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Humour/Détente
Narbah : Cher Oncle : enfermé dehors
 Publié le 14/07/10  -  13 commentaires  -  10521 caractères  -  104 lectures    Autres textes du même auteur

Je suis étudiant en tautologie et en attendant d'avoir une chaire au Collège de France (seule institution où il puisse être envisageable de voir se traiter un jour cette discipline), je travaille à la Poste depuis plus de trente ans.
Je songe à me reconvertir.


Cher Oncle : enfermé dehors


Mon cher Oncle,


Ce n'est pas sans une émotion certaine que je me tourne vers toi alors que la vie me demande de faire un choix engageant mon avenir tout entier. Rassure-toi, il ne s'agit pas de te demander de l'argent. J'espère seulement un conseil en soumettant à ta sagacité une problématique existentielle dont je ne parviens pas à bout tout seul. Je viens de prendre conscience que jour après jour, je m'étais laissé enfermer par le quotidien. Pourtant, j'ai cru être libre en m'adonnant au bénévolat. Mais j'ai pris conscience de la gratuité de l'acte gratuit. À présent c'est fini : du passé je veux faire table rase comme dit la chanson. Tu vois que je suis dans une excellente disposition d'esprit.


Si je m'adresse à toi cette fois encore, c'est parce que tu es le seul de la famille à avoir reconnu en moi quelque valeur. Tu as la bonté de me gratifier de l'héroïque sobriquet de "pionnier" dans le texte de la gentille carte postale que tu m'as envoyée du Costa Rica. Bien sûr, je ne peux m'empêcher d'envisager avec un peu d'aigreur le regard ironique que tu peux légitimement porter sur mes chaotiques aventures (on n'en reparle pas, d'accord ?). Mais il me semble que tu es presque sérieux lorsque tu dis "pionnier", bien que tu éprouves le besoin de le préciser lourdement (je te cite mot à mot : "Tu es un véritable pionnier. Je ne plaisante pas, je le pense vraiment"). Puisque nous sommes dans les confidences, je pense comme toi. Je crois bel et bien être toujours trop en avance. Loin de l'envisager comme un défaut, je persiste à penser que c'est au contraire ma plus grande force. C'est elle que je dois utiliser pour me désincarcérer du machinal.


Avant d'entrer dans le vif du sujet, il peut être utile que tu connaisses les grands axes qui ont guidé mes pensées et mes actes jusqu'ici. Nous n'avons pas souvent parlé de cela. L'idée de départ c'est que, petit bourgeois de naissance, je me devais de transcender cette origine vulgaire par une existence hors du commun. Mon combat, qui était alors dans l'air du temps, c'était de parvenir à démocratiquement entraîner derrière moi l'ensemble du prolétariat pour faire accéder chaque travailleur à ce statut d'être exceptionnel. Je le concède avec le recul, c'était parfaitement contradictoire. Pourtant j'ai toujours trouvé des volontaires sur la base simple de cette plateforme subversive. Tu sais combien de folles entreprises j'ai soutenues, aidées, parfois dirigées ! J'étais soutenu dans mes théories comme dans ma pratique par le droit à la contradiction cher à Nietzsche. Je ne crois pas déjà t'en avoir parlé, mais lorsque j'étais en terminale, j'ai plus ou moins été violé par ma prof de philo, une remplaçante. Elle était nietzschéenne. Cela m'a beaucoup aidé. J'ai découvert que Nietzsche est né un 15 octobre, comme moi, et que partant nous étions tous les deux du signe de la balance. Ça m'a donné confiance. J'ai fait mienne la fière devise inscrite au dos de l'édition de poche de "Ainsi parlait Zarathoustra" : "Il faut beaucoup de chaos en soi pour accoucher d'une étoile qui danse". Tu vois que je n'ai pas des références bidons. Mon Oncle, tu n'as qu'un an de plus que moi et tu as connu les années de créativité et d'intelligence révolutionnaires. Qu'est-ce qu'on a pu faire comme conneries et rigoler grâce à notre idéal !


Passons.


