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Réalisme/Historique
Nouvelles : Une faute de dégoût
 Publié le 20/11/15  -  7 commentaires  -  7162 caractères  -  94 lectures    Autres textes du même auteur

En se promenant le long d'une voie ferrée, le narrateur fait la rencontre d'un personnage qui va bouleverser sa vie…


Une faute de dégoût


« La solitude et le sentiment de n’être pas désiré sont

les plus grandes pauvretés. »

Mère Teresa (Anjezë Gonxha Bojaxhiu). Un chemin tout simple.


Je marchais le long d’une voie ferrée, dans l’espace interdit au public, où j’avais accédé facilement, par l’une des brèches qu’un arbre avait percée dans la haute clôture barbelée.

Un train passait par moments, à toute vitesse, et hormis ce vacarme passager, il ne régnait là que le printemps et ses tendresses : ronciers tout tachetés de rose, rameaux délicatement enguirlandés de vert, clématites aux avalanches lactescentes, aubépines boursouflées en pompons candides, buddleias lançant des bouquets violets à grands gestes dégingandés, haie de chardons – piédestaux piquants, portant fier et haut leur inexpugnable capitule mauve pâle –, herbes folles en grande toilette, plantes pionnières, exotiques, conquérantes, le tout parfumant et pointillant de multicolore toute ma route…

Dans ces marges ignorées, l’homme n’arrache pas ses pinceaux à la nature, comme un adulte sadique à un enfant prodigue !


Tableau magnifique donc, et en musique ! Que de chants d’oiseaux ! Chaque volatile sublime ses couleurs de vocalises exquises. Coloriste et soliste tout à la fois.

Le rouge-gorge fait voleter et chanter son coquelicot de branche en branche, la mésange son bleuet de cime en cime, le serin cini son bouton d’or dans le ciel bleu, le chardonneret déploie toute une gerbe versicolore accompagnée de fioritures effrénées…


Oiseau : une seule lettre prononcée dans ce mot ! Le souffle passe en ignorant chacune d’elle, caressant à peine le [s], transformant le mot en une onomatopée de courant d’air, d’effleurement plumeux… L’esprit ressuscite et volatilise la lettre morte… La langue, dans son instinct, produit un son qui imite l’évanescence du bipède à plumes, ce dinosaure devenu éther, tandis que l’autre bipède, aptère, a involué en dinosaure de plus en plus courbé vers la terre…

L’on dirait que la nature, en femme coquette et fatale, a créé les oiseaux uniquement pour se décorer, se parer de vifs bijoux, cliquetant agréablement à chaque mouvement. Elle est envers eux d’une tyrannie extrême : le volatile n’a pas le droit de faiblir, de vieillir, elle lui ordonne sans répit d’être beau et de babiller. A-t-on déjà vu un vieil oiseau ? Elle lui impose la santé perpétuelle. À quel prix ? Eh bien, elle remplace impitoyablement le chanteur bariolé. Il est supprimé. La Dea ex machina exige la perfection ou la disparition. Sa machinerie opératique est hyper performante, et fait pâlir nos plus grands illusionnistes scénographes. Terne Wagner !


Soudain, à l’approche d’un pont, dans l’ombre d’une arcade, parmi un ramas d’ordures, je vis quelque chose remuer faiblement, se former de manière approximative… Cela semblait se lever péniblement, émerger des détritus, prendre une espèce d’apparence humaine, tout en restant recouvert d’immondes chiffons de haut en bas.

Je continuai tout de même ma marche, détourné de la féerie printanière par ce spectre qui paraissait être l’un de mes semblables, apparu inopinément parmi ces saletés, comme déféqué entre les jambes du pont.

La créature me faisait maintenant face dans l’ombre. Sous le fouillis des haillons, seul son regard perçait, à la façon des Touaregs aux prunelles ardentes, miroirs des dunes, pleines d’étincelantes facettes ; ces errants ascètes, presque squelettes, survivants des sables, en hordes sous leurs hardes. Quel regard ! Mon Touareg était seul, lui, et immobile ; c’était un paria, un maudit, sans foi ni loi, un exclu de toute tribu, de toute famille, de toute espèce.

Son regard brillait de supplication, mais se compliquait, je crois bien, en… en lubricité ! Une expression de concupiscence comme je n’en avais jamais vu, et que confirmaient des gestes, des gestes entre les jambes, lesquels excitaient un sexe lassé des soliloques, sous les loques.

La soif et la faim n’étaient manifestement pas les privations qui tenaillaient le plus ce misérable ! Il n’avait sans doute jamais vu un humain marcher le long de ce chemin de fer, son chemin de croix. Il n’y voyait chaque jour, défilant à toute allure, que des figures fermées, enfermées dans des ferrailles blindées, coffres-forts ambulants pour leur confort décadent, où l’humanité qui croit se conserver s’atrophie et dépérit.

