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Brèves littéraires
papipoete : Odyssée nocturne
 Publié le 21/04/26  -  14 commentaires  -  2669 caractères  -  109 lectures    Autres textes du même auteur

Cauchemar (défi : sors de là).


Odyssée nocturne


« Sors de là !» lui hurlèrent les vigiles, après que cet énervé eut foutu le bordel dans la boîte de nuit. C'est con, on s'amusait bien, mais je suis passé à deux doigts du cendrier qu'il lança à travers la salle !

Y pleut à torrent et ça cogne sur la tôle et le pare-brise se mue en rideau, que mes yeux tentent de transpercer ! Malgré la furie des décibels supportés pendant toute la soirée, j’enclenche la cassette de Led Zep’ que je rembobine dans le lecteur. Je tapote sur le volant aux accents de Stairway to Heaven pour occulter la furie des cieux, sans aucun succès. Je ne croise pas le moindre véhicule tout au long du trajet, seuls les yeux étonnés de renards brillent dans le rai de mes phares.

Pancarte de Lons franchie, je saute sur les freins. Bon Dieu, quel con ! Un homme en haillons vient de se précipiter en plein milieu de la route et s’affale sur mon capot, couvert de sang que la pluie fait ruisseler. Il s’avance en gesticulant, s’agrippe à mon rétro, ouvre ma portière et se jette à mes côtés en hurlant :


– On vient de m’agresser, il faut rattraper leur voiture ! Faites demi-tour !


« Mais, sors de là ! »


– Accélérez, on va les coincer, je vais me venger ! Accélérez, nom de Dieu !


Moi qui adore la vitesse d’habitude, je vois défiler les bandes blanches au sol à toute allure, et me demande si ma bagnole ne finira pas au fossé, ou contre un de ces tilleuls qui bordent la route !


– Ils m’ont tabassé, pris ma montre, et arraché ma chevalière ! Putain, ils vont me le payer !

– Vous vous arrêterez là-bas, à l’amorce du chemin de vigne ! Je connais !


Mon cœur, qui cognait déjà pas mal, se met à battre à tout rompre, je suis sûr qu’il résonne dans l’habitacle et excite l’autre fou furieux ; surtout qu’Led Zep’ ne chante plus depuis longtemps… Je ralentis, mets mon clignotant malgré l’absence d’autos. L’autre, dégoulinant de sueur et d’hémoglobine, cherche quelque chose dans une poche de son pantalon : un couteau, un cutter pour m’égorger ? Je crie et supplie au fond de moi ! Mon cœur va exploser !


– C’est foutu, on ne les rattrapera pas, je descends là ! Dites-moi ce que je vous dois pour l’essence et le dérangement ?

– Rien, rien…

– Ah, si, j’insiste !

– Deux francs, ça vous va ?

– D’accord et merci quand même. Dommage, vraiment dommage que je n’aie pu leur faire payer à ces salauds ! mais je les retrouverai, vous pouvez en être certain !


Sur ces dernières paroles, j’enclenche la première.

Peu à peu, je retrouve mes esprits et roule pépère. Franchissant à nouveau le panneau du chef-lieu, je soupire profondément ; j'm'en tire bien et le revois dans ma tête.

« Putain, sors de là ! »


 
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   Robot   
10/4/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Du langage direct pour une petite épopée dynamique.
Plus de peur que de mal.

   Donaldo75   
15/4/2026
trouve l'écriture
convenable
et
aime bien
J'ai trouvé ce récit dans la digne lignée du défi initié par Pattie. Il y a un début de "road movie" pas désagréable, sans tomber dans le cliché. La narration donne envie de poursuivre la lecture. C'est une brève, alors la fin arrive très vite mais je n'en demandais pas plus au vu de l'histoire. Il n'y a pas non plus de quoi développer des heures et en plus ce serait dommage.

"Good job" aurait dit Robert Plant.

   Pattie   
21/4/2026
trouve l'écriture
convenable
et
aime bien
L'histoire est intéressante, la phrase du défi bien placée, et j'aime vraiment beaucoup les roadmovies.
Cependant, c'est frustrant. J'aurais davantage vu un texte plus long.

