voiture était sortie de la ville maintenant, et de part et d’autre de la route s’étendaient des champs à l’aspect désolé sur lesquels on distinguait des paysans courbés par le labeur. Les seules taches de couleur provenaient de quelques arbres fruitiers, et de zones sur lesquelles on faisait sécher au soleil leurs fruits rouges, sans doute des jujubes. La déforestation du nord avait laissé les vents froids et secs, porteurs de sable, dévaler jusqu’à la capitale, et petit à petit rendre désertique ce qui était fertile, comme les barbares l’avaient fait des centaines d’années avant, balayant la protection futile des murs de la Grande Muraille. Au fur et à mesure que la route s’engageait dans les montagnes, on voyait de plus en plus de versants sur lesquels on avait planté des milliers, des dizaines de milliers d’arbres pour essayer de réparer les inepties du passé. Pour chaque plan, et afin que l’eau ne ruisselle pas, un petit muret de pierres blanches avait été construit, et ces virgules partaient à la conquête d’étendues énormes ; sur des dizaines et des dizaines de kilomètres la main patiente des ouvriers les avait érigés. Ce travail titanesque, même si dérisoire par rapport à ce qu’avait dû être le chantier de la Muraille, donnait la mesure de la puissance de la main-d’œuvre chinoise. S’il était un pays où l’on pouvait déplacer des montagnes, à la pelle et à la pioche, c’était bien la Chine.


- Jean, est-ce que l’on est bientôt arrivé ?

- On y est presque je crois, on devrait bientôt voir, d’après ce que l’on m’a dit, la Muraille sur la ligne de crête.

- J’espère qu’il n’y aura pas trop à marcher, je n’ai pas pris des souliers pour ça. Est-ce qu’il y aura un téléphérique pour monter ?

- Non, il n’y aura pas de téléphérique, c’est normalement un coin qui a été protégé de la fièvre de l’aménagement touristique. Mais la route doit s’approcher pas mal des premiers ouvrages.

- Tu as prévu quelque chose pour déjeuner ?

- Non, pas vraiment. Mais on devrait trouver des restaurants quand même, il n’y a pas beaucoup de touristes ici, mais le coin est renommé. Je ne m’inquiète pas, tu sais qu’on trouve toujours à manger en Chine.

- Oui, oui…


La nourriture !

C’était devenu un sujet de discussion entre eux. Si elle avait découvert avec plaisir la cuisine chinoise au début de leur installation, voulant essayer, goûter toutes les possibilités offertes par les milliers de restaurant de Pékin, elle avait évolué insensiblement vers les plats qui se rapprochaient le plus de la cuisine occidentale. Et maintenant, pour lui faire plaisir, il fallait aller « Chez Flo ».


- Hé, regarde devant !

- Oui, qu’est-ce qu’il y a ? demanda Jean sortant de l’état de torpeur dans lequel l’avaient mis ses réflexions.

- Tu dormais ? Je croyais que nous étions ici pour faire du tourisme, pas pour travailler. Tu devais encore être dans une de tes réunions… Enfin, c’était pour te montrer que nous arrivons. Regarde devant, sur la ligne de crête, je crois que c’est la Muraille que l’on voit, elle a la même couleur que les collines.

- Oui, tu as raison, c’est ça. C’est extraordinaire, je n’aurais pas cru que ce soit aussi escarpé. Regarde là-bas, sur la droite, elle a carrément été construite sur une falaise.

- Par contre il va falloir y monter… Tu aurais dû me le dire, je me serais équipée en conséquence… Toujours à faire des cachoteries.


La voiture s’engagea dans une étroite vallée au fond de laquelle coulait une petite rivière. La route se terminait juste en contrebas d’un petit lac qui occupait le col, et d’où naissait le cours d’eau. L’immense chemin de ronde avait dû l’enjamber. De part et d’autre, la muraille formait un grand escalier, la pente étant telle qu’il n’avait pas été possible d’y aménager des portions horizontales.


