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Réalisme/Historique
mimosa : L'homme au caban
 Publié le 19/02/18  -  7 commentaires  -  9138 caractères  -  40 lectures    Autres textes du même auteur

Thomas, le marin audacieux, les pieds dans l'eau ou sur le pont, quel que soit le temps.
Thomas, sa passion de la voile, ses désirs de partir au loin jamais éteints…
Maintenant un parc clos entre des murs.


L'homme au caban


Encore une fois, Thomas fuyait.

« Et cette fois, grommela-t-il, je réussirai. »


Il avait prévenu qu'il passerait la journée chez des amis et qu'il rentrerait tard. Depuis l'aube, il mobilisait toute son énergie pour éviter de retomber dans cette brume maléfique qui tuait la conscience : « Je vais à Hendaye, je vais à Hendaye ». Un mantra pour ne pas se tromper de quai ou de train. La liberté jusqu'au soir. Les lèvres étirées sur un léger sourire, il murmura : « Et même après ». Il avait décidé qu'il ne reviendrait pas. Il avait tout prévu. Il balançait un sac d'une main à l'autre, si lourd qu'il touchait le sol.


Il arriva à la gare après deux heures de marche, fatigué et anxieux. Il avait froid. Sous son caban raide de pluie, à peine une chemise à même la peau. L'automne s'installait dans ses crachins et ses nuits froides, accompagné ce jour-là d'un brouillard tenace qui enveloppait le monde alentour d'un voile humide et gris. Debout sur le quai, on eût dit quelque sombre sculpture tant il se tenait raide et immobile.


Le train était presque vide ; il put s'installer confortablement, le nez vers la fenêtre à regarder Bordeaux disparaître peu à peu.


À nouveau, la pensée de Marie le submergea. Il saisit sa tête dans ses mains tant la vision de son corps immobile et meurtri sur la grève avait un goût amer. Un poison au goutte à goutte. Depuis, il n'avait plus jamais été le même. Violent ou apathique, silencieux, obstiné. Et triste.


******


François et Alice Binet dînaient côte à côte face au téléviseur. « C dans l'air » captivait monsieur Binet qui ne supportait pas d'être dérangé pendant l'émission. Le téléphone retentit comme un intrus. Obsédante, la sonnerie persévéra cinq fois avant que François souffle bruyamment : « Tu y vas ? »

Alice obéit, malade d'anxiété.

Il l'entendit répondre : « Non ! Mais non ! » avant de se tourner vers lui :


— Thomas s'est encore enfui. Sans doute ce matin. Il leur a dit qu'il rendait visite à des amis...


Un chapelet de jurons s'échappa de la bouche de son mari qui, malgré tout, n'éteignit pas le poste. Alice le rejoignit, la bouche tremblante, et tenta de le contraindre à l'écouter mais il se contenta de secouer le bras pour se dégager :


— Demain, grogna-t-il, il fait nuit, que veux-tu faire ? Ils ont appelé la police ?

— Oui.

— Alors quoi ? Que veux-tu faire de plus ?

— Le chercher, il n'est même pas dix-neuf heures.


En colère, il se tourna vers le poste et ne dit plus un mot jusqu'à la fin du débat. Un peu calmé, il se tourna ensuite vers son épouse et l'entoura de ses bras. Alice se remit à pleurer, convaincue d'avoir pris la mauvaise décision, d'avoir enfermé Thomas sans tenter d'autre solution.


— Mais à quel endroit est-il allé à ton avis ? insista son mari, où veux-tu le chercher ? Quoique, de toutes façons, il n'a pas pu aller bien loin sans argent ! Avec ce temps, on le retrouvera ; dans quel état, c'est autre chose...


Lorsqu'ils arrivèrent un peu plus tard, la jeune femme de garde, les larmes aux yeux, leur avoua qu'elle n'avait pas imaginé…


— Ne vous en faites pas, déclara François Binet, on sait ce que c'est. C'est bien pour cela qu'il est ici, n'est-ce-pas ? La police ?

— Ils sont partis à sa recherche, à la gare et aux alentours, comme la dernière fois, mais ils n'ont trouvé personne de son signalement.

— Je sais où il est allé, affirma Alice Binet. La dernière fois, il a ri en parlant d'Arcachon et... Viens François, il est à Hendaye, on y va.


Il ne répliqua pas, conscient de ses torts : ils auraient dû partir aussitôt, la température avait chuté, Thomas serait gelé. Il avait beau se chercher des excuses, il se trouvait minable.