Quelques détails me gênent :
- "cendrier qu'il lança à travers la salle !" Le passé simple est probablement bien employé, mais un plus-que-parfait aurait été davantage dans le ton du texte et plus à sa place dans la chaîne du temps (action qui précède celle énoncée au passé composé, qui, lui, pourrait être un passé simple, si le ton du texte s'y était prêté).

- il y a un mélange entre le langage soutenu et le langage familier qui me perturbe, parce que je n'y ai pas trouvé d'explication : "c'est con, Y pleut" / "se mue, la furie des cieux".

- le narrateur semble aimer les décibels, et le texte est vu de son point de vue, interne. Alors la phrase suivante détonne : "Malgré la furie des décibels supportés pendant toute la soirée, j’enclenche la cassette de Led Zep'". J'aurais plutôt imaginé que les décibels lui manquent, donc pas de "malgré".

- "pour occulter la furie des cieux sans aucun succès". Je trouve dommage de le dire. On se doutait bien que tapoter son volant n'arrêtait pas la pluie. Alors que "furie des cieux", c'est une chouette fin de phrase.

- "en haillons" me semble mal employé. Il porte des habits déchirés par l'agression, pas à cause de l'usure. Ou bien j'ai mal interprété.

- le narrateur est étrange. Un inconnu couvert de sang est près de lui et il trouve paradoxal que, lui qui aime la vitesse, ait peur d'un accident. Ça ne ressemble pas au genre de pensées qu'on pourrait avoir dans ce genre de moment.

- je ne comprends pas le sens de "surtout que" dans cette phrase : "surtout qu'Led Zep ne chante plus depuis longtemps…" : en quoi cela va-t-il exciter encore davantage le blessé ?

- je n'ai pas compris : il demande à aller jusqu'à un endroit précis, semble y être arrivé et semble en même temps se décider à descendre par dépit.

- la fin est un peu dommage : il revoit dans sa tête un bout de dialogue qui n'a pas été dit, pas avec le "putain", en tous cas.

J'ai beaucoup aimé les regards des renards croisés dans la nuit. C'est ce genre de phrase qui me donnent envie de continuer la route plus longtemps avec ce texte.

   Polza   
21/4/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Sacré papipoete, vous êtes sur tous les fronts !

Bienvenue au club du Pattie’s défi !

J’ai trouvé un arrière-goût de « J’irai cracher sur vos tombes » de Vernon Sullivan dans votre nouvelle, notamment par rapport à ce passage :

« Mon frère, en sa qualité d’instituteur à l’école noire, avait
protesté publiquement et envoyé une lettre, et il s’était fait rouer
de coups le lendemain. Il m’écrivait de venir le prendre avec la
voiture pour changer d’endroit. »

Si j’ai bien aimé l’ensemble, j’ai trouvé dommage que vous n’ayez pas assumé pleinement le langage familier. Vous avez parfois voulu apporter un langage soutenu ou poétique qui ne colle pas au récit selon moi…

« Y pleut à torrent » pour la forme, je vous signale que dans cette expression on écrit toujours « Il (Y) pleut à torrentS »

« « Sors de là !» lui hurlèrent les vigiles, après que cet énervé eut foutu le bordel dans la boîte de nuit. C’est con, on s’amusait bien, mais je suis passé à deux doigts du cendrier qu’il lança à travers la salle ! »

Si le passé simple est très bien en poésie et même pour raconter un récit, je trouve que vous auriez dû alléger pour que le lecteur lise comme s’il était pris au cœur de l’histoire, que c’était en train de se passer sous ses yeux…

« mais je suis passé à deux doigts du cendrier que ce con a lancé à travers la salle » par exemple…

« Je tapote sur le volant aux accents de Stairway to Heaven pour occulter la furie des cieux », exemple typique d’un langage trop soutenu par rapport au reste du récit…

À part ça, je trouve cette micronouvelle très plaisante, j’ai beaucoup souri, l’humour est bel et bien présent et c’est agréable à lire.

