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Sentimental/Romanesque
plumette : Héritage
 Publié le 26/04/24  -  12 commentaires  -  13721 caractères  -  87 lectures    Autres textes du même auteur

Il aurait voulu embrasser quelqu’un, communiquer son enthousiasme d’avoir eu cette subite inspiration de donner un sens nouveau à cet objet, un sens qu’il pourra partager avec la femme qu’il aime tout en faisant un pont entre ce passé qu’il ne peut renier et l’avenir qu’il désire se construire.


Héritage


– On arrive, dit Louis.


Depuis la sortie de l’autoroute, ils ont emprunté des départementales étroites et droites traversant des villages sans vie. Cécile n’a pas fait l’effort de retenir les noms ; peu motivée pour cette expédition ! Mais il faut bien s’exercer aux concessions si on veut vivre ensemble. La camionnette empruntée à l’ami menuisier cahote dans l’allée bordée de platanes. Louis contourne la maison de maître aux volets fermés et va se garer à l’arrière, dans une cour sur laquelle donnent divers bâtiments dont une grange. Le bruit du moteur a attiré une femme fluette, grisonnante au visage pointu. Elle se précipite vers Louis, les bras grands ouverts.


– Mon Loulou, quel plaisir de te voir !


Cécile sort du véhicule. Un peu en retrait, elle attend la fin des effusions.


– Cécile, voici Josette, notre précieuse Josette qui s’est occupée de grand-mère jusqu’à la fin. C’est elle qui a les clés.

– Bonjour mademoiselle, heureuse de vous connaître. Louis se décide enfin à vous montrer ! Quel cachotier !


Les deux jeunes gens échangent un regard puis sourient poliment.


– Venez, venez !


Elle les précède dans la grange encombrée de meubles empilés les uns sur les autres, bahuts, armoires démontées, chaises et fauteuils en tout genre, cartons et tapis roulés. Sur chaque pièce, des petites pastilles de couleurs, jaunes, rouges vertes ou bleues, une couleur pour chaque héritier.


– C’est par ici…


Louis, suivi de Cécile, se faufile jusqu’à une sorte de caisse haute de 1,20 m sur 1 m environ, en carton renforcé, soigneusement fermée, avec un large ruban adhésif. Il remarque la pastille bleue, estampille de Bernadette, sa mère. C’est elle qui l’a invité à choisir dans son lot un objet en souvenir de sa grand-mère. Le choix avait été sans concurrence. La jeune fille s’approche, pose ses mains sur la caisse, tente de décoller une bande de scotch.


– Fais voir la merveille.

– Nooon ! On va pas s’amuser à démonter la caisse maintenant ! C’est déjà assez compliqué comme ça ! J’ai pensé à prendre un diable, il faut y aller avec précaution, c’est fragile.


Josette assiste à la manœuvre, s’excusant de ne pouvoir être utile. Pour monter la caisse dans la camionnette, Louis improvise un plan incliné avec un panneau d’armoire en pin. Il a prévu des couvertures et des cordes pour arrimer le chargement. Cécile pousse doucement la caisse sur le plan incliné tandis que Louis, monté dans l’arrière du véhicule, attend pour la réceptionner. Crispé, Il surveille la progression et se met à crier en entendant des cliquetis.


– Putain ! Fais gaffe !

– Pas de panique « mon Loulou », ironise Cécile, de toute façon, on n’a pas le choix si tu veux qu’on reparte avec.

– Stooop !


Cécile retient la caisse, attend. Elle ne voit pas Louis mais l’entend qui s’agite pour installer une couverture sous le chargement.


– Attention, je soulève de mon côté… Descends un peu, Vas-y, je relâche… ça y est ! On va faire glisser.


La caisse monte doucement en continuant de tinter, mais plus faiblement. Lorsqu’elle est bien stabilisée à l’arrière du véhicule, il faut encore l’empaqueter dans les couvertures et la bloquer avec les cordes. Louis s’y reprend à plusieurs fois. Il lance des ordres et des contre-ordres. De plus en plus énervé, il finit par lâcher à Cécile qu’il va se débrouiller, qu’elle aille donc faire un tour avec Josette.


– Venez Cécile, je peux vous appeler Cécile ? Je vais vous montrer l’étang.


Les deux femmes s’éloignent en silence. Elles marchent le long de ce qui fut une allée, on en devine encore le tracé sous les herbes.


