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Fantastique/Merveilleux
Musea : Zappa l'intrépide
 Publié le 06/02/07  -  2 commentaires  -  79819 caractères  -  38 lectures    Autres textes du même auteur

Un petit lutin part chercher l'aventure et se retrouve pris au piège d'une quête étrange et fantaisiste.


Zappa l'intrépide


Il était une fois, dans un petit coin de terre embaumant les embruns et jonché de bruyère rose, un lutin malin qui s'appelait Zappa l'intrépide.

Son nom lui était venu à la naissance, parce qu'aussitôt posé dans son berceau, il avait essayé d'en sortir en l'escaladant.


Sa mère, la pauvre veuve du gnome facétieux Gédémus, l'éleva avec tout son amour dans la petite maison du rocher vert car il était son seul enfant. Elle lui apprit à collecter les baies de sureau, les framboises et les myrtilles, les feuilles de saponaire et de pissenlit, bref à survivre sur la lande sauvage du pays des lutins.


Zappa aidait sa mère de son mieux, et comme son imagination était fertile, il inventait toutes sortes de meubles ingénieux pour simplifier les tâches du quotidien. Mais la solitude lui pesait.


Aussi, un beau jour d'été, il partit explorer la lande à la recherche d'amis.


En chemin, il s'amusait à souffler sur le duvet des pissenlits pour les faire s'envoler. Il rencontra des vaches qui broutaient dans un pré couvert de marguerites, mais elles étaient bien trop occupées pour parler avec lui.


- Va donc un peu plus loin, tu nous déranges petit.


Il alla donc plus loin. Il rencontra un escargot qui faisait la sieste sous une grosse feuille :


- Veux-tu discuter avec moi ?


- J'ai trop sommeil… Va jouer plus loin…


Plus loin, il découvrit de très grands arbres, aussi hauts que des immeubles.

C'était une forêt magique, appelée la forêt du Bois Joli. Sa particularité était qu'elle était remplie d'elfes moqueurs et de trolls maléfiques qui s'amusaient à se jeter des sorts, tous plus bizarres les uns que les autres. mais évidemment Zappa l'intrépide n'était pas au courant.

D'ailleurs, l'eût-il été, qu'il n'aurait pas été autrement effrayé.

N'oubliez pas qu'il s'appelait l'intrépide et qui dit intrépide, dit aussi qui ignore le danger.

Comme il commençait à avoir faim, il avisa un buisson de ronces couvert de mûres juteuses. mais alors qu'il s'en approchait et tendait déjà une main avide, le buisson se mit à parler avec une petite voix flûtée assez mécontente :


- Quel est donc cet avorton qui vient voler mes mûres ?

- Je ne veux rien voler, rétorqua Zappa, je veux juste manger. J'ai rien avalé depuis ce matin que je suis parti de la lande. J’ai un creux terrible à l’estomac…

- Et alors ? Que veux-tu que cela me fasse ? continua la petite voix. Ces mûres sont à moi et d'ailleurs tout ce qui se trouve autour aussi.

- Ah bon ? Je croyais que les buissons ne parlaient pas d'abord…

- C'est la faute du méchant troll Dragibus. Avant, j'étais une jolie petite elfe du pays des roses, mais un jour, que j'étais venue faire une sieste, Dragibus a voulu me capturer pour me forcer à l'épouser. Comme j'ai refusé sa proposition, il m'a transformée en buisson de mûres.

- Quel goujat, ce Dragibus. Mais toi qui me parles, sais-tu où nous sommes ?

- Dans la forêt du Bois Joli, le rendez-vous des elfes de Brocéliande. Je m'appelle Rosalinde et je suis la fille de la reine des fleurs et du génie des abeilles. Et toi ?


« Mazette », pensa Zappa, « ce doit être une princesse ». Aussi, il souleva son bonnet et s'inclina devant le buisson en se présentant :


- Je m'appelle Zappa l'intrépide et je suis venu ici pour me faire des amis.

- Des amis ? Mais c'est impossible , les elfes et les trolls n'aiment pas les lutins.

- Quel dommage. Je ne vais pas rentrer à la maison encore une fois tout seul…

- S’il te plaît, permets-moi de rester ici au moins cette nuit… La lande est loin et ma mère m’a toujours recommandé de ne pas circuler après le coucher du soleil. Et vois, il est en train de disparaître derrière les arbres du bois…


Oui j’ai pas envie de rentrer chez moi,

Oui j’ai pas envie de rentrer tout seul,

Oui ce soir j’ai plus envie d’marcher tout seul

Car cette nuit j’ai envie d’la passer dans le bois, passer dans le bois…

J’ai pas peur on m’appelle l’intrépide,

J’ai pas peur du noir la nuit dans la nature,

Tu m’suivrais toi ? dans cet endroit après minuit

M’en veux pas moi j’ai envie la nuit de la passer dans le bois,

Tiens la lumière s’en va, y’a qu’des ombres qui restent,

Etre tout seul à minuit c’est tout ce que je déteste,


Merde ! la boussole est tombée

C’est comme ça qu’on se perd

Entre des branches cassées

Et des tas de fougères

Et ces bêtes qui pullulent dans les bois chaque nuit,

Le cri du hibou métronome de la nuit,

Et ces trucs bizarres qui traînent et sortent des fourrés,

J’ai pas peur non mais je pourrais bien crier,

Et tous ces petits insectes qu’on voit jamais le jour

Qui traînent dans les bois même pas peur j’appellerais pas au secours


Que les elfes et les trolls veuillent pas être mes copains

Je trouve c’est dégueu ouais c’est vraiment dégueulasse…

Paraît qu’ y a des loups qui mangent les lutins,

On voit ça dans l’journal tous les matins…

Comme une longue plainte qui viendrait nouer la gorge,

J’aimerais pas être le chat qu’on égorge…

Alors même pas peur ce soir la nuit je vais la passer dans le bois

Et la passer petite elfe tout auprès de toi…


- Le méchant troll a bien dû te laisser la possibilité de redevenir toi-même pour la nuit…

- Même pas… Il m’a condamnée à être buisson de mûres de jour comme de nuit. Sa magie est très puissante tu sais… Pour te dire, si tu n’étais pas lutin jamais je ne pourrais parler avec toi. Dragibus m’a coupée de tout contact extérieur pour appeler à l’aide… Je me croyais vouée à une damnation éternelle… ou à devoir l’accepter pour mari…

- Tu ne ferais pas cela ?

- La solitude et cette transformation me sont si difficiles… Je n’ai même plus de larmes pour pleurer ma triste existence…

- Maintenant je suis là… Si tu as pu parler avec moi, c’est que cette malédiction n’est pas si terrible. Tu devrais essayer de remuer des racines, je suis sûr que tu pourrais me suivre… On pourrait s’enfuir… et je demanderais à ma mère de te donner une potion magique qui te redonnerait la liberté et une apparence digne d’un elfe…

-Tu plaisantes sans doute, cher Zappa… Avec la transformation et la puissance de l’enchantement que j'ai subi, y a rien à faire hélas… soupira Rosalinde. Bon, puisque tu veux rester ici ce soir, je t'autorise à manger quelques mûres, mais pas trop quand même, il ne faut pas que tu attrapes une indigestion. C’est bien le moins que je puisse faire pour toi. Il y a tellement longtemps que je n’avais pas parlé avec quelqu’un de gentil… Mais il faut que je t’avertisse, Dragibus vient tous les soirs ici me faire sa demande en mariage. Alors tu as intérêt à te cacher si tu ne veux pas être changé en crapaud ou pire, en statue de sucre. Dragibus adore faire ce genre de blague…


Ainsi fut fait. Zappa cueillit quelques mûres pour son dîner qu’il trouva excellentes, devisa amicalement avec sa nouvelle amie qu’il réussit même à faire rire en lui racontant ses aventures et lorsqu'il entendit les pas du troll, il courut se réfugier dans le buisson de ronces, alias, Rosalinde…


Celle-ci aurait bien voulu protester que ce n'était pas convenable du tout, mais Dragibus arrivait à grand pas. Alors elle se contenta de lui souffler à l'oreille :


- Cache ton bonnet. Le rouge, Dragibus le repère tout de suite…


Car comme tous les lutins, Zappa avait un joli bonnet conique rouge avec une petite clochette au bout. Il portait fièrement une jolie moustache et une petite barbe couleur caramel et sur sa figure, empreinte de douceur, son regard gris argenté avait ce je-ne-sais-quoi de malicieux et de séduisant, qui avait sans doute fait fondre le cœur de Rosalinde… À moins que ce ne fut l’extravagance de son gilet brodé tout fleuri, qui donnait de l’éclat à sa blouse blanche et à son pantalon bleu outremer… Toujours est-il qu’elle le laissa s’installer sans façon sous ses feuilles et si elle n’avait été buisson, Zappa aurait vu qu’elle rougissait comme une pivoine…


Il se recroquevilla, et la petite voix dans son cerveau pensa : « voici un lieu bien confortable, plein de parfums enivrants, ainsi est-ce ça les dessous d’une princesse ; en m’y prenant bien Dragibus ne me remarquera même pas… » Il était si bien qu’il s ’endormit et rêva.


« J’étais dans une salle toute noire dans lesquels se trouvaient de nombreux – 900 000, je les ai comptés, c’est même ce qui m’a endormi – fauteuils, tous rouges. Il y avait là une grande fenêtre toute blanche qui soudain s’anima dans un vacarme si épouvantable que je ne sais comment elle ne me réveilla pas. TROMPETTES. TAMBOURS. GROSSE VOIX. RE TROMPETTES. LETTRES. GROSSE VOIX QUI LIT LES LETTRES : LA VERITABLE HISTOIRE DU MECHANT TROLL DRAGIBUS. Petite voix qui lit les lettres que l’on ne voit pas dans la fenêtre :


Il était une fois une petite fille qui s’appelait Marie. Son papa et sa maman étaient sortis. Elle habitait une grande ville mais ce qu’elle préférait c’était faire du ski et dormir. Et justement, en ce moment, elle dormait. Elle rêvait qu’elle skiait. Une longue descente qui n’en finissait pas. Ah oui j’oubliais, comme beaucoup de petites filles de son âge, elle rêvait aussi de l’Amour et souvent, sous ses yeux, celui-ci s’incarnait dans un brun jeune homme, le Prince Beau que, dans l’intimité, elle appelait Bello. Et Bello par-ci et Bello par-là. Donc elle dormait et rêvait qu’elle skiait. Dans ses rêves, il y avait toujours un moment où Bello apparaissait. D’une façon ou d’une autre. Or ce jour-là, Bello n’apparut pas. Ce qui la réveilla, troublée. Pour se changer les idées, elle sortit, s’acheta une glace au chocolat et fila au square s’asseoir sur un banc. Un brun jeune homme vint s’asseoir près d’elle. C’était le Grand Argentier des Trolls qui avait pris la forme de ce brun jeune homme. Marie ne le savait pas. Le Troll déguisé prit sa main et, voyant son air effrayé, lui dit :


- Laisse ta main dans la mienne, laisse mon cœur te porter…


C'était une ruse… Aussitôt qu'elle eut posé sa main dans celle du jeune homme, hop, elle fut transformée en… grenouille qui se mit à sauter un peu partout sur le banc du square.


