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Horreur/Épouvante
Shepard : Rien
 Publié le 25/10/19  -  12 commentaires  -  13976 caractères  -  84 lectures    Autres textes du même auteur

Trois visages dans les ténèbres.


Rien


La mort est la finalité de toute vie. Une vérité universelle parfois considérée comme une farce de l’univers : pourquoi exister pour disparaître quelques pas plus loin ? Si tout le monde rencontre la mort à un moment ou à un autre, on ne peut encore expliquer ce qu’elle est vraiment. Ce que je sais, c’est que notre cerveau meurt dans un feu d’artifice : les neurones s’hyperexcitent et leurs signaux deviennent toxiques, ce qui conduit à une dégénérescence, a priori, irréversible. Une fois le spectacle terminé, il ne reste qu’une nuit sans étoiles. Malgré la métaphysique qui l’accompagne, la mort est un phénomène physique, ce qui suggère qu’il est possible d’interférer avec son processus.


Je marche aux côtés de l’infirmier qui pousse le lit de mon patient sous les néons blafards. Nous prenons l’ascenseur pour rejoindre le laboratoire. L’homme est mort lors d’un accident il y a quelques heures, sa famille a accepté la compensation pour la procédure expérimentale. Je suis nerveux, nous devons aller vite et la descente semble ne plus finir. Dans la salle de chirurgie, l’équipe attend, ainsi que le directeur, Sun Hoo. Il me fait un signe de tête. Son visage est dénué d’émotion derrière ses lunettes carrées.


Le patient est transféré sur une chaise d’opération et on place toutes les électrodes nécessaires à l’enregistrement de ses constantes. Deux chirurgiens verrouillent la tête de l’homme à l’aide de barres métalliques, puis approchent une perceuse à l’arrière de son crâne déjà rasé. J’observe leurs mouvements précis lorsqu’ils placent la mèche. Le sifflement de la perforation envahit la pièce froide, personne ne parle. Une longue aiguille est introduite dans le cerveau, lentement, pour ne pas endommager les tissus. Le premier sérum neutralise les déchets produits par la mort neuronale, la poussière et la fumée du feu d’artifice. La seconde injection est un mélange de neurotrophiques qui servira à protéger les connexions à leur réveil. Enfin, la troisième vague est un mélange d’amorces moléculaires qui s’activent suite à un électrochoc.


Après le retrait de la seringue, les regards se tournent vers moi. J’avance vers la console en plastique blanc. Les constantes vitales sont à plat, j’administre l’impulsion. Le corps sursaute au passage de l’électricité. Je patiente. Je retiens mon souffle. Il ne se passe rien. On me fixe à nouveau. Sun Hoo commence à quitter la pièce. Je masque ma déception avec peine et ordonne l’autopsie dans l’espoir de trouver une explication à cet échec. Une sonnerie s’élève et une volée de voyants clignotent, capturant l’attention de l’assemblée. Les lignes vertes du rythme cardiaque oscillent comme après un sprint. Puis les ondes cérébrales naissent timidement et le corps convulse. Les infirmiers maintiennent l’homme contre la chaise pour éviter les blessures.


L’un des médecins suggère d’administrer un anticonvulsif. Je lève la main en signe d’interruption, pas d’interférences. L’activité neuronale s’accélère et ressemble au sommeil paradoxal. Les tremblements cessent mais le cœur pompe toujours à toute vitesse. D’un coup, il ouvre les yeux. Après une seconde de conscience, son visage se mutile. Il hurle, un cri grotesque de terreur animale. Il pleure, sa bouche écume et son nez dégouline de morve, puis sa voix s’étrangle dans un hoquet. Les infirmiers se sont éloignés, choqués par la réaction. Le revenant se lève et s’arrache aux électrodes, elles sonnent l’arrêt cardiaque en continu. Il rit bruyamment, fait quelque pas maladroits dans ma direction. Un sourire trop large déchire sa face inondée de larmes, ses yeux sont noirs de haine. Le fou rire sape ses forces, il tombe à genoux, à bout de souffle, s’attrape les joues et se tire la chair au sang. Le manque d’oxygène bleuit sa peau, d’énormes veines pulsent sur son front prêtes à exploser. Dans un dernier râle pitoyable, il s’écroule. Le silence clôt la scène. Une technicienne se met à pleurer. Je n’ose pas approcher le corps, sa face collée au carrelage. Le pouls du patient est vérifié par un chirurgien, il me donne un signe négatif de la tête.