– C’est-y pas malheureux, ce parc à l’abandon ? ça me fait mal au cœur. C’est Roland, mon mari, qui entretenait tout ça, alors, quand je reviens ici… Un artiste mon Roland ! Pour les fleurs, il avait appris en observant la nature ou en écoutant les conseils des vieux. Aujourd’hui, on dit plus jardinier, mais paysagiste et faut faire une école ! Tu parles ! On fait ronfler les mots, mais après, sur le terrain, c’est une autre histoire ! La jeune fille laisse dire. Elle connaît le « c’était mieux avant » ça va souvent avec la jeunesse qui s’éloigne et les pertes qui s’enchaînent. Elle n’en veut pas à Josette dont le monde est en train de disparaître, et pas seulement à cause des herbes folles. Louis qui n’aime pas évoquer sa famille lui a dit l’essentiel : la mort de la grand-mère et la décision de « tout bazarder ». Violente cette expression ! Peut-être une manière de couper court à l’émotion ? Cécile sait aussi que Louis n’a pas pris le chemin qu’on attendait de lui. Elle a souvent pensé qu’il avait honte d’être un « bourge » au milieu de tous ses collègues techniciens du spectacle.


– Voilà ! C’est là ! dit Josette avec une certaine fierté.


L’étang ressemble plutôt à une grande mare verdâtre, dont les bords vaseux découragent d’approcher. On peut voir un reste de ponton vermoulu auquel est attachée une barque à moitié coulée.


– Louis vous a sûrement raconté ? Il adorait cet endroit, il pouvait rester des heures, là, à pêcher des vairons ou à bricoler dans sa cabane.


Cécile n’arrive pas à se représenter le petit Louis dans cet univers à l’abandon. Faut dire qu’il s’est peu confié sur son enfance alors qu’elle a souvent évoqué ses vacances en Auvergne dans l’épicerie-café-tabac des grands-parents, et le camping en août avec sa mère, à Noirmoutier, dans la caravane qui y restait à l’année.


– Il n’est plus possible d’en faire le tour, dit Josette, de toute façon, plus personne n’y vient.


Un coup de klaxon les sort de leur contemplation.


– Il ne faut pas le faire attendre !


Josette trottine dans l’allée, Cécile, à sa suite, prend son temps.

La camionnette est prête au départ, portière ouverte, Louis déjà juché sur le siège conducteur n’a pas un regard, ni une parole pour sa compagne quand elle se hisse dans le véhicule. Les adieux à Josette sont brefs et abrupts, pense Cécile Le jeune homme conduit doucement, franchit les nombreux dos d’ânes en roulant au pas.


– Tu aurais peut-être dû suivre le conseil de ta mère, risque Cécile.


Elle sait aussitôt qu’elle aurait mieux fait de se taire


– Ah oui ? Alors ça c’est un scoop ! T’es d’accord avec ma mère ? C’est bien la première fois ! Tu sais combien coûte un déménageur spécialisé ? Avec le démontage, l’empaquetage et le transport ? Et tu me vois tout remonter pièce par pièce ? Un truc de dingue !

– Ce qui est dingue, c’est de nous encombrer avec ce machin qui ne sert à rien et qui va sûrement atterrir dans un garde-meuble en attendant qu’on trouve notre appart !

– J’ai pas choisi le timing. Fallait le prendre avant le 15 mai, et avec nos emplois du temps et la disponibilité de la camionnette, on n’a pas vraiment eu le choix.


Cécile se tait, ajuste ses écouteurs, se laisse emporter par la musique de Haendel et les voix de Philippe Jaroussky et Nathalie Stutzmann, ces deux immenses chanteurs qu’elle admire et qui l’inspirent. Dans sa bulle pour le reste du voyage, elle reprend contact avec la situation lorsque Louis freine et stoppe devant sa porte. Elle se tourne vers lui :


– Ça va aller pour décharger ?

– On verra ça demain avec Cyrille quand je lui ramènerai sa camionnette. Y aura des bras disponibles. Il m’a proposé de le stocker dans son local, en attendant…


Ils se penchent l’un vers l’autre pour un baiser qui vient adoucir cette fin de journée.


– Bon, on se voit à l’Opéra demain ? Je suis en répétition.


Le lendemain, à la cafétéria, les jeunes gens évitent soigneusement de reparler de leur escapade dans la plaine de l’Ain. À la veille du week-end, Cécile montre à Louis les recherches d’appartement qu’elle a faites sur Internet. Elle a déjà pris un rendez-vous pour visiter un grand F2 dans un immeuble moderne du 7e.


– Tu sais, vers l’Institut Lumières, il y a le métro, on peut être à l’Opéra en moins d’un quart d’heure, pour le Conservatoire, c’est un peu plus long, mais j’ai regardé le trajet sur Mappy, Il y a partout des pistes cyclables sécurisées. Le loyer est dans notre budget.


