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Science-fiction
Ninjavert : Turbulences (première partie)
 Publié le 01/06/07  -  11 commentaires  -  23671 caractères  -  60 lectures    Autres textes du même auteur

Qui a dit que les vols d'essais étaient monotones ?


Turbulences (première partie)


Le bourdonnement du réacteur plasmique emplissait le cockpit d’une sourde palpitation, lente et régulière, dont toute la puissance ne demandait qu’à jaillir en libérant ses gigawatts d’énergie pure. La voix de Shadow crépita dans la radio, me tirant de ma léthargie.


- Putain Recall… J’vais m’endormir s’ils ne nous donnent pas du mou.

- Moi aussi vieux. Déjà deux heures qu’on glande au ralenti, le pilote automatique aurait pu faire ça tout aussi bien que nous…

- Je déteste ces foutus vols d’essais. Sur le front de Nébula, on ne s’emmerdait pas à faire ces tests à la con : c’était le feu du combat qui déterminait si les appareils tenaient la route…


Je soupirai, traduisant mon assentiment.

Nous continuâmes de voleter un moment, enchaînant les manœuvres basiques : accélérer, freiner, virer, tester, et recommencer. Encore. Et encore. Et encore.


- Ça va durer longtemps, contrôle ? Fallait mettre un kolb aux commandes, si vous vouliez lui faire faire une ballade.

- Du calme sergent, nous aurons bientôt fini de récupérer les données.


Je baillai bruyamment, histoire de leur faire comprendre que j’étais du même avis que Shadow, et laissais mon regard se perdre dans l’infinité opaque de l’espace. Le soleil projetait des éclairs irisés sur la carlingue de nos appareils, contrastant avec la noirceur mouchetée d’étoiles qui nous enveloppait. Suite aux événements de Vargas, et au prototype de neutralisateur photonique qu’avaient mis au point les xenops, la Confédération avait décidé de développer un nouveau type de propulsion pour ne pas rester à la merci d’une telle arme. Le plasma avait remporté les suffrages et les nouveaux moteurs à fusion plasmique qui équipaient nos appareils semblaient pleins de promesses. Encore fallait-il qu’on nous autorise à les tester réellement…


- Shadow, Recall, ici le commandant Rafferton. J’ai une bonne nouvelle pour vous : nous avons recueilli toutes les données basiques dont nous avions besoin. Vous avez l’autorisation de vous amuser un peu, faites-nous voir ce que ces Rippers ont dans le ventre !


Shadow poussa un hurlement de cow-boy, qu’il enchaîna de plusieurs sifflements hystériques.


- Allez Recall, à fond ! Le premier arrivé a gagné !

- Arrivé où !? m’écriai-je en poussant violemment la manette de propulsion vers l’avant.


Les deux Rippers s’élancèrent côte à côté, flèches argentées dans une immensité d’encre, les moteurs libérant enfin leur puissance dans un déchaînement d’ivresse. J’encaissais les quatre g de l’accélération en serrant les dents, les nerfs mis à rude épreuve par les glapissements de Shadow qui n’arrêtait pas de couiner.


- La ferme ou j’en profite pour tester l’efficacité de tes réflecteurs !

- Un peu de respect en vous adressant à votre supérieur, première classe Recall.


Je souris devant son énervement simulé et profitai de cet instant de distraction pour lui passer sous le nez, nos écrans réflecteurs projetant des gerbes d’énergie violette en s’accrochant.


- Salopard !


Nous continuâmes à nous amuser un moment, enchaînant les figures acrobatiques et les accélérations fulgurantes, enfin libres de mesurer pleinement le potentiel des nouveaux réacteurs.


***


Mon regard fut subitement attiré par un voyant rouge, sur le panneau de contrôle de propulsion.


- Contrôle ? J’ai une anomalie au niveau du transmetteur de puissance.

- Nous venons de voir ça Recall, ralentissez le temps qu’on ait déterminé ce qui se passe.


Je diminuais progressivement la vitesse pour ramener le Ripper à son régime de croisière et entamais une trajectoire circulaire pour maintenir ma position. Shadow de son côté, continuait à faire des acrobaties pour tester les limites de son appareil.

