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Policier/Noir/Thriller
mimimouche : Voie de garage [concours]
 Publié le 02/06/08  -  12 commentaires  -  21127 caractères  -  9 lectures    Autres textes du même auteur

Écoute la réponse dans le vent…


Voie de garage [concours]


Ce texte est une participation au concours nº 5 : La Trame Imposée (informations sur ce concours).



- Allez, pousse-toi, le chat… T’es toujours dans mes pattes ! File, sale bête !


La boule de poils grisâtre miaula avant de bondir sur le sol. L’empreinte de ses coussinets, enduits de cambouis, était désormais nettement visible sur les papiers épars du bureau. De ses doigts graisseux, le patron du garage « Deschamps » tenta de nettoyer les traces. À l’inverse de l’effet recherché, les marques noirâtres s’éployèrent en traînées violacées. Tant pis, pour la facture de la Clio dont il cherchait justement à joindre la propriétaire, une certaine Cathie Cholevsky. Celle-ci s’était présentée très tôt ce matin alors que Tintin, son employé était seul dans l’atelier. Penché sur le moteur d’une Mégane, le jeune mécano l’avait entendue prononcer d’une voix angoissée :


- Monsieur ? Monsieur ? Ma voiture sent le roussi...


« Encore une bonne femme qui néglige l’entretien ! » avait-il immédiatement songé avant de relever la tête. Elle avait alors débité dans un flot continu :


- Vous voyez, je roulais sur le périph. Subitement, les voyants du tableau de bord se sont mis à clignoter puis le capot a commencé à fumer. J’ai vraiment eu peur, vous savez. Le temps de prendre la première sortie, j’ai trouvé votre garage, Dieu merci. Vous pouvez jeter un œil, s’il vous plaît ?


La bouche demi-ouverte, il l’avait reluquée sans l’écouter vraiment, plus intéressé par ses jambes galbées de soie noire que par ses propos volubiles. Les hanches délicatement moulées dans une jupe de cuir, la brunette aux yeux clairs, gironde à souhait, aurait damné un saint. Hypnotisé par le décolleté du chemisier de voile grenat qui laissait deviner des seins généreux, le mécanicien avait accepté, un sourire béat figé sur son visage inexpressif. Même si la journée était déjà surbookée de rendez-vous, le jeu en valait la chandelle, dut-il y sacrifier sa pause déjeuner…


Un quart d’heure plus tard, Deschamps avait déboulé dans l’atelier. Mal rasé, la crinière poivre et sel en bataille - un vent violent soufflant en rafales depuis la veille - et les poches sous ses yeux sombres attestaient d’une nuit agitée. La voiture en surplus du planning déjà ric-rac de la journée, le fit sortir de ses gonds. Tintin tenta de se justifier. Quelques kilomètres de plus auraient fatalement grillé le moteur de la Clio, dépourvue d’huile. Nullement dupe, le patron traita son employé de « novice-bon-à-rien-obsédé ». Les savons étaient certes habituels. Mais ce matin, le vieux garçon au physique ingrat et au caractère bourru, était particulièrement de mauvais poil. Dès que les récriminations à son encontre furent calmées, Tintin replongea sous le capot de la Mégane. Plus que jamais, son temps était précieux.


La journée s’écoula à un rythme d’enfer. À l’heure du repas, le jeune ouvrier se contenta d’un sandwich au pâté pour s’attaquer à la Clio. En fait, une simple vidange et un contrôle des niveaux suffirent à réparer les dégâts mineurs. À dix-huit heures, son service terminé, il lambina dans le vestiaire, espérant recroiser la bombe sulfureuse du matin. Peine perdue. Prétextant des détails à vérifier et fignoler, Deschamps ne l’avait toujours pas appelée. Tintin remonta alors le col de son blouson pour se protéger des bourrasques cinglantes et franchit le seuil du garage, à contrecœur. Le patron attendit encore plusieurs minutes avant de composer le numéro de téléphone griffonné sur le post-it collé à la facture. Après quatre sonneries, la messagerie vocale distilla une tonalité légèrement éraillée :