Louis manque d’enthousiasme.


– Dans du moderne ça le fera pas. Il nous faut au moins 3,40 m de hauteur sous plafond.

– Ah bon ! C’est ta priorité la hauteur sous plafond ? Fallait le dire ! T’as déjà vu ça dans les annonces la hauteur sous plafond ?

– Tout le monde sait que la hauteur standard c’est maxi 2,50 m, c’est pour ça qu’il faut chercher dans l’ancien.

– Tu vois, moi j’y connais rien en hauteur sous plafond, je pense plutôt orientation pour la lumière, ou balcon ou placards, douche plutôt que baignoire, chauffage individuel plutôt que collectif, est-ce que les WC sont indépendants de la salle de bains ? Des trucs pratiques pour la vie quotidienne, quoi !

– C’est pas incompatible !

– Mouais… je crois que le plus simple c’est que tu cherches de ton côté avec tes critères et quand tu auras trouvé ta hauteur sous plafond tu me feras signe. Mais je suis pas sûre d’avoir envie de vivre avec ton lustre à papilles au-dessus de la tête !

– Pampilles, on dit un lustre à pampilles !

– Pampilles, pastilles, pacotille, je m’en fous, je me demande bien pourquoi t’as choisi ça alors que tu aurais pu prendre une table ou un bahut !


Louis a toujours du mal avec les emportements, le ton qui monte le fait rentrer dans sa coquille, les reproches réveillent une culpabilité diffuse de n’être pas à la hauteur, il préfère se taire, fuir, différer, tout en sachant que rien ne peut se résoudre ainsi. Il pourrait lui raconter les Noëls de son enfance, son sentiment d’étrangeté et la manière qu’il avait de s’abstraire en suivant les jeux de lumière produits par les reflets du soleil sur les perles de cristal. Assis sur le sol, plutôt que de jouer avec ses cadeaux tout neufs qui le décevaient toujours, il se rêvait cosmonaute, explorateur d’étoiles. Personne ne faisait attention à lui.

Aux vacances de Pâques, il adorait assister au grand nettoyage du lustre. Josette, montée sur un escabeau, passait d’abord le plumeau pour ôter la poussière. Les attaches de chaque élément étaient soigneusement vérifiées. On remplaçait les pièces manquantes, fendues ou ternies. Mamie avait une réserve, elle lui avait appris les noms de chaque forme. Certaines désignations étaient évidentes comme l’étoile, la goutte ou la poire d’autres plus savantes comme la bobèche, le cabochon, la cœurette, l’octogone ou la coupelle. Il y avait les lisses, les biseautées, les transparentes, les irisées.


– Tu vois Louis, ce lustre, c’est une pièce rare, il vient d’Italie.


Et l’enfant se racontait que les pampilles étincelantes étaient une partie du trésor de la caverne d’Ali Baba, ou qu’elles avaient été trouvées au fond des mers après le naufrage d’un galion. Mamie le laissait les manipuler, les trier par couleur puis les ranger.

Louis, perdu dans ses pensées, ne regarde plus Cécile et mange en silence, il sent bien que cet héritage peu fonctionnel va être difficile à partager. Il admet qu’il n’est pas raisonnable de choisir un appartement en fonction d’un objet dont il ne sait même pas s’il pourra remplir sa fonction d’éclairage.

Il ne retient pas Cécile qui quitte finalement la table avec brusquerie.

Le soir, Cécile a espéré un appel. Il pourrait faire le premier pas pour une fois !

Les deux jeunes gens ont passé le week-end chacun de leur côté.

Elle a ruminé mais tenu bon dans sa résolution de silence, sans trop de difficultés finalement, puisqu’elle était en répétition tout le samedi avec le chœur de l’orchestre.

Louis a beaucoup réfléchi. Il veut avancer avec elle, partager son quotidien même s’il a peur de l’engagement. Aller plus loin cette fois-ci que les simples déclarations d’intention et s’affranchir enfin des craintes qui le paralysent : l’échec, le regard familial qui juge, les doutes sur ses capacités à être aimé. Il tient à Cécile, sait qu’il ne sait pas le lui montrer : Cécile, sa gaité, son optimisme, son humour, ces traits de caractère qui l’ont séduit parce qu’il en est dépourvu. Il a conscience de lui devoir un allègement et une confiance qui lui manquaient tant, c’est dans cette direction qu’il veut poursuivre.

