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Sentimental/Romanesque
plumette : Le déménagement
 Publié le 27/05/16  -  15 commentaires  -  11387 caractères  -  92 lectures    Autres textes du même auteur

C'est un nouveau départ pour Jacqueline. Avec l'aide de ses enfants, elle a trié cinquante ans de sa vie. On la quitte au moment où elle referme la porte sur son passé.


Le déménagement


Elle ouvre les yeux, se demande un instant où elle se trouve. À sa droite, deux fenêtres, l’une dont le volet roulant à moitié levé laisse entrer le jour. Elle reconnaît la chambre, pourtant la pièce est presque vide, le lit, une chaise, les murs nus, il n’y a pas de rideaux aux fenêtres.

Elle émerge doucement d’un état cotonneux. Son sommeil a été entrecoupé de rêves étranges qui diffusent en elle une inquiétude vague.

Puis, comme un déclic, elle se souvient : le train à prendre à 9 heures ! L’écran de veille du téléphone à côté d’elle indique 7 h 32. Elle se lève d’un bond. Sa valise rouge est déjà prête au pied du lit. Il suffit d’y glisser la chemise de nuit, la trousse de toilette. Elle prend ses vêtements de la veille qu’elle a posés sur la chaise, va à la salle de bains, renonce à la douche en constatant qu’il n’y a plus de serviette. Elle passe à la cuisine, les placards sont vides, elle n’a pas même pensé à conserver un sachet de thé, un bol, la bouilloire. Tout a été trié, encartonné, dispatché. Elle a laissé faire les enfants. Ils étaient d’ailleurs venus, les quatre, pour ça, à sa demande. Édith et son mari avaient fait le voyage depuis Biarritz et profiteraient de ce déplacement pour faire une visite aux parents de Benoît qui ne bougeaient plus guère. Ivan, toujours entre deux avions, avait mis du temps à donner ses dates. Jusqu’au dernier moment, elle s’était attendue à son désistement.


Ce fut un véritable tourbillon ! Jérôme, son dernier et sa femme Charlotte, munis de grands sacs de chantier en jute, ont déversé dedans le contenu des placards de la cuisine, presque sans trier. Pris de frénésie, avec un rire nerveux, ils ont rempli les sacs en disant : « Allez ! À la benne ! On ne va pas s’emmerder à trier tout ce fourbi ! Tu n’en auras plus besoin. » Vincent a tenté de résister, il a sauvé une grande casserole, une passoire, la planche à découper, mais en tant que gendre, il n’était pas vraiment légitime. Il était là pour soutenir Alice et prêter ses bras.

Elle, était partagée. C’est elle qui avait voulu tout concentrer sur une journée, par commodité, pour ne pas mobiliser trop longtemps les enfants. Mais elle n’avait pas mesuré l’impact de ce tri exprès et la violence de cet empaquetage sans soin de cinquante ans de sa vie.

Au salon, il y a de nombreux cartons. Plusieurs tas délimités dans l’espace. Près de l’entrée, un petit tas avec quelques meubles, les moins volumineux, ceux qu’elle préfère, commode, bergère qu’elle vient de faire retapisser à son goût, glace, lampadaire qui prendront la direction de Paris. Un tas au centre de la pièce, plus important, composé de ce qu’elle n’a voulu ni jeter, ni donner, qui sera entreposé en attendant on ne sait quoi dans le grenier de la maison de vacances. Un dernier tas, au fond, véritable échafaudage qui partira en dernier pour Notre-Dame des Sans-Abri. Sur le sommet des cartons est posé le manteau de vison de sa mère, à la coupe démodée, dont personne n’a voulu et le smoking de son mari, difficile à caser, aucun de ses fils et gendres n’ayant les mensurations adaptées.

