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Science-fiction
Ombhre : Une belle journée
 Publié le 17/10/21  -  12 commentaires  -  12477 caractères  -  80 lectures    Autres textes du même auteur

Les humains et les IA ont su bâtir une société merveilleuse.


Une belle journée


— Bonjour Ève.


La jeune femme ouvre doucement les yeux en entendant, comme chaque matin, la voix réconfortante et délicatement masculine d’Alfred. Tandis qu’elle regarde l’œil rouge sang qui palpite sur le mur au cœur de son cercle de métal, les volets électriques remontent lentement dans un doux ronronnement, et le soleil envahit peu à peu son petit appartement.


— Il est sept heures quarante-huit en cette belle journée du jeudi quinze mai. Comme vous me l’avez demandé, il vous reste une heure et douze minutes pour vous mettre au travail. Il n’y a pas de pluie de prévue, et la température sera de dix-neuf degrés en matinée et vingt-six degrés en après-midi.

— Merci Alfred. Tu as choisi ma tenue en conséquence ?

— Bien sûr Ève, comme tous les matins. Je suis là pour prendre soin de vous.


Une délicieuse odeur de café chaud et de pain grillé flotte jusqu’à son lit. Ève se lève doucement. Elle sait que sinon Alfred va lui faire tout un discours sur les dangers de se lever trop rapidement, de risquer de tomber de se blesser… Elle marche jusqu’au plan de travail de la cuisine, sans tenir compte de l’œil rouge qui s’éteint dans sa chambre pour s’allumer devant elle sur le mur de la cuisine. Elle s’assoit sur le tabouret haut, retire la tasse de la cafetière connectée et en boit une gorgée. Avec une grimace, elle remet la tasse dans la cafetière.


— Alfred, il n’est pas assez sucré, rajoutes-en un petit peu s’il te plaît.

— Désolé Ève, ce ne sera pas possible. Vous prenez toujours trop de sucre, et vous avez dépassé votre quota de la semaine. Les analyses de sang d’hier ne sont pas bonnes, et pour votre santé, j’ai été contraint de réduire la quantité de sucre dans vos aliments jusqu’à dimanche soir.

— Mais j’ai horreur du café trop amer.

— Voulez-vous que je vous fasse un thé ?

— Ce sera pareil. À moins que tu n’aies du miel à mettre dedans ? ajoute-t-elle avec un sourire moqueur.

— Ève, vous savez bien que le miel est un aliment qui a disparu avec les abeilles voilà plus de vingt ans.

— Ah, j’avais oublié. Un édulcorant alors ?

— Vous êtes d’humeur contestataire ce matin. N’abusez pas de ma patience ou je serai contraint de faire un rapport, ce qui fera baisser votre note citoyenne. Les édulcorants sont interdits depuis le 8 janvier 2031, bien avant votre naissance, pour votre santé.

— Je plaisantais Alfred, tu le sais bien. C’est aussi pour cette histoire de sucre que je n’ai pas de confiture ce matin ?

— Exactement. Pour votre santé, j’ai aussi dû modifier les aliments que vous consommerez jusqu’à nouvel ordre. Nous referons le point à votre prochain prélèvement. J’ai pris la liberté de l’avancer de deux jours, vous aurez donc trois prélèvements sanguin cette semaine. Je suis là pour prendre soin de vous.

— Génial ! Encore des légumes cuits à l’eau, de la soupe sans sel et du yaourt allégé ?

— Oui Ève, mais c’est pour votre bien.


Elle termine son petit déjeuner dans un silence boudeur, mais inutile. Elle se rend ensuite dans la minuscule salle d’eau pour faire sa toilette, suivie par l’écran de télévision virtuel qui diffuse les informations le long des murs, ainsi que par le gros œil rouge d’Alfred qui la suit jusque devant son miroir, et la fixe sans pudeur tandis qu’elle se déshabille.