Je continue sur les traces de mon parcours intellectuel. Après avoir raté l'heure du BAC deux ans de suite, c'est étrange à dire, mais je n'ai eu aucune difficulté à entrer comme concepteur rédacteur publicitaire dans une petite agence. En revanche, et au nom de la rhétorique, il aurait fallu faire le deuil de la dialectique pour pouvoir durer. Je n'ai jamais pu l'accepter, comprends-tu mon Oncle ; jamais ! J'ai quand même réussi à tenir assez longtemps pour avoir droit au chômage. Après je me suis spécialisé dans les petits boulots sans spécialité. Mais, aujourd'hui, je dois reconnaître que j'ai de plus en plus de mal à me situer. Je me sens prisonnier. Et pourtant comme dans le poème : "J'étais insoucieux de tous les équipages"… Je me permets de citer Rimbaud car je n'ai pas trouvé comment le dire mieux que lui. J'ai tout envisagé : l'agriculture bio, fonctionnaire territorial, l'humanitaire, le commerce équitable, Que Choisir… Les idéaux actuels me conviennent mal. Je ne parviens pas à retrouver l'exaltation libre de mes jeunes années.


J'ai toujours secrètement admiré la voie que tu as su emprunter. Car si j'étais libre dès mon plus jeune âge, tu étais, toi, enfermé. Enfermé dans ta famille catho, dans tes révisions d'examens, etc. Et dire qu'aujourd'hui c'est l'inverse !


Tu t'es évadé, n'est-ce pas ? Comment as-tu fais ?


Comment as-tu pu devenir conseiller financier toi qui sais à peine compter, comment ? Est-ce parce qu'à l'époque où on fumait des pétards tu t'es intéressé au bouddhisme zen? As-tu eu une révélation à ce moment-là qui t'a amené à "l'Éveil" ? Donc, et tu l'auras maintenant compris, c'est plus encore à l'alchimiste, au chaman, qu'à l'Oncle, que je m'adresse. Tu sais, depuis la mort de Papa, je me sens orphelin. Souviens-toi que tu es aussi mon parrain.


Mais j'en viens au fait : j'ai trouvé deux possibilités d'avenir susceptibles de me libérer. Allez, je me lance : j'expose mes deux hypothèses qui sont en fait deux métiers bien distincts.


Le premier auquel j'ai songé c'est psychanalyste. Je me placerai évidemment dans une optique a-curative et dans une posture constructive. J'entends par a-curatif que le but de mes accompagnements thérapeutiques n'aurait pas pour objet de réparer une destruction mentale constatée chez mes patients. J'entends donc laisser le curatif aux psychiatres. Pas question non plus de thérapie palliative - le marché est déjà très encombré - mais bien d'une thérapie résolument axée vers l'amélioration de l'individu sain d'esprit et de corps. Cette branche spécifique de la psychanalyse serait en effet destinée à la construction dans l'inconscient du patient d'une sorte de surhomme invisible capable de manipuler lui-même son surmoi. Je ne m'éloigne pas tellement des théories de Nietzsche en fait. Bon, je ne m'étale pas trop sur l'aspect théorique car je sais que ta brillante intelligence te permet d'entrevoir toutes les potentialités nouvelles d'une telle pratique. C'est une activité peu fatigante du point de vue physique, ce qui correspond parfaitement à mes capacités actuelles. Elle ne nécessite qu'un investissement financier réduit : un canapé, un fauteuil, quelques cahiers de brouillon et quelques crayons. J'ai déjà tout ce qu'il faut, sauf le canapé. Mais je le trouverai aisément en chinant chez les brocanteurs. Je sais de source sûre que les émoluments sont substantiels.


Le deuxième métier qui pourrait m'attirer c'est intellectuel. Ça me plairait vraiment aussi. Le plus simple pour moi je crois, ce serait de tenter de devenir l'auteur d'un seul livre qui ferait qu'on me reconnaîtrait d'emblée comme intellectuel : un homme à la pensée obscure. Quelque chose dans le genre du "Ulysse" de Joyce, ou encore "À la recherche du temps perdu" de Proust. Tu vois le genre. Je crois que je pourrais simplement transcrire le plus fidèlement possible tout ou partie de ces cahiers que j'ai noircis à une vitesse vertigineuse lors de mon séjour à la clinique. Car tu ne le sais peut-être pas mais j'ai fait un épisode d'hypertension (après que Jeannette soit partie vivre au Canada avec les enfants) qui m'a obligé à prendre trois semaines dans une maison de repos. Comme Baudelaire, on m'a drogué. J'ai été à ce moment-là littéralement habité par une "scriptorrhée" qui m'a permis d'écrire plus de cinq milles pages sur des cahiers Clairefontaine 17x22 quadrillés 5x5. J'ai vidé des dizaines de stylos Bic jaunes à encre bleue (pointe tungstène ultra fine). J'écrivais très serré, en partant de tout en haut à gauche de la page, sans interlignage ni marge, et je parvenais sans peine à emplir un cahier entier de 192 pages en deux ou trois jours. Le débit s'est peu à peu ralenti et le flot d'encre s'est tari un peu avant la fin du 25e cahier. Tout est dans une boîte rouge. Une production dont l'intensité et la densité sont indéniables, et ce en quantité phénoménale ; même si l'on doit se résoudre à retrancher quelques passages. Ce ne sera peut-être même pas nécessaire. Il paraît que Joyce pour son "Ulysse" , n'a pas supprimé grand chose des notes qu'il prenait sans cesse sur de petits carnets et qu'il s'est contenté de les mettre bout à bout. J'ai une idée de titre : "Libération". Il faudra employer les services d'une claviste-correctrice chevronnée pour faire émerger le texte. J'ai parfois un peu de mal à me relire. Il n'en reste pas moins que l'œuvre est posée. Reste à trouver un éditeur et après c'est l'autoroute. Tu m'aiderais ? Pour être franc, je ne m'attends pas à gagner des mille et des cents avec ça. On parle beaucoup des écrivains intellectuels mais peu de gens vont jusqu'à acheter les livres et, à part quelques vieilles dames, personne ne les lit, à mon avis. Le seul frein, c'est la peur agoraphobe que j'éprouve à l'idée de devenir célèbre. Mais je pourrai prendre des cours de théâtre à la MJC. Il paraît que ça aide beaucoup.


