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Sentimental/Romanesque
PlumeD : Un chien de clochard
 Publié le 01/02/21  -  10 commentaires  -  2558 caractères  -  76 lectures    Autres textes du même auteur

À un chien qui n'a jamais fait le beau pour avoir un susucre.


Un chien de clochard


Mon maître s’est éloigné et je me tiens là, à côté de son baluchon comme il me l’a ordonné, prêt à grogner et à montrer les dents si l’on s’en approche de trop.

Nous avons les mêmes goûts, mon maître et moi, nous aimons les coins remplis d’odeurs comme les ruelles isolées, les couloirs d’immeuble, les halls de gare, partout où ont traîné les choses et les hommes.

Notre grand plaisir est aussi de fouiller dans les poubelles, nous savons qu’il s’y cache toujours des merveilles. Nous éventrons les sacs, et s’il y a des bouts de gras, des vieux os, des boîtes avec un fond de nourriture, il me les donne gentiment. Quelle merveille les poubelles, tout est là, tout est donné.

Dans la journée, installés paresseusement sur un bout de trottoir, nous regardons courir et s’agiter les autres, ceux de sa race. Il a tout compris mon maître, il pose une timbale devant lui, et ils viennent y lancer des petites rondelles qui font un joli bruit en y tombant. Je n’ai jamais bien compris leur utilité, d’autant qu’elles ne sentent pas, des porte-bonheur peut-être, toujours est-il que tous s’inclinent respectueusement devant mon maître en les déposant, c’est la façon qu’ils ont de lui marquer leur soumission, et lui, grand seigneur, a toujours un mot pour les remercier, pour montrer qu’il est sensible à cet hommage. La classe, la grande classe !

Mon maître a plein d’amis, tous comme lui, avec beaucoup de poils et de bonnes et grasses odeurs qui enchantent mes narines. Ce sont les seigneurs de la rue, eux seuls ont un territoire que tous respectent en passant à l’écart. Les autres humains ne sont pas assez puissants pour en posséder un, alors ils errent d’un endroit à un autre, ils tournent, ils s’agitent, je les plains un peu, mais pas trop, ils sont si différents, et puis ils sentent à peine et toujours des odeurs désagréables, des odeurs qui piquent ou qui écœurent, pas naturelles et saines comme l’urine d’un congénère, une belle crotte ou une vieille chaussure.

Et puis mon maître et ses amis chantent, ils sont joyeux, ils s’interpellent, ils s’excitent, ils se bagarrent aussi de temps en temps, mais comme nous, les chiens, juste pour se défouler, pour évacuer leur trop-plein d’énergie, quel contraste avec les autres qui ont toujours un air triste, inquiet ou maladif.

Mais chut ! mon maître revient, il tient à la main une bouteille pleine d’une eau rouge comme du sang. C’est la bouteille du bonheur, la bouteille qui le fait chanter et crier et rire. C’est elle qui le rend si fort, qui fait de lui un chef.


 
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   socque   
23/12/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bien vu, je trouve, ce renversement grinçant des valeurs ; grinçant et logique, cohérent du point de vue du narrateur canin... Même si je soupçonne que le chien le plus aguerri ne détesterait pas de temps en temps un bout de canapé au coin de la cheminée plutôt que de trottoir sous la pluie.

Mais l'ensemble m'apparaît percutant, efficace. La longueur, pile ce qu'il faut.

   Dugenou   
25/12/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

La mise à l'écart de la société vue par le compagnon canin... qui n'y comprend pas grand chose, enfin du point de vue humain... bref, une opinion inédite, respectueuse de son auteur, respectueuse également du maître. Bien vu !

Autrement, la description du maître me semble caricaturale, et celle de ceux qui lancent les 'portes bonheur' n'ayant pas d'odeur dans sa sébille, déshumanisés...à la réflexion, c'est on ne peut plus juste !

Une vision intéressante, inédite, et bien écrite du problème.

En EL.

   ANIMAL   
26/12/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Une nouvelle que j'aurais vue dans la catégorie Humour tant elle m'a fait sourire.
Tout dépend du point de vue de l'observateur et comme nul humain ne saura jamais comment pense réellement un chien, l'imagination peut y suppléer. C'est le cas ici et c'est bien trouvé.

Une ballade pleine d'ironie qui montre un monde aux valeurs inversées. Un monde de chien, quoi.