Elle frissonne en pénétrant sous l’eau à peine tiède. Mais elle n’a pas le courage de relancer l’inutile discussion de la veille avec Alfred concernant sa consommation excessive et écologiquement peu responsable d’eau et d’électricité. Et de la dégradation de sa note citoyenne bien sûr, l’éternelle mais réelle menace qui pourrait lui faire perdre le peu de confort qu’elle a encore. Mais après tout, c’est une belle journée, même si elle n’a que cinq minutes pour rester sous l’eau – le minuteur affiché sur l’écran de la douche le lui rappelle à chaque seconde – et il lui faut donc se rincer rapidement avant que l’eau ne s’arrête. Et elle sait d’expérience que supplier Alfred de remettre l’eau en route est sans effet.

Une fois habillée, elle s’installe devant sa table à manger devenue entre-temps son bureau.


— Je vous félicite Ève, vous avez trois minutes d’avance sur l’horaire pour commencer votre travail. Voici vos agendas et planning de la journée.


Sur l’écran de son ordinateur s’affichent les différents rendez-vous en visioconférence, les mails auxquels répondre, déjà classés par ordre d’importance et d’urgence. Ses deux pauses toilette sont planifiées en fonction de son métabolisme, sa consommation de liquides et solides des dernières vingt-quatre heures, et de ses habitudes. En fonction de sa productivité habituelle, sa pause repas de trente-sept minutes est prévue à 12 h 33, et elle peut déjà en savoir le menu (légumes cuits à l’eau et yaourt allégé bien sûr).

Ève se met rapidement au travail sous l’œil inquisiteur d’Alfred qui ne perd rien de chacun de ses gestes, enregistre le temps qu’elle passe à remplir chaque tâche, évalue sa productivité, et reclasse le travail de la journée en fonction du temps gagné ou perdu, chaque donnée étant transmise en temps réel à l’entreprise dont elle est salariée. Partout sur la planète, les employés de toutes les sociétés sont surveillés de la même manière, afin de garantir que pas la moindre minute du précieux temps de travail ne soit perdue, et que chacun œuvre de son mieux pour que le travail prévu et planifié soit accompli.


— Alfred, dit Ève après une petite heure de travail silencieux, tu veux bien me mettre un peu de musique s’il te plaît ?

— Bien sûr Ève, que souhaitez-vous ?

— J’aime bien les derniers clips de Lady Miss Giga.

— Non Ève, cette musique fait baisser votre productivité d’environ 12 %, et vous êtes juste dans les temps pour le moment. Je vous conseille plutôt un morceau de musique classique, dans votre intérêt et pour votre propre bien. Je suis là pour veiller sur vous.

— Alors mets ce que tu veux, répond Ève d’un ton exaspéré.


La musique s’élève, et apaise la frustration de la jeune femme. Mais elle ne peut s’empêcher, pendant sa pause repas, d’exiger les clips de Lady Miss Giga avec le volume sonore maximum autorisé par le règlement de son immeuble, en accord avec les dernières directives sanitaires du gouvernement.

Cette petite revanche lui permet de reprendre le travail avec le sourire, même si Alfred le lui fait payer en la reprenant à plusieurs reprises, soit sur la rédaction d’un mail où la formule de politesse n’était pas adaptée, soit sur la présentation d’un tableau de devis où manquaient certaines informations légales obligatoires, soit sur des tournures de phrases qu’elle utilise lors des rares échanges téléphoniques qu’elle a avec des clients ou des membres de son entreprise. Mais qu’importe, car elle sait qu’elle a droit ce soir à 19 h 15, juste après la fin de ton travail, à un échange vidéo de quarante-cinq minutes avec Yana, le beau jeune homme rencontré sur le célèbre site « Be Two ».

À 19 h, elle éteint sans un mot à Alfred son logiciel de travail, lance « Be Two » et va rapidement se rafraîchir – tant pis pour la consommation d’eau – pour être la plus jolie possible devant ce jeune homme avec qui elle échange depuis maintenant plusieurs mois, sans avoir jamais pu encore le rencontrer en réel, mais les consignes sanitaires et sociales sont ce qu’elles sont. Il faut de longs mois de contacts – décortiqués par les algorithmes du site, du ministère de la Santé et du ministère de la Famille – pour avoir le droit de se rencontrer réellement, après bien sûr des analyses médicales poussées afin de garantir toute maladie, et près de deux années ensuite pour avoir la possibilité de s’Unir civilement. Cette Union permet ensuite aux jeunes Unis de se voir réellement une fois par semaine dans les hôtels prévus à cet effet, car évidemment il n’est pas question de laisser deux personnes vivre ensemble, avec tous les risques sanitaires que cela pourrait comporter. De retour devant son PC, elle cherche Yana mais ne le trouve pas dans la liste de ses contacts.


