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Réalisme/Historique
MeianJin : L'Ancien
 Publié le 29/10/19  -  9 commentaires  -  18534 caractères  -  54 lectures    Autres textes du même auteur

Tranche de vie d'une petite famille contée par le senior de la maison.


L'Ancien


Il suffit d'une pression sur un bouton.


Avec quelques difficultés, je m'éveille de ma léthargie pâteuse. Encore une journée nouvelle. Comme tous les matins, le ballet débute avec une minutie rigoureuse. Les premiers à me rendre visite sont les enfants. Selon la saison, le soleil est déjà plus ou moins levé et il règne dans le salon, comme en suspens, une ambiance capitonnée. Ils se postent là, tout à côté de moi et me sourient, me parlent un peu de temps en temps, s'esclaffent et se réjouissent des mille histoires que je leur sers. J'adore les enfants. La petite tête brune, c'est Angélique. Aînée d'une fratrie de trois, elle fait joliment honneur à son nom depuis onze ans maintenant. Fine et bien tenue, elle porte sans cesse ces robes fleuries, recouvertes d'un manteau rembourré aux couleurs vives dès que survient l'hiver. Vient ensuite Mélanie, auburn et toute tachetée de rousseurs sur son minois de renard. De grands yeux ébahis de jade ajoutent à son côté malicieux et c'est chaque matin qu'elle dispute à son frère ma proximité pour m'entendre leur souffler mes récits aventureux. Lui, c'est Ulrich. Un gamin pleurnichard, au caractère bien trempé et toujours à donner à qui mieux mieux caprice et mauvaise tête à ses parents. Chaque fois qu'une bataille explose entre les deux bambins, leur grande sœur, sûre de son fait, intervient et calme la donne en jouant le médiateur avisé. Moi-même, je ne puis rien leur dire pour les calmer. À mon âge, je n'éduque plus, je divertis.

Dès avant que les parents ne s'éveillent, les enfants ont déjà passé plus d'une heure avec moi. Ces moments privilégiés, nous les chuchotons si bas que possible pour ne pas perturber le sommeil des autorités compétentes. Elles finissent néanmoins par se lever, immanquablement et d'un regard à peine attentif, me saluent mollement, nous autorisant à nous exprimer à voix haute. Des deux, c'est toujours Catherine qui se lève en premier. Elle est à l'exemple de sa benjamine, la tignasse un peu plus rouge, les yeux un peu moins verts, mais la même malignité qui gît dans son regard, voilé tous les matins par la mollesse de l'éveil récent. D'un café, elle se requinque et alors seulement, on peut espérer lui soutirer un mot et pour les plus habiles un sourire. J'en suis, de ces privilégiés. De loin, elle m'écoute conter aux enfants et si elle ne le montre pas, tout en préparant le petit déjeuner, elle se tord vers nous discrètement pour mieux m'entendre. D’œillades et coups d'yeux furtifs, elle guette l'instant où personne ne la voit pour porter sur moi toute son attention. Quand tout le monde aura quitté la maison, que nous ne serons plus qu'elle et moi, elle m'autorisera encore à raconter avant qu'on en vienne à d'autres sujets.

Catherine prépare en bonne mère un petit déjeuner copieux, suggéré à la dérobée par mes soins, et vient, quand elle est d'humeur joyeuse, nous servir à même la petite table basse. Les jours moins fastes, c'est tout le monde à table, en rang sur les chaises en osier. Quelques instants plus tard, c'est Henry à son tour qui, souvent levé du mauvais pied, râle et bougonne dès qu'il me voit. C'est plus fort que lui, je lui ai toujours fait cet effet-là à Henry. Posant un baiser affectueux sur la joue de sa tendre, il part vers la salle de bain et s'y enferme environ une demi-heure. Quand il en sort, les enfants sont prêts à partir et Catherine, sur les derniers préparatifs, s'apprête à les amener à l'arrêt de bus, juste en bas, dans la rue déjà animée par les bousculades d'enfants qui partent à l'école et de parents qui se racontent poliment les tracas du quotidien. Encore un échange de baisers et tout ce petit monde s'en va. La plupart du temps, les enfants m'accordent un dernier au revoir en partant, mais souvent ils oublient. Et quand ils y pensent, Henry les houspille et leur rappelle qu'ils me reverront ce soir. Pendant quelques minutes, je suis seul à seul avec lui. Ce n'est pas mon moment préféré de la journée, je ne le cache pas. Je lui lance de petits coups d’œil discrets et l'air de rien, il me les rend, mais ce n'est pas un jeu. C'est un défi.