Dans le bureau de Sun Hoo, je ne suis plus très certain. Il ajuste ses lunettes, impassible, la situation ne paraît pas l’affecter. Nous restons un moment sans parler, il ouvre le tiroir de son secrétaire pour sortir deux verres ainsi qu'une bouteille de whisky déjà entamée. Il sert et me passe un verre.


– Le patient s'est réveillé, murmure le directeur.


J’avale une gorgée d'alcool. Il sort un paquet de cigarettes, l’ouvre dans ma direction. J’en prends une et fouille la poche de ma blouse pour mon briquet.


– C'est un immense succès, continue-t-il.


Je réponds d’abord par un rire sec, une longue bouffée de tabac est nécessaire pour encaisser.


Shiba*, ça ne vaut pas la peine de continuer, on doit arrêter.


Après une courte réflexion, il boit lui aussi avant de raisonner :


– Professeur Han, comment pouvez-vous seulement penser à stopper ce projet ? C'est une puissante découverte, personne n'est allé aussi loin.

– Vous l’avez-vu, il n’avait plus rien d’humain.

– C'est juste un petit set-back...


Ma gorge se resserre aux paroles d’un calme indécent.


Shiba ! Je ne parle pas de ça ! Ce ne sont pas des chiens, ce n'est pas correct. Éthiquement.

– Les grands projets nécessitent des sacrifices, il termine son verre, puis nous avons l'accord de l'État.

– L’État ?


Je tire sur ma cigarette.


– Ils ne comprennent rien de ce que nous faisons. Personne ne regarde vraiment, vous le savez. Ça ne vous dérange pas ?

– En l'absence de théorie solide et de résultats, continuer ce projet serait effectivement un manque d'éthique. Nous savons ce que nous faisons, nos objectifs sont clairs et nous succéderont. Nos pairs nous jugeront plus tard mais le résultat ouvrira des perspectives infinies à l'humanité. Retirez-vous maintenant et vous serez juste un pauvre homme qui torture des cadavres. Je croyais que vous aviez de l’ambition ?


Je me tais et laisse le verre à moitié vide.


La consistance du cerveau est similaire à une gelée plutôt graisseuse. Cependant, il possède des structures bien délimitées. Celui de notre revenant s'était liquéfié dans certaines régions, ses villosités amalgamées sans aucune géométrie. Je ne sais pas quoi penser du phénomène. La possibilité la plus évidente serait que ces dégâts se soient produits après la seconde mort, peut-être suite à une lyse générale des tissus. Cela me rappelle les dommages engendrés par certains solvants chimiques sur la matière organique. Puisqu’il s’agit d’un cul-de-sac, ma seule hypothèse pour avancer est de réduire au plus possible le temps entre le décès et le retour.


J'ai utilisé quatre personnes de plus pour réaliser les ajustements. Mon parcours m'a amené à tuer beaucoup d'animaux, je n'y ai jamais éprouvé de plaisir, ni de tristesse, j'y suis parfaitement indifférent. On essaye de minimiser la souffrance mais il y a toujours une quantité irréductible de peur et de douleur, malgré les meilleures conditions. Mes expériences actuelles sont similaires, je ne souhaite pas la souffrance de mes patients, je ne peux juste pas faire autrement. Pour atteindre cette indifférence, mon esprit s’enferme dans un stratagème simple : ils ne sont pas vraiment vivants, ils sont dans un état sans conscience, leurs cris sont artéfactuels à leur condition, comme les contractions nerveuses d'un corps récemment décédé.