Nos deux vaisseaux n’étaient pas tout à fait identiques : le mien disposait d’une alimentation totalement plasmique, le générateur fournissant son énergie aussi bien à l’armement qu’au système de propulsion. Celui de Shadow en revanche, était équipé d’un système hybride capable de fonctionner par fusion plasmique mais également sur le principe des traditionnelles batteries à photons. Contrairement à ce que j’avais initialement pensé, il n’y avait pas de grande différence. Le générateur photonique était moins violent dans ses accélérations, mais il disposait d’une plus grande souplesse qui le rendait plus confortable à piloter. Si le principe de la fusion se révélait fiable, il risquait de vite faire des émules chez nos ingénieurs aérospatiaux…

J’attendais les instructions, déclenchant à la demande des contrôleurs du Manta les différentes routines d’autodiagnostic. Le signal d’alarme retentit soudain, déchirant le silence de son hurlement strident.


- Merde qu’est-ce qui se passe encore ?

- Contrôle, ici Shadow ! J’ai cinq échos sur le radar de proximité. Y a un convoi de prévu dans les environs ?

- Négatif sergent, aucun vol commercial, civil ou militaire n’est signalé dans cette zone.


Je me réinstallai précipitamment aux commandes, conscient de ce que cela impliquait.


- Recall, tu le sens comment ?

- Plutôt bien jusqu’ici. A part ce foutu voyant qui s’est allumé, tout a l‘air de marcher…

- Bien. Je penche pour des rebelles, nous sommes trop près de la planète pour une attaque de pirates.

- Pour ce que ça change…


Les pirates, comme les rebelles, étaient présents dans de plus en plus de systèmes. Il s’agissait pour certains d’opportunistes qui avaient trouvé dans l’illégalité un moyen facile - bien que risqué - de s’enrichir ; mais c’était dans la plupart des cas des idéalistes qui luttaient pour libérer leur monde de l’occupation que leur imposait la présence de la Confédération ou des xenops. Nous leur menions généralement la vie dure, les xenops ne les traitant pas mieux que nous, mais avec la généralisation du conflit ils trouvaient de plus en plus de bras pour soutenir leurs petites révolutions…


- Soldats, ici Rafferton ! On ne va pas risquer quoi que ce soit, surtout avec une panne indéterminée sur les bras. Vous avez ordre de rentrer à la base, j’envoie une patrouille s’occuper de ces clowns.


Je jetai un œil à Shadow via la caméra avant de répondre et la déception se lisait sur son visage : il regrettait déjà de ne pas pouvoir tester son Ripper dans le feu de l’action.


- Bien reçu contrôle, nous rentrons.


Je repris les commandes, interrompant les vérifications en cours, et mis le cap sur le Manta dans le sillage de Shadow. L’accélération fut tout aussi brutale, me collant à mon siège par sa poussée impressionnante.


- A ce train là, ils ne nous suivront pas longt…


Un signal assourdissant m’interrompit, aussitôt suivi d’une forte odeur de brûlé. Mon appareil fut pris de soubresauts, le réacteur crachant des gerbes d’énergie incontrôlée. Activant les rétrofusées, je stabilisais le Ripper avant de couper toute l’alimentation du propulseur. J’entendis le sifflement des extincteurs à l’arrière du vaisseau, alors que le compartiment moteur était rempli de neige carbonique pour étouffer l’incendie.


- Merde ! Contrôle ? Ici Recall, ça se complique mon propulseur est en rideau !

- Le responsable du projet vient d’arriver Recall, nous analysons les données, un peu de patience…


De la patience ? Connard ! C’est pas toi qui a cinq vilains points rouges aux fesses, qui s’approchent sacrément vite… Je gardais mes pensées courroucées pour moi et, les yeux rivés sur le radar, pianotais frénétiquement la surface du tableau de bord en attendant les instructions.


- Première classe Recall ? Ici Martin Donnovan, c’est moi qui supervise le projet de fusion plasmique.