Je trouve que par rapport au défi, vous vous en êtes sorti avec les mentions du jury (avec les miennes en tout cas !)

   Luron   
21/4/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
J'ai bien aimé cette aventure du coin de la rue, ce fait-divers banal de sortie de boîte de nuit qui se transforme en thriller dans le huis clos de l'habitacle d'une voiture entre le chauffeur et un intrus marginal au discours inquiétant et décousu, le tout sous une pluie battante, un sentiment de danger et d'issue incertaine. Le chemin vers le ciel pourrait à tout moment s'avérer plus court que celui du titre de la cassette. Les seuls êtres vivants rencontrés sont des renards étonnés. On les comprend. Puis le dénouement est tout aussi surprenant et cocasse : l'intrus descend, propose même, au moins comme signe de politesse, une contribution aux frais de transport et laisse à son chauffeur une bonne dose d'absurdité et d'adrénaline. L'écriture, brute de décoffrage comme l'intrus et son histoire, accentue le rendu du réalisme de la scène. Une belle aventure mais finalement " le lui ont-ils payé" ?

   Yakamoz   
21/4/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Une petite histoire entre thriller et épouvante, une nuit de pluie battante. Il y a du suspense, l’écriture haletante nous conduit vers la chute qui pourrait être tragique, mais finalement « j’m’en tire bien » conclut le narrateur. Se déguste avec plaisir !

   Myndie   
22/4/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour papipoete,

j'ai bien aimé cette petite séance cinématographique nerveuse qui plonge dans des souvenirs d'un siècle passé, autoradio-cassettes, Led-Zep et deux francs d'essence, et entraine le lecteur dans une course folle ambiance thriller.
Associé au décor choisi ( la nuit, la sortie de boîte, la pluie qui brouille la vue) le rythme que tu donnes à ce petit récit crée une belle atmosphère et instaure une réelle tension.
Sans oublier la touche de saugrenu et d'humour de la scène finale qui surprend autant qu'elle fait sourire.
De ce point de vue là, ton odyssée est une réussite.

Je ne ferai qu'une petite remarque ; elle concerne l'unité des temps des verbes. Le glissement du passé simple au présent apparaît comme une hésitation plus que comme un effet de style.
Soit tout le texte est au passé et nous sommes là dans la narration d'un souvenir, soit il est au présent et nous suivons l'action à vif. C'est ce que j'aurais choisi, c'est plus cinématographique.

Mais bravo pour l'inspiration et l'énergie de l'histoire !

   Lariviere   
22/4/2026
trouve l'écriture
convenable
et
aime un peu
Bonjour Papipoète,

CLAP ! CLAP ! CLAP !

Ca y est ! Vous avez accroché votre première publication nouvelle !... Vous êtes désormais auteur onirien, toute catégorie... Je suis content pour vous !

Bon, concernant la qualité de ce texte, vous l'avez drôlement amélioré par rapport à la première mouture que vous aviez proposé et que j'avais lu en espace lecture.

Ici vous avez réussi à nous présenter un récit construit de façon pertinente et à donner un aspect vivant à la narration. Bravo !

Ainsi cette histoire "brève" qui rentre parfaitement dans le défi du "sors de là" (encore un !) se lit facilement, donne envie au lecteur de s'y intéresser et est assez agréable.

J'ai, par contre, deux bémol principaux concernant ce travail :

D'abord l'usage intempestif des points d'exclamation (il y en a 19 sur ce court texte) qui est votre péché mignon et que vous utilisez à outrance pour donner du rythme à moindre frais. Ca donne un côté artificiel et lourd, et ca donne une impression de mécanique et de rythme forcée que je n'apprécie pas. Je pense que vous devriez chercher à les remplacer par autre chose pour donner votre effet dynamique et les utiliser avec plus de modération.

Ensuite, les dialogues ne me plaisent pas à l'état. Je pense qu'ils sont à revoir dans leur ensemble. Je pense que les tirades sont trop longues, comme si vous vouliez vous en servir pour tout expliquer rapidement. Je comprends celà, et effectivement les dialogues servent à rendre vivant le récit mais aussi à faire avancer l'intrigue, donc c'est un bon point, mais ici, ils sonnent faux, trop artificiels, d'après moi.