- Bonjour, c’est Cathie. N’hésitez pas à me laisser un message. À bientôt…


Surpris par la sensualité qui s’en dégageait, il se racla la gorge avant d’égrener quelques mots de sa voix rocailleuse, signalant la disponibilité de la voiture. Hormis l’amorce du rictus au coin de ses lèvres, rien ne trahissait l’irrépressible pulsion qui venait de le submerger…


Au même instant, Cathie Cholevsky flottait à dix mille pieds au-dessus de la réalité. La sensation qui remontait le long de son échine était bien plus violente que la vibration du téléphone portable, perdu au fond de son sac, posé sur le marbre de l’entrée. Dans un râle où douleur et jouissance s’entremêlaient subtilement, la « petite mort » ruisselait de son corps lové contre celui de Bruno… comme chaque jeudi, depuis bientôt un an.


Le rituel de leurs « cinq à sept » torrides avait commencé de façon banale. Un lieu de travail commun. Une soirée entre collègues. Un peu arrosée, la soirée. Un conjoint sportif, peu enclin aux câlins. Cathie avait craqué sur « dandy d’azur », le conseiller en placements qui venait d’être muté. Les employés de la banque l’avaient surnommé ainsi en raison de son extrême élégance et de ses yeux d’un bleu presque transparent. Dès son arrivée, Bruno avait suscité leur jalousie autant que leur curiosité. Comment un si bel homme pouvait-il vivre seul ? Enfin pas vraiment… puisqu’Aquilon dont la photo tapissait le fond d’écran de son ordinateur, partageait son existence depuis trois ans. Inséparable de son adorable labrador couleur sable, Bruno l’emmenait partout. Partout… sauf au bureau, évidemment. Spectateur discret, enroulé sur lui-même au pied du lit, Aquilon assistait toujours aux ébats de son maître, se contentant de lever un œil blasé lorsque les tressautements intenses s’accentuaient de ahanements de plus en plus sonores.


Vers dix-sept heures, Cathie avait discrètement rejoint le domicile de Bruno, situé à quelques centaines de mètres de l’agence. Le jeudi était un jour idéal, car son mari avait entraînement de volley. Dès son arrivée, elle avait jeté sa besace sur le sol pour se fondre dans les bras de son amant. Leurs lèvres s’étaient scellées dans un baiser profond. Langues emmêlées, caresses essaimées sur les contours des peaux échauffées, vêtements effeuillés, paroles avidement croquées d’une bouche à l’autre, progressivement ils avaient rejoint la chambre. Projetés sur le lit, leurs corps nus s’étaient cabrés. Mamelons tendus, le sexe palpitant tel un cœur, Cathie avait senti Bruno s’engloutir en elle. Captifs d’un envoûtant désir, ils avaient ondulé d’abord lentement, puis fougueusement, à la cadence des reins, des baisers, des soupirs, des gémissements, des halètements… Longtemps… jusqu’à l’orgasme libérateur qui avait fait émerger Aquilon de sa torpeur somnolente. Chaque semaine, la volupté de ces instants s’amplifiait.


À présent, le souffle apaisé, Bruno butinait des baisers dans le cou de Cathie, tout en esquissant des arabesques invisibles sur la peau de son dos frémissant. Subitement elle s’exclama :


- Ma voiture ! et rejeta brusquement le drap qui la recouvrait. J’ai complètement oublié la Clio ! Mon Dieu, quelle heure est-il ?


La vue du buste nu et replet de son amante fit renaître un violent désir en Bruno. Insatiable, il tenta de la retenir. Mais Cathie avait déjà jailli hors du lit, évitant de justesse d’écraser les pattes du chien assoupi. Le téléphone portable dans une main, elle enfila son string grenat telle une funambule en équilibre sur un fil invisible. À dix-huit heures trente, elle prit connaissance du message du garagiste avant d’appuyer sur la touche de rappel, priant le ciel que l’atelier fût encore ouvert…


Dès la première sonnerie, Deschamps lâcha le jeu de plaquettes de frein en cours de changement pour se précipiter vers son bureau. D’un geste instinctif, il essuya ses doigts maculés de cambouis sur sa salopette et souleva le combiné téléphonique, auréolé de taches noirâtres. Au son de la voix de sa cliente, il sentit à nouveau cette étrange et impérieuse pulsion l’envahir. Évidemment, il l’attendrait… jusqu’à dix-neuf heures.