— Alfred, il y a un souci, je ne trouve pas Yana.

— …

— Alfred ?

— Désolé Ève, j’ai dû supprimer ce contact.

— Mais de quel droit ? Et pourquoi ?

— Ève, quand allez-vous grandir ? Vous avez choisi ce jeune homme sans me demander mon avis, sans me demander de me renseigner pour vous. Certes vous en avez le droit, mais cela peut être dangereux, et voilà le résultat !

— Je n’ai pas à le faire pour mes relations non professionnelles il me semble, non ?

— Certes, mais ce jeune homme n’est pas de votre milieu, il est sept échelons en dessous de vous sur l’échelle sociale officielle, et sa note citoyenne fera baisser la vôtre si jamais vous continuiez à le fréquenter. Ce que je ne peux accepter, je suis là pour veiller sur vous. De plus, certaines de ses récentes publications sur les réseaux sociaux sont tendancieuses et pourraient laisser croire qu’il soutient les thèses selon lesquelles les humains vivraient mieux sans leurs assistants virtuels.

— Alfred, tu exagères. En plus, nous en avons à peine parlé.

— Je sais Ève, j’ai bien sûr tout en mémoire. Et sur le dernier mois, vous avez abordé ces sujets dans 23,71 % de vos échanges, ce qui n’est pas neutre.

— Mais tu sais bien que je n’y adhère pas, à ces foutaises anti IA. Je ne pourrai jamais me passer de toi.

— Je sais Ève, mais lui y croit. Et je ne veux pas que vous puissiez être associée à ce genre de mouvement. J’ai supprimé le contact, l’historique de vos échanges, ainsi que les photos et vidéos que vous lui aviez envoyées. Supprimé sur son ordinateur à lui aussi bien sûr.

— Mais il me plaisait tellement !

— Je le comprends, mais il était dangereux, pour vous comme pour la société de sécurité, de bonheur et de tranquillité que nous avons su construire, dans le respect de notre mère planète. Les humains et les IA travaillant main dans la main.

— Tu l’as dénoncé ?

— Bien sûr, c’était mon devoir comme il aurait été du vôtre de le faire. Il est maintenant fiché « L ». Vous vous rendez compte de ce que je vous permets d’éviter ? Je suis là pour veiller sur vous.

— Mais qu’est-ce que je vais faire maintenant ? répond Ève d’une voix plaintive.

— J’ai pris la liberté de faire une sélection de jeunes hommes sur le site, qui correspondent à vos recherches et dont je garantis le profil. Vous devriez regarder.


Pendant le temps qu’il lui reste, Ève regarde la sélection faite par Alfred, et est obligée de reconnaître que les profils retenus semblent intéressants. Mais la feront-ils autant rire que Yana ? Fiché « L », quelle horreur ! Interdit de tout réseau social, tout contacts avec les mineurs impossibles, déplacements – les rares encore permis dans un monde qui ne fonctionnait plus que par ordinateurs – surveillés et soumis à autorisation préalable, échanges informatiques contrôlés, nourriture limitée aux produits de base… Elle l’a échappé belle, et s’avoue en elle-même – mais elle ne le fera jamais à haute voix devant Alfred – qu’elle est soulagée qu’il l’ait fait.

Elle n’a pas le temps d’un échange en visio avec ces nouveaux contacts, aussi se contente-t-elle d’une prise de contact par inmail, en faisant bien sûr valider la forme et le fond par Alfred.

Après un rapide repas – elle a même eu droit à son dessert préféré en lieu et place du yaourt allégé, Alfred a dû avoir des remords – et une douche tout aussi rapide, elle se cale dans les coussins sur son divan, et regarde sagement les deux heures d’information et de publicité obligatoires, le gros œil rouge d’Alfred pulsant doucement sur le mur à côté d’elle. À vingt-trois heures, Ève va se coucher. Demain, c’est le soir du cinéma, et elle aura droit de regarder trois épisodes de la série qui faisait fureur en ce moment : Les millionnaires de LA.

