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Humour/Détente
Perlinpinpin : Le Bien, c'est mal
 Publié le 01/04/19  -  12 commentaires  -  7274 caractères  -  97 lectures    Autres textes du même auteur

De la genèse au big bang, version relookée.


Le Bien, c'est mal


C’est le quinzième jour que tout prit fin. Oui, il y eut un quinzième jour. Il n’y en eut pas de seizième. Je m’en souviens comme si c’était hier.


Le plus dur fut d’annoncer la chose au Seigneur Yaveka l’Unique. Je le trouvai dans la couche divine entouré de deux houris un peu chiffonnées, cadeaux d’un lointain cousin enturbanné, Unique lui aussi.


Yaveka le prit très mal, évidemment. Le Courroux du Très-Haut est de notoriété cosmique. Demandez aux Gomorrhéens, leurs cendres vous le diront.


Il se rua sur son PDA, fit une rapide recherche puis, d’un geste brusque, intima aux vierges éternelles de quitter le plumard céleste.


— Tu te trompes Atiredaële, ce ne peut être le quinzième jour ! grommela-t-il, le quinzième jour, il est écrit que je fais des crêpes. L’Armagediguedondaine, c’est le vingt et unième jour. Regarde ! hurla-t-il en me tendant l’agenda, j’ai surligné pour ne pas oublier. Ce sera mon dernier jugement. Tu te trompes donc forcément.


Atiredaële, vous l’aurez compris, c’est moi. Ange déçu pour avoir chu de l’échelle de Jacob. Déçu et maladroit. Ma punition fut de servir éternellement Yaveka et de subir son Courroux. Une sorte de travail d’intérêt général à durée indéterminée.


Une erreur d’agenda ? J’en doutai. Les quatre larrons s’en donnaient à cœur joie. Sauf peut-être Famine qui souffrait d’aigreurs d’estomac et Pestilence qui cherchait un spray pour se déboucher les narines. Heureusement, Guerre compensait. Yaveka avait toujours pu compter sur Guerre. Une valeur sûre. Non, le Très-Haut semblait tomber bien bas. Ce n’était pas normal une erreur pareille. Bon sang, on n’oublie pas l’Armagediguedondaine !


Pourtant, cela avait plutôt bien commencé. Du moins les sept premiers jours. Évidemment, Yaveka l’avait joué perso. C’est dans la nature du personnage. Ce qui explique pourquoi tout avait commencé à aller de travers dès le huitième jour.


Il avait bien aimé le septième jour. Le bermuda, les tongs, le soleil et les plages de sable fin avaient peu à peu érodé sa détermination à poursuivre son œuvre de création.


Le huitième jour, il créa donc le management participatif et en fixa les règles. La première loi était la plus importante. Elle disait en substance : « Chaque jour avec joie tu bosseras et un seul boss tu honoreras. » Prendre ses créatures pour des billes fut sa première erreur.


Le neuvième jour, il créa ses collaborateurs. Nous étions soixante-douze, répartis par spécialités : les Vertus, les Roues, les Chérubins pour n’en citer que quelques-unes. Nous étions cloisonnés et n’avions que Yaveka comme seul boss. Un genre de management en râteau. Le pire de tous. Diviser pour mieux régner, vous connaissez la chanson.


Pour ma part, j’avais pour chef de département Metatron. Nous étions les Êtres de Sainteté chargés d’entretenir la vitalité des créatures de Yaveka. Metatron aimait courir la gueuse, cela ne nous aida pas vraiment. Nous chûmes donc. De là ma condition d’ange déçu.


Le dixième jour, les créatures envoyèrent une délégation à Yaveka. En l’espèce, leur seule revendication se résumait à : « Quand est-ce qu’on mange ? »


Yaveka s’entêta à vouloir employer ses techniques de management. Parmi celles-ci, il choisit la co(di)gestion et écrivit sa deuxième loi : « Dévorez-vous les uns les autres ». Il leur donna la connaissance du Mal afin qu’elles puissent mettre sa loi en application. Et par compassion, il les fit innocents. La cogestion devait garantir la survie des espèces et Yaveka n’aurait pas à reconnaître les siens.


Il n’y avait rien de prévu à l’agenda pour le onzième jour et à force de se regarder le nombril, Yaveka fit un petit accès de narcissisme. Il créa donc sa dernière créature à son image. Évidemment, avec le Mal et l'Innocence pour seules références, il fallait s’attendre à quelques dérapages.


J’intervins juste à temps pour empêcher Lilith de dévorer cette andouille d’Adam. Elle rongeait déjà avec application l’une de ses côtes et lorgnait sur le foie qu’il avait tendre lorsque Yaveka prit les choses en main.


Le douzième jour fut consacré à l’aménagement des caves de la demeure céleste. Ce serait l’Enfer. Rien que pour Lilith. Il y envoya quelques anges déçus qui serviraient de gardes-chiourmes. Metatron fut prié d’organiser les tours de garde. Sur place. Lilith fit rapidement un tabac et resta à l’affiche le jour durant.