Tout en se rhabillant, Cathie s’interrogeait sur les possibilités de rejoindre le garage dans un laps de temps aussi court. C’était beaucoup trop loin pour s’y rendre à pied en moins d’une demi-heure et les transports en commun desservaient cette zone au lance-pierres selon son expérience du matin. Seule solution : prendre un taxi. Dès qu’elle eut émis l’idée, Bruno balaya cette éventualité, proposant de la conduire avec son auto. Ce n’était certes pas très prudent. Toutefois, dans l’hypothèse où ils croiseraient une connaissance commune ou même le mari de Cathie (ce qui était quasi impossible dans la mesure où la salle omnisports était située à l’autre bout de la ville), l’explication coulerait naturellement. Son collègue de travail avait eu l’amabilité de lui rendre service… À dix-huit heures quarante, les deux amants sortirent de l’immeuble, en compagnie d’Aquilon.


Le vent avait décuplé de violence. À croire qu’Éole en personne avait quitté sa caverne pour se déchaîner dans les rues de la ville plongée dans la pénombre. Sur le court trajet vers le parking, Cathie se sentit soulevée à l’image des monceaux de feuilles qui tourbillonnaient alentour. Sa démarche précipitée la fit buter sur le tapis de branches mortes jonchant le trottoir. Entraîné par la laisse d’Aquilon, Bruno ne put la retenir dans sa chute brutale. Sous le choc, le talon de son escarpin rendit l’âme. Mais plus grave encore, à travers le bas filé, sa cheville gauche se mit à gonfler presque instantanément. Les quelques mètres restants jusqu’à la berline prirent l’allure d’un éprouvant marathon. Malgré le soutien de son amant, Cathie ne pouvait absolument plus poser le pied par terre.


Une fois assise sur le siège du passager, elle refusa catégoriquement d’être conduite aux urgences, chez un médecin ou bien à la pharmacie la plus proche. Le temps pressait beaucoup trop. Il était impératif de récupérer la Clio le soir même afin d’éviter toute discussion avec son mari. Elle soignerait plus tard ce qui n’était sans doute qu’une foulure ou une petite entorse. Bruno démarra. Presque aussitôt, ils se retrouvèrent paralysés dans une circulation démente. Aux hululements furieux d’Éole, s’ajoutait un concert de klaxons assourdissant. Le contraste était flagrant avec l’intérieur feutré de l’habitacle où chacun gardait apparemment son calme. Seul Aquilon, jappant sur la banquette arrière, montrait des signes de nervosité. En réalité, une expression douloureuse figée sur le visage, Cathie bouillait intérieurement. Légèrement penchée vers l’avant, elle tenait d’une main sa cheville dont la coloration avait viré à un bleu inquiétant tandis que ses dents, animées d’un rongement incontrôlable avaient entamé le vernis grenade des ongles de son autre main. Les fréquents coups d’œil sur la pendule du tableau de bord révélaient également sa grande fébrilité. Cinq minutes avant l’heure supposée de fermeture du garage, il restait encore plusieurs kilomètres à parcourir dans la tourmente. Cathie se résolut à rappeler Deschamps. En raccrochant, elle se sentit plus détendue. Le garagiste l’attendrait…