Voilà ce que je pouvais vous dire sur cette première nouvelle. Mon appréciation prend bien sur en compte ces petits bémols, mais s'il n''étaient pas présent, j'aurais trouvé "abouti" et "bien aimé" votre texte !

J'espère juste que mes remarques vous seront utile dans votre travail d'écriture de "p'tit" nouvelliste... ;)

Merci pour cette lecture et bonne continuation !

   LeChevalier   
22/4/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Je ne regarde pas les publications dans la section « prose » mais voilà qu'un pseudo familier m'y attire. J'ai été surpris par ce texte à la fois court et débordant de dynamisme. Comme quoi, papi a plus d'un tour dans son sac.

La raison pour laquelle je mets une très bonne notation, c'est que j'ai été tenu en haleine du début jusqu'à la fin. J'ai eu peur avec le personnage principal. Même si certaines références m'échappent, j'ai bel et bien été plongé dans l'ambiance et il faut croire qu'elle était saisissante, puisque je suis assez insensible à ce qui n'est pas vers.

Bravo !

   Provencao   
22/4/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Véritable coup de coeur pour votre nouvelle...que je viens de découvrir....Sors de là me plait beaucoup...

Belle idée de conception qui vous sied à ravir...loin des rimes, des vers à respecter.
Un bonheur de lecture. Merci Bel ami.

Au plaisir de vous lire,
Cordialement

   Boutet   
23/4/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
On aurait pu songer à un rêve ou plutôt un cauchemar. Tout est bien qui finit bien dans cette virée nocturne angoissante pour le narrateur et le lecteur qui se demande comment cette odyssée se terminera.

   Cristale   
24/4/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Ouf ! J'ai failli avoir peur, peur que cet effrayant passager vous trucide !
Tout est bien qui finit bien dans cette histoire racontée avec légèreté malgré la pesanteur de la situation.
Une histoire qui tient en haleine et ça c'est fort au regard de la brièveté du récit condensé mais copieux en suspens et rebondissements.
Je ne sais pas trop évaluer une nouvelle quant à la technique d'écriture alors c'est le coeur qui va décrocher la notation.
Bravo papipoète !

   GLOEL   
28/4/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Papipoete,

Votre nouvelle est efficace car elle entre immediatement dans l’action et son ambiance sensorielle est réussie (pluie, nuit, musique), ce qui installent rapidement une tension. L’irruption de l’homme blessé est forte et visuelle.

Cependant, l’ensemble souffre un peu d’un manque de crédibilité psychologique : le narrateur réagit de façon trop calme face au danger. Le style est aussi parfois inégal, oscillant entre relâché et soutenu, et certaines phrases viennent alourdir le rythme. Enfin, la résolution est trop rapide, ce qui affaiblit l’impact de la chute.

En résumé, c'est une base solide, mais il faudrait resserrer un peu pour rendre l'ensemble plus cohérent et pour gagner en intensité. Attention parfois au langage qui a certains moments n est plus credible. J'adore Led Zep "Stairway to Heaven" !!!

Bravo !

   Cyrill   
29/4/2026
trouve l'écriture
convenable
et
aime bien
Salut papipete,
Tout d’abord j’imagine que vous devez être content de voir cette nouvelle enfin publiée. Je me souviens d’avoir lu une première version qui ne m’avait pas du tout convaincu. Je la trouve ici bien améliorée. C’est vivant, vous avez su installer une atmosphère avec un mix de langage familier et plus soutenu, plus littéraire. et des repères temporels ( Led Zep’) qui marquent bien l’époque.
La grande quantité de points d’exclamation a déjà été évoquée, c’est une béquille à la narration qui ne l’exonère pas de l’expression des émotions.
Les dialogues ne m’ont pas tout à fait convaincu, ils manquent de naturel et semblent surtout vouloir palier aux trous de l’histoire.
Une histoire, au final, que j’ai trouvé plutôt agréable à lire dans cette version revue.
Au plaisir.


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