La créature savait qu’il suffisait, quand elle le voudrait, qu’elle posât sa tête sur un rail pour que fût tranchée sa vie de malheur. Consolation !

Elle se tenait en travers de mon chemin, légèrement voûtée, à la fois humble et impérieuse, frissonnante, nerveuse, comme travaillée par le printemps, ou le pourrissement. Était-ce un homme ou une femme ? Un enfant, un adulte ou un vieillard ?

Quelle sauvagerie ! Quelle franchise ! Quelle promesse ! Que de simplicité face à ma perplexité ! Quelle harmonie avec les pires relents du printemps ! Humain et humus mêlés !

Par le bas, les guenilles ne laissaient voir que des pieds nus et des chevilles fines, chastement recouverts de crasse, musclés et émaciés, soulevant une arborescence de veines, comme des marbres vivants, saturés d’un sang palpitant. Quel corps devaient cacher tous ces chiffons !

La créature marcha jusqu’à l’entrée de son taudis en planches pourries, s’arrêta devant. La courbe légère de son corps exprimait intensément l’invitation d’y pénétrer. Elle entra. Je la suivis, sans conscience, fasciné par le désir cosmique qu’elle exhalait, en espérant respirer à l’intérieur l’encens syncrétique de l’amour universel, par-delà les sexes et les âges, les hommes et les bêtes, le bien et le mal.


Horreur ! Dès que j’eus franchi l’orifice, je fus soulevé par un haut-le-cœur et suffoqué, au point que mes yeux brouillés ne virent rien dans l’antre qui m’avait attiré comme un temple, et rien non plus de ce qu’y faisait son serviteur fascinant. En revanche mon odorat, lui, ne fut pas en reste : mes narines, en effet, n’avaient jamais reniflé pareille puanteur, pareille putréfaction, pareille alchimie de toutes les pestilences immonditielles de la terre…

Je bondis hors cet égout. Au grand air, je repris connaissance ; je respirai à longs traits les effluves du renouveau ; je regardai, une dernière fois, ce cloaque que, pusillanime sodomite, j’avais à peine pénétré, et où fleurissait et pourrissait, en secret, une existence extraordinaire, sans doute le plus libre spécimen de mon espèce, une synthèse parfaite de l’animalité et de l’humanité, une sorte de divinité…

Je voulus courir, mais m’avisai aussitôt que je n’étais pas même en état de marcher correctement, tout au plus pouvais-je faire quelques pas chancelants, épuisants, comme si quelque entrave les retenait, comme si mon corps, la volonté du corps m’ordonnait de retourner sous le pont, cette arche providentielle protégeant les vestiges de l’humanité, cette décharge où j’aurais pu jeter ma civilisation…


Je tâchai de m’éloigner du pas le plus assuré que je pusse, mais ne parvins à empêcher qu’il ressemblât à la démarche d’un blessé à mort, tandis que derrière moi s’élevait une plainte puissante de souffrance sauvage.


Un train arrivait justement…




 
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   in-flight   
24/10/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

Une écriture parfois ampoulée, un auteur qui veut extasier par le style mais dans l'ensemble j'ai apprécié ma lecture.
Les remarques phonétiques sur le mot "oiseau" me paraissent superflues.

L'on dirait que la Nature, en femme coquette et fatale, a créé les oiseaux uniquement pour se décorer, se parer de vifs bijoux, cliquetant agréablement à chaque mouvement. --> belle image.

A-t-on déjà vu un vieil oiseau? --> et les bébés pigeon alors! Idem.

comme déféqué entre les jambes du pont.--> excellent

un sexe lassé des soliloques, sous les loques.--> onanisme crasseux, onanisme quand même.

émaciés(supprimer)--> là c'est l’auteur qui soliloque face à son texte. Selon moi, il faudrait effectivement supprimer émaciés et également supprimer (supprimer) ;-)
On pourrait avoir "des muscles secs chastement recouverts de crasse."

en espérant respirer à l’intérieur l’encens syncrétique de l’amour universel --> il a l'air d'avoir passé le stade baba cool quand même.

de toutes les pestilences immonditielles de la terre --> il sent pas bon quoi...
--> Terre

pusillanime sodomite, j’avais à peine pénétré--> excellent !