Quand elle rentre, la tension éclate comme une bulle. Ce n'est plus de mon âge tout cela. Je n'ai plus la force, plus l'envie. D'ailleurs, c'est, je le sais, ce qui agace le plus Henry. Lui, l'homme d'affaires, l'ancien rebelle, qui se garde de m'écouter mais passe tant de temps avec ses petites tablettes électroniques. Je conte, vends des rêves et de l'aventure, mes mots font la pluie et le beau temps, là où ses machines se contentent de lui vendre du prémâché, d'écouter à sa porte et de l'isoler du groupe. Mais quand Catherine lui en parle, il lui répond que de toute manière, moi, je rabâche sans cesse les mêmes histoires et qu'au moins sur ses tablettes, il est libre de choisir. Malgré tous les efforts que j'entreprends, ce que je raconte ne l'intéresse jamais plus que ses joujoux virtuels.

Après quelques bécots encore empreints d'un amour routinier, il me laisse finalement seul avec Catherine. Elle commence alors à effacer les reliefs du petit déjeuner et comme tous les matins, me laisse encore lui raconter de ces histoires dont j'ai le secret. Puis vient le moment du grand ménage. J'ai vécu une époque où une telle situation était d'ordre naturelle. Mais aujourd'hui, plus rien ne semble tourner rond. Moult réfractaires, enfants d'une révolution avortée avant d'avoir vu le jour, se battent chaque jour pour que le foyer ne s'inspire plus du modèle qui l'a façonné, là où par les mêmes moyens, ils se complaisent, sous le couvert d'un marketing frappant, à faire évoluer l'image de la mère vers un modèle tout aussi dégradant. Mais là, entre Catherine et moi, dans le bourdonnement silencieux de son aspirateur dernier cri, il n'y a pas la place pour ces réflexions déprimantes. Il n'est plus question de bataille ou de révolte, sous les coups secs de ses plumeaux qui se tordent comme des serpents. Pas le temps de s'arrêter sur le pourquoi ni le comment dans le crissement des fibres végétales contre la faïence. Catherine est heureuse d'être la femme qu'elle est, fière d'être du beau sexe. Qu'importe que son tailleur sur mesure n'ait plus vu la lumière du jour depuis la naissance d'Angélique.

Déjà il n'est plus temps pour les fables hardies de héros colorés, nous abordons céans les sujets importants. L'heure tourne et avec elle les sujets de bavardage sur le monde. L'odeur plaisante des épices qui rissolent sous le poisson en papillote vient relever le moderato de la sonate a quattro nº1 en sol majeur de Gioacchino Rossini, qui passe en fanfare dans tout l'appartement, couvrant la voix enjouée de Catherine comme la mienne. Je compte les minutes à partir de ce moment, c'est le début de la fin de ma relation privilégiée avec la maîtresse de maison. En effet, dès avant le début de l'après-midi, Henry est de retour avec les enfants. Pas de demi-pension pour les bambins, qui profitent allègrement de ce moment en famille. Je me sens toujours émérite lors de ces repas, où chacun, même Henry, m'accorde une attention spéciale. Cela ne dure pas longtemps, néanmoins, pendant la fiévreuse activité qui précède le retour au labeur, je me sens gonflé d'un je-ne-sais-quoi de fierté qui me remplit d'orgueil. Même à mon âge, il est bon de se sentir estimé par ses pairs. Alors survient l'après-midi. Henry est reparti avec les petits pour reprendre là où ils les ont laissées leurs activités. Éducation inadaptée pour les enfants, emploi non désiré pour le parent. Tout est en ordre. Les odeurs de cuisine s'estompent et laissent modestement la torpeur de la digestion prendre place. C'est pour moi le moment le plus reposant de la journée. Catherine et moi-même nous posons oisivement, lestés par le poids d'une journée dont la seconde moitié s'entame à peine. Contrairement à l'heure du repas, je n'ai dès lors plus grand-chose à dire. Catherine le sait mais c'est ce qu'elle aime au fond. L'asthénique discours d'une parodie de quotidien enrobé de fantasques curiosités, c'est le pêché mignon de Cath', comme j'aime à l'appeler dans ces instants de secrets inavouables. Si Henry nous voyait, là maintenant, j'imagine aisément le dédain qui éclairerait son regard, relevé d'un soupçon d'apathie dès lors qu’il baisserait sa garde. J'ai ce pouvoir-là sur les gens. Comme fascinés, engloutis dans mes verbeuses élucubrations, ils se lissent, portés par mes mots, balayée comme des fétus de paille leur attention. Et pourtant, il y a quelque chose de beau dans cette façon qu'ils ont de réagir tous de la même façon, les enfants, Catherine et même Henry qui pourtant ne m'aime sincèrement pas. Une synergie naît alors et le sentiment d'appartenance est le plus fort. Qu'il est bon parfois de simplement se laisser aller à l'atonie et la torpeur.