Et ce lustre à pampilles le ramène encore en arrière. Il est comme un témoin de l’enfant rêveur qui s’isolait pour ne pas se confronter à la vie. Il sait qu’il faut rompre avec la tristesse et la mélancolie, pourquoi finalement ne pas vendre le lustre ? et avec l’argent faire un cadeau à Cécile ? Mamie comprendrait sûrement, elle qui guettait son sourire, n’avait qu’une seule attente : le voir heureux !

Louis est soulagé d’avoir ouvert ses pensées vers autre chose que la conservation du passé. Dimanche, il est allé dans le local de Cyrille. Il a ouvert la caisse par l’avant, a redécouvert le lustre, arrimé à une barre de suspension. La caisse en bois, sobre, lui faisait comme un écrin douillet. Il a déplacé la caisse doucement pour l’amener vers la lumière. Et voilà que les pampilles colorées se sont mises à chanter, chacune selon sa forme et sa densité. Louis a attrapé un ciseau à bois sur l’établi, a fait tinter chaque élément, a imaginé la caisse ouverte, simplement posée dans leur appartement, et la voix de soprano de Cécile se mêlant au chant des pampilles. Il s’est vu bricoler quelques spots pour éclairer le lustre et faire scintiller les poires, les gouttes et les bobèches. Il s’est mis à sauter de joie, il aurait voulu embrasser quelqu’un, communiquer son enthousiasme d’avoir eu cette subite inspiration de donner un sens nouveau à cet objet, un sens qu’il pourra partager avec la femme qu’il aime tout en faisant un pont entre ce passé qu’il ne peut renier et l’avenir qu’il désire se construire.

Demain, il lui parlera !


 
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   David   
5/4/2024
trouve l'écriture
convenable
et
n'aime pas
Bonjour,

cette histoire d'un trajet pour récupérer un héritage familial, d'un amant avec sa compagne, puis le retour et la "fâcherie", puis le centrage sur le lustre et l'espoir à la fin d'une réconciliation, voire plus, d'un véritable départ, elle se lit bien, mais ça ne m'a guère transporté. J'ai pensé à "citizen kane", avec la luge qui enferme un peu le héros, je me demande si ça ne me pousse pas à ne pas suivre, à ne pas croire, à l'espoir final de Louis. Mais c'est pas seulement ça en tout cas.

Ma première pensée en lisant a été : "Louis doit avoir mal au dos". C'est à cause de ce passage :

"Pour monter la caisse dans la camionnette, Louis improvise un plan incliné avec un panneau d’armoire en pin. Il a prévu des couvertures et des cordes pour arrimer le chargement. Cécile pousse doucement la caisse sur le plan incliné tandis que Louis, monté dans l’arrière du véhicule attend pour la réceptionner. Crispé, Il surveille la progression et se met à crier en entendant des cliquetis."

J'ai fait de la manutention, Cécile "hérite" de la part la plus pénible de la tâche, elle supporte tout le poids de la caisse, et en plus :

"Cécile pousse doucement la caisse sur le plan incliné tandis que Louis, monté dans l’arrière du véhicule attend pour la réceptionner. Crispé, Il surveille la progression et se met à crier en entendant des cliquetis.

-Putain ! Fais gaffe !

-Pas de panique « mon Loulou » ironise Cécile, de toutes façons, on n’a pas le choix si tu veux qu’on reparte avec.

-Stooop !

Cécile retient la caisse, attend. Elle ne voit pas Louis mais l’entend qui s’agite pour installer une couverture sous le chargement.

-Attention, je soulève de mon côté... Descends un peu, Vas-y, je relâche...ça y est ! On va faire glisser."

Louis me semble demander à Cécile de stopper à un moment particulièrement pénible, quand la caisse est sur le point de basculer, alors qu'elle devrait fournir justement un dernier effort et aurait bien besoin d'un peu d'élan. Préparer la caisse pour le voyage pouvait se faire à plat, sans tension, en basculant d'un côté puis de l'autre...

Je me rends bien compte que l'histoire, une petite partie, me faisait penser à un ancien boulot, et à des personnes qui font passer l'organisation avant la prévention la plus élémentaire. N'empêche, je trouvais déjà Louis détestable, et Cécile en défaut dans la relation, qui là en tout cas lui tassait inutilement les vertèbres. Et je passe sur le ton employé par Louis pour s'adresser à elle, sauf pour ce détail :

"Un coup de klaxon les sort de leur contemplation."