L'essai numéro six est très différent. Nous avons atteint une nouvelle étape. La personne en face de moi, une femme de trente-deux ans morte suite à un choc allergique, est bien consciente. Ses yeux anxieux balayent la pièce rapidement. Elle transpire et respire, secoue la tête et gémit, elle exerce un contrôle sur ses actions.


– Comment vous appelez-vous ?


La question déclenche l’arrêt de ses mouvements, elle fixe un point invisible au sol.


– Avez-vous le moindre souvenir ?


Son regard me transperce, j'y perçois un équilibre ténu entre colère et terreur absolue.


– Personne ne doit savoir, non. Non !


La tension dans son expression se brise et des larmes coulent. Je soupire, elle fait pitié à voir, ça me met mal à l’aise.


– Pourquoi ?

– Je ne veux pas y retourner, je ne veux jamais y retourner ! Qu’est-ce que vous m’avez fait ? Réponds-moi espèce de chien !


J'essaye de calmer son agitation. Elle hurle, se lève d’un coup et me jette une chaise à la figure, puis court dans un coin de la chambre, près de son lit. Choqué, je ne sais pas quoi lui répondre.


– Je ne veux pas y retourner ! Tu m’entends ? Pauvre connard !

– Je suis désolé madame. Je suis vraiment désolé. Shiba !


Elle se laisse tomber par terre et ramène ses genoux contre son torse pour y enfouir son visage.


– Vous voulez une cigarette ?


Ses yeux se relèvent dans ma direction. Puisqu’elle ne refuse pas, je m’approche et sors mon paquet, j’en mets une à ma bouche et propose le reste. Elle veut se servir mais ses doigts tremblent tellement que je dois l’aider. On fume sans rien dire pour un moment.


– Ce n’est pas réglementaire mais ça fait du bien.

– Sale con, dis-moi ce que tu as fait ?


Je soupire encore.


– On vous l’a dit. On vous a ramenée. Vous étiez morte. Pas dans le coma, morte.

– C’est horrible. C’est vraiment horrible...


Elle est trop agitée pour continuer, je sombre moi aussi dans état de plus en plus pénible.


– Je vais vous laissez vous reposer. N'hésitez pas à appeler l'infirmière si vous avez besoin de quelque chose. Nous nous reverrons demain.


Alors que je me retourne pour quitter la pièce, sa voix m’interpelle sur un ton incrédule, un ton différent comme celui d’une autre personne :


– Mais non, voyons, vous êtes mort vous aussi.


Je referme la porte, mes mains tremblent, une faiblesse frappe mon corps. La nausée me force à m'appuyer contre le mur, puis je décide de sortir du complexe. Il y a un parc entre les bâtiments, je marche jusqu’au banc sous les cyprès, à l'écart du soleil de fin d'après-midi. Je fume une autre cigarette. Après plusieurs inspirations, je regagne un peu de calme, mais la sensation s'est juste repliée à l'arrière de mon crâne, cachée comme un parasite. Elle est diffuse, c'est une froideur tenace dans mes intestins, une main qui me serre doucement le cœur. Je ferme les yeux et la femme terrifiée apparaît, ainsi que les autres visages grotesques, tordus par les cris ou les rires. Mon téléphone vibre et me fait sursauter, Sun Hoo. « Décès de l'essai numéro 6 – sept heures après le rappel. Meeting au bureau. » « Shiba. » Les mots de la femme me font tourner la tête, elle ne voulait pas y retourner.


Je me rends sans envie à la réunion, je suis épuisé. Quelques techniciens sont déjà présents dans la salle à la table de verre et aux fauteuils noirs. Le directeur remarque mon arrivée et signale :


– Nous vous attendions ! Il ajoute rapidement : Aujourd'hui marque une avancée cruciale...

– Elle est morte.