- Que m'avez-vous fait ? coassa la jeune fille… Qui êtes vous ?

- Je suis le grand Argentier des trolls. Je collecte tous les jours de la nourriture pour mon maître Dragibus. Il adore les grenouilles sautées au beurre avec de l'ail et du persil… Et comme j'avais déjà récupéré celles de la mare aux canards… Il fallait bien que je chasse ailleurs… Le tout est que la cuisse soit tendre et ferme et juste dodue comme il faut. Encore une dizaine d'autres comme toi et hop, Dragibus aura un très bon repas…

- Mais c'est écœurant… Vous ne pouvez pas faire ça. Je pourrais lui servir à autre chose… Tenez par exemple, je sais fort bien chanter, il pourrait… me faire assister un concert de… musique baroque par exemple… On pourrait chanter en duo avec le Prince Beau pour animer le banquet de Dragibus…

- Je te crois… ma grenouille, dit le Grand Argentier. Mais ce n'est pas moi qui décide. Aujourd'hui, il a été décidé que tu deviennes son repas…

C'était bien essayé… Dommage…


Et ce disant il se retransforma en Troll pour saisir entre ses pattes griffues la pauvre grenouille à qui il tordit le cou et hop l'enfouit dans un sac. Ensuite il disparut du square dans un nuage de fumée verdâtre nauséabond…


Ce fut sans doute cette vilaine odeur qui réveilla Zappa l'intrépide, et la voix rocailleuse de Dragibus qui essayait d'amadouer le buisson de ronces, autrement dit l'elfe Rosalinde… Il s'essayait à chanter, d'ailleurs très faux sur un air bien connu :


Pour être un jour aimé de toi, je donnerai ma vie,

Ecoute mon cœur plein d'émoi qui t'aime et te supplie…

C'est toi la seule qui m'enchante, ah ne sois pas méchante…

Enlève-moi mon souci et dis-moi que tu m'aimes aussi.


Il voulut rajouter un couplet pour donner plus d’émotion à ce quotidien rendez-vous, mais il en fut empêché par un éternuement sonore, venant de sous le buisson…


- Quoi ? Vous n'êtes donc pas seule ici ? Quel est ce bruit curieux ? tonna d’une voix haineuse l’enchanteur, se drapant dans son manteau de peau de crocodile faisandé qui cachait mal sa laideur de troll à grandes pattes griffues et poilues, ses petits yeux torves et injectés de sang, sa bouche visqueuse et son nez plein de morve.

- Mais rien du tout, je vous assure, rien que le vent dans les arbres, murmura Rosalinde d’une voix quelle essayait de rendre naturelle alors qu’elle était dans une inquiétude innommable… Qui voudriez-vous que ce soit d'autre ?

- Avec vous autres elfes, il faut s'attendre à tout. D'ailleurs, vous avez perdu quelques mûres, il me semble… Qui a mangé ces fruits délicieux destinés à mon seul appétit ? gronda Dragibus.


Rosalinde se tut. Elle était anéantie… Il fallait à tout prix répondre quelque chose… sinon son protégé risquait d’y perdre la vie. Un si gentil garçon, même s’il n’était pas elfe… Elle s’apprêtait à présenter un gros mensonge au troll inquisiteur, qui commençait à fureter à ses pieds avec sa lanterne remplie de verts luisants quand elle en fut empêchée.


- C'est moi, répondit une petite voix enrouée.


C'était Zappa l'intrépide, qui commençait à s'enrhumer, à cause de la rosée nocturne.


- Vous qui ?


Dragibus se pencha en direction de la voix. Alors rajustant son bonnet rouge sur sa tête, son malicieux interlocuteur déboula de sous les ronces pour s’avancer sans gêne aucune tout près de la bouche nauséabonde du troll.


- Moi, le lutin Zappa l'intrépide. Je faisais une petite sieste sous ce buisson et votre haleine fétide m'a réveillé. Quelle odeur, dites-moi… Vous vous parfumez à quoi pour sentir comme ça ?

- À la peau de grenouille roussie, jeune impudent. C'est donc toi qui as mangé ces belles mûres qui m'étaient réservées, n'est-ce pas ?

- Ventre affamé n'a point d'oreille… répondit Zappa finement.

- Evidemment. Mais ce faisant, tu as touché ma fiancée…

- Ce buisson d'épines ? Votre fiancée ? je ne vous crois pas…

- Puisque je te le dis. Pour ta punition, tu devras vider l'étang de Brocéliande avec cette petite cuiller, dès demain matin.


Il lui tendit une cuiller percée toute rouillée.


- Tu devras aussi séparer les poissons qui vivent dedans en les rangeant par taille et par famille sur le pré aux marguerites. Tout devra être fini quand je reviendrai. Sinon, tu seras transformé en rat d'égout. Et vous madame, tenez-vous tranquille. Je ne tolérerai plus ce genre de comportement à l'avenir. Vous m'épouserez de gré ou de force.


Et les laissant à leur désespoir, il disparut dans un grand éclat de rire…


Zappa regarda la cuiller percée et rouillée. « Et il est où cet étang ? » pensa-t-il « la taille moi j'veux bien mais j'connais pas toutes les marques… »


Il regarda Rosalinde dans ce qu'il pensait être ses yeux, ses pensées poursuivaient : « mais on peut quand même pas la laisser comme ça… non… vraiment… pas laisser comme ça… je dois trouver quelque chose… » « 'TCHOUM ! »


Réfléchissant à la manière dont il allait accomplir les travaux commandés par le méchant Troll, il jeta un œil sur ce qui l'entourait. Il aperçut d'énormes billes de bois, qui faisaient plusieurs fois sa taille, ainsi que ce qui lui sembla être des bûches à la même échelle. Se retournant vers le buisson, il lui demanda :


- Sais-tu ce que c’est ?

- Ce sont les quilles de Dragibus. N'y touche pas, malheureux !

- Mais c'est que… j'adore jouer aux quilles moi !


Un sourire illumina le visage de Zappa tandis que frémissaient les feuilles de Rosalinde… d'autant que joignant le geste à la parole Zappa se lança dans la plus effrénée partie de quilles jamais vue par ces bois.


- OOO O OOOH ! WAAAAOUH !!!!! YIIIPPPPEEEEEE !!!!


Avant chaque tir et chaque fois qu'il réussissait à mettre à terre une de ces quilles géantes, il hurlait et se roulait dans l'herbe en riant aux éclats. Tout ce vacarme alerta Dragibus, que le spectacle de ce lutin microscopique se battant avec ses boules et ses quilles au lieu d'accomplir les missions qu'il lui avait confiées, laissa bouche bée. Il se reprit.


- Ah c'est toi… espèce de petit microbe infecté… qui joue ainsi avec mes quilles…

- Dis donc gros sac à pus que crois-tu donc ? Etre le seul à être doté de quelque force… Sache que ce que je souhaite, je l'accomplis !

- Toi, petit lutin - la voix se fit plus douce - j'ai une mission pour toi…

- Encore ?!


Zappa s'apprêtait à l'insulter copieusement quand il se ravisa et dit :


- À une condition : vous libérez Rosalinde et me la confiez.

- J'en compte deux petit lutin… mais je suis d'accord


Le fourbe n'en pensait pas un mot.


-… mais n'oublie pas que tu dois AUSSI vider mon étang et en compter les poissons…

- Pas de problème… quelle est donc cette autre mission si importante, si difficile que vous ayez besoin de moi


Il venait de se souvenir qu'on l'appelait l'intrépide…


- Il y a, caché au fond de cette forêt, un arbre. Il ne donne de fruits qu'une fois l'an et une seule et unique pomme bien rouge. Justement le moment approche… j'aimerais que tu me ramènes cette pomme car cet arbre c'est l'Arbre de la Vie. Mais d'abord, commence par me vider les poissons de l'étang. Je pourrai voir ainsi si tu es digne de confiance… Adieu. À demain !


Intérieurement, Dragibus jubilait :


« Jamais ce petit lutin ne pourra vider l'étang, malgré toute sa force. J'ai vraiment bien fait de lui donner cette vieille cuiller percée… Il sera rat d'égout la nuit prochaine. Et je n'aurai pas à tenir ma promesse. Rosalinde sera à moi. »


Mais il se trompait. Zappa l'intrépide avait toujours plus d'un tour dans sa petite tête. Il commença par réconforter Rosalinde de son mieux, en lui chantant la berceuse qu’il avait appris de sa mère, ça aide toujours dans ces moments là, même le Bois Joli savait ça… Les feuilles des grands arbres s'agitaient en cadence, pour accompagner la mélodie tendre du petit lutin…


Plus de bruit, la forêt s’apaise,

Ses rumeurs se taisent,

Tu peux t’endormir…

Lentement les étoiles naissent

Le jour en détresse

Comme toi va dormir…

Dors la nuit te tend ses rêves,

Prends ces douces heures de trêve

Dors très vite, l’aube va venir

N’aie pas peur la chambre est close

Tout près de toi je repose

Dors sois tranquille

Le grand troll est bien loin…

Dors toute fragile

Ferme les yeux et dors.

Plus de bruit,

Les lumières vacillent

Tout dort c’est la nuit.

Doucement je ferme tes yeux

Les rêves t’emportent

Tu es endormie…


Si bien que Rosalinde, bercée par ce doux chant, s'endormit, aussi bien qu'un buisson de ronces peut dormir, en pareil cas. Zappa se blottit dans une touffe d'herbe sèche pour éviter de s'enrhumer plus et fit de même. Le lendemain, dès l'aube, il sortit de la forêt du Bois Joli, à la recherche de l'étang de Brocéliande. Bien qu'intrépide, il n'était pas rassuré.


« Et si je me perdais dans les hautes herbes ? » pensa-t-il, « c'est vrai quoi, je ne suis pas plus haut que trois pommes… »


Il en était là de ses pensées quand il entendit croasser d'une drôle de manière… C'était une corneille qui s'était pris la patte dans un fil de fer. Elle avait tenté d'attraper une grosse bague qui luisait de feux violets sur le muret du pré mais son atterrissage s'était plutôt mal passé.


- Au secours, au secours, y a t-il quelqu'un pour me délivrer ?

- J'arrive, madame la corneille, dit Zappa.


Il s'empressa de grimper sur le muret pour sortir l'oiseau de ce mauvais pas.


- Qui es-tu donc, petit bout d'homme ? Tu n'as pas peur de te risquer tout seul près d'une corneille ? Je pourrais bien te manger tu sais…

- Bah, vous avez besoin d'aide, vous n'oseriez pas. Je m'appelle Zappa l'intrépide et je suis à la recherche de l'étang de Brocéliande. Vous connaissez ?

- Bien sûr, c'est près de chez moi.

- Alors je fais un marché avec vous. Je vous délivre et vous m'emmenez là-bas. Ça marche ?

- Tope-là, mon garçon. Mais tu devras porter ma bague en échange.

- Sans problème.