La porte s'ouvre brusquement. C'est Mélanie et sa légendaire délicatesse qui remontent les escaliers deux à deux, ses petites jambes bridant l'idée de les franchir par quatre et qui préfèrent profiter de l'élan pour emboutir la porte plutôt que de ralentir un instant. À sa suite, embarqué par la liesse de la sottise, Ulrich enchaîne et tente en vain d'enfoncer la porte déjà ouverte. Les choses étant ce qu'elles sont, c'est naturellement qu'il termine sa course deux mètres après la cible, s'étalant de tout son long dans un fatras de vêtements, chaussures, cris et pleurs. Malgré la gravité de la situation, personne ne panique et Mélanie se permet l'esquisse d'un sourire moqueur, rapidement ravalé lorsque Angélique, héroïne de son état, vient consoler son bambin de frère d'un bisou aux vertus absconses qui sèche les larmes, guérit les bobos sibyllins et réveille même les odeurs d'un goûter impatient qui chatoient depuis la cuisine. Alors, avant même que Renée, la gentille voisine du troisième n'ait eu le temps de s'essuyer poliment les pieds sur le perron, les trois chérubins sont en place, prêts à en découdre avec les biscuits et autres laits chauds. Pendant que les adultes discutent, Ulrich s'est approché de moi et m'a, comme chaque fois, quémandé un divertissement que je m'empresse de servir. Le goûter, comme le petit déjeuner, a cette particularité d'engager avec les enfants des moments privilégiés. Nous voilà repartis pour une petite heure de folies et autres extravagances fabuleuses, jusqu'à ce que Catherine, d'un sourire poli, ait congédié la bien trop sympathisante Renée. C'est qu'elle se sent seule, depuis la mort de son mari, il y a quatre ans... Et comment lui en vouloir. Perdue entre ses discussions d'adulte et son infusion de thym, je la vois m'envoyer des regards en coin, elle aussi quelque peu fascinée par ce que je raconte. Je serais allé à sa rencontre, en d'autres temps, mais quelque part, nous savons tous deux que rien ne pourrait pérenniser entre nous. Une époque entière nous sépare. Et comme toujours, c'est la pendule, sonnant dix-sept heures, qui remet tout le monde au pas. Il n'est plus l'heure alors de se divertir à mes côtés. Les enfants vont aux devoirs, Catherine à la confection du dîner et Henry, toujours dans les bouchons, se languit de rejoindre sa tribu. D'un geste bienveillant, Catherine me libère de mes obligations. Le temps d'une rémanence, je sombre dans un sommeil mérité.