Mon intervention le fait grimacer mais il se recompose vite.


– Certes, mais elle avait le contrôle. Enfin, vous avez raison, ne perdons pas de temps et allons directement au sujet : des suggestions pour améliorer ce résultat ?


Naturellement, les regards se tournent vers moi, personne n'a la moindre idée de ce qui se passe. Toutes ces faces se ressemblent, j'ai l'impression qu'elles s'élèvent et m'écrasent d'en haut.


– Il...


Ma bouche est pâteuse, ma phrase apathique. Le visage de Sun Hoo s'avance, avec ses lunettes aux verres carrés, sa bouche parle au ralenti.


– Quoi ?


Je dois fournir un effort pour expliquer :


– Les dégâts de la mort sont irréversibles avec notre technologie. Si nous attendons trop, les lésions cérébrales s'accumulent et le patient succombe.

– Donc, il faut des corps plus frais, acquiesce Sun Hoo.


Ma poitrine est comprimée, je peux à peine respirer. Je sens la sueur couler depuis mon front jusqu'au menton.


– J’arrête...


Après ce dernier souffle, je tombe de ma chaise. Au réveil j'ai l'impression d'avoir de l'huile dans la bouche, qui m'étouffe et coule dans ma gorge. Ma peau brûle, mes articulations sont enflées et de la poussière de verre couvre mes yeux. Je crie, sans m’arrêter, même lorsque mes cordes vocales se déchirent il y a toujours de l'air qui siffle entre mes dents serrées. Ils sont autour de moi, leurs visages m'encerclent avec leurs masques blancs. Je ne résiste pas à mon transport, tout est flou. Il y a de la lumière, j'avais oublié.


On m’explique que je suis revenu. Sun Hoo a vu une opportunité dans ce corps tout juste mort d’une crise cardiaque. Je me trouve dans une chambre similaire à celle du sujet numéro 6, le directeur me regarde de l’autre côté de la table, il pose un cahier vierge devant moi, un lab-book.


– Écrivez tout. Ce que vous avez vu, senti, n’importe quel détail, m’ordonne-t-il.


Je me souviens de tout. De l’épaisseur qui noie les sens. Des ténèbres sans couleurs et du silence absurde. Et des trois visages qui regardent. La mort est une chose abjecte. Il n y a rien à en attendre sauf la terreur du vide. Ce n’est pas un repos, c’est un isolement éternel de tout. Je ne veux pas y retourner.


Pourtant, je sais que cela va arriver, ceux avant moi sont repartis, et je sens comme une présence me tirer vers le bas. Plutôt que de me paralyser, cette certitude m’aide à rationaliser : je n’ai pas beaucoup de temps et je dois faire vite. Je fais signe à Sun-Hoo d’approcher, pour lui dire quelque chose. Il se penche et j’attrape sa tête pour la frapper contre la table, encore et encore jusqu’à ce que l’os se brise et que le sang couvre son visage. Le cadavre glisse mollement au sol, aux côtés de ses lunettes cassées. Je dois tout détruire. Personne ne doit savoir, notre imagination est plus acceptable que la réalité.




* En coréen, exclamation de colère ou de frustration (putain).



 
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   ANIMAL   
7/10/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Si on aime les histoires d'horreur dans le style "folles expériences médicales", en voilà une qui répond à tous les critères.

Les personnages sont bien présentés, glaçants d'inhumanité malgré toutes les excuses qu'ils se donnent. Les quelques doutes qui taraudent le narrateur ne résistent pas aux reproches de ses supérieurs et il continue les expériences en faisant fi de la souffrance des êtres qu'il utilise comme cobayes. Puis la fatalité le rattrape et il devient cobaye lui-même. Ce n'est que justice.

Le récit monte peu à peu en intensité jusqu'à une chute pas banale. La fin est dans la droite ligne du reste de cette nouvelle très visuelle que je vois très bien adaptée en court métrage d'épouvante.