Aussitôt dit aussitôt fait. Zappa délivra l'oiseau. Et la corneille le transporta sur son dos jusqu'à l'étang de Brocéliande. Arrivés sur place, le lutin ne put s'empêcher de se sentir découragé par la tâche qui l'attendait. L'étang était immense et la cuiller bien peu solide…


- Qu'y a-t-il donc petit bout d'homme ? Tu m'as l'air tout triste, interrogea la corneille.

- C'est que je dois vider cet étang avec cette cuiller percée. Et après trier les poissons et les ranger par taille et par famille. Sinon le méchant troll Dragibus me changera en rat d'égout.

- Ce n'est que ça ? dit la corneille. Va sur le talus, mange quelques fraises et repose-toi. Tout sera terminé à ton réveil.


En fait c'était la fée Myriam qui s'était déguisée pour éprouver le cœur des lutins, farfadets et autres êtres fantastiques… Quand Zappa se fut endormi, elle tourna le chaton de sa bague violette et hop, l'eau de l'étang se vida et les poissons furent rangés par taille et par famille sur le bord du pré.

Lorsque Zappa se réveilla, il crut que c'était un rêve.

La corneille avait disparu et Dragibus inspectait le travail avec satisfaction, mais avec une pointe d'hostilité et de méfiance…


« Pour avoir accompli ce tour de force, le petit lutin doit avoir quelques pouvoirs magiques qui lui viennent de quelques objets en sa possession », pensait-il, « la route vers l'Arbre sera-t-elle suffisamment dangereuse ou devrais-je y ajouter quelques obstacles supplémentaires ? »


- Ma foi, je vois que le travail est fait. Il te reste maintenant à trouver la pomme et à me la rapporter.

- Je ne vois pas qui pourrait m'en empêcher !


- A ce stade de l'histoire, il me faut vous parler de cet Arbre si particulier : l'Arbre de Vie.

ROULEMENT DE TAMBOURS. TROMPETTES.

Chœur des Hommes : L'ARBRE DE VIE ! L'ARBRE DE VIE !

Chœur des Femmes : C'EST LA POMME ! C'EST LA POMME !

TROMPETTES. ROULEMENT DE TAMBOURS.


- Il y a, au milieu de la forêt du Bois Joli, un lieu où le fer a poussé, élevant de hauts murs autour du fameux Arbre. Il ne faut jamais prononcer le nom complet à moins d'être un lutin, un elfe ou un troll sinon… vous ne me croyez pas… démonstration : Arbre de Vie

ROULEMENT DE TAMBOURS. TROMPETTES.

Chœur des Hommes : L'ARBRE DE VIE ! L'ARBRE DE VIE !

Chœur des Femmes : C'EST LA POMME ! C'EST LA POMME !

TROMPETTES. ROULEMENT DE TAMBOURS

Vous voyez !


- Pour atteindre l'Arbre (ttt ! ttt !) il faut, disais-je, se rendre au cœur de la forêt. Attention pas le cœur à moitié : le vrai cœur. Une fois ce vrai cœur atteint et, je vous jure, c'est plus facile à écrire qu'à faire, avant de franchir les hauts murs de fer, il faut affronter toutes les bêtes sauvages qui viennent se coucher autour et ainsi en constituer une garde féroce ne laissant approcher aucun Homme.

- J'suis pas un Homme j'suis un lutin intrépide hé ! hé !

- Une fois les murs franchis, ce n'est pas fini. Il faut découvrir parmi les arbres qui se trouvent en ce lieu lequel de ces arbres est l'Arbre de… oups c'était moins une, mais vous m'avez compris. Et choisir la bonne pomme…

- Mais tu nous avais dit plus haut que l'arbre donnait une seule pomme rouge ! je comprends plus !

- Ah ! laissez-moi finir… car les arbres sont si intimement mêlés qu'il est difficile de dire de quel arbre provient tel fruit…

- Oh !

- Il n'y a qu'un moyen de le découvrir c'est de faire chanter à l'Arbre et cetera la chanson qui fera s'écarter tous les arbres… mais je vous mets en garde l'Arbre est facétieux, il se pourrait que tout son répertoire y passe et qu'alors la pomme tombe et pourrisse sur-le-champ… La chanson qu'il faut lui faire chanter « c'est la vie c'est la vie c'est la vie qui nous change et qui dérange toutes nos grandes idées sur tout… »

- Fastoche les mains dans les poches ! je vais le faire chanter moi ton Arbre et lui prendre sa pomme avant même qu'il ait compris !

- Une fois l'arbre reconnu, ce n'est pas fini. Il faut prendre la Pomme car, même si tu la vois devant toi et que tu penses la tenir, tu ne l'as pas encore. Y'a l'anneau

- Hein ?

- Oui, il y a devant elle un anneau suspendu à travers lequel il faudra que tu passes ta main pour atteindre le fruit et le cueillir. Et cela personne n'y est encore parvenu.

- Possible mais tu ne me connais pas je suis Zappa l'intrépide et je prendrai le fruit !


Sur ces mots, Zappa s'enfonça dans le bois en chantonnant un petit air « tiens voilà l'facteur à cheval sur son vélo… ».


« Aurais-je dû lui dire qu'il n'avait droit qu'à trois tentatives ? bah… »



« C'est vraiment une drôle d'épreuve », pensa-t-il, « ce Dragibus a vraiment l'esprit tordu… D'ailleurs, pourquoi a-t-il besoin de cette pomme ? Ça j'aimerais bien le savoir… »


Tout à coup, alors qu'il réfléchissait, il buta contre la racine d'un chêne et se retrouva projeté sur le dos d'une licorne qui broutait tranquillement les jeunes fleurs de primevères. La licorne, fort surprise, n'eut pas le réflexe de fuir. Elle se contenta de ruer pour chasser l'intrus, mais Zappa s'accrocha à sa crinière pour ne pas tomber.


- Dis donc petit morpion, que fais-tu sur mon dos ?

- Ce que je fais ? Je pars à la recherche d'une pomme rouge extraordinaire qui pousse sur un arbre qui chante…

- Eh bien mon pauvret, tu n'es pas rendu… Tu en as pour quinze jours de marche.

- Quinze jours ?

- Mais oui! La forêt est grande, tu sais… Et je ne parle même pas des loups-garous, de l'Ondine de la rivière, des sortilèges des marais de la folie, et de la muraille de fer magique…

- Mais comment connais-tu tout cela ?

- Une licorne connaît tous les secrets de la forêt…

- Tous les secrets ? Voilà qui est intéressant. Connais-tu le secret de Dragibus le magicien ?

- Le mangeur de grenouilles ? C'est le plus puissant enchanteur de la forêt du Bois Joli. Il peut lancer des sorts sur toutes les créatures, mais la seule chose qu'il ne peut avoir, c'est l'amour…

- Et pourquoi ? À cause de sa laideur ?

- Oui, mais pas seulement. il ne peut pas être aimé, sauf s'il parvient à acquérir la pomme rouge de l'arbre magique du jardin qui se trouve derrière la muraille de fer. À ce moment-là, et dès qu'il l'aura touchée, il pourra être aimé par l'objet de ses vœux. La pomme rouge donne en effet le pouvoir de rendre tout amour possible. C'est la raison pour laquelle elle est tant convoitée. Mais pourquoi me demandes-tu cela ?

- C'est que c'est Dragibus, qui m'envoie chercher cette pomme…

- Pas possible… Il veut plutôt te perdre… Car un lutin, même malin ne pourra jamais ramener cette pomme. Il sera prisonnier de l'anneau de feu, sauf s'il a en son cœur un amour assez pur et fort pour changer le feu en eau. Et cet amour sera son meilleur bouclier pour vaincre toutes les épreuves…

- J'ai peut-être cet amour…

- Il ne s'agit pas de dire peut-être, il faut en être persuadé… Car autrement, tu n'arriveras jamais jusqu'à la pomme… Mais va, les épreuves des loups, de l'Ondine et des marais t'apprendront à savoir quel amour bat en ton cœur. Seulement, si tu n'étais pas convaincu à la fin de ces épreuves de pouvoir disposer d'un amour d'exception, alors échappe-toi de la forêt du Bois Joli, car un fois franchie la muraille de fer, tu ne pourras plus jamais revenir en arrière. Et tu auras seulement trois possibilités de tenter d'attraper la pomme. Si tu échoues, Dragibus pourra faire de toi ce qu'il veut et tu finiras comme tous ceux qui ont tenté l'aventure, en statue de pierre.


La licorne, avant de disparaître, lui dit :


- Vois… dans les sacoches de ma selle, tu trouveras un violon… prends-le…

- Mais que vais-je faire avec, je ne sais pas en jouer ?

- Prends, tu verras…

- Bon.


Le premier jour, il marcha et rien se passa. « Au bout la la la forêt je sais ce que je trouv'rai la la la… » Il y avait juste la forêt qui devenait plus dense. Il dormit sur une branche de façon à se protéger d'une éventuelle mauvaise surprise.


Le deuxième jour « Au bout la la la la forêt j'sais bien ce que j'trouv'rai… ma pomme c'est moi a a a a… » il marcha et rien ne se passa. Si ce n'est qu'une impression bizarre l'avait envahi. Il lui semblait qu'à chaque pas qu'il faisait quelque chose ou quelqu'un là bas le suivait. Cette nuit-là, il ne dormit que d'un œil.


Le troisième jour « Au bout la la la la forêt j'sais bien ce que j'trouv'rai… ma po ooo omme c'est moi a a a… » En marchant, il se dit « s'il ne doit rien se passer aussi aujourd'hui, arrêtons-nous un instant et jetons un œil sur ce violon ». Il le regarda, l'examinant dans tous les sens, puis il prit l'archet et le frotta sur la caisse et… crincrincrin-in-in-in-in ti ti di di ti di ti di di di…


Un bruit l'arrêta et il vit que son impression de la veille étaient une réalité. En effet, à quelques mètres de là, trois formes sombres en rejoignaient une autre. Il se cacha et, de tronc en tronc se rapprocha, au moment où il était suffisamment proche pour entendre ce qui se disait, trois nouvelles formes vinrent à la rencontre des précédentes. Et quand l'obscurité se fit totale, il entendit des hurlements :


- Bouge… bou- ou- ou- ge… bou-ou-ou-ouge…


C'étaient des loups. Celui qui semblait être le chef dit aux autres :


- Vous trois, demain matin vous l'attaquerez… cet instrument doit avoir quelque pouvoir magique qui nous aiderait bien à trouver l'Arbre.


Le quatrième jour « au… bout… la… la… fo… rêt… moi a… a », le premier loup l'aborda.


- Dis moi tu as un bien joli instrument… pourrais-tu m'apprendre à en jouer ?

- Mais bien sûr, répondit Zappa.


Il avait repéré un vieux chêne creux dont le bois était fendu.


- Si tu veux apprendre, dit-il au loup, tu dois pouvoir glisser tes deux pattes avant dans cette fente.