- Enchanté, grinçai-je.

- Au vu des indicateurs de contrôle, il a dû y avoir des turbulences dans la pompe à neutrons qui génère la fusion. Ça a causé une instabilité du propulseur et le surrégime a dû déclencher l’incendie.

- Des turbulences ? DES TURBULENCES !?


Je fermai les yeux et respirai un grand coup pour me calmer.


- Sauf votre respect, Donnovan, je me fous des détails techniques. Il y a un moyen de le remettre en marche ?

- Pas sans d’importantes réparations.

- Recall, ici Rafferton. Les secours ne seront jamais là à temps, et Shadow ne pourra pas tenir seul, pas à cinq contre un.


Il s’interrompit, ce qui n’augurait rien de bon. Je voyais sur la caméra que Shadow scrutait l’espace dans la direction des rebelles, sachant qu’ils seraient visibles d’une seconde à l’autre. Le commandant reprit, d’un ton grave et sans appel.


- Shadow, rentrez immédiatement. Recall, nous n’avons pas le choix, il est hors de question que ce prototype tombe aux mains des rebelles. Vous avez ordre de vous éjecter en déclenchant l’autodestruction.


Je marquai une seconde de silence, le temps d’assimiler l’information et ses implications. C’était ma première éjection en situation réelle. Nous n’avions pas, pour d’évidentes raisons de confort, de scaphandre à bord de ce type d’engin. L’éjection déclencherait la séparation du cockpit du reste de l’appareil, ainsi que le formatage de l’ordinateur de bord. Privé du corps du vaisseau, dont le problème serait résolu par l’autodestruction, je dériverai à bord de ma coquille vide pendant quelques heures, attendant qu’une nacelle de secours vienne me récupérer ou que je sois à court d’oxygène.

Ça c’était le scénario classique mais, avec le départ de Shadow et l’arrivée des rebelles, il était nettement plus probable que je sois fait prisonnier. Certains sadiques s’amusant à prendre les pilotes éjectés pour cible, la situation pouvait tout aussi bien se terminer en feu d’artifice, brutal et définitif.


- Commandant, ici Shadow. Je ne laisserai pas mon coéquipier à la merci des rebelles.

- Ne confondez pas une option avec un ordre, sergent. Nous n’avons pas le choix.


Je les laissais ergoter sur le terme, visualisant toutes les options à ma disposition : il n’y en avait aucune autre. Résigné, je repris le contact radio.


- Shadow, ils arrivent. C’est terminé, fous le camp et revenez me chercher rapidement…

- Recall, tu ne…


Il s’interrompit de lui-même, conscient que le commandant nous avait ordonné la seule solution stratégiquement raisonnable.


- Je vais revenir mon vieux, tiens bon.


Les appareils ennemis désormais visibles grossissaient à vue d’œil, ombres menaçantes se découpant sur la silhouette de la petite planète.

Une voix humaine crépita dans la radio, interrompant mon introspection morbide.


- Ici le lieutenant Tucksey des forces libres de Naphréus. Nous allons arraisonner votre appareil, veuillez décliner votre identité.

- Ici airman de première classe Mc Eily. Vous n’avez pas autorité à intercepter mon appareil, lieutenant. Je vous rappelle qu’en décret du code militaire de la Confédération, s’appliquant en vertu de la loi martiale en vigueur dans ce système, toute ingérence dans les affaires de la Confédération sera sévèrement réprimée.


Je devinais un sourire sur la face de mon interlocuteur alors qu’il me répondait.


- Vous n’avez pas l’air en état de réprimer quoi que ce soit, airman. Toute résistance armée sera punie de mort, vous êtes prévenu.


Je serrai les dents, la main crispée sur la manette d’éjection. Cet enfoiré avait de la chance que je ne puisse pas faire feu, tous les canons étant privés d’énergie depuis la coupure du propulseur… Fermant les yeux, j’enclenchai la commande d’autodestruction et pressai le bouton d’éjection.


Il ne se passa rien.


Je rouvris les yeux et martelai la commande d’éjection, sans succès.