******


Lorsque Thomas descendit du train, le froid montrait les dents comme un chien hargneux. La pluie semblait dégringoler en cataractes depuis des nuages boursouflés qui fuyaient en pleurant sous l'effet du vent. Sur ses joues, on ne pouvait deviner ce qui, de l'eau ou des larmes, ruisselait en suivant les rides de part et d'autre de sa bouche.

Il ne retrouva pas aussitôt la rue qui menait au port et tourna en rond un bon moment en ronchonnant, puis soudain, il reconnut le carrefour :

« C'est là ! »

Inquiet, lorsqu'il aperçut une voiture rouler au ralenti, il se planqua instinctivement derrière un véhicule à l'arrêt, avec le sentiment absurde de devenir invisible. Il savait bien qu'on le rechercherait.

Un homme au caban bleu foncé, dirait le signalement, grand, la barbe courte, brun, sans doute un bonnet.


Une fois arrivé, il demeura un instant les bras ballants. La pluie s'arrêta d'un coup, laissant filtrer quelques rayons de soleil. Il sourit de plaisir. Quelques marins ou pêcheurs, dédaigneux du froid, arrivaient peu à peu et le port reprenait vie dans les réparations, les bavardages, les anecdotes à raconter… Un petit monde qu'il connaissait si bien.

Il s'assit tout au bout de la jetée, jambes pendantes.


Aussitôt, il fut submergé par les souvenirs, toujours les mêmes, éternelle marée qui l'épuisait, l'anéantissait peu à peu, le plongeant dans un abîme de désespoir.


Cette fin d'été, il y avait de cela un an, ils étaient arrivés au port dès l'aube. Le soleil crevait des nuages qu'il avait refusé d'ausculter davantage pour ne pas renoncer. Un vent force sept était annoncé, mais, se disait-il, il était bon marin, cela ne poserait pas de problèmes.


Le rire était au rendez-vous, Marie rayonnait. Sa petite femme si gaie, qu'il abandonnait pourtant souvent pour voguer au gré des croisières ou des courses lointaines, et qui ne se plaignait jamais. Il lui disait, se souvint-il les larmes aux yeux, qu'elle avait les yeux d'un vert d'algue, des cheveux aussi noirs que l'ancre de son voilier, et si fins qu'ils s'envolaient à la moindre brise.


La promesse de partir tous les deux pour un mois de vadrouille au gré des criques, des petits ports, des baies isolées du monde, la grisait. Ils avaient prévu de contourner l'Espagne jusqu'à la Méditerranée. Il n'avait pas pris la mer au sérieux et elle s'était vengée. La tempête en pleine nuit, une houle de quatre à cinq mètres, des vagues rugissantes, brutales, un vent hurleur avec des rafales force dix, Marie qu'il avait attachée au mât et dont le visage n'était qu'un cri de terreur. Il avait perdu pied. Il avait à peine eu le temps de la détacher avant le heurt sur les rochers. Le bateau fracassé. Marie silencieuse pour toujours.

Le temps s'écoula ; il ne ressentait ni la faim, ni le froid. Il était là, simplement.

Marie y était aussi un peu, et c'était bien.

******


Alice pleura durant tout le trajet en voiture, écrasée par la tristesse et le doute, malgré les paroles de réconfort de François, malgré surtout ses affirmations :


— Il n'y a pas d'autres solutions, on a essayé, c'était invivable, tu le sais bien. Il fuguait sans cesse, causait peu ou râlait pour des riens, et puis cette obsession sur Marie...

— Mais cela fait à peine un an, comment peux-tu ? et puis comment veux-tu qu'il supporte cet endroit ?

— Il y a un parc, une chambre personnelle avec son mobilier, sa télé, un personnel aux petits soins, que veux-tu de plus ?


Alice ne répondit pas.

Thomas, le marin audacieux, les pieds dans l'eau ou sur le pont, quel que soit le temps.

Thomas, sa passion de la voile, ses désirs de partir au loin jamais éteints…

Maintenant un parc clos entre des murs.


Alice avait vu la santé mentale de son frère se dégrader subitement après la mort de sa femme. Quand Alzheimer avait été diagnostiqué, François avait été intraitable : il irait en maison de retraite, près de chez eux pour qu'Alice puisse le voir facilement. Pourtant, se dit-elle, ce n'était que le début de la maladie, il était encore autonome pour une vie simple.

Il ne pouvait envisager la vie sans la mer. Elle décida brusquement de chercher une maison de retraite proche d'ici. Elle ferait le déplacement. François pourrait bien râler !


******


La nuit tomba brutalement, comme une frontière du temps, vers dix-huit heures.