Le texte est clair et bien écrit, il se lit aisément. Je n'ai pas de remarque particulière.

Voilà une nouvelle qui devrait plaire aux aficionados du genre.

en EL

   maria   
7/10/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

On démarre une voiture au point mort, pourquoi ne pas refaire fonctionner un corps humain déclaré cliniquement mort ?
C'est le but de certains scientifiques déterminés qui se livrent à des expériences épouvantables.

L'auteur(e) donne explications et détails ; on souffre avec la ressuscitée.
On est dans la catégorie horreur-épouvante en milieu clos. C'est saisissant.
La narration est dynamique : dialogues et gestes du narrateur. On visualise l'histoire.

Cette nouvelle me plaît beaucoup par sa fin riche et touchante.
Le narrateur se désespère de plus pouvoir 'imaginer sa mort ! On peut en tirer d'autres conclusions.

J'ai été satisfaite de cette lecture dans une catégorie que je n'affectionne pas, en général.

Merci pour le partage et à bientôt.

   poldutor   
15/10/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour,
Effroyable nouvelle contant les expériences de "résurrection" par une équipe chirurgicale. Les patients fraichement décédés sont ramenés à la vie, pour un temps très court.
Le chirurgien opérant à conscience de ne pas respecter l'éthique, il se rebiffe, mais le patron de l’hôpital, l'oblige à continuer. Il finit par mourir lui même et est ramené à la vie...
Histoire qui donne froid dans le dos, en espérant que jamais la science ne permettra ce type de recherche. La mort est un processus naturel, personne ne peut y échapper. Essayer de prolonger la vie au maximum oui, mais pas plus.
La description de l'intervention est très crédible, l'auteur(e) serait-il(elle) du métier?
Merci de nous avoir fait trembler.
Cordialement.
poldutor en E.L

   Dugenou   
25/10/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Shepard,

Le thème ô combien classique de l'histoire de zombies m'a rappelé un Herbert West et son fameux sérum !
Pendant cette lecture (sans surprise, dommage), une musique de Richard Band m'a trotté dans la tête... est-ce vraiment étonnant ?

Une question reste en suspens : les origines, ou la nationalité coréenne des personnages et cet appui venant de l'état... suggérez vous qu'une certaine dictature actuelle soit le pays où se passe l'histoire ? L'idée méritait d'être plus développée.

Merci pour cette lecture.

Dugenou.

   Tiramisu   
26/10/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

Oui, pas besoin de gore, de monstre, et autre alien pour nous emmener dans l'horreur. Economie de moyen, l'être humain nous suffit pour toucher les rives de l'horreur. J'aime l'idée.

Le pire est que c'est tout à fait possible, déjà aujourd'hui ? Ou dans une brève échelle de temps ? L'être humain aime jouer aux apprentis sorciers, donc avec l'évolution des connaissances et de la technique, vraiment pourquoi pas ? Avec un état dirigé par un fou, la Corée, hum..

L'écriture est limpide et facile à suivre, un suspense latent qui maintient l'attention.

On est très loin du tunnel de lumière, là ... Noir c'est noir. Mais est ce pire au fond que ce que peuvent nous faire vivre certains humains, à méditer ...

Merci pour cette lecture.

   Perle-Hingaud   
26/10/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un bon texte !
L'auteur réussit à capter mon attention sur un scénario pas vraiment original.
L'écriture est efficace et particulièrement visuelle, entièrement au service du récit. Ce qui marque, c'est le suspense, bien mené. On plonge dans ce labo tellement crédible (vu de l'extérieur, aucune idée de ce qui se passe vraiment…).
Les dialogues sont naturels, pas trop explicatifs. La fin est vraiment très bonne.
J'ai bien aimé les explications du tout début qui contextualisent et donnent du corps au texte. Va savoir quelles expériences sont désormais tentées dans l'opacité de certains labos ? Ce sujet a encore de beaux jours devant lui !
Merci pour cette lecture.

   plumette   
26/10/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
je en suis pas dans ma zone de confort pour le genre et la nouvelle n'est pas confortable.
Glaçant et très réussi.
Un suspens bien mené. un peu d'humanité du côté du narrateur qui est plus bouleversé que satisfait de la première expérience de retour.