Louis n'a donné aucun délai à Cécile, et il ne prend même pas la peine de venir la prévenir du départ de vive voix. C'est extrêmement méprisant j'ai trouvé, il "klaxonne son larbin pour qu'il saute dans son fiacre qu'il conduit orgueilleusement" en quelque sorte à mes yeux. Je veux modérer, j'ai bien lu aussi qu'il est dans un état de rupture dans ce voyage, sous pression, mais quand même, ça expliquerait une remarque déplacée mais pas l'absence totale de conscience de ce qu'endure Cécile.

Ce qui ressort de ce récit pour moi, c'est ce personnage détestable de Louis et cette Cécile qui fait vraiment bien de lui poser l'infime limite de ne plus le solliciter après avoir été traitée ainsi ! J'ai détaillé quelques passages dans la première partie à la maison de famille, mais la suite ne contredira pas mon impression. Le personnage de Citizen Kane avait quelque chose de grandiose dans sa solitude que je ne retrouve pas chez Louis, et sans un peu d'empathie pour ce personnage, je ne peux guère apprécier ma lecture.

Donc pour laisser quelques pistes à mon sens : il faudrait épargner à Cécile des vicissitudes de manutentionnaires vraiment à plaindre, ou détailler davantage la mauvaise santé des lombaires de Louis. Les gens "méchants" sont souvent des gens en souffrance très directement corporelle, comme un mal au dos, une sciatique, ajouté à une peur de dévoiler sa faiblesse en se plaignant ou en demandant de l'aide. Développer la psychologie de Louis pourrait le rendre plus acceptable, et toute l'histoire avec.

   Neojamin   
7/4/2024
trouve l'écriture
perfectible
et
aime un peu
J'ai eu du mal à entrer dans le texte à cause de l'écriture approximative, mais j'ai été plus séduit avec la découverte de l'objet en question. Avions-nous besoin d'en faire un mystère ?
J'ai plutôt bien aimé la vision du couple, les problèmes "classiques", la difficulté de se mettre d'accord. L'introspection est visible, quoique peut-être un peu trop contée "sait qu’il ne sait pas lui montrer" et pas assez montrée.
Mais cela apporte de la densité aux personnages et me permet de les imaginer.
La fin me paraît cependant un peu trop lisse... c'est une résolution un peu facile. J'attendais quelque chose de plus vivant, une révélation.
Il veut le garder, puis veut le vendre, puis veut le garder... ça ne m'a pas convaincu.
De manière générale, j'ai apprécié le cheminement des personnages, leur épaisseur. Je trouve que vous avez réussi à leur donner une vie au-delà du texte et j'ai bien envie d'en savoir un peu plus sur eux. L'histoire du lustre me paraît en revanche trop légère ou escamotée. Il manque quelque chose.
Il faudrait aussi de bonnes relectures et une réécriture pour arriver à un style soigné et accessible.

   Cox   
14/4/2024
trouve l'écriture
convenable
et
aime un peu
Je suis embêté parce que le texte ne me séduit pas, même si je ne suis pas sûr de pouvoir expliquer pourquoi de manière convaincante.


Je pense que mon problème principal c'est que le personnage de Louis m'est vraiment très peu sympathique. Dans l'absolu ce n'est pas un problème, on peut écrire un texte réjouissant avec un anti-héros exécrable. Mais ici, je n'ai pas ressenti cette intention de la part de l'auteur: je ne pense pas que c''etait l'angle choisi. Plusieurs scènes me laissent à penser que l'on est censé avoir de l'empathie pour le personnage, ce qui n'est pas mon cas.

Louis passe, pour moi, pour un égoïste qui cherche des excuses en se centrant sur ses petits problèmes. Dès le début, il laisse sa compagne faire l’essentiel du boulot pour charger SON lustre, il lui hurle dessus, puis l’ignore ouvertement. Pas un merci alors qu'il est dit clairement qu'elle faisait l'effort de ce déplacement juste pour lui faire plaisir. Son comportement assez odieux ne semble pas limité à Cécile: il se montre assez sec avec Josette également par exemple.

Ayant dès lors du mal à me sentir des affinités avec le personnage, j’ai aussi eu un peu de mal à comprendre ce couple qui à l’air de passer son temps à s’engueuler, à se jeter des piques ironiques, ou à s’ignorer mais qui projette quand même d’emménager ensemble. Cécile fait des efforts (« il faut bien s’exercer aux concessions si on veut vivre ensemble »), mais du côté de Louis ce n’est pas apparent. Qu’il soit attaché à son lustre, d’accord, mais imposer cee fardeau dans un appart au point d’en faire le critère numéro 1 pour la sélection… Il n'a vraiment pas beaucoup de considération pour sa compagne…
En fait, il ne fait preuve d’intérêt pour son couple qu’au moment de la chute - qui me paraît assez cynique : ça ira mieux demain... Et même à ce moment, ça continue de tourner autour de considérations finalement assez nombrilistes : j’ai l’impression qu’il voit son couple comme un outil pour « s’affranchir enfin des craintes qui le paralysent : l’échec, le regard familial qui juge, les doutes sur ses capacités à être aimé ». Comme s’il voulait être en couple pour se prouver quelque chose. M'enfin Cécile, que fais-tu avec ce type?