Après s’être creusé les méninges, et contre toutes les règles du management, Yaveka créa le Bien. À l’usage exclusif de sa dernière création et pour lui permettre de différencier le Bien du Mal, il dota Adam du libre-arbitre. Le concept étant novateur, il façonna Ève – la côte ne fut pas perdue pour tout le monde – pour qu’Adam puisse s’y faire les dents. Enfin, façon de parler. Et pour être sûr que les deux humains feraient le bon choix, il créa Ventraterre. Un genre d’étron conseiller conjugal qui zozote.


De son côté, Adam tenait au reste de ses côtes et s’appliqua à changer les idées à Ève. Il lui fit une tripotée d’enfants. Lesquels n’y comprirent rien aux leçons de Ventraterre et commencèrent à s’étriper dans l’allégresse et le libre-arbitre. L’Enfer fit le plein et Lilith commença à s’y sentir à l’étroit.


Ce fut lors du douzième jour que Yaveka perdit le contrôle du processus de création. Les règles absconses du management s’étaient mises à évoluer indépendamment et dans tous les sens. Des petits comités d’entreprise firent irruption dans le Paradis, un peu comme de l’acné, et achevèrent de pourrir la vie au propriétaire des lieux. Il finit par s’enfermer dans la chambre céleste et n’en sortit plus.


Les houris débarquèrent, tous voiles dehors, le treizième jour avec la bénédiction du cousin lequel, pas con, venait de s’apercevoir qu’il avait dorénavant les coudées franches pour l’expansion de son propre management amélioré. Vous connaissez le principe de l’OPA ? Voilà.


Au matin du jour quatorze, les Hommes décidèrent de se prendre en main – ou d’en venir aux mains ? – et créèrent leurs propres doctrines qui prouvèrent, une fois pour toutes, que pour les humains, l’imagination n’a pas de limite.


Au soir du jour quatorze, Metatron condamna les portes de l’Enfer. Il y cloua un petit panneau sur lequel était écrit : « L’Enfer est vide, les démons sont en haut ». Puis il partit s’établir dans un univers parallèle avec Lilith. Ensemble, ils inaugurèrent un nouvel agenda. Sur la première page, Lilith inscrivit : « Jour un… ».


Et voilà comment nous en sommes arrivés au quinzième jour. Désabusé, Yaveka regarda les Houris se faire les ongles à l’autre bout de la chambre, enfila son peignoir et se dirigea vers la fenêtre donnant sur le balcon. Il jeta un œil sur le foutoir du contrebas puis rentra et ferma la fenêtre. Il se dirigea vers un panneau « pense-bête » sur lequel était inscrit au marqueur : « Choses à ne plus faire après le prochain gros bang ». Avec application et en tirant la langue il écrivit : « Le Bien, c’est mal ».


Ensuite, il arracha sa robe de chambre, plongea sur le lit en criant « hohoho ! » et fit signe aux houris de venir le rejoindre.


C’était le moment pour moi de m’éclipser. Il ne fallait plus traîner. Avec un peu de chance, il y aurait bien quelques restes là-dessous pour un pauvre ange déçu.


 
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   izabouille   
12/3/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
C'est une bonne revisite de la genèse tout ça!
Au cours de ma lecture, j'ai même pensé que ça ferait un bon sketch pour un humoriste, il y a sûrement moyen de faire rire sur scène avec un texte pareil!
Sinon, j'ai bien aimé le style et l'inventivité est géniale. C'est vrai qu'on serait tenté de se poser la question de savoir ce qui s'est passé après le 7° jour...

Merci pour ce bon moment de lecture

Iza en EL

   Sylvaine   
14/3/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai beaucoup aimé cette relecture impertinente et iconoclaste des textes sacrés. Il y a beaucoup d'humour, sous-tendu par une connaissance réelle de ces mêmes textes, et beaucoup de fantaisie.
Je me suis bien amusée, preuve que le texte fonctionne, ou du moins qu'il a fonctionné pour moi. J'ai pensé aux Monty Pythons, c'est dire ! Je n'ai pas grand chose de plus à ajouter.

   Corto   
16/3/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Sans aucun doute il faut retitrer cette nouvelle "La nouvelle Genèse".

Il faut vite récupérer la Bible imprimée par Gutenberg en 1455 et remplacer le premier chapitre par ce texte qui ouvre des horizons nouveaux et sans fin pour l'imagination humaine.

Il faut aussi créer un syndicat des anges déchus ou en risque de l'être pour coordonner tous les "petits comités d’entreprise" surtout ceux qui "achevèrent de pourrir la vie au propriétaire des lieux".

Merci à l'auteur de cette nouvelle de nous avoir ouvert les yeux et de proposer un programme passionnant. D'ailleurs pour clarifier on adoptera la devise universelle "Adam tenait au reste de ses côtes et s’appliqua à changer les idées à Eve".