Je crois avoir reconnu l'identité de l'auteur à travers ce texte. Les thèmes (oiseau vs homme), le style et la distanciation écœurée d'avec ses congénères m'indiquent assez clairement qui a écrit ce texte. Je ne balancerai pas de nom (non mais!) mais il me semble bien qu'il s'agit de l'auteur d'"une chouette dans le plafond"

Réponse dans un mois... Si publication (mais si, ça va le faire)

   AlexC   
25/10/2015
 a aimé ce texte 
Pas
Bonjour,

Tout ce vocable recherché pour entrer dans l’abri d’un sans-abri et en ressortir heurté par l’odeur ?!
Plus concrètement, le texte en fait trop à mon goût. Nous imposer tous les mots savants de votre répertoire cher auteur, c’est sans doute un bon exercice pour vous, mais c’est un exercice de lecture douloureux pour nous lecteur. Les phrases ne sont ni fluides ni particulièrement poétiques. A l’image de la description florale et ornithologique du début que j’ai trouvé un peu indigeste.

Et que doit-on comprendre de la chute ? Elle semble un peu dépaysée ici…

   Vincendix   
20/11/2015
 a aimé ce texte 
Un peu
Un texte qui débute dans le bucolique et qui se termine dans le sordide, c’est vrai que la réalité est souvent confrontée à ce paradoxe, c’est ce que je constate quand je vois une jolie mouette fouillant une décharge nauséabonde.

Le descriptif de la première partie, même s’il est un peu trop exubérant, est sympathique, les abords d’une voie ferrée sont effectivement des lieux où la nature vit en liberté. Il ne pleuvait pas le jour de votre promenade, vous ne parlez pas des escargots qui apprécient les talus sauvages où pousse la ronce, sinon nous aurions eu droit à un cours de SVT ayant pour thème la nature hermaphrodite de ce gastéropode.

Coloriste et soliste, c’est poétique, le coquelicot du rouge-gorge, le bleuet de la mésange aussi, seulement pour dénaturer ces envolées lyriques, arrivent des jeux de mots tirés par les cheveux : des soliloques sous les loques
Après une longue dissertation sur la vie des oiseaux, (vous avez évité d’écrire que les oiseaux se cachent pour mourir), l’apparition d’un zombie plonge le récit et le lecteur dans le dégoût. Un personnage peu reluisant physiquement et moralement et, malgré cela, vous avez le courage de franchir le seuil de son antre… ce qui va bouleverser votre vie ! (Qui va peut-être contrarier votre promenade, c’est déjà beaucoup)

Un texte volubile comme la clématite (ce serait plutôt la renouée) mais qui dérive dans un cloaque.

J’accorde tout de même une appréciation (un peu) positive

   hersen   
20/11/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
L'aspect enchanteur décrit au début de la nouvelle renforce bien sûr le côté immonde du personnage. Ou plutôt, rend sa présence complètement incongrue.
Car j'ai adoré m'imaginer dans cette nature luxuriante et colorée.
La surprise n'en fut que plus grande de côtoyer cette créature, bien qu'à mon avis, le lecteur soit sur ses gardes à cause du titre.

Le narrateur a du mal à s'en remettre, mais on peut cependant se demander ce qui l'a incité à entrer dans la cabane de cet ermite.

Curiosité malsaine ou réponse humaine ?

Puisque le narrateur nous a parlé des trains qui passent, qu'il suffirait de poser la tête sur un rail pour en finir, c'est la seule fin qu'il puisse sans doute imaginer pour cette " créature " mot en soi très péjoratif.

" Un train arrivait justement... "

Commisération de l'esthète devant ce qui est laid ?

Le style, peut-être un peu lourd et la recherche de vocabulaire creusent encore ce fossé entre deux mondes d'humains.

Merci pour cette lecture.

   nemson   
20/11/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Un début un peu laborieux, limite mièvre, mais emporté par une certaine qualité d'écriture j'ai suivi le narrateur jusqu'à la rencontre.
Pas désagréable comme lecture. Une grossière erreur cependant relevée... le buddléia ne fleuri qu'en été! Ha Ha!

   carbona   
20/11/2015
 a aimé ce texte 
Pas
Bonjour,

"Dans ces marges ignorées, l’homme n’arrache pas ses pinceaux à la nature, comme un adulte sadique à un enfant prodigue !" < j'aime beaucoup ce passage.

Pour le reste je n'accroche pas à l'écriture, tellement sophistiquée qu'elle me laisse de marbre. L'histoire ou plutôt la scène y est, à mon sens, étouffée.

Désolée.

   Anonyme   
22/11/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Je lis une allégorie de la vie, avec ses côtés fleurs et chants d’oiseaux, ses côtés sombres, frôlant parfois le gore et le puant. La voie ferrée symbolisant le parcours.

Malgré une première partie enferrée dans une écriture trop exubérante et exaltée, j’ai dérivé sensiblement grâce à la dimension poétique qui émane du tableau.

Il y a une vraie signature dans l’écriture. Je ne serais pas étonnée de la retrouver dans vos autres nouvelles.

J’attends impatiemment les explications que vous n’allez pas manquer de nous donner. Explications notamment sur la solitude, objet de votre introduction.

A vous relire.


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