- Commandant ! Il y a une anomalie dans le circuit d’éjection, ça ne fonctionne pas !


Rafferton garda le silence. Je l’imaginais sans mal, le visage rivé sur les écrans de contrôle.


- L’incendie a dû endommager le propulseur de la cabine. Nous cherchons un moyen de contourner ce problème.


J’entrai nerveusement le code d’annulation de la procédure d’autodestruction, sans perdre des yeux les appareils ennemis qui arrivaient beaucoup trop vite à mon goût.


- Recall, vous devez maintenir la procédure de destruction. Ce prototype est l’aboutissement de nombreux mois de recherches, il ne peut en aucun cas tomber entre des mains ennemies.

- Vous me demandez de me suicider commandant !

- Je vous demande de faire votre devoir, soldat.


D’un point de vue militaire, il avait raison. Si au moins j’avais pu faire feu, j’aurais obligé ces salopards à me descendre et ne serais pas resté… Faire feu… Une idée folle me traversa l’esprit, tandis que je bondis sur la radio.


- Shadow ! J’ai une idée, mais je vais avoir besoin de toi !


J’aperçus sur le radar qu’il faisait demi-tour, revenant vers moi à toute vitesse. Ignorant les vociférations de Rafferton, je me concentrais sur mon idée.


- Dis-moi que tu as un plan Recall… Histoire que je ne passe pas en cour martiale pour rien.

- Un plan je ne sais pas encore, mais j’ai besoin que tu me donnes un peu de temps, c’est dans tes cordes ?


Un sourire sadique se dessina sur le visage de Shadow, alors qu’il abaissait sa visière polarisée.


- Ici le sergent Riggs, des forces armées de la Confédération, aux appareils rebelles de Naphréus. Vous êtes en train de violer un espace territorial de sécurité 2 : faîtes demi-tour immédiatement, ou je serai obligé de vous abattre.


Je n’écoutais pas la réponse du capitaine, tandis que Shadow fondait sur eux comme un rapace.


- Au moins, ils ne pourront pas dire que je ne les ai pas prévenus… Commandant ? Lancez vos senseurs, je vais vous offrir de bonnes données de combat pour vos analyses !


Son Ripper fusa au-dessus de moi, fonçant droit sur les rebelles. Shadow balança une salve de roquettes au milieu du groupe, ses deux canons plasmiques jumelés leur faisant immédiatement écho. L’impact explosa au contact des réflecteurs des trois appareils de tête, projetant des gerbes d’énergie aveuglantes. Ils rompirent la formation brutalement, surpris par la violence et la rapidité de l’attaque, alors que Shadow faisait demi-tour pour un deuxième passage.


Les pensées défilaient à toute allure dans mon esprit, cherchant à s’organiser du mieux possible : je n’avais plus d’armement car mes canons étaient alimentés par le générateur, mais il me restait deux torpilles photoniques de type IV, capables de détruire une petite corvette d’un tir direct. Ces projectiles étaient autoguidés et disposaient d’une bonne capacité en terme de distance. Mes réacteurs et mes rétro fusées étaient en rideau, mais il me restait les propulseurs latéraux, situés dans les ailes. Ces minuscules réacteurs servaient à contrôler l’appareil lors des délicates manoeuvres d’appontage et étaient alimentés par de petits réservoirs de propergol, indépendants du système de propulsion central. Manipulant les commandes avec nervosité, j’orientai le nez du Ripper sur la seule cible que j’étais capable d’atteindre sans l’assistance de l’ordinateur de bord : Naphréus.

Je fus soudainement secoué, le cockpit s’embrasant d’une aura mauve alors que les écrans réflecteurs crépitaient sous le feu ennemi.


Shadow brisa sa trajectoire, obliquant sur l’appareil qui me prenait pour cible. Il s’aligna dans son sillage, ange de mort aux allures menaçantes, avant de faire feu. Les trois premières roquettes HE saturèrent les réflecteurs de ce dernier, qui s’évanouirent dans un éclair mordoré. Les deux tirs suivants heurtèrent le bloc de propulsion de plein fouet, pulvérisant ses batteries photoniques. Le vaisseau hors de contrôle fit une embardée sur le côté, avant d’éclater en myriades de débris incandescents.