J'ai trouvé que la description de l'opération était très crédible.

Le récit a de la puissance car je reste mal à l'aise après lecture, un peu perturbée de ce que les revenants laissent entendre au sujet de " l'autre côté" .

La chute a un petit côté "moral" mais ce n'est pas pour me déplaire.

Je vais aller de ce pas me lire une "sentimentale/ romanesque" pour alléger un peu ma soirée,

Plumette

   Cristale   
26/10/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Et bien ! Voilà un "Rien" qui est beaucoup.

Je n'aurais jamais dû manger ma pizza en dévorant ce texte...

Dorénavant, je pendrai garde de mourir en dehors d'un complexe hospitalier.

Votre nouvelle m'a tenue en haleine jusqu'au bout, je ne sais même plus si j'ai respiré un seul moment...c'est pour dire que l'écriture est de qualité.

Voici un bon scénario pour un film d'horreur.

Bravo Sherpard ! Je suis bluffée.

Cristale

   hersen   
26/10/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Une excellente fin. Pour un peu, elle donnerait de l'espoir !

Des essais cliniques avec des chercheurs prêts à tout, indifférents au sujet qu'ils "traitent".

Le seul qui en a une conscience, qui dit "j'arrête", est celui-là même qui tentera d'arrêter le processus. Qui tentera. Car l'arrêtera-t-il vraiment ?

Mais il est vrai que le mythe de la découverte du fonctionnement du cerveau est vieux comme le monde, on a toujours aimé défoncer les crânes pour voir ce qu'il y a dedans.
Voir n'est pas comprendre.

Une nouvelle qui, je te le dis tout net, fait son effet ! :)

Merci de la lecture.

   Louis   
1/11/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Ce texte semble présenter quelques défauts, malgré ses qualités narratives.

Ainsi la première phrase est loin d’être une « vérité universelle ». Le terme « finalité » ne convient pas. Il indique une « fin », mais non au sens de ce qui met un terme à…, mais au sens d’un « but », intentionnel ou pas, objet en principe d’une volonté. Il est donc absurde de dire que la mort est la finalité, c’est-à-dire le but de la vie. La mort est le terme de la vie, bien sûr, mais n’en est pas la finalité, n’en est pas le but. Nous ne vivons pas pour mourir. La vie est finie, limitée dans le temps, elle trouve un terme dans la mort. Mais ce que « veut » la vie, c’est… vivre. Nous vivons, non pas pour mourir, mais pour vivre. La vie est à elle-même sa propre finalité.

Après ce départ qui prétend délivrer une « vérité universelle », le texte devient narratif, et le récit ne manque pas de suspense.
Mais arrivé au terme de l’histoire, on ne peut qu’être surpris par la construction du récit.
Le narrateur, en effet, va mourir, plus exactement va mourir pour la deuxième fois, il dispose de peu de temps dans l’intervalle entre ses deux décès : « je n’ai pas beaucoup de temps et je dois faire vite », dit-il. Et pourtant, il trouve le temps d’écrire un récit assez long, dans un style posé, réfléchi et rationnel, sans heurt, sans précipitation, sans fébrilité, alors que la panique le gagne, alors que l’émotion le submerge, même s’il prétend que : « Plutôt que de me paralyser, cette certitude (celle selon laquelle il va mourir à nouveau dans peu de temps) m’aide à rationaliser ».

De plus, il écrit l’histoire au présent. Son texte se veut une sorte de testament, un témoignage édifiant pour l’avenir, celle de la recherche scientifique, celle du sort de l’humanité, qui ne pourra être lu que lorsqu’il sera décédé, comment peut-il l’écrire au présent dans de telles conditions ?
Ce qu’il vient de vive, et ce qu’il vient de ‘’mourir’’, c’est du passé, comment pourrait-il en rendre compte dans un présent « vivant », au moment où la vie le fuit à nouveau ?

