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Humour/Détente
moschen : Un boulot sans risques
 Publié le 27/05/26  -  7418 caractères  -  3 lectures    Autres textes du même auteur

Un perdant compulsif échoue dans tout ce qu'il tente.


Un boulot sans risques


J'étais en train de reluquer une paire de fesses dans un magazine d'un autre âge quand j'ai entendu un bruit de pas dans le couloir. J'ai ouvert le tiroir du chevet, le Glock était là comme un fidèle compagnon de route. Je l'ai sorti et j'ai vérifié le chargeur. Il y eut des coups de poing, très masculins, sur la porte. Pas un code, seulement trois coups secs. Je n'attendais personne, pas à une heure aussi précoce de l'après-midi. J'ai fait la sourde oreille. Trois coups à nouveau. Plus violents encore. J'ai hésité. J'avais fait changer la serrure récemment. Je ne laisserai pas bousiller ma porte une seconde fois dans la même semaine.


– Ouvre, je sais que tu es là, a hurlé le bonhomme derrière la porte.


J'ai longé le mur et j'ai demandé un peu naïvement :


– Qui est-ce ?


C'était trop naïf.


– J'ai du boulot pour toi.


Du boulot, un peu de liquidités… Cool.

J'ai entrouvert la porte pour découvrir un de ces gros bras, genre videur de boîtes de nuit, un type capable de te briser les vertèbres cervicales d'une simple torsion de la tête. Un frisson m'a parcouru l’échine.


– Mets tes mains en l'air, ai-je ordonné d’une voix impérieuse.


Il s'est exécuté.

Pile ou face, mon horoscope du jour était favorable. Je l'ai laissé entrer.

« Un boulot sans risques… » ça n'était pas très rassurant. J'ai appris à me méfier. Ça sonnait comme un attrape-nigaud, ou plutôt un piège à cons.

Je croyais pouvoir reconnaître des signes dans l’attitude des gens, une agressivité, une tension musculaire, un regard fuyant. Je me trompais parfois. Mais j'étais encore en vie. C'était une preuve.


– On se connaît ?


Il n’a pas répondu. Encore une question que j'aurais pu éviter.

Il a posé une boîte sur la table et m'a tendu une carte de visite.


– Surtout n’ouvrez pas la boîte ! Voici les instructions.


Je devais me rendre à l'adresse indiquée, de préférence en fin d'après-midi et jeter la boîte dans l'entrée. C'était tout.


Il m'a fait un signe avec les deux mains en regardant la boîte avec insistance. Les mains représentaient des pinces.


– Surtout ne pas l'ouvrir.


J'ai récité la leçon. J'étais content de moi. J’apprenais vite.


Les consignes étaient claires et simples, un peu trop simplistes à mon goût. Pas de questions ?

Et comment serais-je payé ? Ah, il avait oublié ce détail.


– Oui.


Il a sorti une enveloppe qu’il m’a tendue en disant que ce serait un acompte.


En sortant, il a eu une remarque désobligeante.


– Ça pue chez vous. Vous devriez aérer un peu.


J'ai reniflé. Je ne sentais rien. J'ai ouvert la poubelle et j'ai découvert le coupable. Un vieux morceau de viande avariée qui grouillait de petits vers blancs, des moucherons voletaient autour. J'ai fermé le sac et je l'ai déposé sur le balcon. Il y en avait déjà deux autres qui patientaient. Ça et une litière pour chats abandonnés.


Le lendemain je fus réveillé par une violente dispute de voisinage. Des jeunes se chamaillaient à l'entrée de l'immeuble d'en face.

Des véhicules aux fenêtres fumées s'arrêtaient, on descendait une vitre, l'échange se faisait en une poignée de secondes, le véhicule démarrait en trombe en direction de l'une des trois sorties du ghetto. Pas de temps perdu à vérifier, ni les billets, ni la qualité de la marchandise. Il fallait disparaître, s'éparpiller au plus vite.

Les voisins m'avaient conseillé de ne pas traîner derrière les fenêtres le soir quand tous les chats sont gris.