Shadow avait dû s’exposer pour accomplir cette manœuvre et deux rebelles l’avaient pris en chasse. Leurs tirs crépitaient à la surface de ses écrans protecteurs qui commençaient à montrer des signes de fatigue : il fallait que je fasse vite.


Le largage des torpilles se faisait par une simple commande sur le panneau d’armement : un petit clapet de plastique protégeait le bouton, qui déclenchait le lancement. Je me maudis de ne pas avoir été plus assidu aux cours théoriques qui nous expliquaient le fonctionnement de la plupart des engins de mort que nous utilisions au quotidien. Toutefois, ceux sur l’armement faisaient partie des rares auxquels j’avais assisté et, si ma mémoire était bonne, le déverrouillage des entraves des torpilles se faisait automatiquement en relevant le clapet de protection. La pression du bouton ne déclenchait que la mise à feu du réacteur.

J’attrapai le couteau fixé à mon harnais et brisai net le clapet de plastique. Coinçant ensuite la pointe de la lame dans l’interstice ainsi créé, je re-verrouillai leurs entraves autour des torpilles.


Un coup d’œil au-dehors m’indiqua que Shadow était en mauvaise posture : son réflecteur gauche était tombé, une fine colonne de fumée s’échappant du corps de son appareil là où les tirs de laser avaient fait mouche. Il ne parvenait pas à se débarrasser des vaisseaux qui le suivaient et, bien qu’il en ait sérieusement endommagé un autre, il n’allait pas tenir plus de quelques secondes supplémentaires.


- Shadow, je suis prêt ! Fous le camp mon vieux et merci, je te revaudrai ça !

- Il était temps, ils sont enragés ! Qu’est-ce que tu vas faire ?

- Je mets les voiles. Dis à Rafferton d’organiser une opération de récupération… Sur Naphréus.


J’attendis que Shadow décroche, poussant son réacteur au maximum de sa puissance : à ce train, les rebelles allaient clairement avoir du mal à le suivre. Ils semblèrent hésiter un instant puis, voyant qu’ils ne le rattraperaient pas, revinrent vers moi.

Je sélectionnai les deux torpilles en simultané sur la console d’armement et pressai nerveusement le bouton d’allumage en maintenant la lame du couteau enfoncée pour bloquer le déclic du clapet. Le réacteur des torpilles s’alluma, l’accélération fulgurante m’écrasant dans mon siège alors que les échos sur le radar disparaissaient derrière moi.


***


La planète grossissait à vue d’œil, l’indicateur de distance du radar défilant à toute allure au fur et à mesure que je m’en approchais. Je sortis mon pistolet de son holster et, le saisissant par le canon, balançai trois coups de crosse de toutes mes forces sur le manche du couteau pour le planter fermement dans le tableau de contrôle. Il y avait de grandes chances que l’entrée dans l’atmosphère soit violente et je ne voulais pas prendre le risque de le lâcher en cas de secousses un peu trop intenses.


J’avais vu juste : le choc me projeta vers l’avant, mon casque heurtant le panneau de verre blindé du cockpit. J’essayais de reprendre mes esprits, sonné par l’impact, alors que la carlingue du Ripper vibrait de toutes parts.

Le nez de l’appareil était chauffé à blanc, malmené par le frottement de l’air qui défilait sur les parois en vagues de chaleur incandescentes. Ma trajectoire plus qu’approximative m’avait fait arriver n’importe comment, loin des 6 degrés d’inclinaison que nous appliquions habituellement. A ce stade, l’avant du Ripper n’allait pas tarder à fondre ou à voler en éclats. Estimant que j’étais suffisamment loin pour éviter tout risque d’évasion hors de l‘atmosphère, je retirai le couteau d’un geste sec.