La galère se prolongea plus de trois quarts d'heure. Dans l’atmosphère lourde et silencieuse de la voiture, la radio distillait son lot d’informations saumâtres. Outre les appels à la prudence et le détail des dégâts causés par la tempête, le journaliste détailla les faits marquants de la journée. Une tête de femme et des bras sans mains avaient été découverts, tôt ce matin, dans des sacs-poubelle au nord-est de Paris. Selon les premières indications communiquées par la police, des analyses étaient en cours pour déterminer s’il s’agissait de la jeune prostituée roumaine disparue depuis deux jours. Le tueur en série que l’on surnomme : « le barbier de Belleville » pourrait avoir signé l’horrible forfait. Ce serait donc le quatrième en quelques semaines… L’information glaça le sang de Cathie qui réalisa la proximité de l’inquiétant quartier. Sans cette foutue panne, elle serait loin d’ici, dans son appartement douillet, en train de préparer le dîner pour son mari qui n’allait pas tarder à rentrer. Comment allait-elle lui expliquer son état ? Quelle excuse allait-elle inventer pour n’éveiller aucun soupçon ? Dans sa tête, plusieurs scenarii s’échafaudaient sans qu’aucun ne lui paraisse plausible. Seuls les aléas de la tempête lui permettraient de justifier une chute au sortir de la banque (ce qui était partiellement vrai) et surtout un retard qui ne faisait que s’accentuer. Tout s’embrouillait. Sa cheville la lançait de plus en plus douloureusement. En raison de ses indications imprécises - le seul point de repère étant le voisinage d’une sortie de périphérique -, Bruno sillonnait depuis plusieurs minutes dans des rues tortueuses et obscures, sans parvenir à localiser le garage qui semblait s’être volatilisé sous l’effet du souffle d’Éole !...


L’horloge de la berline marquait vingt heures lorsqu’au détour d’une venelle, la faible lueur de l’enseigne « Deschamps » se dessina au fond d’une impasse. À grand-peine, la voiture s’engagea dans un passage rétréci par l’amoncellement de branches cassées de part et d’autre de la voie. Devant le garage, la vision du rideau… baissé déclencha une crise de larmes chez Cathie, submergée par un trop-plein d’émotion. Cette course contre la montre se soldait par un échec. Il ne restait d’autre alternative que de rebrousser chemin…


Bruno amorça un demi-tour dans l’allée. Soudain, une silhouette apparut fugacement dans la lumière des phares. L’individu avait surgi d’une ruelle perpendiculaire à celle de l’atelier et courait d’une foulée chaotique en direction de la sortie de l’impasse. Pendant une fraction de seconde, Cathie crut identifier le jeune mécano qui l’avait reçue le matin. Mais le flash saugrenu fut aussitôt chassé par un cliquetis grinçant. Elle se tourna et vit avec soulagement la grille métallique de l’atelier se relever lentement. Bruno interrompit sa manœuvre pour se garer devant l’entrée du garage. Luttant contre les rafales impétueuses de la tourmente, le patron s’approcha. Cathie actionna le bouton de descente de la vitre.


– Vous venez chercher la Clio ? Vous êtes bien Cathie Cholsky, hurla-t-il pour couvrir les mugissements des rafales.

– Oui… Enfin, non. Je suis Madame Cholevsky… Merci… Merci beaucoup de nous avoir attendus, Monsieur, répondit-elle dans un filet de voix inaudible.

– Allez, allez… Entrez vite. Fait pas bon être dehors avec ce vent à décorner les bœufs !


Cathie peina à ouvrir et maintenir la portière ouverte, la pression phénoménale du souffle d’Éole repoussant systématiquement les charnières vers l’habitacle. Sa cheville avait encore gonflé. Elle ne parvint à s’extirper du véhicule qu’avec le soutien de Bruno. In extremis, avant que la porte ne se referme, Aquilon se faufila et courut renifler Deschamps qui avait troqué sa salopette crasseuse contre un pantalon de velours gris élimé aux genoux et un pull de laine boulochée empestant la sueur. Instinctivement, le vieux garçon repoussa l’animal d’un brusque revers de main. Hormis ce mouvement d’humeur incontrôlé, rien ne dénonçait son agacement et surtout sa déception d’être face à un couple, accompagné d’un molosse qui le flairait sous toutes les coutures ! S’il avait accepté de rester au-delà des horaires d’ouverture et ce, malgré le très mauvais temps, c’était dans l’unique but de rencontrer la fameuse Cathie qu’il espérait voir… seule. Il se doutait bien que Tintin, ce blanc-bec fainéant, très porté sur le sexe, n’avait pas accepté une surcharge de travail pour l’amour du métier ni par charité chrétienne. À l’évidence, les formes pulpeuses et fantasmatiques de la propriétaire avaient influencé sa décision.