Depuis le parking un petit sentier rejoignait une ouverture dans le mur qui conduisait à l’intérieur de la première tour. À l’entrée un groupe de Chinois s’étaient installés. Ils discutaient entre eux, accroupis sur les talons, dans une posture que Jean n’était jamais arrivé à reproduire. Quand ils s’approchèrent, un homme se leva, suivit immédiatement d’une jeune femme, et leur adressa la parole.


- Good morning, good morning. Beautiful great wall. You want guide ? We guide you.

- No thank you. We don’t need any guide. Bye, répondit Chloé d’un ton sec.

- Tu te rends compte ? Même ici ils essayent de venir grappiller de l’argent. On ne peut vraiment pas être tranquille nulle part.

- Oh, ne t’en fais pas, ils ne sont pas bien méchants. Il ne doit pas y avoir beaucoup de choses à faire ici pour gagner sa vie, guider les touristes est sans doute une des rares possibilités qu’ils ont pour se faire un peu d’argent.

- Oui, mais maintenant ils vont nous suivre, tu vas voir, et tu te sentiras obligé de leur donner quelque chose à la fin, tu te laisses toujours avoir de toute façon.


Ils avaient décidé, ou plutôt Jean avait proposé de faire dix tours. C’était de cette façon que l’on comptait la distance parcourue sur le chemin de ronde, la distance entre deux pavillons de guet étant à peu près constante tout au long de la construction. Il n’y avait personne à part eux-mêmes, et le couple de guides qui les suivait sans se décourager des remarques acides de Chloé, et qui essayait, dans un anglais approximatif, de leur expliquer telle ou telle particularité. Arrivés à la septième, il avait fallu monter une échelle métallique pour atteindre la plate-forme tant la déclivité était importante. Ce fut ce qui décida Chloé à s’arrêter.


- Tu ne veux vraiment pas venir jusqu’au bout ? Regarde on doit pouvoir aller jusqu’au sommet de la colline. C’est tellement étroit qu’il n’y a que le mur, ça doit être impressionnant, et ça vaut sûrement une photo.

- Non, j’en ai marre. Vas-y toi, et j’espère qu’ils vont te suivre, que je puisse respirer un peu.

- D’accord, je fais vite, ne t’en fais pas.


Effectivement les deux jeunes Chinois accompagnèrent Jean, et leur anglais étant quand même suffisant pour entamer une conversation, ils discutèrent tout du long. D’abord ce fut du temps, sujet universel. Il n’avait pas plu depuis un an d’après Sun, et les récoltes allaient sans doute être perdues. Puis, comme ils étaient curieux de la France, il leur parla de Paris, de la Coupe du monde de football, de Nice et de Marseille. Arrivés au début du dernier tronçon, ils durent s’arrêter. Là la Muraille était en très mauvais état et avait été construite sur une étroite crête qui ne devait pas faire plus de deux mètres de large, et qui surplombait des falaises des deux côtés. C’était bien trop dangereux. Après avoir pris quelques photographies ils retournèrent sur leurs pas.


Chloé n’était pas dans la tour dans laquelle elle s’était arrêtée. Elle avait dû décider de redescendre. Un peu dépité, Jean prit encore son temps pour se faire lire le nom des artisans qui, quelques centaines d’années auparavant, avaient gravé dans les briques leur nom pour acquérir un semblant d’immortalité.


Il rejoint sa femme à la voiture, non sans avoir acheté, sans doute pour deux fois leur prix, quelques brochures présentant des photographies de la Muraille en hiver.


- Ah, quand même ! Cela fait plus d’une heure que j’attends ici.

- Oui, je suis désolé. Mais le chemin était assez difficile au bout, il a fallu escalader un peu. Heureusement qu’ils étaient là, ils m’ont aidé à passer deux ou trois passages difficiles. Tu verras les photos.

- Et moi, pendant ce temps, j’attendais. On va manger maintenant, j’ai faim.


Le chauffeur avait repéré un petit restaurant un peu plus bas dans la vallée. Personne ne parla dans la voiture pendant le temps qu’il fallut pour le rejoindre. Chloé boudait, et Jean avait peur de lui parler de sa discussion avec Sun et sa femme, inquiet de déclencher de nouvelles récriminations contre eux.