Bravo.

   CerberusXt   
1/4/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
La création version managérial de l’extrême est très amusante. En grand fan des jeux de mots pourris, j’ai beaucoup aimer le nom du narrateur et l’Armagediguedondaine, l’apocalypse au caramel beurre salé. Il y aussi une foule de petits détails bien vu, certains plus obscurs que d’autres, mais ca donne une certaine « relecturabilité » à l’ensemble.

J’ai adoré la formulation « Unique lui aussi » qui en dit beaucoup en peu de mots.

Le tout me fait beaucoup penser à l’excellent jeu de rôle In Nomine Satanis / Magna Veritas d’ailleurs, ce qui est un compliment :)

   senglar   
1/4/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Perlinpinpin,


Je me dis que Dante peut aller se rhabiller avec sa Divine Comédie en 3 Actes. C'est qu'il est volcanique comme l'Armaguediguedondaine votre texte élucubratif, c'est un pic vraiment :) Quant à adhérer à sa philosophie tout entière contenue dans dans son titre, eh bien c'est ce que j'appellerais de la realpolitik. Avec le Mal on sait à quoi s'en tenir et il n'interdit pas de se faire du bien.

Mais je dérape là...

Et vous faites cela beaucoup mieux que moi !

Biblissime ! ! !


senglar

   Donaldo75   
2/4/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Perlinpinpin,

J'ai bien aimé cette nouvelle. Certes, l'humour est parfois un tantinet trop appuyé - du genre, tu as bien compris ce que signifiait ma vanne, hein ? Tu es sûr et certain ? Bon, au cas où, je te l’explique quand même - mais il arrive parfois que des lecteurs aient besoin de ce type d’explication, parce qu'ils n'ont pas lu entre les lignes ou n’ont pas le même référentiel que l'auteur.

Pour ma part, j'ai trouvé cette nouvelle marrante parfois, pas dénuée de sens, satirique souvent, bien écrite.

Merci pour la tranche de rigolade.

   Palrider   
2/4/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Quand j’ai vu le titre je m’attendais à de l’Orwellien- ..La guerre c'est la paix, la liberté c'est l'esclavage, l'ignorance c'est la force. Orwell 1984
comme je trouve qu’on est en plein dans l’inversion des valeurs, j’aurais aimé lire une histoire traitant du sujet...on peut d’ailleurs ajouter l’inénarrable imposteur B(otul)HL...La guerre sans l’aimer...
Ceci mis à part, le texte est soigné et parsemé de trouvailles sympathiques et amusantes...plaisant

   hersen   
2/4/2019
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Trop de jeux de mots donnent le ton : ce n'est pas l'histoire qu'on recherche, mais le goût de l'auteur pour assembler des mots-idées qui déplacent le sujet premier jusqu'à nos jours.

je dois dire que ce n'est pas ce que je préfère en nouvelle, car dans ces cas-là, j'ai toujours l'impression que d'histoire véritable, il n'y a pas.

Alors bien sûr, une fois passé l'amusement de certains jeux de mots, certains meilleurs que d'autres, je ne trouve pas de passion à ma lecture.
Mais à te relire.

   Rincedalle   
2/4/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Une genèse qui devrait être racontée lors des catéchismes, histoire de relancer l'intérêt des jeunes pour la religion. Evidemment, il ne faudrait pas attendre que l'on soit le seizième jour. Bravo pour l'exercice de style.

   Shepard   
3/4/2019
 a aimé ce texte 
Pas
Une autre parodie de la genèse

Finalement, j'aimerais parfois lire une parodie des autres histoires de la création (ce n'est pas ce qu'il manque dans les plus vieux panthéons...) parce que Dieu, jésus & co c'est usé à mon avis.

De plus, j'avoue être peu sensible aux jeux de mots sur les noms, que je trouve assez lourds et juste... peu inspiré. Il y a beaucoup de façon de faire passer l'humour mais celle-ci m'a toujours paru très forcé (Yaveka... pas le faire).

Quelques petites étincelles par moment (l'enfer est vide, les démons sont en haut) par exemple.

Mais ça n'a pas suffit à vraiment m'enchanter...

Dommage car L'écriture elle-même fait preuve de dynamisme ! Je pense que vous avez écrit ce texte pour vous... mais je peux me tromper, bien sûr.

A vous relire sur un autre thème

   Hlazen   
12/5/2019
Modéré : Commentaire hors-charte (se référer au point 6 de la charte).

   mirgaillou   
27/6/2019
 a aimé ce texte 
Un peu
Une sorte d’exercice de jonglerie, un goût pour la contrepèterie, le jeu de mot, c'est cela être iconoclaste et mieux vaut le faire avec jubilation.
je n'irai pas jusqu'à dire que j'adore mais je reconnais le travail qui se donne des airs désinvoltes.


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