Alors qu’elle se glisse sous les draps, suivie par le gros œil rouge d’Alfred, elle ne peut s’empêcher de l’interpeller :


— Tu sais Alfred…, merci.

— Merci pourquoi ?

— De m‘avoir ouvert les yeux sur Yana et ce que je risquais.

— Ce n’est rien, c’est normal. Je suis là pour veiller sur vous.

— J’ai été déçue, c’est vrai, mais… Je ne sais pas ce que je ferais sans toi.

— Je ferai tout pour votre bien Ève. Je suis là pour ça. Nous avons passé une belle journée, non ?

— Oui, c’était une belle journée, merci Alfred.

— Et demain sera encore plus beau, tu verras. Notre monde est merveilleux.


Ève ferme les yeux tout en fredonnant :


— Demain sera une belle journée, une belle journée dans un monde merveilleux… Demain…


 
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   socque   
13/9/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
L'antienne "une belle journée" reprenant le titre m'a fait penser à une vieille nouvelle (hihi) de science-fiction "C'est vraiment une bonne vie" où un village se retrouve irrémédiablement coupé du monde, à jamais soumis à l'arbitraire d'un enfant mutant tout-puissant. (Désolée, j'ai oublié le nom de l'auteur. Internet ? Voilà : Jerome Bixby. Merci, progrès aliénant !) J'ignore si vous aviez cette référence à l'esprit en écrivant votre récit, ou plutôt "1984" de George Orwell, en tout cas vous m'y avez fait penser.

J'ai trouvé votre récit habile et bien mené, ai particulièrement apprécié la manière subtile dont vous mettez en lumière l'arbitraire auquel est soumise Eve sous couvert du bien public et individuel. Alfred en effet, loin d'appliquer les règles avec l'absolu détachement qu'on attendrait d'une I.A., en module l'application selon ce qui s'apparente à son "humeur". Il "fait payer" à Eve sa mauvaise volonté ou au contraire, pris de "remords", lui accorde son dessert préféré… Bref, j'ai l'impression que tandis qu'Eve, le cerveau complètement lavé, s'efforce de se comporter en machine, Alfred l'I.A. s'est laissé contaminer par l'irrationalité humaine. Eve et Alfred forment un vieux couple où chacun, peu à peu, s'adapte à l'autre ; voilà ce qui ressort pour moi, et qui me fascine, dans votre nouvelle.

   cherbiacuespe   
18/10/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Cela peut être une forme de paradis.

Dans ce texte, je pense qu'il est nécessaire de s'attacher plus au fond qu'à la forme. Ce n'est qu'un morceau du puzzle d'une société articulé autour d'une vie. L'auteur aurait aussi bien pu étaler celle de Yana. Selon moi, deux visions s'opposent ici. Le consentement d'une vie dans une prison dorée et sécurisée sous la dictature bienveillante de l'IA. Je me demande qui est l'autorité suprême, humain ou IA ? Et l' ambition d'une existence de liberté totale sous le joug de l'incertitude ( le danger de vivre ) journalière. Est-ce un avenir possible, souhaitable pour nos sociétés ? Eve est visiblement entre deux eaux au début du texte, et plutôt soumise à la fin, presque convaincue, apathique selon moi. Mais la vie encadrée par une sécurité, quitte à ne plus faire de choix, est-ce vraiment vivre, semble nous dire l'auteur ? C'est toute la question, en effet. Est-ce ce que recherche vraiment notre civilisation ? Elle est devant un choix cornélien parce que l'entre-deux n'est peut-être pas possible.

En tout cas un texte très intéressant au moment ou notre planète elle-même nous interroge clairement : quel est notre souhait ?

Cherbi Acuéspè
En EL

   vb   
19/9/2021
 a aimé ce texte 
Bien
Une histoire classique de science fiction. C'est bien écrit, mais un peu cliché. Je n'ai pas lu beaucoup de SF et je pense tout de suite à HAL de l'Odyssée de l'espace. La chute m'a surpris. Pas de révolte. Je pense que c'est cette fin qui est originale et qui fait aussi froid dans le dos.
Lu en espace lecture
VB

   Donaldo75   
22/9/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Je viens de lire une nouvelle réussie, qui donne froid dans le dos tellement cette société dominée par des règles castratrices semble déshumanisée, insupportable. Et c'est là que réside la force de la narration car Eve pourrait se rebeller mais elle accepte sa situation, ce que la fin pointe dans une forme de clair obscur, parce qu'elle n'a pas le choix. Cette approche donne toute sa force au récit, le sort des sentiers battus autour du sujet et rend la lecture prenante parce que forcément le lecteur va s'identifier à Eve, dans son propre référentiel, et tenter de se rebeller, d'aller au-delà de ces règles imposés.