Les deux torpilles, libérées de leurs entraves, prirent aussitôt le large et disparurent de mon champ de vision. La pression générée par le freinage se faisait intolérable, probablement de l’ordre d’une dizaine de g, ma vue se voilant alors que tout mouvement devenait impossible. Réunissant mes dernières forces je parvins à basculer toute l’énergie des réflecteurs sur l’écran frontal et sentis mes yeux se révulser avant de perdre connaissance.


J’émergeai en sursaut, plusieurs minutes après. Il me fallut quelques secondes pour comprendre où je me trouvais et ce qui se passait, avant que ne me revienne le fil des récents événements. Les réflecteurs avaient tenu et je traversais une à une les épaisses couches de nuages. Il était pourtant trop tôt pour me réjouir : je n’avais fait que repousser l’issue d’une situation qui n’en avait pas. Mes réacteurs étaient morts, je n’avais aucun moyen de contrôler mon appareil, j’étais en chute libre vers la surface d’une planète sur laquelle je n’avais jamais foutu les pieds et évidemment, je n’avais pas de parachute, totalement inutile lors des vols spatiaux…

Je pris quelques instants pour savourer le sens dramatique de la situation, méditant sur le caractère masochiste de mon ange gardien…

A moins que je ne sois tombé sur un intermittent.

Ma réflexion fut interrompue par mon instinct de survie, pas encore résigné à la mort, et je me mis à réfléchir du mieux que je le pouvais à un éventuel moyen de m’en sortir.

Les différentes procédures d’urgence que nous avions étudiées lors de notre formation sur Dantoïne me revenaient une à une en mémoire, scénarios catastrophe que nous avions jugés plus qu’improbables lorsqu’on nous les avait présentés.


Pas tant que ça, apparemment. J’avais dans l’idée que si je m’en sortais vivant, les aspirants pilotes allaient maudire le cas d’école « Recall. » En tout cas, ils ne seraient pas prêts de l’oublier…


Le Ripper était un chasseur d’interception de petite taille. Sa forme le rendait aérodynamique et ses ailes arrondies offraient un bon support porteur : avec un peu de chance, il me restait encore un espoir. Je consultais l’anémomètre, conjointement aux cartes météorologiques de la planète, à la recherche d’un courant aérien suffisamment puissant. Je finis par en dégotter un et, usant des fusées de contrôle latéral du vaisseau, parvins à le faire glisser suffisamment loin pour m’y engouffrer. La vitesse ralentit ma chute d’un seul coup, les ailes se ployant en faisant entendre un inquiétant grincement alors que le vent s’engouffrait sous la voilure. L’appareil étant relativement léger, la portance fut suffisante et le Ripper commença à planer, me laissant quelques minutes de répit supplémentaire.

J’en profitais pour étudier la surface du sol qui défilait plusieurs milliers de mètres plus bas. D’après les informations de l’ordinateur de bord, Naphréus était une planète urbaine dont plus de 60% de la surface était occupée par d’immenses agglomérations. Abandonnant l’idée de trouver un petit champ de blé peinard pour me planter en silence, je suivis du mieux que je le pouvais les courants aériens et consacrais les interminables minutes suivantes au guidage du Ripper vers le sol. Je tâchais d’équilibrer la vitesse et l’inclinaison pour le faire descendre progressivement, jouant avec les aérofreins et les fusées latérales pour maximiser la portance. Contre toute attente, je parvins à contrôler le Ripper assez longtemps pour tenter un atterrissage de fortune.


***


Le paysage qui défilait sous mes ailes ressemblait plus à une immense zone industrielle qu’à un centre-ville animé. J’appréciais l’idée de ne pas faire un massacre en me crashant sur un immeuble d’habitation, mais les secours risquaient de mettre bien plus longtemps à arriver dans ce coin paumé… Repérant une grande artère exempte de circulation, j’inclinai l’assiette du Ripper et, m’orientant dans cette direction, tirai sur le manche pour lui faire relever le nez.

C’était une bonne approche, dont mes instructeurs auraient probablement été fiers au vu des circonstances, mais il n’y avait plus assez de vitesse pour maintenir l’appareil en vol sans propulsion.