Psychanalyste ou intellectuel ? Intellectuel ou psychanalyste ? Pour t'aider à me conseiller, car je t'entends déjà sourire de mes hésitations, je tiens à te préciser que j'ai beaucoup réfléchi à ces deux possibilités. Bien entendu, je pourrais envisager d'être à la fois psychanalyste et intellectuel, d'autres l'ont fait avant moi. Mais il me semble qu'il serait préférable de ne pas placer la barre trop haut. Et puis ce serait céder à la facilité que de choisir de ne pas choisir.


Je dois maintenant te laisser car nous avons monté avec des copains une "Université Libre de Tautologie" (association loi de 1901). Nous œuvrons parallèlement pour la persistance culturelle de l'échange d'idées dans les bistrots. C'est très important car peu à peu, les cafés disparaissent. Je t'en parlerai un autre jour.


Sinon, pour ce qui est de mon boulot à la Poste, ça me dépanne. Je te remercie de m'avoir présenté ton copain de lycée qui t'a retrouvé grâce à internet. Il vient de rater le concours pour passer en 2e catégorie. Il reste chef du bureau des distributions quand même (pour toute la circonscription) mais il n'aura pas d'augmentation de salaire.


Prends ton temps pour répondre. Je ne ferai rien sans avoir ton avis au préalable.


Je t'embrasse très fort, ton neveu affectueux,


Franz


 
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   florilange   
21/6/2010
 a aimé ce texte 
Un peu
Je suppose que ce texte se veut un pastiche, se moquant de ces ratés souffrant de "masturbation intellectuelle". On en a tous déjà vus de ce genre, à qui l'instruction et la culture ont fait plus de mal que de bien, vu qu'ils les ont utilisées avec le cerveau dont ils disposaient. Le côté drôle m'a échappé. Le style semble correct.

   Anonyme   
24/6/2010
 a aimé ce texte 
Pas
Bonne introduction qui pose bien la situation.
Je n'ai pas compris le titre: "enfermé dehors".
Cet oncle semble important pour l'auteur, mais il n'est pas suffisamment présenté. Oncle qui est d'un an l'aîné de l'auteur, et qui est aussi son parrain (étonnant avec un an d'écart!). Donc à part de savoir qu'il est conseiller financier et chaman ...et qu'il est un peu un modèle pour l'auteur, nous savons peu de choses. Vu son importance dans cette lettre, c'est dommage.
Par ailleurs, les choix d'être intellectuel ou psychanalyste arrivent sans véritable argumentation et démonstration ... On aurait pu nous amener tout autre métiers ...pourquoi pas ! mais pourquoi ?
La lettre gagnerait à être plus courte pour être plus percutante, beaucoup de digressions.
Par moment, cela frôle l'humour, mais cela n'y va pas franchement.
Bref, des idées, mais parfois on s'ennuie un peu.

   Myriam   
29/6/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Tout d'abord, la phrase d'exergue m'a un peu embrouillée. Lettre de motivation? L'humour a dû m'échapper.

Pour le texte lui-même, si j'ai eu un peu de mal à entrer dedans, j'ai pris ensuite beaucoup de plaisir à le lire.

L'écriture est fluide, les références point trop lourdes, certaines expressions font mouche. (mention spéciale à "me désincarcérer du machinal.")