Je suis allé découvrir le lieu indiqué sur la carte de visite. C'était un pressing, un simple pressing qui ne payait pas de mine. Qu'est-ce qui pouvait bien se tramer sous ce couvert ? La convoitise humaine n'avait plus de limite ! J'avais appris ce défaut inhérent aux êtres humains. Ils ne veulent pas une chose en particulier. Ils veulent le « pressing » que possède l'autre.


Le lendemain j'ai déposé une chemise à repasser. J'ai vu la vendeuse. Impossible de tuer une âme aussi pure. Je n'avais d'ailleurs pas reçu d'instructions en ce sens. Le commanditaire avait parlé de menaces. Uniquement de cela.


En rentrant le soir, devant mes corps de rêve, je me suis promis de finir mon existence dans un de ces paradis balnéaires où les filles presque nues se dorent au soleil du matin au soir. Encore une ou deux prestations, j'aurais mis suffisamment de côté pour me payer un aller simple vers une retraite bien méritée.


La semaine s'est passée ainsi sans encombre. Je ne perdais pas la boîte du regard. Le balcon resterait fermé empêchant toute intrusion inappropriée. J'ai reçu un courrier de la mairie me précisant que ma grand-mère avait été admise dans une maison de retraite. Ils me demandaient du fric pour payer le trimestre en avance. La lettre a fini sous la pile.


Le vendredi suivant, juste avant l'heure de fermeture, je suis passé devant le pressing. Les lumières étaient encore allumées, personne derrière le comptoir. J'ai cassé une vitre. J'ai jeté la boîte et ça a fait boum. C'était si facile.

L’engin a explosé en projetant du plâtre sur tous les murs. Ouf, il n'y aurait que des dégâts mineurs cette fois.


J'étais sur le point de déguerpir quand une rafale de Kalachnikov a percé la porte. J'ai senti une forte douleur dans le bas du ventre. Ça me brûlait comme si de l'alcool avait été jeté sur une plaie ouverte.


L'espace d'un instant, le ciel s'est illuminé. J'étais dans mon paradis blanc, entouré d’êtres étranges aux corps sculptés, allures sublimes portant une tête de taureau. On aurait dit des sirènes en cours de mutation. Des nymphes qui se transformaient en monstres. Au loin, on entendait des bruits de hache qui s'abattent sur un billot et le boucher qui ahanait… Au suivant. Au suivant. Un boucher qui ressemble à Jacques Brel !


Je me suis réveillé dans un concert de cloches. Tout était trouble. Une infirmière s'est penchée sur moi. Je n'étais définitivement pas au paradis. Dans mon paradis, les infirmières portaient des talons hauts, se dandinaient au mieux en bikini, au pire en blouse transparente.


– Comment ça va ce matin ? a-t-elle demandé.

– Ça brûle. Mais j'ai faim.

– Bon signe. Mais il faudra encore patienter. On vous a ôté quelques mètres d’intestin. Bouillon et yaourt au menu. J'oubliais. Vous avez de la visite.


Jamais personne n'avait eu ce genre d’attention pour moi.

Le molosse est rentré. Il avait un grand sourire aux lèvres.


– Vous vous en êtes bien sorti, a-t-il dit avec une pointe de sarcasme.

– Ils vont revenir et me tuer, ai-je répondu.

– C'est possible.


Il a posé une enveloppe en disant que c'était mon dû. L'autre moitié qu’il aurait pu épargner.


– Vous avez rempli votre mission.


J'ai bien réfléchi. Il fallait que je me mette au vert, que je me fasse oublier pour un temps. J'ai trié mon courrier. Dans les lettres qui concernaient ma grand-mère, il y en avait une qui me demandait de vider le logement social qu’elle avait occupé. Je me suis souvenu que j'avais un double de ses clés.


Peu de temps après, j'ai appris que mon appartement avait été soufflé. Un boum en écho au mien. De mon petit nid douillet il ne restait qu'un infâme tas de décombres. Je me suis félicité d'avoir eu le nez creux.

J'ai pris mon crâne entre les mains et j'ai bien réfléchi. Ça ne se passerait pas comme ça. Je me suis précipité à la médiathèque et j'ai emprunté tous les guides du parfait chimiste disponibles. Ils allaient bien voir de quel bois je me chauffe.


 
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