Après s’être redressé, le Ripper décrocha brusquement et se précipita vers le sol. J’avais réussi à l’orienter dans l’axe de la rue avant qu’il ne tombe et, concentrant toute l’énergie restante dans les réflecteurs ventraux, je me surpris à prier.


 
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   Tchollos   
1/6/2007
Excellent. C'est de l'action-fiction brut de décoffrage sans temps mort. Très palpitant, excessivement habile et intelligent. Sur la forme, je trouve ce texte beaucoup plus réussit que le précédent, qui était déjà très bon. Plus rythmé, plus dynamique, cette fois la structure soutient l'action du récit par des phrases courtes, sans fioritures inutiles. Grosse amélioration, vraiment. L'univers est si justement décrit qu'on a l'impression que c'est réel, comme si tous cela était naturel et simple, comme si on en faisait partie. C'est très immersif. Chapeau, si tu fonces comme ça a chacun de tes textes, si tu t'améliores ainsi constamment, tu vas devenir un maître es action-fiction...

   Cyberalx   
2/6/2007
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Comme le dit Tchollos, c’est immersif car bétonné de partout, on y croit tout de suite, le rythme est bien soutenu, c’est de la SF vivante.

J’ai une admiration particulière sur la façon dont tu traites les aspects technologiques de l’histoire. La difficulté avec la partie de ce genre littéraire est de ne pas tomber dans un excès descriptif ou au contraire dans une description trop simpliste : là, on est pile au juste milieu, c’est agréable à lire et suffisamment clair pour qu’on ne se pose pas de questions.

De même, le rythme est parfaitement maîtrisé et contraste effectivement avec celui de « Du sable dans les bottes… » .

J’ai été embringué, comme pour ta dernière nouvelle et je me suis surpris à penser en plein milieu de l’histoire « ah, trop cool, c’est Mc Eily !», c’est quand même quelque chose : je me suis attaché au Héros en peu de temps.

Oh ! J’allais oublier ma critique : je pense qu’on devine un sourire dans la voix d’un interlocuteur radio et pas sur sa face.

Voilà, c’est vraiment de l’ergotage et j’en ai même déjà honte si tu veux savoir, mais le fait que je n’ai pas encore vu l’annonce de la suite de ce récit haletant m’a donné envie de te faire une remarque.

La suite, You son of a poulpe !

   oxoyoz   
2/6/2007
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Raaaaaa ! ca bouge!!! voila ce qu'il manqué au sable dans les botes.... L'aspect néo-technologique du SF est bien inscrit. On est heureux de retrouver le perso, il y a de la tension et de l'action. Tout est plausible, cohérent, du détail technique au détail géopolitique.

Le petit passage Mac Gyver est très réussie, bravo.

Juste un truc, c'est une planète habité et très urbaine. Le perso se souci d'ailleurs de ne pas s'écraser sur des habitations. Mais où finisse les 2 roquets ? Elles se détruises dans l'atmosphère ? Je croie pas que tu expliques ce qu'elles deviennent.

   Ten   
3/6/2007
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
C'est très bon.
Evidemment, c'est difficile d'avoir une opinion sur une nouvelle qui attend une continuation mais en lisant cette partie, j'ai vraiment hâte de lire la suite.
Les détails techniques sont bien fignolés, l'histoire donne l'impression d'avoir été très travaillée et l'ensemble fait effectivement réel.
Moi qui ne suis pas très Science Fiction, j'ai été étonnée.
J'ai davantage aimé le récit à partir de la deuxième partie ( où l'action et le suspens arrivent ), car j'avoue que je me suis plus "ennuyée" au début. Je pense que c'est dû aux personnages, qui selon moi, mériteraient d'être plus développés.
En ce qui concerne le vocabulaire, je le trouve bien utilisé, les tournures stylistiques sans lourdeurs.
En résumé, c'est simple, agréable et efficace.

