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Brèves littéraires
Passant75 : Elle était là
 Publié le 24/04/26  -  2 commentaires  -  1936 caractères  -  7 lectures    Autres textes du même auteur

« Nous croyons conduire le destin, mais c’est toujours lui qui nous mène. »
(Denis Diderot)


Elle était là


Il y a des trajets qui commencent avant qu’on sache qu’on est parti.


Le moteur tournait avec une régularité sourde, presque effacée, comme si la voiture avançait autant par inertie que par volonté. La route s’ouvrait devant moi sans résistance, sous une lumière pâle qui ne découpait rien mais maintenait les choses dans une continuité calme.


Je roulais depuis un moment déjà.


Ma mère m’avait appelé quelques jours plus tôt. Sa voix était ordinaire, presque neutre. Elle m’avait demandé de venir. J’avais répondu oui.


Alors j’étais parti.


Le paysage défilait sans insister : champs ouverts, arbres espacés, talus d’herbe où la lumière glissait lentement, sans accrocher.


C’est là que je l’ai vue.


Au bord de la route.


Une femme immobile, manteau sombre, pouce levé.


Je suis passé.


Sans ralentir.


Dans le rétroviseur, elle ne disparaissait pas vraiment. Elle se retirait plutôt, comme si elle cessait d’appartenir au même plan que la route.


Plus loin, elle était de nouveau là.


Identique.


Même posture.


Je n’ai pas ralenti.


Puis encore.


Toujours elle.


Comme si la route la reposait dans le monde à intervalles réguliers, sans variation possible.


Je me suis arrêté.


Le moteur s’est tu.


Le silence a pris toute la place.


Elle était déjà là.


La portière s’est ouverte.


Elle s’est assise à côté de moi sans un mot.


Nous avons repris la route.


Le paysage continuait, mais quelque chose avait légèrement changé dans sa consistance, comme si la réalité perdait une part de sa certitude.


Le silence dans l’habitacle était devenu dense, presque continu.


Mon téléphone a vibré.


Une voix inconnue m’a dit que ma mère venait d’être informée.


Un accident !


Je regardais la route.


Elle continuait.


À côté de moi, elle ne bougeait pas.


Et je compris qu’il n’y avait pas eu apparition.


Ni rencontre.


Seulement reconnaissance.


Elle était là.


 
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Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   Donaldo75   
21/4/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Je ne sais pas si les retours à la ligne sont voulus mais c'est pénible à la lecture. Personnellement, je pense que les supprimer, densifier la mise en page aurait donné plus d'impact à cette brève. Une fois ceci dit, revenons au texte lui-même: la narration commence de manière classique puis dérive progressivement dans une forme d'onirisme. C'est comme si le narrateur se voyait lui-même dans la situation qu'il raconte. Cela donne une vraie tonalité à l'ensemble, aérienne presque, pas un de ces trucs gazeux et verbeux que je lis quelque fois sur Oniris, non, quelque chose d'incarné et d'évanescent à ma fois.

Une réussite, au bémol près de la mise en page.

   marcolev   
24/4/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Passant75,
Cette nouvelle me remémore la glorieuse époque de l’auto-stop, d’abord comme auto-stoppeur, puis comme conducteur.
Et quand je ne m’arrêtais pas, je gardais toujours un œil dans le rétroviseur avec une pointe de regret de ne pas mettre arrêter, essayant de trouver une bonne raison et en même temps avec l’espoir de voir la voiture suivante s’arrêter.
La persistance de l'image dans le rétroviseur est très forte.

La fin est très belle, elle ouvre la porte sur un mystère qui laisse une grande place à l’imaginaire.
Certains interlignes auraient peut-être pu être resserrés.

Merci de ce beau texte


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