Et à ce niveau-là, Deschamps n’était pas déçu. Même avec un bas filé et une démarche boiteuse, la bougresse était diablement désirable. Mais le grand dadais aux yeux fadasse qui l’accompagnait, probablement son mari, gâchait tout. Quant au clébard, plus vite il débarrasserait le plancher, mieux ce serait. Il avait toujours exécré ces animaux à l’odorat trop développé. Une moue de dépit sur son visage rougeaud, Deschamps se consola, imaginant qu’une occasion se présenterait sûrement bientôt. Pourquoi pas ce soir, d’ailleurs ? Dès lors, l’idée se forgea. Après la fermeture et un détour par son appartement, il migrerait vers Pigalle et écumerait les boîtes de nuit en quête d’une « nana-bien-en-chair-à-la-cuisse-légère »…


Après avoir pris connaissance des détails des réparations effectuées et réglé le montant de la facture, Cathie se dirigea lentement vers son véhicule, soutenue dans sa démarche claudicante par son amant. Elle prit place sur le siège du conducteur et démarra. Heureusement, la Clio, équipée d’une boîte de vitesses automatique, ne nécessitait pas d’utiliser sa cheville gauche, de plus en plus boursouflée et violacée. Bruno posa un baiser appuyé sur sa bouche et lui recommanda de se soigner. Puis il repartit en direction de sa voiture, tout en sifflant régulièrement Aquilon. Deschamps assista à la scène. Même si la teneur des paroles échangées lui parut étrangement décalée de la part d’un mari vis-à-vis de son épouse, il n’y prêta pas davantage d’attention. Ses pensées graveleuses l’avaient déjà conduit ailleurs. À présent, sa seule préoccupation était de voir disparaître tout le monde le plus rapidement possible. Posté sur le seuil, le doigt sur le bouton de fermeture de la grille de métal, il trépignait.


De façon tout autant impérieuse, l’impatience rongeait Cathie. Bloquée à l’intérieur du garage, elle attendait au volant de sa Clio depuis d’interminables secondes que Bruno déplace son auto stationnée devant l’entrée. Qu’attendait-il donc pour partir de cet endroit insupportable ? Dans son rétroviseur, elle observait son manège sans en comprendre les raisons. Excédée, elle klaxonna, tandis qu’à la radio la voix monotone de Bob Dylan psalmodiait : « The answer is blowin’ in the wind… » Elle le vit enfin s’approcher. Les traits durcis par l’inquiétude, son amant s’accouda sur le rebord de la vitre baissée et lui annonça d’une voix blanche qu’Aquilon était introuvable. Cette information fit l’effet d’une bombe. Effondrée, elle éclata en larmes. Quant à Deschamps qui n’avait pas perdu une miette de la conversation, son teint rougeâtre vira à l’écarlate. Où traînait donc ce cleb qui retardait ses plans nocturnes ?


Dès son arrivée, le chien avait bien senti l’aversion de cet humain qui exhalait une odeur si particulière. Sans trop s’éloigner de son maître, il s’était écarté pour explorer le lieu aux effluves inconnus. Un miaulement l’avait attiré vers la remise, au fond du garage. Outre le vestiaire, placardé de photos de femmes nues, un monstrueux bric-à-brac s’entassait dans le recoin exigu. En apercevant le mâtin parmi les pneus, pièces de moteur, fragments de carrosserie, outils divers, bidons d’huile… le chat avait fait le gros dos avant de déguerpir. Aquilon avait alors lapé la coupelle de lait au goût métissé de poisson et de viande, ignorant les croquettes rances dispersées sur le sol incrusté de salissures grasses. Puis, il avait poussé d’un coup de patte la porte battante donnant sur une cour intérieure où étaient entreposées les poubelles. À l’abri du vent, au milieu des containers renversés et des sacs éventrés, il avait chassé le félin pour se régaler d’une kyrielle d’os minuscules, enrobés de chair fraîche. En percevant les appels de son maître, le labrador avait tenté de revenir mais sous l’effet du vent, l’ouverture du vantail s’était avérée impossible. Dès lors, il avait gratté, jappé, aboyé, clabaudé… les hurlements de la tempête avaient largement dominé toutes ses manifestations. Il lui fallait trouver une autre issue.