   Donaldo75   
2/1/2021
 a aimé ce texte 
Bien
Très court mais impactant par la crudité de sa critique sociale, exposant une vision décalée de notre société et de surtout comment nous nous comportons nous les hommes. Un regard sans concession, de très bonnes trouvailles comme celle à la fin sur les hommes qui se bagarrent entre eux pour se défouler, comme les chiens - dit le chien narrateur - dont la portée dépasse le côté enfantin.

   Charivari   
1/2/2021
Bien apprécié, même si un petit poil convenu cette vision du clochard "à l'ancienne" et ce récit que je trouve un peu sage pour un clébar (si j'osais, je dirais que ça manque de mordant), mais bon, c'est joliment écrit, il y a de la poésie et une chouette morale inversée. que demander de plus?

   papipoete   
5/2/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
bonsoir PlumeD
je suis un chien bien ordinaire, qui vis avec son maître au bon air, celui qui sent pas le patchouli ; et puis mon maître il a plein d'amis qui sentent comme j'aime, et qui ont des chiens comme moi.
Ils chantent le soir, et on aboie en choeur ; et puis on rentre dans notre palais de carton et en prenant sa bouteille il continue de chanter...
NB Belle et le Clochard façon humain, avec deux héros, surtout le chien qui vit la vie rêvée pour un chien ; des copains pour s'aboyer et des restes à grignoter ; quoi demander de mieux ?
Un récit mélancolique, mais exempt de pleurnicherie ; on sourit tendrement devant ces deux-là qui n'en demandent pas plus...
le passage des " petites rondelles qui font du bruit...mais qui ne sentent rien " est craquant.

   clarix   
8/2/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Petit texte très amusant où le chien tient le rôle du candide. Que doit-on en déduire? que le chien a bien mauvais goût car une vieille boîte de conserve n'a jamais remplacé un bon gigot et un petit bout de trottoir est moins confortable qu' une couette bien douillette.
Ce texte est plein d'humour , il se plait à prendre le contrepied de ce qui est couramment admis chez nous, les hommes. Effectivement, on se délecte moins que les chiens de l'odeur de l'urine et de la crotte; quelle tristesse! Il est vrai aussi que quand on est "de la cloche" on arbore toujours le visage gai et bien portant qui caractérise l'homme vivant au grand air...
J'aime que ce texte soit court, je ne sais pas combien de temps l'auteur aurait pu soutenir le paradoxe. Sous sa forme présente il apparaît comme une boutade fort plaisante.

   dream   
10/2/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour PlumeD

L’auteur (e) met en scène un duo très théâtral : un chien et son maître, baron de la bourse plate mais néanmoins Grand Seigneur car « il a toujours un mot pour les remercier ».

« Un chien de clochard », donc, coche presque toutes les cases de la nouvelle humoristique. Il y a de la dérision, de l’ironie aussi, même si le chien manque un peu de nerf : je l’aurais imaginé dans une veine un peu plus « vacharde », comme railler « ceux de sa race », et surtout ceux issus des quartiers bourgeois. Mais ne boudons pas notre plaisir car grâce à cet humour bien senti, ces deux là, on a envie de les aimer.

Bravo pour cette inversion des genres que vous nous offrez là en une performance de quelques lignes.

dream

   Ombhre   
10/2/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour PlumeD,

amoureux des chiens, j'ai lu votre texte avec un grand plaisir. Après quelques mots seulement, j'avais le sourire aux lèvres. Avec une grande simplicité (et ce n'est pas toujours chose simple), vous décrivez à merveille et avec beaucoup de tendre humour (témoin la dernière phrase : c'est la bouteille du bonheur) la vie d'un clochard vue par son chien. A la fois tendre et cruelle car mettant en scène certains aspects de notre société que nous n'aimons pas voir, votre petite nouvelle fait mouche.

Voilà un texte plein d'une humanité qui fait du bien. Bravo !

Ombhre

   Ynterr   
19/2/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Comme à mon habitude, j'arrive après les réjouissances.
J'ai apprécié ce texte, simple, efficace, et je suis même assez content qu'il ne s'éternise pas. Pas parce que cela était désagréable, mais parce que cela n'était pas nécessaire. La phrase est belle, sans alourdir, un idéal. Je ne saurais décrire plus. Peut-être le personnage du clochard un peu trop cliché? Un cliché facile, pratique, et clair cependant.
à vous relire.


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