Elle n’avait rien anticipé et s’est trouvée bête lorsqu’il a fallu décider quelque chose pour sa collection d’éléphants miniatures et les nombreux trophées sportifs qui trônaient dans les deux vitrines symétriques du salon. Elle a refusé fermement de dépareiller sa collection alimentée par les cadeaux des uns et des autres au fil des voyages. Elle savait pourtant ne pas pouvoir les emporter. Quant aux coupes et trophées, moisson de ses nombreuses victoires en compétition, elle a suggéré de les donner à un club de sport, pour les faire circuler à nouveau, ou alors de les partager entre ses petits-enfants, sûrement fiers d’avoir une grand-mère championne de tennis : « Ma pauvre maman ! Ça n’intéresse que toi ! » a décrété Jérôme. « Et puis, c’est franchement moche tous ces trucs ! Direction déchetterie ! » Elle s’est tue, a quitté la pièce en grommelant, ne voulant plus rien voir ni entendre. Elle y est revenue un bref instant pour signaler qu’elle descendait à la pizzeria du bout de la rue pour réserver le repas du soir.

À son retour, de nouveau, elle a insisté pour que les enfants fassent leur choix.

Ivan, son fils aîné, n’a rien voulu. Elle n’a pas compris. « Mais enfin Ivan ! Tu ne veux rien ! Aucun souvenir de ton père ! » Ivan l’a fusillée du regard, a semblé vouloir dire quelque chose, mais rien n’est sorti. Jérôme a finalement accepté le buffet trois portes acajou de la salle à manger. Il était réticent : « On a tout ce qu’il faut ! Ça va nous encombrer ! Hein Charlotte ? » Pour faire plaisir à sa belle-mère, Charlotte s’est laissé convaincre : avec un décapage et une nouvelle teinte, le meuble pouvait être modernisé pour s’intégrer dans son intérieur.

Édith n’a pas dit un mot de toute la journée. Elle a empaqueté avec efficacité. Elle a pris les verres en cristal et quelques tableaux choisis par Benoît.

C’est Alice, la fille aînée, qui a mis de côté le plus d’objets. Des bibelots, des souvenirs : un flacon de porcelaine ouvragé qui avait été autrefois dans la salle de bains de sa grand-mère, une fibule décorative, l’unique objet évoquant l’enfance marocaine de sa mère, une timbale en argent aux initiales du frère disparu et le secrétaire-bureau marqueté, un peu lourd, où elle avait vu, pendant des années, son père remplir de chiffres des petits cahiers d’écolier.


8 h 10.

Jacqueline a bouclé sa valise et revient au salon. Ce dernier appartement qu’elle a occupé pendant trente ans avec Guy, dépouillé de ses meubles et bibelots lui paraît sale, vieillot, il y flotte une tristesse tenace. Jacqueline a hâte de partir. Trop de souvenirs l’assaillent, trop d’images qui viennent. Ce ne sont pas celles des temps heureux. Elle sait qu’elle quitte aussi ce lieu pour effacer plus vite les deux années si difficiles de la fin de vie de Guy, n’en finissant pas de s’étioler. Jacqueline avait été contrainte d’endosser un rôle d’infirmière pour lequel elle n’avait ni goût ni talent. Et Guy ne lui avait aucune reconnaissance de son assistance. Il lui en voulait de sa santé, de sa vitalité, les lui faisait payer durement, quotidiennement par toutes sortes de tyrannies infantiles. Et à qui parler de la contrainte de cette vie domestique ? À qui confier son désarroi ? Elle avait dû abandonner le tennis (sa fierté, son exutoire), le bridge et son club de marche pour le soigner. Pour la galerie, malgré la maladie, Guy savait encore donner aux autres, à tous les autres, sauf elle, le meilleur de lui-même. Jacqueline prenait sur elle, se répétait que c’était son devoir. Ne se marie-t-on pas pour le meilleur et pour le pire ? Elle pensait que ces années noires étaient la rançon de leur douze ans d’écart d’âge, le prix à payer pour avoir été cette jeune fille rêveuse, amoureuse, séduite et gâtée par un homme déjà fait, venant la chercher en cabriolet décapotable à la sortie du lycée. Jacqueline gardait de la tendresse et de l’indulgence pour la petite peste de l’époque, cheveux au vent, affichant devant ses camarades une belle assurance et la certitude d’une belle vie.