En fait, ce qui me gêne c’est que le ton de l’ensemble n’est pas clair : je n’ai pas beaucoup de sympathie pour Louis, mais je n’ai pas l’impression qu’il ait été écrit comme un anti-héros. La dynamique du couple paraît vraiment avoir du plomb dans l’aile, mais on dirait que l'histoire veut y croire, surtout avec la chute.
Il y a une espèce de dissonance entre les événements relatés (ou du moins la façon dont je les perçois), et le point de vue du narrateur (qui semble bixarrement optimiste)


L’écriture ne m'a pas conquis non plus, je pense qu'elle aurait pu être plus soignée. De nombreuses erreurs d'inattention indiquent en effet qu'il n'y a pas eu de travail de relecture. C'est dommage, je pense que le texte dans son ensemble y aurait beaucoup gagné.
En l'état, le rythme du récit ne m’a pas toujours paru très fluide. J’ai eu cette sensation par exemple durant l'épisode du début, qui oscille entre des passages précipités, et de minutieuses descriptions d’actions banales comme le chargement du lustre.
Le style hurlé des dialogues ne m’a pas toujours convaincu (« Nooon !! », « Putain ! Fais gaffe ! », « Stooop ! », et tous les points d’exclamation). J’ai trouvé que ça passait assez mal à l’écrit, et ça paraît largement surjoué dans le contexte.


Je suis conscient que j’ai critiqué le couple presque plus que la nouvelle... 😂 Mais je crois vraiment que mon ressenti se rapporte beaucoup à ça, avec l’impression tenace que l’auteur n’a pas bien réussi à établir un équilibre qui me ferait croire à cette histoire d’amour ou qui me donnerait envie de les voir vivre heureux et avoir beaucoup d’enfants. Au final, je ne suis pas vraiment intéressé par les tribulations des personnages, sur lesquels je porte un regard moins tendre que ne le voudrait le texte (du moins il me semble).


Il reste malgré tout des qualités qui font que d'autres lecteurs pourront y trouver leur compte. L'ambiance glaciale de ce couple passif-agressif est bien rendue après tout. Et le thème central du lustre, symbole d'un passé heureux qu'on espère pouvoir conjuger au futur, se tient assez bien.

   jeanphi   
26/4/2024
trouve l'écriture
aboutie
et
aime un peu
Bonjour,

Pour ma part, si le fond ne me convainc pas davantage que les trois premiers commentateurs, je reconnais à la forme toute sa maîtrise.
Je dois dire que j'ai d'abord rencontré beaucoup d'amusement, une espèce de jubilation dont l'apogée apparu à l'évocation du mot diable, mais dont l'élan s'estompe progressivement pour révéler une platitude que les états d'âme des protagonistes ne parviennent pas à rehausser. Je trouve regrettable que vous n'ayez pu entretenir cette proximité et cette complicité initiale des personnages, cette brusquerie facétieuse et affectueuse qui ouvre le tableau, plein d'esprit et de second degré dans leurs échanges pourtant dérisoire. C'est comme si cet aspect dérisoire avait été le médium choisi par l'auteur, jusqu'à le grossir inconsidérément et en faire le sens de sa nouvelle. Pourtant, à considérer l'histoire, ce petit évènement aux allures anodines pourrait effectivement redéterminer la relation qui unit le jeune couple. Une nouvelle très sensible et introspective dont l'intérêt gagnerait à être maintenu, peut-être par une exploration plus detaillée de la carrière de Cécile dans la seconde moitié.

   Robot   
26/4/2024
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Je commencerai par la fin.
Je ne suis pas sûr que Louis obtiendra de Cécile ce qu'il désire. Pas sûr qu'il la mérite. pas sûr qu'avec son caractère il soit capable de la rendre heureuse. Est-il même capable de trouver le bonheur pour lui même. Il paraît être un indécis un peu trop tourné vers son égo. Et ce qui me fait douter de la réussite de ses espoirs amoureux, c'est qu'au final, il n'arrive pas à se séparer de ce souvenir d'enfance. La joie, il l'éprouve pour l'éclat des pampilles qu'il a réussi à bricoler. Si c'est la seule raison de croire qu'il pourra rendre heureux Cécile et vivre ce bonheur ensemble, n'est-il pas encore en proie à une illusion.
Voila pour ma compréhension de la nouvelle que je trouve, surtout dans sa première partie trés dynamique, et c'est ce qui fait contraste avec les hésitations puérile de Louis.
C'est cette construction du récit laissant la fin ouverte qui m'a plu.