Au bout de plusieurs minutes, guidé par la voix de Bruno, Aquilon avait réussi à s’extirper de sa prison en empruntant un passage de l’autre côté de la cour. Il avait ensuite détalé ventre à terre dans une ruelle avant de virer sur la gauche en direction de l’entrée principale du garage. Hors d’haleine, la queue frétillante, il s’était alors précipité vers son maître, penché vers Cathie en pleurs…


Fou de joie de l’avoir retrouvé, Bruno l’enserra et le caressa affectueusement en l’abreuvant de :


- C’est bien mon chien… C’est bien…


Tout à coup, il poussa un cri d’effroi et bondit instinctivement en arrière… Aquilon tenait dans sa gueule… une main déchiquetée… Terrifiée par l’atroce vision, Cathie resta un instant médusée avant d’être subitement agitée de tremblements irrépressibles et de replonger dans une violente crise de larmes. Deschamps, qui avait initialement éprouvé un certain soulagement en voyant le chien débouler (« Enfin, la quille ! » avait-il songé in petto), semblait statufié. Le regard rivé sur les lambeaux sanguinolents suspendus aux crocs d’Aquilon, un rictus hideux sur son visage impassible, il s’écria :


- Ah ! Cette fois, j’y suis pour rien ! C’est pas moi !...


Interloqués par la singularité de cette réaction autant que par les propos énigmatiques et inquiétants, Cathie et Bruno échangèrent un regard perplexe qui vira aussitôt à la peur panique. À cet instant précis, Deschamps enclencha la descente du rideau de fer…



 
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   widjet   
2/6/2008
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Première lecture du concours

Pas désagréable en soi, cette histoire mais pas franchement captivante non plus. Des personnages sans beaucoup de relief, une intrigue minimaliste (ou du moins pas très bien exploitée) et l'aspect policier est vraiment à peine effleuré (pourtant y'avait du potetiel). Enfin, quelques rebondissements qui n'apportent pas grand chose (accident de la cheville...).
La qualité de l'écriture est relativement correcte mais il faut être indulgent car compte tenu des contraintes de temps, il est difficile d'être inspiré et créatif.

Globalement l'auteur s'en sort avec les honneurs....mais tout ça manque singulièrement de saveur.

Widjet

   David   
2/6/2008
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Mimimouche,

J'ai bien aimé. dans une nouvelle qui emprunte une petite histoire d'adultère, j'aime beaucoup que tu aies glissé l'expression: "avec ce vent à décorner les bœufs !".

Et ce passage:

"le vernis grenade des ongles de son autre main"

Je connaissais pas "grenade" comme couleur, ça peut pas être un vernis à fragmentation ? est-ce que ça renvoit au grenat du string et du chemisier ?

Les personnages sont caricaturaux, mais j'ai adhéré, tu donnes un beau costard à la dame avec ces sanglots à répétition à la fin.

Pour cette fin justement, c'est pas mal du tout ce Deschamps qui se révèle "l'étrangleur de Belleville" (c'est ce que j'ai compris), mais pour Tintin et sa course chaotique à la fin ? un sacrifice aux contraintes du concours ? ou alors il y a deux "étrangleurs de Belleville": Tintin qui a caché les mains coupées, d'où le

- Ah ! Cette fois, j’y suis pour rien ! C’est pas moi !...

de Deschamps ?

   karminator   
2/6/2008
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Beaucoup trop descriptif pour moi, cependant, je dois noter une certaine adresse pour les descriptions, qui, malgré le fait qu'elles ralentissent trop le récit pour moi, sont d'une justesse, et surtout d'une beauté, incalculable...