Le restaurant avait été construit au milieu d’une boucle que faisait la rivière, transformant en oasis la campagne désolée. Des bassins avaient été construits pour élever les poissons qui devaient être servis à table. Ils s’installèrent à l’extérieur et demandèrent la carte. Bien entendu elle n’était qu’en chinois, et il fallut donc recourir à la méthode habituelle dans ce cas, essayer de montrer ce que l’on voulait manger. Le serveur les conduisit près des viviers pour leur montrer les poissons, mais aucun des deux n’en voulait. Il les mena ensuite devant des cages qui étaient placées à l’entrée du restaurant, juste le long de la route, et qui contenaient plusieurs espèces de volatiles. Ils indiquèrent ce qu’ils pensaient être un faisan, et s’apprêtaient à retourner à leur table quand le serveur ouvrit la porte de la cage, se saisit du volatile, et d’un geste sec occis l’animal en lui tordant la tête.


- Ils ne vont quand même pas nous faire manger ça ?

- Au moins on ne pourra pas dire que la viande n’était pas fraîche !

- Ça va être immangeable, dur. Ce sont des sauvages.

- Allez, viens, je suis sûr que ça sera très bon.

- Oui avec plein de piment pour que l’on ne sente pas le goût…


La nourriture fut excellente, du moins pour Jean, mais pas suffisamment pour dérider Chloé. C’est donc presque fâchés qu’ils remontèrent dans la voiture pour rentrer à Pékin.


Ils arrivaient dans la grande banlieue quand Chloé attira l’attention de Jean.


- Regarde, est-ce que tu sais ce que c’est que ces fruits qu’ils vendent au bord de la route. Il faut pas être dégoûté pour les manger, ils doivent être plein de poussière.

- Laisse-moi voir. Oui, ça doit être des jujubes. Il y en a en Provence mais je n’en ai jamais mangé. C’est l’occasion ou jamais. Chauffeur, please, stop, stop.


Jean sauta rapidement de la voiture et se dirigea vers la première vendeuse, sans entendre Chloé qui lui demandait de ne surtout rien acheter. Il revint quelques minutes après avec un sac en plastique qui contenait quelques poignées de jujubes.


- Tiens, goûte, tu vas voir, c’est vraiment très bon.

- Jean, il faut que je te dise quelque chose.

- Oui, qu’y a-t-il ?

- Je ne supporte plus cette vie, ces gens qui sont toujours après nous, cette nourriture, cette saleté. J’en ai vraiment marre. Et j’ai l’impression que tu ne m’écoutes pas.

- Mais si, tout ça n’est pas bien grave tu sais. Tu dois être un peu fatiguée. Tiens prends un jujube.

- Non, tu ne comprends pas. J’ai décidé de rentrer. J’ai réservé une place dans l’avion de mardi pour Paris. J’aurais voulu te le dire avant, mais, je sais pas, tu avais tellement l’impression de tenir à cette visite, j’ai essayé toute la journée, mais tu ne m’as pas laissé un seul moment pour ça.

- Chloé ?



Pour voir des photographies des sites évoqués dans cette nouvelle, on peut visiter les pages suivantes :

Place Tian'anmen : http://chine2004.9online.fr/pages%20html/tiananmen.htm

Simantai : http://chine2004.9online.fr/pages%20html/grande_muraille.htm



 
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   Anonyme   
9/12/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour marogne

Bien aimé cette nouvelle, bien documentée, dépaysante, quelques répétitions, quelques tournures un peu difficiles mais une lecture agréable.
Bien aimé le personnage de Jean, quant à Chloé elle me tape sur les nerfs mais ça ne m'empêche pas de la comprendre et d'éprouver de l'empathie pour elle. Il est amoureux, elle ne l'est plus, c'est la vie.
La fin par contre... mais Chloé ne m'est pas inconnue, à moins que ce ne soit ton prénom féminin fétiche. Il me semble qu'elle vit ailleurs dans un roman plus long. Ce qui explique peut-être la fin, abrupte.
Bien aimé aussi l'épisode au restaurant. Déconcertant. Est-ce qu'on est tous aussi hypocrites que ça ? Je veux dire, ce qu'on mange vivait forcément avant qu'on ne le tue de cette façon, et parfois même, ici, chez les poissonniers de notre bonne vieille France
Un texte très agréable.
merci.