   Malitorne   
27/4/2024
trouve l'écriture
aboutie
et
aime un peu
J’ai lu et je finis par croire que nos sources d’inspiration sont aux antipodes les unes des autres Plumette. Une fois encore, et crois-moi je le regrette, je n’ai pas trouvé d’éléments susceptibles de capter réellement mon attention. Si, l’étang avec sa vieille barque immergée, qui m’a rappelé de vieux souvenirs, mais ça s’arrête là. Un peu maigre donc…
Je trouve le garçon plutôt falot, avec du mal à le suivre dans ses réflexions. La dispute au sujet de la « hauteur sous plafond » est trop longue, inintéressante au possible. L’évocation du passé et la charge affective rattachée au lustre m’apparaissent insuffisantes pour construire un récit marquant. J’aime les textes qui percutent et là je ne trouve pas mon compte, c’est donc un point de vue tout personnel.
Rien à dire sur une écriture qui se lit aisément.

   Pouet   
27/4/2024
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Slt,

un héritage c'est peut-être un peu de la vie qui contrarie la mort, ou bien plus qu'une offrande, un simple souvenir, voici le renouveau, la jeunesse qui embrasse les vestiges du passé, qui, en soufflant sur la poussière des mémoires, dévoile un brin de tendresse mais aussi l'abandon, la lumière sourde de la perte, la déshérence des sentiments, le déchirement, ce qui remonte à la surface et ce qu'on laisse sous le tapis.

La famille, un microcosme de l'humanité.

Ici c'est la rencontre des générations, des mondes qui se superposent et parfois s'entrecroisent, revenir au passé de l'intime c'est aussi caresser le vernis de l'universel, faire un peu dans la mélancolie quoi.

Dans l'histoire, il y a comme une césure avec le départ de Louis et de Cécile, le regard un peu perdu de Josette, un peu humide, à la fois doux et résigné, vaporeux et terrien. Ce regard là on le devine. Ce regard non-écrit m'a transpercé.
Une césure, on sort de la nostalgie pour se prendre le poil à gratter du quotidien, le réel en pleine face, heureusement y a sûrement un pare-brise sur la camionnette, la légèreté se désagrège et, à l'inverse des herbes folles à l'anglaise autour de l'étang on se retrouve avec la droite ligne du quotidien bordée de jardins à la française. Le sérieux, ça se perd avec l'âge. On parle de lustre pour les années, l'éclat, la décoration, la possibilité de la chute...

Nous sommes toujours seuls, Louis en a peut-être l'impression au moment où son enfance surgit, au moment où il se retrouve inatteignable par Cécile, par personne. Nous ne pouvons partager notre passé, toutes ces petites choses enfouies qui font ce que nous sommes.
J'ai trouvé vraiment beaucoup de fond à ce texte, j'ai bien apprécié.

Si je devais terminer par un menu regret, ce serait la fin qui, pour moi, est trop explicative, tout était implicitement dit dans ce qui précède. Cela ne m'aurait pas dérangé que le texte se termine à « – Tu vois Louis, ce lustre, c’est une pièce rare, il vient d’Italie. »
Bien sûr cela n'engage que moi.

Au final un texte qui dit vraiment beaucoup de choses, un texte juste que j'ai pris plaisir à lire.

   hersen   
30/4/2024
trouve l'écriture
convenable
et
aime bien
Ah, détourner les objets de leur fonction, leur donner un nouveau sens !
Là- dessus, rien à dire, c'est top. J'adore faire ça !
Après, c'est pas juste une cafetière et je doute (mais je n'en sais rien, en fait !) qu'on trouve des apparts à Paris capable d'accueillir ce monstre chantant sans que ça coûte une blinde.
Mais on suppose que c'est possible.