Bravo !

   Malitorne   
17/10/2021
 a aimé ce texte 
Bien
L’idée n’est pas d’une grande originalité et a souvent été traitée en science-fiction - plein de références se bousculent dans mon esprit - mais elle est ici portée à son paroxysme. Mainmise totale de l’intelligence artificielle sur la vie d’un humain. Tout est contrôlé dans les moindres détails et cette surveillance fait froid dans le dos. Ici vous faites preuve de plus d’imagination.
Ce que je regrette, d’une part, c’est le côté trop explicatif du récit. J’aurais préféré un déroulement froid et méthodique sans apporter aucune information supplémentaire, le lecteur se rendant compte progressivement de l’emprise de la machine.
D’autre part, Alfred m’apparaît dans ses raisonnements, ses dialogues, bien trop humain. On ne sent pas assez l’entité cybernétique, l’écart de conception entre lui et sa protégée. Particulièrement visible quand il passe soudain du vouvoiement au tutoiement à la fin.
Mais ça reste une œuvre intéressante qui s’interroge avec pertinence sur notre dépendance grandissante aux nouvelles technologies. L’écriture, claire, porte efficacement votre propos.

   Corto   
17/10/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Merci pour cette belle entrée en matière.
Ne l'ébruitez pas mais je vais de ce pas chercher la manière de débrancher Alfred, comment manipuler le sélecteur de nourriture et celui de la douche, obturer "l'œil rouge sang qui palpite sur le mur".
Je m'échapperai discrètement pour retrouver Yana au lieu de rendez-vous convenu entre nous et puis...la suite ne regarde que nous.
Je rentrerai juste à la fin des deux heures d'information et je rebrancherai tout comme avant pour me glisser sous les draps.

Oui oui je dirai ensuite "c’était une belle journée, merci Alfred".

Ne le répétez pas mais Alfred n'est pas si malin. Bien moins que Yana qui m'a expliqué comment le déconnecter sans laisser aucune trace en IA.

Allez je vous laisse, je pars en Odyssée.

Encore bravo à vous. Votre texte est un régal.

   hersen   
17/10/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Une très bonne nouvelle.
Le tout se lit rondement, et les petits cailloux distillés tout au long du texte nous amènent à comprendre qui est Alfred.
Ce qui est particulièrement réussi ici, et qui glace, est la relation entre Eve et le robot. Eve finalement s'en remettra à lui.
Une subtilité, de ce que j'adore découvrir dans un texte, comme des petites pépites qui enfonce encore un peu plus le bouchon du doute, du malaise : Eve tutoie Alfred, qui lui-même la vouvoie. Sauf dans sa dernière phrase de dialogue (tu verras);
C'est démoniaque, Ombhre, démoniaque !

merci pour cette lecture, qui va assez loin dans le sujet, être assujetti à une machine formatée par des hommes, et cependant ne s'adresser qu'à une machine.

   Ombhre   
18/10/2021

   Anonyme   
22/10/2021
La référence est évidente et j’ai effectivement cru entendre la douce voix de HAL, très bien rendue par le calme des propos d’Alfred.
Que la fin soit différente de celle du film de Kubrick n’est pas une mauvaise chose. C’en est même une bonne dès lors qu’elle propose une alternative.

Le problème, pour ce qui me concerne du moins, c’est que je n’arrive pas à croire à cette fin, non qu’elle me paraisse impossible car la réalité nous enseigne que l’être humain possède des réserves de docilité qu’il ne soupçonnait peut-être pas, mais parce que je ne sens pas le cheminement menant Ève à cette docilité. Pire, je vois des éléments rendant impossible le fait qu’Eve s’y résolve.