Thomas posta une lettre pour sa sœur. Alice comprendrait, il était certain qu'elle comprendrait. Cela lui donnait quarante-huit heures pour disparaître, c'était bien assez.


Il se dirigea vers le petit voilier qu'il avait toujours conservé ; celui de ses vingt ans, le premier, petit et maniable, un risque-tout par grand vent, celui de cette nuit précisément.

Thomas avait le sourire aux lèvres, un sourire triste avec, par instants, quelques pointes d'exubérance. Enfin, il retrouvait l'océan, le tangage sous les pieds, bientôt la voile qui mugirait dans le vent, et, à cet instant le ronronnement du petit moteur : Pierrot avait fait du bon boulot, il avait démarré au quart de tour. Son ami n'avait pas posé de questions, et Thomas se demandait s'il avait deviné.


Tout de suite derrière la jetée, l'infini de la nuit, l'infini de l'océan.

La fin de tout.

Thomas avait décidé de rejoindre Marie.


 
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   SQUEEN   
21/1/2018
 a aimé ce texte 
Vraiment pas
Je ne suis pas entrée dans votre histoire. La façon dont les informations sont distillées complique la lecture, la structure narrative est d’après moi inutilement complexe. L’accident de voilier est mal relaté, la tension aurait dû être énorme je ne l’ai pas ressentie. J’ai fait de la voile et je n’ai jamais entendu dire que l’on attachait quelqu’un au mât pour sa propre sécurité ! Je comprend Marie: « dont le visage n'était qu'un cri de terreur. » L’alzeimer de Thomas parasite le récit, ce n’était peut-être pas utile de l’ajouter, il justifie certaines actions mais de manière factice, ça ne « sonne » pas naturel, et on se demande quel âge il a finalement Thomas. Quelque soucis de vocabulaire comme : « dédaigneux du froid » … « avant le heurt sur les rochers. » Trop de maladresse pour moi, dans le fond et dans la forme, désolée. SQUEEN

   Tadiou   
25/1/2018
 a aimé ce texte 
Bien
(Lu et commenté en EL)

Le suspense est bien ménagé. La découverte se fait peu à peu. L’émotion est présente.

L’écriture est pleine de belles images ; l’environnement est bien décrit et on peut visualiser de manière agréable.

Mais je trouve que c’est un peu à l’emporte-pièce ; il y a trop peu d’éléments pour que je puisse pénétrer dans les personnages qui me semblent alors comme des fantômes désincarnés. Cela me semble comme un résumé, un synopsis ; un squelette qui demanderait à être habillé de chair.

Malgré ce bémol, j’ai passé un bon moment de lecture. Merci donc et à vous relire.

Juste un minuscule détail : je suis intrigué par le choix du genre
« Réalisme/Historique »…

Tadiou

   hersen   
19/2/2018
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour,

Je trouve la narration est un peu ratée. Et j'en ai pris conscience à partir du moment où l'auteur nous apprend, par la bouche de la sœur du marin, qu'il est atteint d'Alzheimer. Car alors, rien ne correspond . Un Alzheimer est, de mon point de vue, absolument incapable de « manigancer » sous quelque forme que ce soit. Donc, que l'ami Pierrot lui ait préparé son bateau avant qu'il ne vienne en train, pour qu'il mette son plan à exécution, demande un suivi dont est incapable un cerveau atteint de cette maladie.Même s'il est plausible qu'il revienne à un endroit qui l'a marqué, ou en tout cas qu'il essaie. Je vois mal cet homme acheter un billet, monter dans le bon train, enfin je n'y arrive pas.
Je pense que l'histoire aurait vraiment gagné en densité sans la maladie, car alors l'esprit de cet homme qui veut en finir serait sain, non soumis à une folie exubérante de plans irréalisables dans son état.


Je suis d'accord que « l'enfermement » de ces malades est quelque chose de très douloureux. Mais le monde extérieur est je pense tellement effrayant pour eux, ils sont tellement perdus hors des points de repères qui n'existent plus qu'il me semble difficile d'appuyer la nouvelle sur cet aspect.

Car, dans ce cas, oui, le malade peut se souvenir de Marie, mais pas de ce qu'il vient de faire. Mais je ne sais même pas comment un Alzheimer peut vivre vraiment dans le souvenir. C'est une maladie très déroutante pour l'entourage.

Et je remarque que l'on a souvent des histoires où les personnes âgées sont atteintes de cette maladie, comme si on la confondait avec la vieillesse, qui est tout autre chose, même quand la mémoire s'en va un peu, sans que ce soit une maladie particulière.