Après le décès de Guy, la bienséance interdisait qu’elle montre son soulagement, mais pourtant, il s’agissait bien de cela, d’un allègement soudain, d’un repos bien mérité. Avant que n’arrive la solitude. Jacqueline, mariée très jeune, mère de cinq enfants à vingt-cinq ans, n’avait jamais vécu seule. Dans les premiers mois de son veuvage, il y avait eu tant de choses à régler qu’elle n’avait pas vu le temps passer. Elle était opiniâtre et combative, elle avait fait le siège des organismes de retraite pour obtenir au plus vite la mise en place de sa pension de réversion. Et elle avait découvert, à soixante-dix ans bien tassés, le plaisir de gérer un budget sans avoir à rendre aucun compte de ses dépenses. Les angoisses d’argent qui l’étreignaient lorsque Guy était encore là et qu’elle pensait à « l’après » avaient disparu. Malgré une nette diminution de ses ressources, elle se sentait sereine, positive, apte à se serrer la ceinture s’il le fallait.

Elle avait repris tout doucement le tennis, le bridge, ses marches du mercredi dans les monts du Lyonnais. Elle envisageait de donner un peu de son temps à la paroisse. C’est le week-end, où tous se recentraient sur la famille, qui lui paraissait le plus long.

Ne voulant pas peser sur ses enfants, elle avait pris l’habitude de ne rien réclamer. Alice lui accordait une soirée de temps en temps. Charlotte, sa belle-fille, lui faisait signe pour déjeuner le mardi. Avec Édith, c’était un appel téléphonique par semaine, le dimanche soir en général.

Ivan était plus imprévisible mais elle s’était fait une raison. Elle mettait la froideur d’Ivan sur le compte de son épouse Sophie, la seule d’ailleurs qui n’était pas venue pour le déménagement.

Au mois de mai, Jacqueline avait accueilli avec étonnement l’invitation de Lucien, un ami d’enfance de Guy, veuf depuis peu, à l’accompagner pour une croisière de huit jours en Méditerranée, sur une espèce d’immeuble flottant. Elle avait demandé à Alice son avis, lui avait montré avec un peu de gêne la lettre de Lucien. Lucien expliquait le contexte du voyage, organisé par le comité d’entreprise de la société dans laquelle il avait fait toute sa carrière, son souhait d’être accompagné car tous ses anciens collaborateurs et collègues le seraient, son choix de lui faire signe, à elle, connaissant ses facultés d’adaptation, sa sociabilité. Et puis sa vieille amitié avec Guy, qui, de là-haut, leur donnait sûrement sa bénédiction. Alice avait ri, avait encouragé sa mère. « Ça ne t’engage à rien maman. Profite de ce que la vie t’offre de bon. Tu as de l’énergie à revendre et tu aimes voyager. Ça te changera les idées ! » Jacqueline était embarrassée par le côté « invitation ». Elle voulait payer sa part du voyage et ne savait comment le formuler dans sa réponse. Alice avait réagi en riant de plus belle. « Mais de quoi as-tu peur maman ? Tu penses que si c’est lui qui paye, il n’y aura qu’une cabine ? »


8 h 30.

Le taxi sera en bas dans cinq minutes. Jacqueline est sur le point de quitter l’appartement ; elle sait qu’elle n’y reviendra plus. Dès demain, il sera mis en vente. Alice et Jérôme, les deux Lyonnais, se chargeront d’évacuer les cartons vers leurs diverses destinations.