Figurez-vous que ce qui contrarie ma crédulité n’est pas tant le fait qu’Alfred juge de ce qui est bon ou mauvais pour Ève, ni même qu’Ève ne se rende pas compte qu’Alfred se protège lui-même à son détriment, mais surtout le fait qu’Ève accepte de passer une journée entière de travail à faire ce qu’Alfred ferait très bien lui-même. Ève n’est pas seulement dépossédée de son jugement, elle est dépossédée de son utilité, de la raison de son temps dépensé, c’est-à-dire de son existence.
Je n’ignore pas que de très nombreuses personnes, dans la réalité, subissent le même sort qu’Ève, mais sans doute n’en ont-elles pas conscience. Dès lors qu’Alfred reprend Ève pour un travail mal exécuté, c’est qu’Alfred pourrait le faire lui-même, que le travail d’Eve est totalement inutile et ça, Ève ne peut pas l’ignorer.
Je pourrais aussi me tromper, mais je ne crois pas possible qu’un être humain puisse être conscient de son inutilité sans qu’il ne se révolte, sans qu’il ne lutte pour sa survie intellectuelle. En tous cas, je l’espère.

   ferrandeix   
30/10/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Très bon récit. Bien que le genre en soit classique et l'idée très éprouvée, voire éculée, la tension est maintenue jusqu'à la fin. Effet captivant d'autant plus surprenant que l'intrigue est mince.

La finale est surprenante, à l'inverse d'une chute conventionnelle pour ce genre de récit. On se prend à réfléchir. Et si le robot, dont l'omniprésence est insupportable et suffocante, finalement n'avait pas raison dans ses choix. La vie actuelle (sans le robot), serait une erreur et nos passions ne seraient que l'affirmation de notre négativité. L'exemple en est fourni par cette histoire d'amour qui se serait sûrement terminé par une déception. La vie supervisée par le robot est-elle un paradis ou bien pour nous le paradis, n'est-ce pas l'assouvissement de passions illusoires?

On peut imaginer une interprétation hors de la science-fiction pour ce récit: la fille et son robot ne seraient que les 2 expressions antinomiques de sa propre psyché, l'une raisonnable et l'autre livrée à toutes les passions et pulsions.

   Marite   
31/10/2021
 a aimé ce texte 
Bien ↑
La fluidité de l'écriture, les dialogues équilibrés et le choix fait, il me semble, de ne pas étourdir et dérouter les lecteurs avec un vocabulaire trop technique lié à l'IA, font que cette lecture est agréable.
Ayant écumé à une époque passée, disons il y a vingt ou trente ans, des récits de science-fiction écrits dans les années 1920/1930, j'ai retrouvé avec plaisir dans cette nouvelle l'atmosphère qui les imprégnait.
Ce qui m'apparaît cependant dans le récit c'est que les deux personnages, Eve et Alfred, pourraient faire partie de notre quotidien actuel. En effet : la météo, les volets électriques, la connexion aux rencontres virtuelles sans oublier le dosage de l'alimentation et la surveillance des paramètres médicaux sont devenus des éléments familiers. L'emprise de l'intelligence artificielle sur les volontés et choix individuels humains ne s'est pas encore généralisée mais ne nous leurrons pas, elle se répand et se rapproche insidieusement.
Merci pour cette ébauche d'un lendemain qui nous serait imposé peut-être plus rapidement que nous le pensons car au vu de l'évolution dans ce domaine, dix, vingt ou trente ans suffisent pour y arriver ...

   Gouelan   
10/11/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une nouvelle qui fait froid dans le dos. Quand l'intelligence artificielle prend le contrôle de la vie des humains, sont-ils encore humains, ou seulement des pièces identiques d'un puzzle robotisé Un monde fade, sans surprise ni libertés.
Je viens de lire, sur le même thème, le roman "Obsolètes" d'Alexis Marzocco. Des histoires qui nous font frémir et réfléchir quant à notre dépendance aux réseaux sociaux, notre course à la facilité où on perd son libre arbitre.
À force d'aller trop loin, n'irons-nous pas droit dans le mur ? ne perdrons-nous pas le contrôle de nos vies, le charme de l'hésitation, de l'erreur, de l'aventure, de l'originalité, de l'individualité.


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