Le loup ne se fit pas prier. Zappa se saisit d'une pierre bien lourde et bien grosse et lui coinça les pattes en enfonçant la pierre d'un grand coup. Sitôt le loup prisonnier, il se mit à courir, courir… une fois hors d'atteinte, pensait-il, il reprit le cours de sa marche en s'accompagnant de son violon crin crin crin ti ti ti ti di di didi…


Le second loup ne tarda pas à se montrer :


- Comme tu joues bien, pourrais tu m'apprendre ?

- Bien sûr, suis-moi !


Soudain Zappa s'arrêta et dit :


- Voilà un endroit favorable.


Il saisit un noisetier à droite, le plia jusqu'au sol et le maintint au sol en mettant son pied sur l'extrémité. Il fit de même avec un arbuste sur sa gauche puis il dit au loup :


- Si tu veux apprendre, donne-moi ta patte gauche !


Le loup la donna et Zappa l'attacha à l'arbuste.


- Maintenant ta patte droite.


Le loup s'exécuta et Zappa l'attacha au noisetier solidement. Quand ce fut fait, il lâcha les deux arbustes et le loup se retrouva projeté dans les airs. Zappa se mit alors à courir courir courir… une fois hors d'atteinte, il reprit le cours de sa marche en s'accompagnant de son violon crin crin crin ti ti ti ti di di didi…


Le troisième loup se présenta.


- Que c'est joli ! Pourrais-tu m'apprendre ?

- Viens, dit Zappa.


Il avisa un arbre un peu isolé.


- Voilà ce que je cherchais…


Il attacha le loup à l'arbre avec une corde bien longue et lui dit :


- Maintenant tu vas faire vingt tours de cet arbre.


Le loup s'exécuta et bientôt se retrouva ligoté à l'arbre. Zappa s'enfuit en courant. Lorsque la nuit vint, il se cacha pour dormir un peu.


Pour se donner du courage il chanta « Au… bout… fo… rêt… moi… a ». Au réveil, il se trouva nez à naseaux avec un loup qui l'empêchait de passer. C'était un loup intello - il portait un lorgnon ridicule - il dit à Zappa :


- Si tu trouves mon énigme, je te laisse passer. Un qui n'abat personne qu'est-ce ?

-… un corbeau qui s'est nourri d'une bête morte empoisonnée.

-… et qui pourtant en terrasse douze qu'est ce…

-… ce sont les douze assassins qui ont mangé le corbeau et en sont morts.


Il n'avait pas fini de prononcer ces mots que le loup tomba en poussière.


C'était le cinquième jour « Au… bout… rêt… a ». Il marcha et rien ne se passa jusqu'à la nuit. Les trois derniers loups qui avaient décidé de l'attaquer tous ensemble étaient des loups garous et devaient attendre la nuit pour disposer du maximum de leurs forces.


« Les autres ont dû abandonner » pensa Zappa.


Des grognements tout autour de lui lui prouvèrent le contraire.

Que faire ? Ne pas paniquer, il prit le violon très doucement et dit :


- Messieurs les loups, qu'attendons-nous pour faire la fête ?


Il se mit à jouer crin crin et à taper du pied et à hurler :


- Joue violon, joue !


À ces mots, le violon qui était magique entraîna les loups dans une danse effrénée qui dura jusqu'au petit matin. Au premier rayon du soleil, un bûcheron passa et, voyant ce spectacle, vint au secours de Zappa en criant et levant sa hache bien haut… les loups à bout de force disparurent et depuis lors personne ne les revit jamais.


Zappa, exténué, remercia le bûcheron. Sans lui jamais il ne s'en serait sorti aussi bien. En récompense de son aide, le bûcheron lui demanda d'échanger son violon contre sa hache.


- Vous n'en aurez plus besoin…


Zappa accepta et reprit son chemin non sans avoir demandé au bûcheron si c'était bien là la direction de la rivière…


- Oui, oui !


Zappa se retourna pour le remercier mais le bûcheron avait pris ses jambes à son cou et était déjà loin.


« Qu'est ce que c'est que cette Ondine… »


Ah, l'Ondine, c'était toute une histoire… D'abord Zappa crut bien que la licorne lui avait menti car lorsqu'il arriva au bord de la rivière, rien, personne ne se trouvait là. Mais ce qui était tout de même bizarre, c'est que Zappa ne pouvait pas la traverser, cette rivière. Il essaya à plusieurs reprises, en prenant son élan, mais dès qu'il mettait le pied sur un galet, hop, une force invisible le rejetait sur la berge…


« Bon, ne nous décourageons pas », pensa-t-il. « J'ai vaincu les loups, je devrais pouvoir vaincre un cours d'eau récalcitrant. Si j'abattais quelques jeunes arbres, peut-être que ça marcherait ? maintenant, j'ai une hache… »


Il allait s'attaquer à un joli bouleau, lorsque la rivière fit un bruit bizarre comme si elle crépitait sous la pluie… Et tout à coup, surgie du milieu de l'eau, se tenait la plus jolie jeune femme qu'il se puisse voir, vêtue de soie et de velours, ses longs bandeaux blonds retenus par un diadème d'escarboucles. Son air était lointain, comme perdu dans quelques pensées obscures…

Zappa, ébloui par l'apparition, ne put que bégayer, en ôtant son bonnet :


- C'est, c'est, c'est, vous, vous, l'Ondine de la la la rivière ?

- Tout juste, petit impertinent. Alors, on essaie de traverser mon lit ?

- Hélas, il le faut bien. J'ai promis de rapporter la pomme de l'arbre qui chante au magicien Dragibus…

- Encore un prétendant au titre de lutin décrocheur de pomme ? Décidément, ce bon vieux Dragibus est un entêté chronique…

-Pourquoi ? Il a déjà essayé avec d'autres lutins ?

-Bien sûr, tu n'es pas le premier, ricana l'Ondine. Et toi ? Qu'est-ce qu'il t'a promis en échange ?

- De me confier l'elfe Rosalinde et de la rendre à son état naturel.

- Vraiment ? Il t'a dit cela… Alors il pense que tu es amoureux. Mais l'es-tu vraiment, dis-moi ? Si tu veux conquérir la pomme, tu dois l'être…


Et comme Zappa ne répondait pas, elle s'avança vers la berge et sortit une harpe d'ivoire de son grand manteau :


- Si tu parviens à résoudre l'énigme que je te poserai, cette harpe te sera fort utile pour apaiser les bêtes féroces de la muraille de fer. Veux-tu la gagner ?

- Oui madame, répondit Zappa avec empressement.

- Alors écoute bien :


Petites, elles ont peu de caractère

Fragonard et Vermeer en firent des sujets de tableaux

Elles sont souvent affranchies pour être libérées

Les plus jolies sont souvent les plus grivoises.


- Tu as jusqu'à demain pour me répondre. Si tu échoues, je prendrai ton âme et je t'entraînerai au fond de cette rivière dont tu ne pourras jamais ressortir…


À ces mots, elle disparut dans un nuage de brume arc-en-ciel.


« Aie, aie, aie… Quelle misère… Cette énigme est vraiment très dure », pensa le petit lutin.


Il réfléchit pendant deux longues heures qui lui parurent une éternité. Toujours rien. Alors il se mit à penser à Rosalinde. Ah, dans quelle situation s'était-il mis à cause d'elle… D'ailleurs, en y repensant, il n'aurait jamais poussé cette aventure aussi loin sans Rosalinde. Pourquoi donc cette petite elfe était-elle si importante à ses yeux ? Peut-être parce que Dragibus était vraiment trop méchant pour pouvoir l'épouser… Mais il y avait autre chose. C'était la seule créature qui lui avait témoigné de la sympathie, alors qu'il cherchait des amis… Rosalinde l'avait aimé dès le premier jour, il en était sûr, sinon, jamais elle ne lui aurait parlé… ni autorisé à déguster un peu d'elle-même…


Zappa sentit son cœur se gonfler de tendresse… Il avait une amie qui comptait sur lui. Il ne voulait pas la décevoir. « Ma douce Rosalinde, je vous sauverai foi de Zappa. Car auprès de vous je ne sens plus cette solitude qui m'étreignait chez moi, jusqu'à ronger de l'intérieur mon envie de vivre… Penser à vous et je me sens renaître… »


Il chanta même doucement :


Je me souviens, d'un homme à la mer, qui était-il avant elle ?

Un naufragé, un voleur de sirènes, juste un presqu'il, avant elle…


Cette chanson réveilla une chenille centenaire qui s'était endormie sur un énorme cèpe. Elle se dressa, ulcérée pour voir quel était l'importun qui l'avait dérangée, aperçut Zappa et soupira :


- Encore un lutin… Allons, celui-ci a au moins une belle voix… Que fais-tu mon jeune ami à chanter sur le bord de la rivière ?…Vague à l'âme ? Ennui ?

-Ah madame la chenille, si vous pouviez m'aider à résoudre une énigme, je vous serai éternellement reconnaissant. Voyez-vous…

-Tu as rencontré l'Ondine et elle t'a posé une question qui te paraît difficile… Soit. Je veux bien t'aider à une condition. Trouve-moi le moyen de ne pas être réveillée à tout propos. Je suis vieille et j'ai besoin de beaucoup dormir pour garder mes forces…

- Et si je vous faisais des bouchons pour vos oreilles ?

- Bonne idée. Mais avec quoi ?

-Voyons, voyons… De la cire d'abeilles ferait l'affaire, proposa Zappa avec enthousiasme.

- Très bien. Trouve la cire et je résous ton énigme.


Zappa regarda autour de lui, avisa un essaim qui se trouvait en haut d'un arbre et entreprit d'y grimper. Mais le tronc était très glissant. Il essaya d'y planter des épines de chardons pour s'en faire des marches mais l'essaim était beaucoup trop haut. C'est alors qu'il se souvint de la hache.


« Abattons l'arbre. L'essaim tombera et j'aurai la cire. »


Aussitôt dit, aussitôt fait. Zappa attrapa sa hache et d'un coup sec, abattit l'arbre qui tomba brutalement au sol. Les abeilles affolées, s'échappèrent de leur ruche en bourdonnant, et Zappa, profitant du tumulte, parvint, à l'abri d'une grande feuille de magnolia, à se protéger suffisamment pour recueillir un peu de la précieuse cire dont il avait besoin. De retour auprès de la chenille, il lui donna ses bouchons d'oreilles et la chenille lui dit :


- C'est très bien. Tu ne t'es pas laissé décourager. Tu iras loin… La réponse à ton énigme est le mot LETTRES. Retiens-le jusqu'à demain et l'Ondine te fera traverser la rivière. Sur ce, bonne nuit, j'ai vraiment très sommeil…


Zappa se dit « lettres » que, lui aussi, « lettres » allait dormir «lettres ». C’était facile à retenir. Lettres.


Ce qu’il ignorait c’est qu’à la nuit tombée cette rivière, frappée par une malédiction, se transformait en marais plein de créatures excitées et hystériques, chargées de faire oublier au pauvre voyageur, dans le cas où il l’aurait trouvée, la réponse à l’énigme de l’Ondine.


Zappa s’endormit « lettres… lettres… lettres de mon moulin… lettres persanes… lettres… lettres… l’être et le néant… néant… néant… vide… vide…


- Iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!!!!! Iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!!!! Iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!!!!!