Je n'émerge qu'au soir bien avancé, alors que les deux amoureux sont blottis dans le canapé, entre un plaid et deux infusions. Henry, comme toujours, est perdu dans son travail en retard et pianote, tapote et sirote, l'esprit inondé de labeur. Catherine est aussi la tête ailleurs, mâchonnant mécaniquement son crayon, les jambes bien au chaud entre les coussins du canapé et un numéro quelconque de mots croisés sur les genoux. C'est silencieusement que je narre encore mes racontars. Ce soir, je me plais à parler de souvenirs vieux comme l'introduction de la K7. J'adore parler d'hommes célèbres mais éteints. Les hommes du passé sont notre avenir, puisqu'ils étaient meilleurs, plus grands, plus idéalistes. Avant d'en avoir fini avec le discours patriotique de Kennedy, Catherine est partie se coucher, nous laissant seuls, Henry et moi. Au début, j'avais peur de ces confrontations. Lui, confortablement installé entre les coussins, m'accordant des coups d’œil une fois de temps en temps, concentré qu'il était à l'époque sur cette promotion qu'il attend toujours, moi, raidi par les heures difficiles d'une nouvelle journée, n'osant pas émettre plus fort que le clapotis du robinet qui fuyait jusqu'à ce que Justin, le frère de Catherine, plombier de son état, ne vienne s'en occuper, il y a trois ans. Mais à force, j'ai fini par comprendre que c'était sa façon à lui de me dire qu'il m'admet dans la famille. Rester en ma présence sans daigner m'entraver de dédain ou de désintéressement. Loin d'être une situation idéale, c'est néanmoins la meilleure chose que je puisse espérer de lui. Et puis c'est finalement écrasé de fatigue qu'il rejoint Catherine, m'envoyant sans rudesse à ma léthargie pâteuse.


***


Aujourd'hui en rentrant, Henry a l'air d'excellente humeur. D'abord surpris de le voir arriver pendant le goûter, c'est avec chaleur que nous l'avons accueilli lorsque, sourire épinglé d'une joue à l'autre, il nous a annoncé l'heureux événement. Il a été promu ! Jérémy, responsable des dossiers de recouvrement, prend un congé paternité et c'est sur lui que tombe l'aubaine de le remplacer. Et qui dit remplacement, dit revalorisation de son salaire, car Jérémy, depuis son histoire avec Éléonore, la cousine du Directeur des achats, n'est plus en odeur de sainteté avec les grands Patrons et pourrait vouloir mettre fin à son contrat, à la faveur de la boîte d'Ulrich, qui avait entrepris de le débaucher l'année dernière. Autant dire que la maison est à la fête. Catherine, et les enfants, quoique portés par l'humeur de leurs parents plutôt que par l'annonce d'une nouvelle qui les dépasse de quelques années encore, se réjouissent pendant plusieurs minutes avant de s'accorder sur la petite folie qu'ils vont se permettre de réaliser. Avant d'avoir eu le temps de dire mot, les voilà tous les cinq partis, me laissant seul, dans une maison vidée d'activité. C'est étrange, une maison vide. Ma voix seule résonne contre les murs, et rien n'y fait écho, si ce n'est les canalisations et le grincement du parquet. Je me sens un peu roi, un peu maître. C'est mon moment. Voilà longtemps que je n'avais pas eu ce genre d'instant. Depuis l'année dernière en fait, lorsque tout le monde est parti en vacances, m'oubliant sans regret, mais me retrouvant avec soulagement. Je me retrouve un peu. Je souffle.

Trop rapidement à mon goût, les voilà de retour. Je serais bien tenté de leur faire quelque peu la tête de m'avoir ainsi laissé sur la touche, mais à peine sont-ils rentrés, que me voilà à nouveau amoureux de cette famille. Je ne puis leur en vouloir plus de quelques secondes, et même la solitude, qui me semblait si bonne il y a quelques instants, ne saurait me manquer plus longtemps. Au milieu de tout ce charivari qui n'a rien perdu de sa superbe, j'aperçois, alors qu'ils forment un cercle autour, une boîte qui doit, sans effort, faire le double de mes dimensions. D'abord surpris, je m'étonne d'être aussi excité que les enfants au fur et à mesure qu’Henri déballe la bête. Avec une précaution dont je ne soupçonnais pas d'Ulrich, celui-ci aide son père à sortir, en tirant sur le carton, l'étrange nouveau venu. Incontestablement, il est plus grand que moi. Plus jeune aussi, plus fort, plus attachant, plus intriguant. Une seconde, je perds ma bonne humeur, tout à coup effrayé à l'idée qu'il puisse me remplacer. Absurde.