Et l'humour est de plus en plus perceptible à mesure qu'avance le texte ("Le seul frein, c'est la peur agoraphobe que j'éprouve à l'idée de devenir célèbre. Mais je pourrai prendre des cours de théâtre à la MJC. Il paraît que ça aide beaucoup. Le seul frein, c'est la peur agoraphobe que j'éprouve à l'idée de devenir célèbre. Mais je pourrai prendre des cours de théâtre à la MJC. Il paraît que ça aide beaucoup."... Très drôle!).

J'aime beaucoup le personnage qui se construit, dans sa douce folie et son exaltation.

Une bonne lecture donc!

   Perle-Hingaud   
8/7/2010
 a aimé ce texte 
Bien
Un texte qui se mérite. Oui, il faut passer outre le résumé (lettre de motivation ?), le verbeux du ton, l’impression d’impasse du début. Et puis, au fur et à mesure de la lecture, mes yeux sont apprivoisés. Apparait alors un drôle de personnage, assez pitoyable, gonflé de vantardise, bavard et sûr de lui. L’humour monte, occupe l’espace, et rachète les écueils du début. Une lecture au final intéressante, différente. Merci.

   costic   
14/7/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Le mélange de fatuité et d'innocence de Franz ont fait mouche. J'ai trouvé le texte très bien écrit, d'un humour fin. Une parfaite description d'un orgueil pathologique sécrété par la société actuelle. Les références sont jubilatoires et parfaitement intégrées. Le dilemne entre les deux métiers donne un côté burlesque à la farce. Très bien dans la catégorie.

   Anonyme   
14/7/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ah, j'ai adoré. C'est quasiment du la Bruyère façon 21è siècle. Magifique portrait d'un de nos sympathiques bons à rien contemporains mais néamoins pourvus par la nature d'un portentiel qui ne demande qu'à éclore.
Et cet optimiste inébranlable dans l'adversité, c'est beau ! J'en avais les larmes aux yeux. Une belle leçon de vie !
J'ai beaucoup aimé cet humour détaché, qui décrit une situation suffisamment loufoque en elle-même pour qu'il ne soit nul besoin d'en rajouter.
Bonne chance à franz, l'auteur, car si j'ai des doutes sur la réussite future du héros, je n'en ai pas sur le talent de l'auteur.

   caillouq   
12/10/2010
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
J'aprécie beaucoup l'humour de ce texte - ni trop ni trop peu. Le style est fluide. La mise en place progressive du personnage est très maîtrisée. Ca se lit comme du petit-lait. J'aurais bien aimé, moi aussi, en savoir plus sur l'oncle. En savoir plus tout court, en fait. Encore, encore !

(une petite question insidieuse, suite à l'effet "miroir déformant" de ce texte: ne risque-t-on pas de retrouver le héros de cette nouvelle dans les auteurs d'Oniris :-) ?)

   silene   
14/7/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Salut Narbah, je trouve que ton oncle a bien de la chance de t'avoir pour neveu, et, à en juger par l'abondante correspondance dont j'ai déjà eu connaissance, tu le lui rends bien.
Je ne répèterais les avis enthousiastes que je formule souvent sur tes textes - souvent ne signifiant pas systématique et mouton bêlant - que pour le plaisir d'étendre ta renommée sur ce nouvel espace de jeu.
Humour, certes, c'est bien le moins ; et encore, ce n'est pas le meilleur de la série : Franz prend le thé avec Martine m'avait paru plus incisif, surtout avec l'épisode de la culotte du zouave.
C'est fichtrement bien fichu, avec une espèce de désinvolture aisée qui m'énerve, car, comme tu le sais, je suis davantage besogneux.
A te lire encore en ce lieu, avec intérêt.

   David   
14/7/2010
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Bonjour Narbah,

Le titre m'a été été un peu énigmatique, je l'ai rapproché de ce passage :

"Cher Oncle : enfermé dehors"
" (... ), je m'étais laissé enfermer par le quotidien."

ça serait ça, être enfermer dehors, et le texte serait une ironie sur des lubies, une vision sans concessions (mais c'est aussi une façon poli de dire sans nuances) mais pas exempte de tendresse avec ce destinataire de la lettre : le fameux oncle.