Il se réveilla en sursaut « qu’était ce ? ».

En ouvrant les yeux, il entendait des tamtams africains sans en voir le paysage. Peu à peu ses yeux s’habituèrent et il découvrit trois visages maléfiques de chauves-souris qui le serraient de si près que leurs peaux se touchaient…


- Aaallooo… c’est nous on t’réveille pas…

- Ben un peu si…

- Bon d’accord excuse nous… iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!!!!… même si on est fous on s’en fout… pars pars pars pars pars pars… qu’est ce c’est… DEMAIN… hein… LE MONDE… quoi… DEMAIN… hein… LE MONDE… quoi… allez ce soir on balance… DEMAIN… hein… LE MONDE… quoi… va falloir que tu oses… iiiiiiiii !!!! parce que si j’ose tu oses… on était fous… fous… fous… on s’en fout… y’aura toujours des fous… iiiiiiiiiiiiiiii !!!!! demain tu verras bien si c’était la couleur de la chance…

- Mais c’est de la folie ce truc…

- Tu l’as dit oui… on est fous… fous… fous… viens danser avec nous… viens…


Tout se mit à tourner autour de lui… puis pfuittt… les trois visages disparurent comme ils étaient venus… Zappa tenta de se rendormir « guêtres… guêtres… non lettres lettres… »


Il n’avait pas dormi dix minutes que :


- Iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!!!!! Iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!!!!!!! Allô c’est encore nous… on t’réveille pas… ?

- Ben… non je dormais pas…

- Iiiiiiiiiiiiiiiii !!!!!! Viens avec nous… on va aller voir le DJ… LE DJ…LE DJ…


Alors une voix caverneuse s’éleva :


- Allô c’est moi j’te réveille pas… j’étais déjà là quand celui que l’on ne nomme pas fut pris par le doute… ah ah ah ah tu as trouvé mon nom…ah ah ah… JE SUIS… en personne… DRAGIBUS JOCKEY… tu ne l’avais pas de… viné… ah… ah… ah…qu’elle est cette lettre que tu dois oublier… Iiiiiiiiiiiiiiiii !!!!! DRAGIBUS ?… JOCKEY oui, le cousin de l’autre…

- Ah je m’disais qu’y avait une ressemblance qui faisait votre différence…

- On fait le malin minable lutin… on va pas le faire longtemps crois moi… iiiiiiiiiiiiii !!!! un mot un seul je t’emmène…surtout ne le prononce pas… iiiiiiiiiii !!!! un mot un seul…non si puo stare soli sotto le lenzuola vergeef me als ik wak laat ben jag begar in mycket mela jsi mi zavolet becsapnalat j’suis dans un embouteillage er ist komisch iiiiiiiiiiiiii !!! peux pas tout lâcher des aventures j’peux dire j’en ai eu des tonnes er ist komisch iiiiiiiiiiiiiii tu crois pas qu’t’en fais trop er ist komisch iiiiiiiiiiiiii !!!!! faut pas m’en vouloir depuis iiiiiii que je suis iiiiiiiiitou petit iiiiiiiiij’ai la sale manie… iiiiiiiiii…


« Bon », se dit Zappa, « le cousin il est lancé… maintenant faudrait peut être l’arrêter parce que vous j’sais pas mais moi j’vais pas y passer la nuit, j’ai une pomme à aller chercher… y’a un mot qu’il faut pas que j’oublie mince c’est quoi déjà… maître, paître, hêtre ou ne pas être, ah oui lettres au pluriel s’il vous plaît… et un autre qui faut pas que je prononce… Euh… Dragibus Jockey… »


- Oui mon petit lutin nain… tu la connais celle là… poukta… jivn… moia poukta… aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaahhhh !


Dragibus Jockey et ses créatures, effrayés par l’éructation bruyante de Zappa qui pour ce faire, avait mâché quelques feuilles de menthe sauvage, disparurent et le matin se leva. La rivière crépita et l’Ondine était de nouveau là.


- Alors petit lutin cette énigme ?

- LETTRES.


L’Ondine leva la main droite. Un pont apparut.


- VA. Il se pourrait bien que tu sois celui que je crois.


Zappa se dépêcha de traverser le pont qui, dès qu’il fut passé, s’évanouit.

Il marcha encore cinq jours, puis deux jours passèrent, il s’enfonçait toujours plus profondément dans la forêt de PB… de temps en temps, iiiiiiiiiiii !!!! il eut peur de voir réapparaître les créatures de Dragibus Jockey… iiiiiiiiii !!! mais non…


Après huit jours de marche, il se retrouva dans l’impossibilité d’avancer plus loin. Une immense muraille de fer se dressait devant lui…


C'est alors qu'il repensa à la harpe que l'Ondine lui avait promise…


« Ben soit elle a oublié de me la donner, soit c'est moi qui ai oublié de la réclamer. Avec la nuit que j'ai passé dans les marais de la folie… J'ai l'impression d'avoir absorbé des substances illicites. J'ai encore la tête qui tourne comme c'est pas possible. Je ne pensais pas qu'il me faudrait huit jours pour évacuer de ma tête le Dragibus Jockey… En fait, cet affreux troll doit consommer de l'ecstasy à outrance pour avoir le disque aussi rayé… Il mélangeait tout ce qu'il disait. Pouah, j'en ai encore du dégoût rien que d'y penser.

Bon, cette muraille. Je vais faire comment pour y grimper ? Parce que là, c'est pire que l'empire State Building… Et côté prises, y a pas bezef de choix…

Bon je vais commencer par ramasser du lierre pour me faire une corde, on verra après. »


Avec la hache qu'il avait gardée, il coupa au pied d'un vieux chêne, un grand pied de lierre qui s'enroulait en étreintes autour de l'arbre. Lorsqu'il eut dégagé le lierre, il entendit un profond soupir résonner à ses côtés.


- J'ai encore des bourdonnements d'oreilles ou c'est Dragibus Jockey qui est revenu ?

- Non, non, Dragibus Jockey n'y est pour rien. Mais je suis tellement content d'être débarrassé de ce lierre qui m'étouffait, dit une voix profonde, façon Barry White.

- Ben c'était pas forcément pour vous que j'ai fait ça mais plutôt pour pouvoir grimper sur la muraille de fer.

- Vraiment ? Tu veux faire ça ?

- Oui, faut que je ramène la pomme de l'arbre qui chante à l'enchanteur Dragibus.

- Eh bien! Tu dois avoir une bonne raison de le faire parce que cette mission est impossible à accomplir.

- Impossible n'est pas Zappa.

- D'autres lutins aussi braves que toi s'y sont déjà risqués. Or pas un seul n'est revenu. L'un a été dévoré par les bêtes féroces, l'autre, je l'ai entendu tomber de la muraille car elle est glissante comme du savon… Quant aux derniers, ils ont tous fini comme nains de jardins en pierre… Crois-moi, tu ferais bien de renoncer à accomplir cette mission si tu veux vivre encore un moment.

- Jamais. Je veux délivrer l'elfe Rosalinde du sort que Dragibus lui a lancé.

-Rosalinde, dis-tu ? La fille de la Reine des fleurs et du Génie des abeilles ?

-Tout juste.

- Ah mon petit… alors la prophétie de la licorne va peut-être se réaliser… Par ma barbe de mousse, ce serait extraordinaire… L'elfe Rosalinde est depuis sa plus tendre enfance l'objet de convoitise de Dragibus. Il n'a eu de cesse de l'attirer dans la forêt du Bois Joli pour la mettre à sa merci. Mais ses parents étaient vigilants. Ils lui avaient donné un anneau protecteur d'enchantement. Hélas, en jouant à cache-cache avec ses amies les éphémères, elle a perdu cet anneau. Fatiguée et en sueur, elle est allée faire une sieste dans la forêt du Bois Joli… Hélas, Dragibus l'a débusquée et il l'a transformée en buisson de ronces. La pauvre a eu beau crier, elle ne faisait aucun son sous cette forme. La seule personne qui aurait pu l'entendre, c'était un lutin. Mais ce lutin ne devait pas habiter la forêt… Les parents de Rosalinde, ne voyant plus leur fille comprirent ce qui s'était passé, et demandèrent aux lutins de la région dont ils connaissaient la bravoure de sauver leur fille. Mais hélas, tous échouèrent. Mais si tu es là, alors peut-être reste-t-il un espoir ? Es-tu envoyé par les parents de Rosalinde ?

- Non, non, pas du tout. Je suis venu dans la forêt par hasard, pour chercher des amis et découvrir d’autres horizons et comme j'avais faim, je me suis approchée d'un buisson de mûres et c'était elle. Nous avons engagé la conversation, elle m'a autorisé à manger quelques mûres et même à dormir avec elle. Mais Dragibus m'a découvert et m'a demandé d'accomplir cette mission pour lui…

- Très intéressant… Alors tu es le seul lutin qui a rencontré Rosalinde… Les autres n'ont eu que son portrait en main pour toute aide. Mais toi, tu l'as rencontrée… Tu as donc une chance supplémentaire.

- Pourquoi me dis-tu cela ?

- Pour que tu croies que tu as tes chances… Car tu as vraiment une veine extraordinaire… Un portrait même charmant ne remplace pas le doux échange des cœurs et des âmes… Moi qui te parle, depuis mon grand âge qui est plus que canonique, je n’ai jamais pu atteindre cet état de grâce qui fait de chaque moment ce délicieux paradis des amants… ou des âmes sœurs… Que ressens-tu au juste pour Rosalinde ?

- Je ne sais pas trop… C’est une question difficile… Si je pense à elle, je me sens devenir joyeux, gai comme un pinson et tout à coup triste de n’être pas à ses côtés, de ne pas pouvoir déjà lui murmurer toute la tendresse qui jaillit de mon cœur pour elle… Je déteste Dragibus pour le mal qu’il lui a fait… J’ai envie de tellement de choses avec elle… Mais c’est une princesse, tu sais… Elle mérite beaucoup mieux que moi… D’ailleurs qui te dit qu’elle voudra bien de moi quand elle sera redevenue une elfe ? Les lutins et les elfes ne sont pas faits pour vivre ensemble, elle m’a déjà dit qu’on ne pouvait pas être amis…

- Oui, c’est vrai, du moins dans la tradition… Seulement, si Rosalinde t’a accordé l’insigne faveur de son amitié, elle pourrait bien avoir au fond du cœur les mêmes sentiments qui te font monter le rose aux joues…

- Si cela était vrai, je serais le plus heureux des lutins de la lande… Et rien ni personne ne pourrait plus me séparer d’elle…

- Alors fonce petit lutin… Affronte cette épreuve qui t’est donnée et décroche la pomme et l’anneau… Sinon, tu n’auras jamais la réponse à cette question de l’amour partagé…

- Ah ! mais y'a cette muraille ! t'es sûr on peut pas l'escalader ?

- Et même tu es si petit qu'il te faudrait des mois voire des années…

- Et si j'y mettais deux coups de hache bien placés ?

- N'importe quoi ! Réfléchis…

- Euh… je peux te poser une dernière question ?

- Oui si elle touche pas à ma vie privée…

- T'es le vrai de vrai Barry White ou tu fais ça juste pour impressionner les nymphes du coin ?