Et puis je tombe sur le regard d'Angélique, ma petite Angélique, si belle, si douce, si tendre, et mes craintes se confirment. Mon cœur a un raté lorsque je l'entends, de sa petite voix fluette et volontaire, proposer de me déplacer sans tarder pour profiter du nouvel arrivant. Je panique. Incapable de faire autre chose, submergé par la trahison franche de mon petit ange, je déblatère mes âneries, lançant un regard suppliant à Mélanie. Peine perdue, la petite est déjà en train de disputer à sa sœur ma mise au placard, pure et définitive. Terrifié, je me rabats sur Catherine, qui d'un mot remet de l'ordre dans les chamailleries d'enfants. Un soulagement intense me tombe dessus, comme un poids inconcevable qui s'abat sur mes terreurs. Catherine ne m'a pas abandonné... Malheureusement, mon réconfort ne dure pas. Déjà, elle annonce net que ce sera Henry, en bon père de famille, qui me déplacera. Mon cœur s'accélère, battant comme s'il voulait me percer la poitrine. J'ai envie de hurler, mais je n'en ai pas le droit. Henry, d'un air satisfait que je ne lui connaissais pas, s'approche de moi pour en finir. Je voudrais me débattre, frapper, courir, supplier à genoux, mais je n'en ai pas la force. Penché sur mon corps, une main contre moi, l'autre cherchant à tâtons la prise qui m'alimente encore, Henry n'a pas l'ombre d'un regret dans le regard. Il semble même heureux de ce qu'il fait. Accompli. Ses doigts touchent la prise, je ferme les yeux, submergé par la peur, le chagrin et l'incompréhension, mais prêt à subir mon sort. Dans toute cette félonie mensongère, un petit réconfort s'empare de moi quand Ulrich, soudain, se met à hurler. Parfaitement opposé à l'idée de me remplacer, il se jette sur son père et se débat avec fougue quand Catherine l'entraîne au loin, Catherine, qui ne m'accorde pas un regard. Avant que j'aie eu le temps d'en souffrir, c'est terminé.


Il suffit d'une pression sur un bouton.


Sans difficulté, je m'éveille de ma veille programmée. Encore une journée nouvelle. Comme tous les matins, le ballet débute avec une minutie rigoureuse. Les premiers à me rendre visite sont les enfants. Le soleil est déjà levé car ils arrivent dès les premières heures du jour. Ils se postent là, tout à côté de moi et me sourient, me parlent un peu de temps en temps, s’esclaffent et se réjouissent des mille histoires que je leur sers. Vient Catherine, ralentie par la torpeur matinale, d'un café, elle se requinque. Finalement, Henry se lève. Il a encore cet air satisfait quand il me regarde. Je suis le trophée de sa réussite. D'un geste, il lance l'application télécommande et m'envoie, en Bluetooth, les instructions nécessaires pour rameuter les enfants à la table du petit déjeuner. À la pointe de la technologie de salon, du haut de mes soixante pouces, de ma résolution 4K et de mes haut-parleurs 5.1 en surround, je répands le plaisir et la distraction.


 
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   cherbiacuespe   
12/10/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Ah! Que la technologie est belle... Et enrichissante.

Ma première réflexion est de contester le classement dans le thème Réalisme/Historique pour le déplacer en SF. Et puis, finalement, je me suis demandé. Peut-être il y a quarante ans. Aujourd'hui.... Et puis cette nouvelle amène tout droit à la méditation suivante : un objet est-il vivant et, à plus forte raison, un objet doté disons d'une mémoire? Quand le vivant commence-t-il et à quel endroit exact peut-on mettre le curseur pour dire "là, c'est fini"?

C'est une nouvelle à ranger avec celles, nombreuses, d'Isaac Asimov et son "grand livre des robots". Cette nouvelle ajoutant à mon avis une petite nouveauté avec une immersion dans l'intimité familiale, et interrogeant un peu plus les spéculation sur ce qu'est ou devrait être le monde dans lequel nous nous enfonçons jour après jour sans s'encombrer de questions philosophiques.

C'est donc un très beau texte, très bien écrit, bien façonné, surprenant (la fin est très bien amenée), et qui, et c'est ce qui, peut-être, est le plus positif, engendre une bien problématique réflexion.

   maria   
15/10/2019
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour,

Je suis déçue par la déception même que j'ai de la lecture de cette nouvelle.