   jaimme   
9/12/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Bon, et bien Jean va pouvoir continuer seul, en paix!!
L'histoire est anecdotique au regard du reste du texte. Presque un prétexte pour nous faire visiter et nous donner envie d'y aller. Remarque j'en avais déjà envie...
D'où cette impression de grand décalage entre le soin apporté au back ground (je pense qu'il faudrait que les descriptions de lieux soient plus axées sur le ressenti, un peu moins sur le descriptif et l'explicatif, même si c'est intéressant) et l'histoire de ces personnages.

Curieux cet adjectif "kitch" pour le grand palais du peuple. J'aurais plutôt vu "stalinien", "moche", car "kitch", même si je l'associe aussi au mauvais goût, est pour moi plus proche de l' "art" populaire surchargé, pas du mauvais goût gouvernemental uniformisé. Bref à débattre. La photo de Jphil, par exemple...

Merci Marogne pour cette ballade (bien l'idée des photos).

jaimme

   Anonyme   
9/12/2009
 a aimé ce texte 
Un peu
Marogne sait nous faire voyager, c'est clair, on visite, on regarde, on s'étonne, bref... il nous dépayse, après, pour l'émotion, moi je reste en rade, mon dépliant touristique à la main, mon appareil numérique blindé de photos certes, mais l'histoire de ce couple devient presque accessoire, je les regarde passer, se disputer comme des personnes des années soixante... et puis je leur demande d'avoir la gentillesse de se pousser un peu... bin pour la photo hein ? la muraille, la chine et tout ça quoi ^^

   Anonyme   
9/12/2009
 a aimé ce texte 
Pas ↑
Bonjour,

Je n'ai pas été très sensible à ce récit, à la narration un peu longuette et descriptive à mon goût. L'empathie du lecteur va forcément vers Jean, si parfait, tandis que Chloé passe pour une emmerdeuse de première. C'est le manque de nuances dans les caractéristiques des deux personnages qui m'a gêné et qui m'en a détaché très vite. (à vrai dire, lui, je l'aurais bien giflé au bout d'un moment pour le faire descendre de sa perfection modeste si agaçante, mais bon, chuis un violent faut dire !)

Je pense, mais c'est bien sûr très personnel, qu'une psychologie un peu plus complexe, aurait rendu plus poignante la fin de l'histoire qui là, est finalement très libératrice pour ce pauvre petit Jean, si incompris par la si méchante Chloé, raciste en plus (tant qu'à faire, allons-y franco), dont la lassitude et le détachement auraient pu à mon sens être explorés avec profit.
Mais c'est aussi ton choix d'auteur, je le respecte mais je n'y souscris pas.
Bonne continuation.

   Myriam   
9/12/2009
 a aimé ce texte 
Bien
J'ai été sensible aux descriptions vivantes et imagées, qui incitent au voyage et à la découverte.
A l'enthousiasme un peu timide de cet homme qui craint les réactions de sa femme.
J'ai moins aimé les parties dialoguées qui m'ont paru un peu artificielles. Quand je n'"entends" pas les personnages parler, c'est qu'il manque quelque chose. Quelques verbes de parole, des indications de gestes...
Merci en tout cas pour cette lecture agréable et dépaysante.
Myriam.

   Filipo   
10/12/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Marogne,

J'ai bien aimé ce texte, lu un peu par hasard sur la foi de ton pseudo. L'aspect descriptif est très bien rendu, avec ce qu'il faut de réflexions personnelles pour le rendre percutant et intéressant à suivre. La fin m'a surpris, mais est dans la droite ligne des commentaires sur Chloé, qui fait entre nous très bourgeoise (peut-être cela va-t-il avec le niveau social de son mari ?)