- Ecoute…


Soudain un torrent de violons tomba du ciel et le chêne commença… « I know there's only only one like you… you're the first… the last… my everything… »


- Ok ok ! je crois que j'ai trouvé une solution…

- Bon. Avant il faut que ze te dise…

- Encore un truc genre de nouvelles épreuves t'attendent ?

- Non zuste un conseil pour que ta solution marche.

- Bien, je préfère. Eh dis donc tu zozotes… non mettons j'ai rien dit… Raconte…

- Voilà… tu devrais faire six fois le tour du cercle que ze vais tracer par terre avec mon copain le lierre en comptant zusqu'à sept.

- Pourquoi pas ?

- Attends ze n'ai pas fini… avant que tu commences le septième tour de ce cercle, ze me mettrai à chanter…

- Oui oui ce pauvre Barry est resté chêne trop longtemps… alors je fais six tours, tu chantes et j'en fais un septième… moi j'veux bien. Intrépide et conciliant… c'est moi…


Le lierre traça sur le sol de l'extrémité d'une de ces branches un cercle bien large. Zappa commença à tourner… un… deux… trois… quatre… cinq… si… one ticket please… deux très jolies nymphes vinrent danser à la droite et à la gauche du lierre… lord have mercy… quatre nouvelles nymphes encore plus jolies les rejoignirent… everybody's here une dernière nymphe dépassant en beauté les précédentes commença une danse très… très… she's at home she's at home… let the music play… le lierre comme le chêne chantaient avec la voix de Barry White et les nymphes faisaient les chœurs… and on and on… SOUDAIN la muraille s'écroula sur elle-même, Zappa en resta frappé de stupeur.


Quand il reprit ses esprits et l'usage de la parole, il demanda au lierre s'il avait une explication à ce phénomène étrange. Le lierre, alors, lui dit :


- Ces nymphes sont mes fans les plus zolies et z'ai toujours entendu dire que les zolies fans faisaient tomber les murailles fussent-elles en ferraille.


Le chêne se mit à rire doucement de cette bonne blague de son copain et de sa branche la plus basse donna une tape amicale à notre petit lutin :


- Va petit gars… Et que l’amour soit toujours avec toi…


Désormais, Zappa ne pouvait plus faire marche arrière. Il devait conquérir la pomme dans ce monde qu'il explorait du regard, un entrelacs incroyable de branches les plus diverses. Mais surtout ce qu'il vit ce sont ces sept énormes guêpes qui semblaient prêtes à fondre sur lui…


- La harpe !


Mais il avait oublié de la demander à l'Ondine…


- Que faire… les endormir… oui c'est ça une berceuse… si on ne voit pas pleurer les poissons qui sont dans l'eau profonde c'est que jamais quand ils sont polissons leur maman ne les gronde… la maman des poissons elle est bien gentille… mouais ça marche pas… eh les filles… euh dans ce pays là bas…on les appelle des chicas… et ce pays là bas c'est le Vénézuela… et moi j'étais là bas… ouais c'est vrai… j'étais dans ce bar quand elle est entrée una magnifica chica zappaouaoaouou… çaaaa maaaarcheee paaaaas… essayons ça… la la lala la la un jour mon prince viendra un jour il me dira ces mots d'amour si troublants et tendres que j'aurais tant plaisir à entendre… qu'il vienne je l'attends craintive et cœur battant dans ses bras mon beau rêve enchanté deviendra réalité… les guêpes semblaient se calmer, il baissa sa voix d'un ton… je sais qu'un beau matin dans l'éclat d'un splendide cortège mon joli prince unira son destin à celui de Blanche neige…


Les guêpes s'assoupissaient, Zappa murmura la fin:


- qu'il vienne je l'attends craintive et cœur battant dans ses bras mon beau rêve enchanté deviendra réalité… ZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZ…


LES GUEPES RONFLAIENT !!! chut ne les réveillons pas…


- Maintenant à moi la pomme…


Mais pour l'attraper, c'était une autre paire de manches… Déjà pour la voir, Zappa avait du mal, non qu'il soit bigleux, quoi que, à force d'être confronté à des phénomènes aussi bizarres qu'un lierre qui se prend pour Barry White ou un Dragibus Jockey, mais les arbres étaient vraiment emmêlés les uns aux autres et si inextricablement que c'était une difficulté sans nom.


« Quoi faire mon dieu, quoi faire pour avoir cette pomme ? »


C'est alors qu'il s'arrêta brusquement devant une allée, pétrifié d'étonnement. Des lutins de pierre, figés dans des postures abracadabrantesques étaient posés sur des socles de marbre rose. Une inscription personnalisée était gravée pour chacun. Zappa lut :


Phébus, beau comme un soleil, mais aucune stratégie… Artus, son frère, en moins pire… François le Chartreux, la méditation transcendantale lui a ramolli le cerveau… Caspien l'astucieux, beaucoup trop… et pas assez… Angelus le bien nommé, mais naïf comme ses pieds…


Et ça continuait jusqu'à un socle vide, posé au bout de l'allée. Il lut les inscriptions suivantes:


Zappa l'intrépide, dit l'amoureux, affaire à suivre…


« Ça alors… Et bien, je ne sais pas qui a inscrit ces mots, mais je le ferai mentir. Affaire à suivre… Non, mais, de quoi je me mêle ? D'abord, j'aime pas qu'on s'en occupe de mes affaires. Et ensuite, j'aime pas les gens qui anticipent sur mon avenir… »


Il s'arrêta brusquement. Ce genre de réflexion, ça ressemblait trop au Schtroumpf grognon, déjà qu'il avait dû chanter Blanche-Neige, il ne fallait pas tomber dans le désespoir, même au milieu de nains de jardin…


« Bon, zen, soyons zen… Je ne vais pas me laisser intimider comme ça. Un arbre qui chante, ça se trouve pas tous les jours sous le sabot d'un cheval, donc, c'est forcément un arbre spécial. C'est peut-être un chêne parce qu'avec une bonne chêne stéréo… Non, je plaisante! Y a déjà Barry White derrière, ça doit être une autre famille. Peut-être voyons un hêtre… Etre ou ne pas être… non, non, non, ça doit être autre chose, un arbre de légende, une star des arbres. Ça y est, j'y suis… La star des arbres, c'est un baobab. Bon cherchons le baobab, il en restera toujours quelque chose… »


Zappa chercha donc le baobab. Peau d'éléphant, branches énormes et feuillage clair, il allait bien finir par le trouver.

Le voilà enfin. Et la pomme est là aussi, à la fourche de deux branches, rouge comme un coquelicot, scintillant doucement derrière l'anneau de feu, ainsi que la licorne l'avait dit au lutin. Oui elle était belle cette pomme, comme une promesse de bonheur…


ENTRACTE !!

- Chocolat, bonbons, caramels… qui qu'en veut de mes crêpes aux oeufs… ?


Car l'histoire aurait été BEAUCOUP TROP SIMPLE si n'était apparu au moment de l'entracte la vendeuse de confiseries… mais était ce bien la vendeuse de confiserie cachée derrière ce panier en osier ?

Les lecteurs du conte étaient plongés dans le suspens… le brave et conquérant Zappa allait il ENFIN arriver à son but : LA POMME !? Insoutenable suspens qui tenait en émoi tous les yeux rivés sur la page du livre, attendant dans une impatience digne des vainqueurs de fort Boyard au moment où ils mettent leurs petits pieds sur les LETTRES du mot de l'énigme… attendant le regard incertain que les Boyards tombent… vous voyez le genre ??!!


Et c'est à ce moment précis que… la vendeuse de confiseries arriva sur la page du livre, déstabilisant tous les admirateurs de ces auteurs renommés… qui avaient déjà prévu la suite du conte merveilleux de Zappa le glorieux… Elle s'intercala entre les récits des aventures zappatesques et dit avec une voix qui laissait suggérer tous les bouleversements auxquels personne ne s'attendait :


- Les décors sont de Roger Hart… Les costumes de Donald Cardwell et ces deux connards se sont pris une telle biture hier soir qu'ils se sont lamentablement plantés et ont mis dans le décor…


HORREUR… MALHEUR…ET ALORS ?… ET ALORS ?… à la place du pommier libérateur (et n'y voyez aucune allusion politique…merci !!)… ils ont plantés…

UN ORANGER !! ah les cons !!! ah les abrutis par l'alcool…!!! Et voilà comment on fout en l'air toute la crédibilité d'une merveilleuse légende… mais qu'allait devenir Zappa lorsque ses fans allaient s'apercevoir en moins de temps qu'il ne faut pour le dire qu'il ne pourrait JAMAIS cueillir la pomme libératrice… puisque cette pomme n'existait que… par une orange !!?? quelle allait être leur déception… leur tristesse… leur désarroi devant une telle imposture ?

Comment Zappa allait-il persuader Dragibus… le terrible Dragibus qu'une pomme pouvait être orange… ?


Zappa aurait dû s'y préparer… il aurait pu prévoir cet incident regrettable… JOCKEY le lui avait fait comprendre dans la forêt sans le lui dire vraiment… il lui avait diiiiiiiiiiiiiit… iiiiiiiiiiiiiii plus loin…est ce qu'il yyyyyyyyyyyy aura des oranges ?… iiiiiiiiiiiiiiii… des n'enfants… des zupes blansses… iiiiiiiiiiiiiiiiii !!! Mais zappa, pris dans sa torpeur n'avait su comprendre le message… comment allait-il s'en sortir… comment allait-il parer à ce terrible… contretemps… qui arrivait… juste avant… qu'il ne croit atteindre son but !!?? qu'allait il faire ??


La vendeuse de confiserie l'avait prévenue avant qu'il ne se retrouve… de face… à ce terrible problème… et qu'il ne subisse la honte de sa vie alors… allait-il trouver la solution pour avoir quand même ce premier rendez-vous qu'il attendait si doux et troublant avec son buisson de ronces… ???


TA TA TA… TAMBOURS… TROMPETTES… CHOCOTTES… et SUEURS FROIDES… Zappa l'intrépide DEVAIT trouver la solution… Il en allait de sa réputation… car sans prétention, s'il ne trouvait pas la solution, au village on l'attendait au coin d'la rue à l'heure où les lumières s'éteignent… Hart avait trop bu et confondu pommier et oranger… quels bras lui restaient-t-il pour poser sa peine ?