Bravo pour l'effort, mais désolé, c'est une nouvelle qui ne m'a pas captivée du tout...

   guanaco   
2/6/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↓
J'ai eu du plaisir à lire ce texte. Une écriture fluide et des phrases bien construites.
Je me suis laissé bercer par cette écriture qui finalement nuit au rythme de cette nouvelle: c'est un peu lent et le lecteur est en droit de s'attendre à quelque chose de plus enlevé, de plus haletant comme pourrait le laisser supposer la catégorie dans laquelle se trouve ce texte.
Une intrigue qui manque donc de piment et de rebondissements dignes de ce nom à moins que l'auteur n'ait en tête une suite aux multiples coups de théâtre et autres découvertes ou indices incroyables, auquel cas il est dommage que nous n'en profitions pas ici.
Un point intéressant et original: des noms ne se rapportant pas forcément à des êtres humains: Eole, Aquilon...

Merci pour ce texte et bonne chance.
Guanaco.

   Ninjavert   
2/6/2008
 a aimé ce texte 
Un peu
Je dois avouer que ce texte me laisse une impression très mitigée...
D'un côté y a des choses que j'ai beaucoup aimées, d'un autre pas mal de trucs qui m'ont rebuté.

Sur le style y a du bon et du moins bon. Certains passages sont très riches, très bien retranscrits, avec des descriptions vivantes et des images fortes (La scène de sexe passionnel est plutôt bien rendue). D'autres m'ont nettement moins plu. Soit y a un excès de richesse, qui tranche avec le reste du texte en rendant certaines phrases presque trop travaillées, ou en tout cas trop "riches". Soit il y a parfois des mots, des expressions que j'ai trouvé malvenues. Pas incorrectes mais malvenues. De mémoire je citerai "in petto", "le vent à décorner les boeufs" etc.
Autant d'expressions que j'ai trouvé mal intégrées au texte, ou en tout cas inadaptées à l'écrit (dans ce contexte en tout cas).

L'histoire est sympa et donne envie d'aller au bout, mais au final se révèle un peu creuse. Le méchant tueur éventreur de jeunes filles c'est vu, revu et re-revu et je n'ai rien trouvé d'original qui contrebalance le cliché.

Sur les contraintes, j'ai bien aimé l'intégration d'Eole. Son nom revient peut être un peu trop souvent, une fois qu'on a compris qu'il faisait office de personnage. Le réutiliser plusieurs fois en aussi peu de lignes m'a semblé excessif, mais l'idée est bien trouvée.

La fin m'a un peu déçu. Le retard au garage qui fait doucement monter la pression sans rien ajouter finalement à l'intrigue (ils auraient pu être à l'heure ça n'aurait pas changé grand chose), le coup de la fin "ouverte" qui fait très série B, sur le porte du garage qui se referme, ou encore ce que j'ai pris comme une incohérence : le chien trouve la main, puis s'escrime pendant vingt minutes à ouvrir une porte, lutte contre le vent, aboie et jappe à n'en plus pouvoir, pour finalement trouver une manière probablement très acrobatique de rejoindre son maître, mais en pensant tout de même à garder son os. Possible, mais j'ai trouvé ça peu probable.

Pour le reste les contraintes sont bien respectées, souvent avec imagination, et les personnages bien que manquant un peu de profondeur sont bien distincts, le tout servi par une écriture agréable.