Une interrogation : '"Jean avait proposé de faire dix tours..." je n'ai pas trop compris ce que ça mesurait, exactement ?

Pour chipoter, une remarque de forme, sur une réplique que je trouve un peu mal fichue :
"- Regarde, est-ce que tu sais ce que c’est que ces fruits qu’ils vendent au bord de la route. Il faut pas être dégoûté pour les manger, ils doivent être plein de poussière."

J'aurais plutôt vu quelque chose du genre :
"- Regarde ces fruits qu’ils vendent au bord de la route. Il faut pas être dégoûté pour les manger, ils doivent être plein de poussière."

Le "est-ce que tu sais ce que c’est que" est en plus particulièrement rebutant à lire et n'apporte rien ici...

En tout cas merci pour cette agréable lecture !

   David   
10/12/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Marogne,

Dès que je suis arrivé en bas de la page, je suis allé cherché le photos des murets autour des arbres, au pied du mur, comme ils sont présentés dans la nouvelle. Ça se lit comme une promenade passée près d'un couple qui se chamaille sur des sujets divers, la lassitude, la nourriture, la promiscuité, et en toile de fond, la place tian anmen, la cité interdite, la grande muraille... Les décors en personnages principaux en quelques sortes, avec des seconds rôles humains qui bouclent l'histoire avec cette poignée de jujubes, j'ai pensé à un titre de western en le lisant au début "Pour une poignée de dollars" je crois que c'est ça, c'en est pas vraiment une version chinoise, mais comme clé du suspens : "pour une poignée de jujubes" ça serait assez drôle.

   Anonyme   
10/12/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Marogne
Quand on commence à lire Marogne on s'attend à des descriptions soigneuses, précises et ce texte ne faillit pas à la règle
J'aime beaucoup l'usage du conditionnel au tout début du 2ème paragraphe... Je crois que ça implique le reste de la nouvelle.
J'ai eu un peu de mal à suivre entre le 3 et 4ème paragraphe (je croyais qu'il s'agissait de la visite programmée à Simataï et non du souvenir de Mutianyu)

Finalement il faut absolument lire entre les lignes pour deviner qu'il ne s'agit pas uniquement de descriptions, mais d'une histoire de couple sous-jacente avec un parallèle intéressant entre la révolution culturelle et l'héritage de la Chine ancienne.

L'écriture lente s'accorde bien aux descriptions précises et au sens du détail.

Par contre les dialogues me paraissent un peu artificiels un peu faux, j'aurais aimé ressentir plus les personnages à ce niveau...

J'ai bien aimé l'intermède de Jean avec le couple de guide, cela montre bien qu'il se libère.

Par contre sur la fin je ne comprends pas très bien compte tenu des remarques de Chloé et de l'attitude très passive de Jean jusque là qu'il s'arrête pour les Jujubes...
Hum si finalement il y a une explication.

Merci pour ce texte Les descriptions sont vraiment très belles et les sentiments des persos il faut les découvrir derrière les non dit

Joli travail au final

Xrys

   xuanvincent   
13/12/2009
 a aimé ce texte 
Bien
10/12/2009 :
Après une deuxième lecture qui m'a permis de comprendre l'évolution subtile de la relation du couple, j'ai (davantage) apprécié cette nouvelle. Les dialogues qui lors de la première lecture m'avaient en partie moyennement plu pour certains d'entre eux ont alors pris un sens nouveau, plus intéressant.

Par ailleurs, dès les premières lignes j'ai retrouvé le style, bien écrit et agréable à lire de l'auteur (en particulier dans les passages narratifs).

Le thème de l'incompréhension au sein d'un couple, esquissée au fil du texte et révélée (chute de l'histoire) à la fin du récit, m'a fait penser à une nouvelle de marogne, dont pour l'instant le titre m'échappe (PS, 13/12/2009 : Il s'agit de la nouvelle "La mie de pain").

   Anonyme   
11/12/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Comme toujours les descriptions sont particulièrement réussies. Les images naissent facilement dans mon esprit grâce à tes mots, marogne.
Mais il manque un petit quelque chose. Un peu plus de fond, je crois. J'ai l'impression qu'après m'avoir planté un décors particulièrement alléchant tu m'obliges à rester le regarder au travers d'une vitre sans me permettre d'entrer ! C'est un peu râlant.