Dans un premier temps « beat on the brat… » Zappa eut envie « with a base-ball bat… » de réagir style Chucky3 la poupée sanglante ou Babycart l’enfant-massacre que Tipper Gore et le CSA réunis y z‘auraient exigé de stickeriser ce site façon « les mots contenus dans ce récit sont garantis contre la damnation éternelle » ou d’y faire apposer une signalétique particulière style vert « un pour tous et tous pour un », orange « putain, bordel Roger et Donald si je vous trouve… beat on the brat with a base-ball bat » et rouge « le seuil franchi, non seulement vous risquez de vous en prendre plein la gueule with a base-ball bat mais en plus les limites intuitives de votre perception subiront une poussée de vie à trépas »…


Surtout dans le coin y’avait une espèce de nymphette à la noisette qui lui chantonnait :


- Celui-là il en redemande, il a le goût du désastre et il est gourmande ( à cause que de la rime) t’aurais tort de te gêner puisqu’il te tend l’autre joue, vas-y, au fond c’est ce qu’il attend… celui-là c’est la reine des pommes…


Mais, se souvenant de l’Ecriture « alors il fut emmené au désert par l’Esprit pour être tenté par le Diable », il se ravisa tout en pensant qu’il n’allait tout de même pas jeûner quarante nuits et quarante jours… Il se ravisa et réfléchit. Qui pouvait lui tendre ce piège destiné à éprouver la pureté de son âme ? Dragibus ou quelque esprit supérieur ?


Il regarda l’orange longuement. Il savait que ce n’était qu’un leurre : que cette orange était bel et bien une pomme, La Pomme. Il avança le bras puis le retira aussitôt. Et si ce n’était qu’une orange ? il lui resterait toujours deux tentatives. Non, c’était La Pomme… mais l’arbre n’a pas chanté… c’est vrai ça l’arbre n’a pas chanté… ce n’est pas l’arbre, ce n’est pas le bon arbre… Alors Zappa l’intrépide prit sa hache et entreprit d’abattre l’arbre et abattre un baobab n’est pas chose facile… Au premier coup porté, il crut entendre des voix style « sirène sur mon rocher viens je me languis de toi ». Il s’arrêta. Non. Au deuxième coup, même impression. Il s’arrêta à nouveau. Troisième coup. Même chose. Eh oh tu vas t’arrêter entre chaque coup sinon ton baobab y s’ra jamais abattu ! Alors il cogna et recogna et rerecogna… et pendant qu’il cognait une voix s’éleva de l’Arbre:


Tes souvenirs se voilent

Ce n’est pas un maléfice

Si tu crois en ton étoile

Voilà la Pomme d’Apis


Quelle chanson c'était déjà ?… Non, c'était pas la bonne, mais l'arbre chantait, pour tout dire, il swinguait…


Allez, continuons, continuons, même si je dois y passer vingt années, il faut que je continue… Il faut que je sauve Rosalinde. Cette pensée eut un effet extraordinaire sur Zappa, il se mit à cogner et recogner… et l'arbre se mit à chanter…

Place des grands Hommes, un truc d’un ménestrel très connu. C'était un peu nostalgique, mais c'était un sacré indice, c'était le bon arbre. Encore quelques coups et hop, il changea de répertoire et chanta « on t'attendait »…

Là, Zappa s'arrêta un instant pour reprendre son souffle et pour se donner du courage il se mit à chantonner:


Il n'y a rien de plus fier, que les scieurs de longs

Quand ils sont à cheval, assis sur leur chevron.

Lorigni, lorigna, carmagna chichi greuh… chi… chi…


C'était bien un peu paysan, comme refrain, mais ça marchait. L'arbre était entamé sur près de la moitié du tronc. Zappa suait sang et eau, mais il continuait… La délivrance de Rosalinde était à ce prix…

Ah, Rosalinde, il ne l'avait pas encore vue telle qu'elle devait être, en elfe, mais il s'en faisait déjà une joie…


« Oui, bientôt, Dragibus aura perdu la partie et je rendrai Rosalinde à ses parents… »


Et comme pour l'encourager, l'arbre entonna tout à coup la fameuse chanson qui allait lui donner la victoire :


« C'est la vie… » et, Miracle des miracles, la pomme et l'anneau se détachèrent de la branche et se mirent à tourner lentement comme la queue du Mickey que les enfants doivent attraper sur les manèges.


L'arbre continuait sa chanson et Zappa continuait à cogner. L'arbre s'abattit d'un coup au sol, la pomme et l'anneau toujours suspendus en l'air par les ondes magiques de la chanson. C'est alors que Zappa cria très fort :


- Arbre de vie ! Que ta pomme cède à mon envie, pour l'amour de la belle Rosalinde je suis ici, et ne repartirai que vainqueur auprès de ma mie…


La pomme et l'anneau s'immobilisèrent d'un coup à la hauteur du petit lutin. Un roulement de trompette répondit à l'injonction de Zappa tandis qu'il tentait de passer sa main à travers l'anneau de feu.


Juste avant… Quelle idée lumineuse, il venait d'avoir… Pour transformer l'anneau de feu en eau, il se mit à chanter « juste avant » (une autre chanson du ménestrel très connu mais que la décence ne nous permet pas de citer ici) en pensant à Rosalinde. L'effet fut quasiment immédiat, l'anneau de feu se transforma en glace. Alors il continua de penser très fort à Rosalinde, à la berceuse qu'il lui avait chantée, à la douceur de sa voix et du fond de sa gorge jaillit une nouvelle chanson…

C'était « Voulez-vous ». Comment y avait-il pensé ? On ne le sut jamais mais la glace fondit en larmes d'eau et Zappa put glisser sa main pour saisir la pomme, qui se retrouva d'un seul coup en sa possession.

Il avait gagné la pomme de l'Arbre de la vie…

Et il ne ferait pas partie des affreuses statues disséminées dans le jardin, ça non.

Mais le chemin du retour n'allait pas être de tout repos…


Après avoir longtemps marché, il se rendit compte - il fallait bien l’admettre qu’il était perdu. Plusieurs voix tentaient de l’attirer chacune dans sa direction… sur sa gauche…


- Allez viens ! Je connais des sirènes que tu ne connais pas! »


Sur sa droite…


- Viens… je te présenterai une nymphe qui voudra tout…


Derrière lui…


- Allez, suis-moi ! je t’emmène vers des paradis que l’on dit perdus !


…devant lui… :


- Viens, on t’attendait… y’a la fête dans nos guinguettes…


Il s’assit pour manger un peu et aussi pour réfléchir. Il arriva qu’il s’assoupit. Des éclats de voix le réveillèrent. Il vit alors deux géants qui lui faisaient signe d’approcher et quand il fut près d’eux, ils lui expliquèrent :


- Nous nous disputons ce chapeau mais étant de force égale, aucun de nous ne peut sur l’autre l’emporter. Alors c’est toi qui va trancher.

- Pourquoi vous battre pour un vieux chapeau tout cabossé ?

- C’est que tu ignores qu’il ne s’agit pas là d’un chapeau ordinaire, il est magique : quiconque le porte peut aller où il veut.


- Donnez-le-moi. Je vais me mettre là bas et vous allez faire la course. Le premier arrivé aura le chapeau.


Ils lui donnèrent le chapeau. Zappa, en s’éloignant, le mit sur sa tête. Comme le temps lui paraissait long ! « Ah si je pouvais être près de Rosalinde ! »


Sitôt dit, sitôt fait.

Mais hélas ! Le spectacle qu’il eut sous les yeux le désespéra. Qu’était-il arrivé au buisson de son cœur ? Lui autrefois si beau, si flamboyant, il semblait tout ratatiné.


- Oh Rosalinde qu’est-il arrivé ?

- Dragibus, ayant appris que tu avais récupéré l’anneau et la pomme, afin de t’obliger à les lui donner, m’a jeté un nouveau sort. Il ne me libérera qu’en échange de la pomme et de l’anneau.

- Cachons-les. Je lui dirai que des voleurs m’ont attaqué dans la forêt et qu’ils ont pris ces deux précieux biens. Que si je suis revenu, c’est qu’ils étaient si nombreux que seul je ne pourrais jamais les combattre… mais que s’il m’aidait de ses pouvoirs alors… nous pourrions aller leur reprendre son bien.


C’est effectivement ce qu’il expliqua à Dragibus. Celui ci le crut.


- Oui je connais bien ces voleurs. Ils possèdent plusieurs objets que j’aimerais savoir en ma possession. Je pense à une certaine boule de cristal. Allons-y.


Allons-y, Alonso, oui mais 'z où ? Le Bois Joli est si vaste… nombreux sont les endroits où des voleurs pourraient cacher leur butin. Autant chercher une épine dans une botte de foin !

Mais Dragibus était tellement motivé par l'espoir de retrouver La Pomme et d'acquérir en plus la boule de Cristal… Un jour je suis partie… Parce que j'avais envie… De vivre ma vie… Quand on s'appelle Cristal… On croit en son étoile…


Le voici donc parti, Zappa sur ses talons, fouiller la forêt de fond en comble.


Alors qu'ils cherchaient déjà sans succès depuis plusieurs jours, voilà qu'ils arrivent… Dans la cours de récré ? À la terrasse d'un café (des délices) ? Non…

C'était un petit jardin… qui sentait bon le métropolitain… qui sentait bon le bassin parisien…

Un jardin, comme tu les dessinais…

Et au milieu de ce jardin, une étrange compression genre César…

Dragibus donna un bon coup de pied dedans et voyant que rien en se passait, il disparut du jardin à la recherche d’autres pistes… Mais son acolyte le lutin était trop curieux et intrigué pour abandonner si vite…


Zappa l'intrépide s'approche pour l'examiner. Un compas, une équerre, des bouts de rails, un essieu, et au milieu… quelque chose qui avait dû ressembler un jour au visage d'un homme… et voilà que oh… surprise… la moustache se met à bouger…


- Assieds-toi deux secondes, j'ai besoin de te parler, la nuit a été longue, essaie de m'écouter…


Et l'étrange personnage de lui expliquer qu'il avait été mandaté par la 'Est-ce haine ces elfes' pour étudier le futur tracé du TGV.


- Le tracé du quoi ?


Zappa l'intrépide ne savait pas ce qu'était un TGV.

Un TGV, un « train pour gazelles voyageuses »…


Un train ?… sa maman lui avait bien parlé de la rencontre de son grand-père et sa grand-mère maternels, à bord de l'Orient Express… mais lui-même n'avait jamais vu de train dans une gare, jamais attendu le matin du départ… Qu'à cela ne tienne il faisait déjà ce rêve étrange et pénétrant d'emmener sa douce Rosalinde à bord du Pony Express, découvrir ce Far West que racontait la fameuse Lucky Lucie dans un de ces livres qu'il avait lus…


Mais le césarisé continuait son histoire…

Des diverses possibilités qu'il avait présentées, celle qui avait été retenue était celle qui traversait la forêt du Bois Joli. Il était donc venu là avec toute une équipe pour commencer les travaux. Je m' dépêche, j' suis en r'tard Y' a d'jà plein d' monde qu'attend…


Eh oui… tous les habitants de la forêt du Bois Joli, alertés par je-ne-sais-quel sixième sens les attendaient de pied ferme ! Bien décidés à résister encore et toujours à l'envahisseur.

Ils lui ont braqué son gâteau, lui ont piqué ses roudoudous, emprunté quelques dollars, l'ont goudronné et plumé… Mais le promoteur n'était pas décidé à se laisser faire par une bande d'elfes et de trolls dix fois plus petits que lui ! Quant aux animaux, ils sont faits pour être domestiqués (ou mangés) par les hommes ! Il ordonna donc à ses ouvriers de prendre leurs sécateurs, faucilles et autres serpettes et de commencer à défricher.