J'ai eu un peu de mal à rester interessée tout au long de la nouvelle. je pense qu'il n'y a pas assez de "relief" dans l'écriture (ou en tout cas dans ce que je ressens) pour ce moment si important pour Louis. Mais je pense que c'est surtout dû aux digressions (le bourge etc) parce que je ne suis pas persuadée que ça apporte grand-chose et que finalement, on est malgré soi embarqué dans un problème de classe qui finalement ne porte pas la nouvelle.
Ce qui porte la nouvelle, c'est ce p..... de lustre qui à chaque étape de l'histoire pose un problème (tu peux me dire ici que cela reflète les problème de Louis, d'être bourge, mais aussi ses souvenirs, et tu as raison)
Néanmoins, ça fait un peu "ripolin", parce que ce qui m'intéresse, c'est surtout de savoir si, par ce lustre, Louis va enfin accepter ce qu'il est par naissance, un bourge.
Parce que du coup, technicien de spectacle avec un gros lustre familial dans son salon pour faire chanter sa belle, ben oui, les racines quelles qu'elles soient n'empêchent pas de se projeter dans d'autres voies, la preuve. Mais cela résoudra-t-il son complexe ?
Je suis un peu embarrassée pour évaluer, ce sera convenable pour l'écriture parce que j'attends que tu sortes de ta zone de confort pour que ça pète plus (je sais, c'est pas ton truc, mais c'est le mien ! :)))) et beaucoup pour la nouvelle vie de ce lustre pièce rare qui va trouver une deuxième vie non pas dans les jeux de lumière, mais dans le jeu des sons. (ais idée pas assez mise en valeur - Fitch te baisse d'un point : bien :)
Je suppose que Cécile va craquer ?

merci plumette de cette lecture et bien contente de te voir revenir !!!-

   plumette   
1/5/2024

   Donaldo75   
4/5/2024
Je suis mitigé. D'un côté, je reconnais la propreté de l'écriture. Par ailleurs, je trouve que la psychologie des personnages est intéressante et bien expliquée. D'un autre côté, justement expliquer ne signifie pas raconter. Et il y a dans le style narratif pas mal d'explications. De plus, certaines transitions ressemblent à des tirets dans un chapitre; en soi, elles ne racontent rien, n'exposent pas mais décrivent juste ce qui fait la transition. Cette approche narrative inhibe le côté vivant de l'histoire alors qu'il a été travaillé à travers les dialogues, le décor, l'interaction entre les personnages. C'est dommage parce que l'histoire n'étant pas des plus palpitantes, elle s'aplatit parfois de par ces choix stylistiques.

   jfmoods   
14/5/2024
I) Une improbable expédition
1) Un couple assez disparate
2) Un objet bien encombrant

II) La réappropriation d'un passé
1) Les affres d'un homme en rupture de ban
2) La magie intemporelle du lustre

III) La promesse d'un avenir à deux
1) Une introuvable hauteur sous plafond
2) La musique adoucit les moeurs

Merci pour ce partage !

   ferrandeix   
22/5/2024
Je reste dubitatif après la lecture de cette nouvelle, qui a certainement ses qualités… et ses défauts. Surtout, je ne vois pas trop où elle mène et quelle peut en être la conclusion. Je n’exige nullement qu’une nouvelle ait une “chute” (l’horrible mot ) et les chutes me fatiguent. Ce sont souvent des pirouettes humoristiques. Pour moi c’est souvent une fuite hors de la littérature. Bref, je veux dire par là en mentionnant le manque de conclusion que je ne ressens pas de sentiment qui prime. je ne vois pas ce que l'action relatée induit de nouveau sur l’état d’esprit des protagonistes. La partie positive du récit consiste dans son évolution. On découvre le contenu de la caisse, non pas lorsqu’elle est ouverte, mais on découvre que les personnages le savaient, ce qui est une forme de faux suspens originale. Cependant, le meilleur de la nouvelle pour moi est cet effet presque magique que produit ce lustre chatoyant et le riche vocabulaire qui y est associé. Pour le reste, la description de l’action, les dialogues surtout, à mon avis, manquent d’intérêt et sont empreints d’une certaine vulgarité dommageable, même si c’est la réalité qu’on veut montrer (et effectivement c’est bien la réalité de la vie quotidienne) et même si c’est souvent le cas dans les nouvelles. Je ne parviens jamais à m’habituer à ce réaliste prosaïque. Pour moi, en littérature, on doit se trouver dans une autre monde, précisément le monde de la littérature. Et là, on n’y entre pas. Le personnage de Louis apparaît un peu abrupt, mais pas obligatoirement antipathique à mon avis. il en est de même pour sa copine. L’état d’esprit des personnages est bien rendu, mais il s’agit d’un rapport relationnel tellement commun.

Pour finir, je n’ai pas trop aimé:

des départementales (dé dé)

a attiré (a a)

Dans un premier paragraphe, c’est un peu rude. Attention!

Pour le lustre lui-même qui m’a séduit (plus que les personnages) j’accorde une mention Bien


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