Je trouve la chute géniale. L'auteur(e) a gardé le secret de l'énigme jusqu'à la fin. Mais à quel prix !

Avant la récompense de la chute, il y a trop de longues phrases ronflantes."

J'ai failli décrocher au cinquième paragraphe. Celui que je pensais être le grand père ne m'émouvait plus.
Quel dommage !

Merci pour le partage.

   ANIMAL   
18/10/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une machine a-t-elle une conscience et si oui, a-t-elle conscience de son existence et de sa propre fin ?

C'est la question que pose incidemment ce texte qui oriente, au début, sur une famille ordinaire vue par le grand-père. Et là on a tout faux car, très vite, tout bascule dans le fantastique.

Le "pépé" est un ordinateur assez ancien qui, après bien des années de bons et loyaux services, lutte pour ne pas être mis au rebut au profit d'un modèle plus récent. Cause perdue d'avance dans un monde qui ne jure que par le "new". C'est sans pitié que le pauvre sera débranché car devenu inutile.

J'ai bien aimé la satyre sociale qui se cache derrière ce texte. L'indispensable ordinateur-serviteur trône à la place d'honneur dans la maison et y restera, seulement remplacé par une machine plus récente et plus performante. On peut faire le parallèle avec les employés âgés mis à la porte pour embaucher des jeunes ou les chiens trop vieux que l'on jette à la SPA avant d'adopter un chiot.

Ce qui induit la réflexion qu'un assemblage de câbles et de plastique a la même valeur aux yeux de certains humains que des êtres vivants.

Sous couvert d'une anecdote, cette nouvelle peut amener à réfléchir bien plus profondément.

Bravo à l'auteur pour avoir abordé ce sujet.

en EL

   Corto   
18/10/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ce senior est vraiment super.

Il nous raconte cette tranche de vie familiale avec précision, un regard délicat, il sent les humeurs des uns et des autres, il participe à l'ambiance avec des attentions vis-à-vis de chacun.
Il ressent la tendresse des uns, l'énervement de l'autre. Bref il joue un rôle décisif dans la vie de cette petite famille.

Les termes utilisés sont simples, ceux de la vie de tous les jours, et l'on se prend à presque vivre au milieu de ce petit monde.

Rien ou presque ne laisse deviner la chute, un peu cruelle, sur un ton presque farceur.

J'ai 'marché'. Je ne le regrette pas.

Bravo à l'auteur.

   mirgaillou   
20/10/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Depuis "2001" l'odyssée de l'espace, nous savions que les ordinateurs/robots avaient des états d’âme...
De ce personnage attaché à une famille à la vie réglée au métronome, heure des repas, des accompagnements, des allers retours du maître de maison de chez lui au bureau, on devine une charge domestique très lourde. L'époque où s'inscrit l'histoire étant manifestement contemporaine, il ne peut s'agir d'un esclave et l'on comprend donc que ce serviteur disponible n'est pas humain.
Mais qu'il pense ce robot! il exprime un désir de reconnaissance,de l'attachement pour la maîtresse de maison et de ses enfants.

Sa révolte, au moment où on doit le remiser ramène à ce que je disais au début à propos des ordinateurs.

Question style: je le trouve ampoulé et approximatif. Par ex. "de grands yeux ébahis de jade" tournure étrange.
Quant à Ulrich le pleurnichard "au caractère bien trempé" de larmes?

La chute: on retrouve un domestique humanoïde. s'agit-il du nouveau modèle? Sinon, nous avons constaté que ceux-ci pensaient, l'ancien a-t-il réussi à tordre le cou à son successeur pour reprendre sa place?