En fait, ce jardin était celui de la reine des fleurs, la maman de Rosalinde. Elle le supplia :


- De grâââce de grâââce monsieur le promoteur… De grâââce de grâââce, préservez cette grâce… De grâââce de grâââce monsieur le promoteur… Ne coupez pas mes fleurs…


Mais le promoteur n'avait que faire des supplications d'une elfe-fée et reine en plus du reste.


- Pleure pas, pleure pas, pleure pas… On t'avais bien prév'nue… Mais tu nous as pas crus…


Et le massacre continua.


Et alors… et aloors… et aloooors ? Zorro est arrivééééé sans s'presssseeeeeer… En fait de Zorro, c'était Trolleybus qui observait la scène depuis un moment et qui se décida à intervenir. Trolleybus, c'est le plus âgé des trolls maléfiques… le grand-papa de « c'est tout l'portrait d'son papa » Dragibus et de son cousin Cumulobus, que tout le monde appelait Cumulo-nain-bus à cause de sa taille minuscule. Trolleybus, donc, se fâcha tout rouge ! Le promoteur était d'moins en moins à l'aise face à ce troll fâché qui finalement lui dit


- Vous coupiez ? J'en suis fort aise… eh bien… statuez maintenant !!


Et c'est comme ça qu'il se retrouva changé, avec tout son matériel, en statue de sel… sal… salsepareille… buvons un coup ma serpette est perdue… chevaliers de la table ronde, goûtons voir si le vin est bon, le vin est bon… ah le petit vin blanc… qu'on boit sous les toneeelles… quand les filleeeuh sont beeelles…


Pardonne-moi, je m'égare, mais tout me fait peur ce soir.


Le promoteur compressé avait l'air bien désespéré, mais Zappa pensait qu'il n'avait pas volé sa punition. Et puis il avait d'autres chats à fouetter.

Paraît qu'on a rendez-vous du côté… du… petit (on a même fait pogotter l')pont de bois… Charlebois, Charles Aznavour, Charles Trenet, Nationale *7*… boum… quand votre coeur fait boum… que reste-t-il de nos amooouuurs… Laurent Voulzy… Belle-île-en-mer… le soleil donne… la même couleur aux gens…

Un rayon de soleil se pointe au coin d'la rue, un sourire, un éclair, alors… on continue ?


- Mais qu'alliez-vous faire dans cette galère ? soupira Zappa. Franchement, je ne vous plains guère. A-t-on idée de s'en prendre à un jardin qu'est même pas à vous, à une forêt, hantée par les trolls et les elfes moqueurs pour construire un train pour gazelles voyageuses ? Les gazelles, ça roulent qu'en Afrique et encore sur quatre pattes, quoiqu'avec les progrès de la science et de la magie, je ne sois plus sûr de rien… Bon, L'enchanteur Dragibus et moi, on est à la recherche d'une boule de cristal, vous auriez pas ça en magasin ?

- Attendez voir… j'ai un vieil album de Tintin où il y en a sept, mais c'est peut-être autre chose que vous cherchez…

- Plutôt… C'est pas un livre mais une vraie boule de cristal pour voir l'avenir à l'intérieur…

- L'avenir pour moi se résume à ma ruine, totale et définitive…


« Décidément, cet homme était vraiment fou à lier », pensa Zappa. « Vaut mieux l'abandonner dans ce jardin ».


Il allait tourner les talons quand il entendit des pleurs venant d'un buisson de roses. Il s'approcha doucement et découvrit une très belle elfe, toute vêtue de pétales de roses rouges, qui sanglotait dans les bras d'un petit homme vêtu de satin brun et de velours safran…


C'étaient les parents de Rosalinde.

Le cœur de Zappa se serra. Volontairement, il fit craquer une branche et lorsqu'ils se retournèrent vers lui, il s'inclina devant eux en leur disant :


- Ne pleurez plus votre fille bien-aimée. Je l'ai retrouvée et je suis en passe de la sauver.

- Toi ? Un lutin ? mais tous les lutins de la région ont disparu après que nous les ayons envoyés libérer notre fille…

- Oui mais moi, j'ai réussi. Et je sais où est Rosalinde…

- Alors, apprends-nous vite comment la rejoindre…

- C'est tout simple. Venez près de moi. J'ai un chapeau magique qui nous emmènera la retrouver en cinq secondes, plus vite que la Redoute…


Aussitôt dit, aussitôt fait.

Les parents éplorés retrouvèrent leur fille, enfin le buisson Rosalinde avec toute la joie que vous pouvez imaginer. Ce furent des retrouvailles tendres mais aussi tristes. Le génie des abeilles était particulièrement contrarié de l'état dans lequel se trouvait sa fille :


- Ma chère enfant, comme te voilà faite…

-Ah mon père, sans l'intervention de ce jeune homme qui se cache là-bas et qui vous a amené jusqu'ici, ma situation aurait été bien pire… Il m'a soutenue, consolée et mieux, il a décroché la pomme de l'arbre qui chante et l'anneau de feu dans l'intention de me sauver de l'emprise de Dragibus.

- Monsieur, vous avez notre infinie reconnaissance, s'écria la reine des fleurs. Mais le temps presse. Si Dragibus ne redonne pas sa forme première à ma fille d'ici la tombée de la nuit, elle restera buisson pour toujours. En effet, elle fête ce soir ses quinze ans et à minuit, elle ne sera plus protégée contre le sort qui lui a été jeté. Il faut que Dragibus revienne ici coûte que coûte. Avez-vous encore la pomme et l'anneau ?

- Oui madame.

- Alors, il faut en faire usage. Mettez à votre doigt l'anneau qui vous protégera de la colère de Dragibus et invoquez le pouvoir de la pomme d'amour pour Rosalinde et pour vous. Dragibus percevra les ondes magiques et alors vous pourrez détruire pour toujours son pouvoir maléfique. Il vous suffira de dire : « hocus, pocus, hippopotamus, que le pouvoir soit retiré à Dragibus. » Rosalinde pourra alors retrouver sa véritable apparence et devenir votre femme, car vous êtes amoureux, n'est-ce pas monsieur le lutin dont je ne sais toujours pas le nom ?

- Je suis Zappa, madame, Zappa l'intrépide. J'habite sur la lande des bruyères et je l'avoue, j'aime votre fille, termina-t-il en rougissant. Je sais bien qu'un lutin de condition modeste a peu de chances de plaire à une aussi belle personne que votre fille, mais… je… l'aimerai de tout mon cœur.

-Ah, mon cher Zappa, tes sentiments répondent aux miens au delà de ce que j'osai espérer, s'écria Rosalinde. J'ai eu tant de moments de solitude et d'angoisse, seule dans cette forêt, que je ne veux pas d'autre époux que toi. Même lorsque j'aurai retrouvé ma condition d'elfe.


Waaaaaaaaaououh !


- Maintenant qu'on a besoin de lui, il est parti ou il se cache, le Dragibus… ouh ouh Dragibus… mon petit DRAGIBUS OUKETI OUKETI mon Dragibounet montre-toi… fais pas ton timide, on ne te croirait pas… viens zy voir j'ai une Pomme pour toi… une bien jolie pomme…

Ah Rosalinde mon cœur contre ton cœur et dis-moi qu'il n'est pas de plus charmant bonheur!

Dragibounet… vienzy vienzy ouhlalala la jolie pomme qu'il a là son papa.

Ah Rosalinde viens… mon seul amour c'est toi, rien n'existe pour moi hors de toi chérie…

POMME QUI VEUT GAGNER DES POMMES ?


Attiré par l'Zappa du gain, le Troll Dragibus se présente devant nous enfin ! Ni une ni deux… j'enfile l'anneau… je lui montre la Pomme… et HOCUS… ah Rosalinde… POCUS… viens… mon seul amour HIPPOPOTAMUS c'est toi… QUE LE POUVOIR SOIT RETIRE A DRAGIBUS !…


À ces mots, Rosalinde redevint… une superbe jeune fille, une elfe blonde aux grands yeux bleus pervenche et longs cheveux. Vêtue d’une tunique rose, à broderie d’argent, elle était ravissante. Son front délicat était ceint d’une jolie couronne d’églantines du même ton que sa robe et des ailes de papillon mordoré la faisaient s’envoler et se poser avec grâce sur l’herbe du bois… Zappa en fut tout ému. Alors tendrement, Rosalinde s’avança vers lui et mit sa main entre les siennes. Il l’attira contre lui, l’entoura de ses bras et baisa les lèvres douces et fraîches de sa petite elfe avec émotion en chuchotant :


- …and you'll be a woman soon…


Autrement dit, il lui promit d’en faire sa femme au plus vite. Rosalinde rougit de confusion et de bonheur.


Dragibus, dans un cri épouvantable qui ébranla toute la forêt, disparut alors pour toujours, transpercé par l’injonction magique et par la douleur de voir Rosalinde à tout jamais hors d’atteinte. Poussière parmi les poussières, rien ne subsista de lui qu’une odeur de vieux chien mouillé, que l’on sent parfois en forêt après une bonne pluie. Et on entendit plus jamais parler de lui.


La reine des fleurs et le génie des abeilles, fous de joie de retrouver leur fille, récompensèrent le courage et l’audace de Zappa en le comblant de biens. Il reçut tous les hommages qu’un roi peut espérer, il lui fut accordé de se mêler avec tous les habitants de la forêt et de régner sur une grande partie du pays de Brocéliande. Le génie des abeilles lui fit même cadeau d’une paire d’ailes de libellule pour pouvoir suivre partout sa bien-aimée.


Alors Zappa, heureux et le cœur léger se mit doucement à chanter :


- Désormais Rosalinde chérie le vent soufflera pour nous les mots les plus doux… et le ciel bleu sur nous pourra s'effondrer et la terre peut bien s'écrouler que m'importe si tu m'aimes… tant que l'amour inondera nos matins… que m'importe les problèmes mon amour puisque tu m'aimes.


EUH FIN ?


Il ne faudrait pas finir sur ces doux mots d'amour sans ajouter à ce conte une petite morale :


A l'aventure un lutin partit un jour

Dans une forêt inconnue, il risqua et sa vie et son amour…

Mais l'audace sourit à l'intrépide

Pourvu que la magie lui prête son fluide.

Ainsi l'amour est le meilleur remède

Et contre lui l'enchanteur ne peut rien

Il ne lui fallut qu'un bien court intermède

Pour triompher d'un troll malsain.


Ainsi la forêt du Bois Joli retrouva son calme

Trolls, elfes et lutins s'y amusent toujours

Zappa a épousé sa tendre et jolie dame

Et des enfants couronnent leurs belles amours.


 
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   Karl   
28/3/2007
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Et bien ! Longue épopée que celle de Zappa ! J'ai apprécié le ton plutôt léger et l'imagination qui entourent ce texte. On a l'impression qu'il a été écrit pour être raconté ou lu aux enfants, bien qu'agrémenté de nombreuses touches d'humour pour les parents. Chacun y trouve son compte ! Chouette aventure, loin des autres écrits, bien plus intimes, de Musea.

   Anonyme   
27/2/2007
Wouahh, excellent je le ferai lire à mon fils !


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