Et parce qu’il se veut un témoignage édifiant (sinon pourquoi écrirait-il son histoire ?), le texte s’enferme dans une contradiction. « Je dois tout détruire. Personne ne doit savoir » : déclare le narrateur pour justifier le meurtre du directeur des recherches. Ce qu’il faut dissimuler aux yeux de tous, c’est que « la mort est une chose abjecte », or dans le même temps que cette dissimulation est proclamée, le texte écrit par le narrateur la révèle, et se donne à lire à des lecteurs !

Le texte se termine comme il a commencé, par l’énoncé d’une vérité qui n’en est pas une. « Personne ne doit savoir, répète le narrateur dans la dernière phrase, notre imagination est plus acceptable que la réalité »
Le texte, en effet, présente comme un « savoir », donc comme une vérité, ou comme l’approche d’une vérité, ce qui a été découvert sur la mort. Le savoir se distingue de la croyance, et le narrateur le remarque puisqu’il distingue, à juste raison, le savoir qui saisit quelque chose de la réalité, et la croyance qui est fruit de l’imagination et, faudrait-il ajouter, de l’espérance.
Quel est ce « savoir » qui serait acquis, distinct de l’imaginaire ?
La mort, ou plus exactement, ce qu’il advient après la mort, serait « horrible » : « C’est horrible. C’est vraiment horrible… » : dit la revenante, le cas « numéro 6 » de l’expérimentation. Ce témoignage est assez vague, et plutôt subjectif, à l’adresse d’un savoir scientifique, d’autant plus que l’on ne sait pas si cette horreur a été éprouvée dans l’après-mort, ou si elle est éprouvée dans le court laps de temps pendant lequel la femme décédée est revenue à la vie.
Le narrateur, après avoir fait lui-même l’expérience de la mort, apporte des précisions : « des ténèbres sans couleur » et « un silence absurde », « la terreur du vide » et, non pas « un repos », mais « un isolement éternel de tout ».
Ténèbres et couleurs supposent la vue, la perception sensible. En dehors de ces sensations visuelles, couleurs et ténèbres n’ont pas de sens, or la mort n’est-elle pas la perte de toutes sensations ?
Des couleurs pourraient-elles être perçues par un être désincarné, par un pur esprit qui se détacherait du corps pour lui survivre ? Comment serait-ce possible ? Nous disons bien que nous voyons des idées, que notre esprit est parfois clair et lumineux, parfois dans l’obscurité, mais ce ne sont que métaphores.
Nous pensons toujours la mort comme si nous étions à la fois mort et vivant, c’est pourquoi nous attribuons à la mort ce qui relève de la vie.
Vivants, nous attendons du sens, et la mort ne serait qu’un « absurde » silence. Une fois encore, ce qui fait la vie se trouve projeté dans la mort.
Un être désincarné pourrait-il éprouvé des sentiments ? Ceux-ci se sentent, et se ressentent, liés au corps et aux sens, comment pourraient-ils alors être éprouvés quand le corps n’est plus, comment une « terreur » du vide pourrait-elle être alors ressentie ?
Une absence de « repos », un « isolement » total caractériseraient aussi cette mort. L’isolement semble se confondre ici avec la « solitude », or repos et solitude sont des états subjectifs qui s’éprouvent, et de nouveau la vie est projetée dans la mort.

Le texte prend à contre-pied les opinions répandues sur l’après-vie : elle ne serait pas « un repos et une paix éternelle », mais un état terrifiant ; elle ne serait pas la rencontre d’êtres de lumière, mais d’horribles ténèbres solitaires ; elle ne serait pas fusion dans un Tout de l’univers, mais un isolement extrême.
Oui, mais une affirmation contraire à une opinion courante ne fait pas d’elle une vérité.