Une belle ballade néanmoins.

   liryc   
13/12/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Une nouvelle atypique qui me laisse pour impression une visite touristique riche de détails intéressants, pimentée par cette tension omniprésente dans le couple, et qui souligne un peu trop le côté artificielle et surfait des lieux décrits. Il en résulte un manque de ressenti partagé, une faible variation des sentiments auteur-lecteur et en final la déception du couple laisse un côté indigeste et morrose à l'ensemble. Je n'ai pas été ému, tout juste intéressé par la grande muraille.
Bonne continuation.
Liryc

   Meleagre   
21/12/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Sur les conseils d'un onirien, je me lance à lire une nouvelle de Marogne.
J'ai beaucoup admiré le début de ce texte ; j'ai été bercé, séduit par le style, si travaillé et si fluide en même temps, par les descriptions si picturales et nuancées, par l'expression des sentiments si précise et soignée, par la manière de poser un décor connu mais exotique, par cette envie de sortir des sentiers battus pour retrouver l'authenticité de l'orientalisme. Je n'ai pas le plaisir d'avoir vu la grande Muraille, mais j'ai eu l'impression de l'avoir sous mes yeux, et cette description des portions peu touristiques me donne envie de les découvrir...
Exemple de très beau passage : "Il aurait voulu exprimer le mélange de sentiments qui l’habitaient devant ce lieu de rencontre entre le gigantisme maniéré de la cité des Empereurs, aux centaines de palais à l’architecture délicate, et voués au secret, et la puissance du communisme chinois exprimée par l’immensité de cette place bordée par les façades kitch du palais du Peuple et du musée de la Révolution, voulue comme symbole de l’espace urbain rendu ".
Je n'ai vraiment rien à redire aux 9 premiers paragraphes - sinon mon admiration.

Mais, petit à petit, l'intérêt semble se disperser. Le style courant des dialogues brefs et simples tranche avec le style si travaillé, élevé et complexe des descriptions. C'est sans doute volontaire, pour montrer l'incommunicabilité, l'éloignement qui s'est instauré dans ce couple ; mais, à mon avis, il y a justement trop de dialogues dans les deux derniers tiers de la nouvelle.
Des groupes de 5-6 répliques courtes alternent avec 1 ou 2 paragraphes descriptifs ou narratifs ; à mon avis, cette alternance fréquente instaure un faux rythme à la nouvelle, et rompt le plaisir qu'il y avait à lire de si beaux passages descriptifs. Les dialogues auraient fort bien pu être résumés, au style indirect, dans des phrases beaucoup plus travaillées.
La chute, prévisible à cause de cette incommunicabilité, arrive pourtant abruptement. On ne sait pas pourquoi Chloé se décide soudain à parler (à part les jujubes), ni comment réagit le narrateur.

En passant, j'ai relevé qqes passages à améliorer :
"C’était une des premières qu’ils avaient faite, très peu de temps après leur installation, et la nouveauté, la grandeur de la construction, l’exotisme du lieu, avaient permis de supporter la foule et le côté artificiel de cette reconstruction moderne d’un monument millénaire, et même d’y prendre plaisir" : un peu trop de "de" ; le groupe nominale "le côté artificiel de cette reconstruction moderne d’un monument millénaire" me semble un peu trop long, surtout s'il ne finit pas la phrase.

"un homme se leva, suivit immédiatement d’une jeune femme" : corriger en "suivi".

"Là la Muraille était en très mauvais état" : je n'aime pas la juxtaposition de "là la", surtout sans virgule".

"le serveur (...) occis l’animal" : corriger en "occit"
"tu avais tellement l’impression de tenir à cette visite" : choisir entre "tu avais l'air" et j'avais l'impression que tu tenais...".