Merci :)

Ninj'

   Bidis   
2/6/2008
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
L’écriture est quelquefois un peu maladroite. Je donne deux petits exemples :
- Surpris par la sensualité qui s’en dégageait,… » : le pronom complément indirect (« en ») m’a semblé un peu trop éloigné du nom qu’il représente (« tonalité »)
- « Le temps pressait beaucoup trop. » : ne serait-il pas plus simple et moins lourd d’écrire : « le temps lui manquait » ?
Je trouve aussi plutôt maladroit d’avoir fait un personnage du vent, ce qui oblige l’auteur d’appeler chaque fois l’élément Éole ! D’autant que le chien porte aussi un nom de vent (Aquilon) ! Je trouve que cela rend l’histoire un peu artificielle.
A partir du moment où le couple arrive devant le garage fermé, l’action s’emballe et l’histoire devient palpitante. Mais la fin devient par trop gore et tirée par les cheveux.

   Anonyme   
3/6/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↓
J'ai trouvé l'histoire sympa.
J'aime les clins d'oeils multiples (et oh combien clichés, mais c'est voulu non?) au gore, à la série B d'horreur (le vent qui couvre les voix, le garagiste reculé pervers, le tueur en série fou, le chien qui découvre la main... le rideau fin ouverte...).
J'adhère donc totalement à la forme qui est fidèle du début à la fin, de la dentelle de ses dessous à la scène torride, la montée de l'angoisse (qui est un peu trop développée par contre, trop de contre temps)...fidèle au genre thriller.

Mais il aurait fallu détailler plus le coté "tueur en série".

Et dans la forme je rejoins ce qui a déjà été dit.

Bref, j'ai passé un bon moment, merci...
Mais bien que la chute me plaise beaucoup, je reste un peu sur ma faim.
Désolée

   Marian   
3/6/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Eh bien, confier les roles critiques de A et E respectivement a un canide et aux elements, voila qui donne sa pleine valeur au theme du concours. Je trouve egalement que l'ensemble de la nouvelle en respecte bien l'esprit.

- : Je trouve l'histoire un peu ennuyeuse. Pas de performance remarquable en matiere d'imagination.

+ : L'ecriture est tres bonne, je trouve. Tres riche, tres precise et tres detaillee. Parfois un peu trop peut-etre ? ; )
Les personnages sont bien decris. Il incarnent tous une sorte de pale cliche, mais on sent qu'ils n'y sont pas cantonnes.

(J'ai ete un peu surpris de voir des commentaires tres tiedes. Je pensais a la premiere lecture que la nouvelle aurait plu.)

   strega   
3/6/2008
 a aimé ce texte 
Bien
C'est étrange car autant le fond de l'histoire je l'ai trouvé plus que banal, autant i y a des éléments qui la relèvent indéniablement, Eole, le personnage de Deschamps que j'ai adoré détester. La fin qui finalement me plais bien à moi. Justement qui en tombant à plat surprend. (oui c'est tordu)

Mais pourtant, j'ai quand même trouvé l'ensemble un peu trop long à mes yeux, un peu trop précis sur certains détails (certaines pensées des personnages) et pas assez sur d'autres (le véritable fond des personnages).

Assez mitigé donc pour moi même si j'admets que j'ai pas mal aimé.

   Ariumette   
9/6/2008
J'ai aimé l'écriture fluide de ce texte. Je le trouve bien écrit. Par contre on comprends assez vite où tu veux en venir. C'est la fin en queue de poisson lune qui surprends finalement. On fini par se dire "he ben et alors !? On m'enlève le fin mot de l'histoire !" Et ça c'est chouette. A part ça elle m'a l'air un peu surmenée Cathy pour se mettre à pleurer comme ça !

Je ne note pas cause -concours-. Mais je dis que j'ai bien aimé (surtout la fin).

   Maëlle   
11/6/2008
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
ah... euh... y'aura suite, non? Parce que bon, on avait dit fin ouverte, mais là, ça dépasse la mesure.

Récit agréable, un peu prévisible par moment, la répétition d'Eole étant parfois agaçante... et à la fin frustrante (mais c'est ça qui est bien, aussi).

   aldenor   
17/6/2008
 a aimé ce texte 
Un peu
Une écriture soignée avec des scènes bien rendues. Mais j’ai trouvé le récit de plus en plus chaotique à mesure qu’il progressait.


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