J'aime bien les quelques passages qui tentent d'induire les mots de cette oncle, enfin induire, sauf dans ce passage-là :

"(je te cite mot à mot : "Tu es un véritable pionnier. Je ne plaisante pas, je le pense vraiment")"

C'était un petit jeu de lecture pour moi de tenter de reconstituer ce que l'oncle avait ("réellement" ?) écrit à Franz, mais je ne crois pas que c'était une intention très forte dans l'écriture. Laisser croire que l'oncle salue les efforts de son neveu par ce que ce dernier rapporte de leur correspondance, tout en laissant des zones d'ombres ou d'absurdes avant que la fin ne révèle que cet oncle n'avait pas du tout ses intentions-là, que le neveu s'est leurré et a leurré le lecteur par des citations hors contextes de la correspondance de l'oncle... mais c'est peut-être une autre histoire, celle-là. Ici, l'oncle n'est pas un "tonton cristobal" et les raisons de l'admiration que lui porte son neveu sont dans le même ton que ce que son neveu veut mettre en avant chez sa propre personne : des petites choses avec des grands mots, à l'image de cette ""Université Libre de Tautologie" (association loi de 1901)".

Franz fait penser au prénom de Kafka, mais comme c'est un texte humoristique, je ne chercherai pas plus loin de vérité philosophique là-dedans.

   widjet   
14/7/2010
 a aimé ce texte 
Bien
Voilà une bien jolie surprise que cette première missive d’un auteur habile avec une plume. Je dis « première » car elle pourrait – et mériterait – d’en appeler d’autres, l’auteur ayant trouvé là un filon assez inépuisable. J’ai bien aimé. L’écriture est des plus agréables, agrémentée d’un humour discret et doté en filigrane d’une tendresse caustique. De plus, l’auteur a de solides références intellectuelles (Rimbaud, Baudelaire, Nietzche, Joyce…), mais l’étalage n’est pas trop voyant et l'ensemble est largement accessible.

Au final, cela m’a un peu fait penser à « l’élégance du hérisson » en rappelant de façon assez subtile que les apparences sont trompeuses (l’employé de la Poste ayant remplacé ici la concierge dudit roman de Muriel Barbery) et que la Culture ne se trouve pas que dans les grands salons en vogue.

Il y a également un style, un ton assez british, « pince sans rire » qui surprend et désarçonne. C'est souvent très fin, j'apprécie cela également. On ne sait comment réagir lorsqu’au détour d’une simple explication, un missile nous ai expédié (« j'ai plus ou moins été violé par ma prof de philo, une remplaçante. Elle était nietzschéenne. Cela m'a beaucoup aidé ». Pour ma part, j’ai trouvé ce passage honteusement exquis et d’une terrible drôlerie).

Une jolie découverte, vraiment.

Un courrier qui appelle inévitablement un retour de l’oncle. Séduit, je vais donc guetter ma boite aux lettres.

Merci

W

PS : le titre (clin d'oeil a un film de Dupontel ?) rappelle aussi combien la liberté n'est pas toujours celle que l'on voit.

   doianM   
14/7/2010
 a aimé ce texte 
Bien
On s'y laisse prendre.
Sécheresse apparente du style, beaucoup d'humour et pas mal de péripéties concentrées dans un texte assez court.
Amusante l'utilisation des grands noms ( Proust, Joyce, Beaudelaire ) dans le trajet "intellectuel" du personnage en quête d'une réussite.
Pour ne pas parler de Nietzche, découvert dans les bras de sa prof de philo...qui l'a violé suffisamment de fois pour lui inculquer un culte durable.

J'ai apprécié la déconstruction du personnage, graduée, allant des projets ambitieux jusqu'à une situation "pour dépannage" bien modeste.

   Flupke   
31/8/2010
 a aimé ce texte 
Bien
Sympathique fanfaronnade. Amusante dénonciation des certains excès ou aberrations.
De bonnes trouvailles, je regrette le manque d’exagérations, mais je conçois qu’il était nécessaire de rester modéré pour privilégier le réalisme de ce « J’accuse » du 3ème millénaire.
Rafraichissant comme un citron pressé, bien acidulé.
Merci pour ce bon moment de lecture.

Amicalement,

Flupke

   Palimpseste   
29/12/2011
 a aimé ce texte 
Bien
Découverte tardive, comme les vendanges du même nom...

Un petit goût bien sucré, genre texte à lire après le repas accompagné d'une petite génoise...

Evidemment, on se demande quel est ce Franz... Kafka, Schubert, Beckenbauer ? Un coup de Google ne donne aucun postier (le denrier était fils de...).

J'aime la façon de l'auteur de ne pas nous dire en quoi Franz est un pionnier... J'aime les références nombreuses mais très digestement distillées... J'aime la psychanalyse a-curative...

Depuis 2010, j'espère que l'oncle a répondu et qu'une vaste correspondance sera publié sur Oniris...


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