Il y a une idée dans votre histoire mais elle a besoin d'être rédigée dans un style plus simple et clair.
L'idée: vous semblez vouloir démontrer la dépendance de l'homme envers la machine. C'est pourquoi votre texte mériterait d'être repris.

   plumette   
29/10/2019
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Bonjour Meianjin et Bienvenue pour votre première publication ici, même si je sais que je ne vais pas vous faire plaisir,


Le point de vue du vieux téléviseur ?

j'avoue m'être ennuyée à la lecture de cette description minutieuse de la journée d'une petite famille assez ordinaire et convenue.

ce texte est très écrit, trop écrit à mon goût. Il y a trop de décalage pour moi entre le récit d'un quotidien et le vocabulaire et les tournures employées. Vous savez écrire, c'est certain! Et votre plume semble même très vive et pleine de ressources. mais je pense que vous auriez avantage à simplifier.
Et puis, cette Catherine, mère au foyer qui ne s'occupe que de ménage, je m'étonne qu'elle appartienne à ce monde de la technologie moderne!

j'ai deviné assez vite qu'on n'avait pas à faire à Papy ( qui vivrait au salon dans son lit médicalisé?) J'étais curieuse de voir comment vous alliez en sortir, et , en effet, il y a de l'habileté, de la ténacité à mener ce point de vue jusqu'au bout.

Et l'annonce de la promotion suffit à mettre au rebut le vieux, pour un plus moderne? je n'ai pas non plus adhéré aux péripéties de l'histoire.


Désolée pour cette fois,

Plumette

   Dugenou   
29/10/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bonjour MeianJin,

Ce texte est l'exercice classique où le lecteur doit deviner la nature du narrateur. En faire un téléviseur est une bonne idée. Cependant, j'ai trouvé la lecture difficile, peu fluide, et j'ai décroché plusieurs fois, même à la relecture, dommage.

Cette famille accro aux écrans, ces enfants qui passent leur temps à regarder la télévision sont significatifs d'une certaine idée de l'éducation, à défaut d'une éducation certaine, mais comment l'appareil électro-ménager pourrait en être le témoin si ce n'était pas au travers d'un rapport par cette famille avec lui même ? Voila toute la difficulté de l'écriture de votre texte, je trouve que vous vous en sortez bien au final.

Dugenou.

   Shepard   
29/10/2019
 a aimé ce texte 
Pas
Bonjour,
Je ne vais pas vous raconter de salades, ce texte ne m'a pas emballé.

L'écriture. Dans l'ensemble bonne, ce n'est pas la partie qui m'a dérangé. Je pense que certaines phrases mériteraient d'être coupées. Exemple :

"Quand il en sort, les enfants sont prêts à partir et Catherine, sur les derniers préparatifs, s'apprête à les amener à l'arrêt de bus, juste en bas, dans la rue déjà animée par les bousculades d'enfants qui partent à l'école et de parents qui se racontent poliment les tracas du quotidien."

On ne termine plus, avec plein de détails accessoires (juste en bas, les parents, ...). Quelques autres du même genre, mais ce n'est pas critique, à mon avis. Certains ne seront pas dérangés, d'autres n'aimeront pas, on ne peut jamais faire l'unanimité.

Mais le thème... par contre... C'est long pour une farce. Je lis l'histoire, somme toute très banale, d'une famille, sous le point de vue d'une télé ? On devine très tôt qu'il s'agit d'un objet (j'avais pensé à un ordinateur ou tablette, bien à la mode de foutre ses gosses là, mais on vend la mèche au début) et pas d'une personne. Et alors ? C'est tout ? C'est ce qui me vient à la fin de cette histoire. Ce point de vue 'un peu plus original' n'apporte pas grand chose et le récit ne raconte rien.

L'émancipation des machines, pourquoi pas (bien que je ne pense pas que cela soit l'intention de l'auteur ici), mais une télé, excusez, je ne vais pas réussir à m'y attacher ou en avoir quoique ce soit à faire. De plus, la catégorie 'Réaliste' me laisse dubitatif.

Du coup, j'ai beaucoup de mal à avaler qu'un enfant soit triste de voir la vieille télé partir en faveur d'un nouveau joujou dernier cri... au point de devoir être retenu par ses parents... vraiment ? C'est juste là pour tenter d'attirer un peu de pitié de la part du lecteur, mais ça ne marche pas.

Ne vous découragez pas pour autant, vous savez écrire, mais toy stories côté écran, ce n'est pas une bonne idée à mon avis...

   JPMahe   
1/11/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Les objets qui épient les vivants avec un luxe de détails et de précision. De la prospective dans une ambiance familiale banale en somme. A l'heure où l'on cherche à connecter tous les objets du quotidien, voila une nouvelle qui doit nous faire réfléchir...


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