Cela dit, les premiers paragraphes font partie des plus beaux passages que j'ai lus sur Oniris ; le style valait un "exceptionnel".
Merci Marogne pour cette belle nouvelle.
Au plaisir de te lire.

   florilange   
22/12/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Il faut avoir vécu longtemps dans 1 pays étranger pour comprendre certaines choses. Surtout dans 1 pays aussi déstabilisant que la Chine pour les occidentaux que nous sommes. Certaines personnes ne peuvent tout simplement pas s'expatrier, vivre hors de leurs habitudes. Chloé me semble être de celles-là.
Alors, au temps de la 1ère découverte, tout est beau : tout voir, goûter, essayer.
Au bout d'1 moment, Chloé n'en peut +, elle voudrait vivre, manger, parler comme chez elle, à des gens lui ressemblant. Jean ne se rend compte de rien car il est pris par son travail & s'émerveille de tout. Ou alors il ne veut pas comprendre.
C'est là que la communication petit à petit devient mauvaise, avant de cesser complètement.
C'est pourquoi j'aime la construction de ce récit. Au début, belles descriptions du paysage, des monuments. (J'avais regardé les photos avant de lire la nouvelle) Petit à petit, ça se dégrade, même la grande muraille est gâchée par la mésentente profonde du couple. Finalement, la situation explose. Elle aurait explosé n'importe où, de toute façon.
Merci, marogne, de cette lecture. Je me permets cependant de noter que sa rédaction n'est pas aussi fignolée que d'habitude.
Florilange.

   Anonyme   
22/12/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Merci à l'auteur ne nous faire ainsi visiter la Chine.
C'est bien écrit, sans aspérités mais sans réel attrait. Un peu comme un reportage.
Les personnages sont anecdotiques et ne sont là que pour animer un peu le texte. Le dialogue est banal, l'intrigue inexistante.

On l'oublie très vite

   wancyrs   
28/12/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
J'ai cru voir un documentaire sur la chine et sa grande muraille, les liens en dessous du récit ne viennent que conforter cette idée.

Et l'intrigue dans tout ça ? des acteurs qu'on arrive pas à visualiser, un jean bosseur, têtu, mais sans visage, l'homme anodin quoi ! une Chloé boudeuse, anonyme, dont on ne sait rien de plus...

Je ne comprends pas le titre. Quel est le rapport avec la narration ? Est-ce la poignée de jujubes qui déclenche le départ de Chloé ? elle dit pourtant avoir déjà payé son billet de retour !

En somme, un voyage ennuyeux dans les ruines de la grande muraille, où à chaque instant je me posais la question : " Quand est-ce qu'enfin il va y avoir de l'action ?"

à un prochain texte.

Wan

   widjet   
8/2/2010
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Je sais que Marogne est un grand voyageur et je sais qu’il aime plus que tout nous faire partager ses périples ; ceci explique les longs (et réussis) passages descriptifs. C’est tout en son honneur et bien souvent grâce à lui, nous vivons ces périples par procuration.

Mais, lorsque on raconte une histoire, c’est un peu comme faire la cuisine, il faut quand même doser un peu les ingrédients. Ici – et ce n’est pas la première fois qu’il le fait le bougre – Marogne déploie son talent et son temps à ce qui l’intéresse lui et lui seul : le pays et ses attraits. Faute d’images, ça fait un peu trop prospectus.

Penser à soi lorsqu’on écrit est essentiel, je suis bien d’accord, mais j’ai parfois l’impression que l’auteur, pris dans son enthousiasme de globe trotteur, oublie parfois le lecteur qui piaffe d’impatience à l’idée de plonger enfin dans le récit.
Le rythme (et son équilibre) s’en ressent. Si je peux me permettre, il aurait fallu varier la cadence, instaurer les dialogues (qui se précipitent vers la seconde moitié) entre les descriptions ; cela m’aurait permit de mieux apprécié celles-ci.

Hélas, l’auteur nous « sert » l’Histoire (avec un grand H) en bloc dans une première partie trop chargée et brade l’histoire (avec un petit h) vers la fin. C’est dommage.

Ah ! Si seulement l’auteur pouvait autant s’intéresser à ses personnages (et aux dialogues) et à son intrigue qu’à son décor...

W


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