Un point aussi pour le moins surprenant : Lui et sa femme Marie essuient une tempête et il ne trouve rien de mieux que de l'attacher au mât ? C'est certainement le meilleur moyen pour y rester !
De plus « contourner l'Espagne pour aller jusqu'en Méditerranée ». Il appareille de Biarritz, si j'ai bien compris le souvenir, point duquel il veut partir aujourd'hui. Il me semble qu'il faut plutôt contourner le Portugal, l'Espagne étant baignée à 95 % par la Méditerranée. Et par force 10, je suis surprise qu'il soit resté près des côtes. Sans parler de signes avant coureur qui annoncent une si forte tempête, il n'aurait pas dû partir ou se mettre à l'abri dans une rade protégée ou un port.

Cela fait pour moi beaucoup trop d'approximations qui m'empêchent d'apprécier le texte.

Merci de cette lecture

hersen

   Hananke   
19/2/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour

Cette nouvelle bien écrite ( bien qu'il manque un accent sur un eut)
est le récit simple d'une obsession.
Le scénario de ce texte se découvre au fil de la lecture par petites touches successives. C'est ce qui fait son intérêt, le lecteur change
à chaque paragraphe la vision finale de sa lecture.

   plumette   
19/2/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bonjour Mimosa

l'histoire m'a touchée, globalement. Cet homme souffrant, qui se sent responsable de la mort de sa compagne aimée, avec une culpabilité faite de couches successives manifestement.
Ce désir plus fort que tout de la rejoindre.
Il y a cependant un hic pour moi : Alzheimer! J'aurai vu plutôt la dépression avec l'hospitalisation en maison de repos ( comme on dit!)
et un sursaut de cet homme pour mettre un plan à exécution un sursaut qui, à la fois le sort de cet état car il a un projet, et en même temps lui permet d'accomplir son dessein morbide.

Et puis, l'histoire du bateau me déroute un peu: s'il s'est fracassé contre les rochers comment est-il à nouveau en état de fonctionner. Car il semble bien s'agir du même bateau? "celui de ses vingt ans, le premier, petit et maniable, un risque-tout par grand vent, celui de cette nuit précisément" L'expression " celui de cette nuit précisément" semble faire allusion à la nuit du drame, en tout cas il y a une ambiguité pour moi.

sinon le récit est fluide, j'aime bien que le lecteur soit dans la confidence de la fuite de Thomas puis que peu à peu seulement on découvre le contexte et les motivations.

A vous relire


Plumette

   toc-art   
20/2/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

J'ai trouvé du charme et beaucoup d'humanité à ce récit. C'est vrai qu'il n'est pas parfait et mériterait à mon sens d'être repris mais le portrait de cet homme dévasté est touchant.
Parmi les choses qui pourraient à mon sens être améliorées :
- l'évocation d'alzheimer, même en début de maladie, n'est sans doute pas nécessaire, une "simple" dépression aurait aussi bien fait l'affaire et vous aurait épargné certaines préventions.
- la psychologie des personnages secondaires est brossée de façon trop hâtive, un peu maladroite (par ex, la réaction du beau frère qui se trouve d'un seul coup minable).
- Certaines incohérences scénaristiques : Thomas semble un marin aguerri. Son imprudence est peu crédible et attacher sa copine au mât laisse songeur.
si Thomas a déjà fugué, et souffrant d'alzheimer, je doute qu'on le laisse sortir pour la journée.
- un manque de clarté sur des points de détail mais qui sortent le lecteur de sa lecture : Thomas prend pour partir son voilier de jeunesse, non celui à bord duquel sa femme est morte, mais comme vous évoquez sa maintenance, le lecteur peut facilement confondre et s'étonner.

Enfin, autant vous égarez le lecteur sur différents points, autant la dernière phrase est paradoxalement trop explicite et, pour tout dire, inutile.

Et sinon, "dédaigneux du froid " est parfaitement correct. :-)

Voilà, je le répète, l'impression globale est bonne. Merci pour cette lecture.

   Perle-Hingaud   
21/2/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour mimosa,
J'ai lu cette nouvelle avec plaisir.
J'aime bien l'écriture, je la trouve très visuelle et sensible. Le thème est classique, mais joliment traité. J'ai tout de même un problème avec l'âge de Thomas (qui en plus est un prénom assez "jeune" pour moi, même si c'est très subjectif): j'ai longtemps pensé que Thomas était le fils d'Alice. Alzheimer ne me semble pas vraiment approprié, une maladie mentale (forte dépression, tendance suicidaire...) aurait peut-être fait l'affaire ? Je ne sais pas. La dernière phrase est inutile, mais ce n'est pas bien grave.
Merci pour cette lecture !


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