Ce qui serait plus proche d’une vérité, c’est que la mort reste l’inconnaissable et l’indicible. Ni lumière ni ténèbres, nous ne savons pas.

Bien sûr, le texte est une fiction, et ne prétend pas vraiment à l’objectivité d’un savoir scientifique.
Pourtant, il contribue à perpétuer la crainte de la mort, alors qu’il s’agit de s’en délivrer, non par des espérances illusoires, mais dans une lucidité sans faille, contraire à ce que soutient le texte : « notre imagination est plus acceptable que le réel » ; dans l’accès à une sagesse tragique.

« Rien » : dit le titre du texte, et pourtant vous faites de la mort quelque chose, quelque chose de terrifiant. Épicure, il y a longtemps déjà, avait écrit que « la mort n’est rien », et, avec plus de rigueur, il en avait tiré les conséquences logiques, qui sont tout à l’opposé de celles du texte.

Un récit donc, dans lequel la narration est bien menée, mais dont le fond ne me semble pas convenir.

   Lulu   
11/11/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Shepard,

Quelle nouvelle ! Cela fait un moment que je n'avais pas été chamboulée par un texte…

Entre l'imaginaire, la réalité et tous les fantasmes qu'il peut y avoir chez l'homme sur la vie/la mort, je me rends compte que je suis si loin de toutes ces questions qui peuvent se présenter ou s'oser…

La catégorie Horreur/Epouvante m'a tenue un temps éloignée de ce texte, mais je suis bien contente d'avoir franchi le pas, car j'ai trouvé ce texte très réussi. C'est vraiment bien écrit ; le suspens est maintenu via un rythme des phrases que j'ai trouvé parfait.

La notion d'Horreur, je l'ai d'abord ressentie à l'approche de "la perçeuse"... L'éthique, ensuite m'a presque rassurée sur ce qu'il est effectivement possible de faire, car dans cette écriture impeccable, on se croirait juste dans une transcription de la réalité… Bref, c'est effroyable. De l'épouvante au sens fort du terme.

Je me suis demandée ce que signifiait "Shiba". Je n'ai pris connaissance de la note qu'en fin de lecture et ai été très surprise de ce mot. J'avais cru qu'il s'agissait d'un surnom…

Dans la dernière phrase, j'aurais bien vu juste "Personne ne doit savoir", sans autre élément d'explication. La chute m'aurait semblée juste plus subtile, comme l'est toute la nouvelle.

Bravo pour ce texte qui ouvre des portes à la réflexion. Que fait-on, peut-être, à notre insu ?

Au plaisir de te relire.

   Malitorne   
12/11/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Efficace dans son déroulé, bien écrit, d’un style clair et concis que je ne vous connaissais pas. Si je ne m’abuse, votre écriture est habituellement plus dense et riche en descriptions. Ici ce n’est pas le cas, clinique, sans doute pour mieux servir le récit. Bien réussi donc de ce côté là.
Moins enthousiasmé par un thème peu original qui m’a tout de suite remémoré le film « L’expérience interdite ». Quoi de plus fascinant que de revenir d’entre les morts ? Sujet traité d’innombrables fois et sachant votre imagination fertile, je m’attendais à plus déjanté. Le message de votre histoire, bien conventionnel, c’est que la mort est terrible, que ceux qui jouent avec doivent mourir eux-mêmes, les vilains. On ne touche pas à l’interdit nom de dieu ! Oui, certes, d’accord, mais heu… bon… rien d’autre ? Pourquoi au contraire ne pas avoir ressusciter des gens euphoriques, s’exclamant dans la salle de laboratoire : « P’tain, trop génial, les mecs, par pitié j’veux y retourner ! ». Le passage dans l’au-delà, sans parler d’un paradis illusoire, n’est peut-être que pur bonheur, heureux soulagement. L’enveloppe charnelle est parfois si pesante...


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