   Pat   
3/6/2007
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Evidemment que j'aime bien... Même si pour moi, ça reste toujours un peu nébuleux ces descriptions techniques. Ca ne me dérange pas vraiment, en fait, car ça fonctionne bien. Je te fais confiance pour les détails... Y'a un truc qui m'embête : Recall c'est le prénom de Mc Eily ? ou c'est le contraire ? Moi aussi j'étais contente de le retrouver ce personnage sympa. Quand est-ce que l'action se passe par rapport à "du sable dans les bottes" ? Avant, après ?
Bon trêve de curiosité, venons-en aux choses sérieuses (pas trop quand même) : Le rythme évidemment comme cela a été souligné est bien soutenu. On est pris dans le suspense (je ressens ça comme une tension qui me fait participer à l'action, c'est physique) : cela me paraît être un bon indicateur de l'intérêt de cette histoire. Le "je", le niveau de langage (familier à certains moments mais qui peut s'adapter aux différents types d'interaction) et le ton tour à tour humoristique, sérieux ou tendu la peur est perceptible, parfois) rendent le personnage toujours aussi intéressant, voire attachant. J'aime bien aussi les trouvailles techniques (bien que classiques pour qui est familier de la SF). Quelques maladresses toutefois pourraient être corrigées. Ex :"dans de plus en plus de systèmes" (dans de plus ?) ; "mes pensées courroucées" (le niveau de langage est trop élevé vu les circonstances, même si c'est juste d'un point de vue lexical) ; "les rebelles allaient clairement avoir du mal" (clairement ?) ; "La pression générée par le freinage se faisait intolérable" (se faisait?). Bon je chipote, mais c'est l'objectif, non ? Bientôt la suite... J'espère.

   Anonyme   
29/6/2007
Wow!
Je vous avoue que je me suis inscrit pour pouvoir laisser un mot pour cette nouvelle.
Je suis un fan de sf classique, d' Asimov, de Clarke et les autres. Là je tombe de plaisir.
J'aime ce style clair, cinématographique. La technologie est integrer dans le récit avec une grande intelligence (mal fait ça peut-etre incompréhensible et même ridicule). Le rythme est là et vous tiens jusqu'au bout.
Je me demande juste si les 2 premières phrases sont nécessaires, elles ne présentent rien et commencer la nouvelle par le dialogue me semblerai plutôt sympa.
Zou ! j'attaque la suite dans la foulée (l'avantage d'arriver en retard)
Bravo et merci pour le plaisir.

   Maëlle   
22/8/2007
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Zut, ben j'avais failli la louper: j'arrive sur l'épisode 4 et là je me dis: mais, j'ai pas lu le début.

J'aurais eu bien tort. La montée de la pression est exemplaire, je me suis retrouvée complétement prise dans ce récit, alors que le combat spatial n'est pas ce que je préfére en SF. Les petites pointes d'humour ponctuent bien le récit.

Aprés, on reste dans le connu (beaucoup de Starwars ici), certains rebondissement ressemblent à des rouages bien huilé, mais justement, arriver à anticiper avec 80% de bon résultat, c'est un plaisir (on se sent intelligent et on à quand même eu des surprises).

j'espére juste arriver à me rappeler sufisament des termes techniques pour ne pas me perdre dans les chapitres suivants.

   Anonyme   
23/8/2007
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
une vrai B.D. de S.F. et je me repasse encore le film dans ma tete comme un gosse des annees soixante en lisant PILOTE.

fan

   Ninjavert   
20/10/2007

   nico84   
27/1/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Excellente premiére partie, ta maitrise de l'écriture est impressionante, dans la proportion dialogue-action-description, dans le rythme, dans l'imagination que tu donnes au lecteur, dans l'intrigue et le suspense que tu crée, je t'admire, grand bravo, je lirais la deuxieme partie plus tard mais je suis certain de ne pas être décu, encore une preuve de ton talent.

Un point négatif ? Je trouve l'atterissage forcé un peu tiré par les cheveux ... mais ca fait parti de l'imaginaire comme les moteurs à fusion, donc je titille. Grand bravo !

   Menvussa   
11/4/2009
 a aimé ce texte 
Bien
C'est un récit assez sympathique dans la ligne des romans de sf type space opéra. Cela ressemble plus à un extrait de roman qu'à une nouvelle à proprement parler. Mais c'est une bonne performance.


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