Elle jette par habitude un dernier coup d’œil par l’une des fenêtres du salon, pour vérifier l’heure au clocher de l’église, là-bas, juste en face, sur la place. Elle voit un fourgon mortuaire, un attroupement de vêtements sombres. Les larmes la submergent d’un coup. Ces larmes qui ne sont pas venues le jour de la mort de Guy, larmes absentes le jour de ses funérailles dans cette même église. Toutes les larmes, empêchées depuis si longtemps à la source tarie de son cœur. Quelque chose se relie en elle. Le chagrin de toutes les pertes subies dans sa vie l’envahit à ce moment précis où elle part pour tout recommencer, faisant fi de son âge, des convenances, du regard de ceux qui jugent, comme sa belle-fille Sophie dont elle avait surpris les propos : « Elle s’est consolée bien vite, ta mère, tu ne trouves pas ? Moi, je pense qu’elle l’avait déjà sous le coude son Lucien. »

Jacqueline, la veuve joyeuse qui part à Paris pour un nouvel amour, est aussi cette femme qui pleure à chaudes larmes en refermant la porte de son passé.


 
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   Charivari   
27/5/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour. J'ai beaucoup apprécié ce texte, qui sonne très vrai. On sent vivre cette vieille dame, et à travers tous ces détails mis bout à bout, beaucoup de questions profondes sont posées. Le seul bémol, pour moi, c'est que j'ai eu du mal à différencier les enfants, on n'a pas vraiment le temps de mettre un nom sur chacun d'entre eux sur un texte aussi court, d'autant qu'ils ont des conjoints... Au lieu d'en avoir quatre, vous auriez pu en mettre juste 3, des rejetons, ou même seulement deux ! Mais je chipote, c'est un beau texte, profond et pudique à la fois, et terriblement évocateur.

   Mare   
27/5/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Un joli texte. J'ai surtout apprécié la fin. Le tourbillon du déménagement (bien rendu ! on s'y croirait !), m'a donné un peu le tournis. Je me rends compte que c'était l'effet recherché, mais j'ai préféré le calme des pensées de Jacqueline.
Une lecture durant laquelle on passe par toutes les couleurs des sentiments et au cours de laquelle on s'attache facilement au personnage principal.

Oh, un détail: je crois qu'il manque un mot dans l'une phrase. "Et Guy ne lui avait aucune reconnaissance de son assistance" ? Non ?

Une très belle lecture !

   Marite   
27/5/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Une tranche de vie dans la ... dernière ligne droite et après une séparation douloureuse. Tout semble réaliste mais j'ai été troublée par l'attitude des enfants : comment peuvent-ils décider aussi brutalement de ce dont leur mère peut " avoir besoin " ? A la limite du manque de respect, enfin je trouve. Les larmes qui clôturent cet épisode ne sont-elles pas dues, aussi, à cet arrachement brutal de tous les souvenirs du passé ? Une belle écriture, fluide, sans heurt, qui porte l'ensemble du récit à la fois au niveau évènement et au niveau humain.

   Vincendix   
27/5/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un récit « vrai », dans lequel je retrouve des similitudes avec un cas de mon entourage.
La maladie de Guy, une période douloureuse et usante pour Jacqueline et l’issue inéluctable qui devient un soulagement.
L’attitude des enfants qui n’ont pas la nostalgie du passé et qui ne comprennent pas l’attachement de leur mère pour les meubles et les objets qui faisaient partie de sa vie, et encore moins pour les trophées gagnés sur les courts de tennis.
Une nouvelle vie ? Non, un supplément au programme et qui malheureusement risque de se terminer comme le premier épisode, avec, pour Jacqueline, le rôle ingrat de garde-malade.
L’authenticité et la simplicité de ce texte m’ont touché !

   Robot   
27/5/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai apprécié plusieurs choses dans ce récit.
L'opposition entre l'effervescence du déménagement et la réserve de Jacqueline de retour sur ses souvenirs.
Un récit vrai, et nul doute pour moi qu'il se rattache à des évènements sinon vécus, du moins réels.
Je ne dirais pas que les enfants sont égoïstes, mais ils ont à vivre leurs propres chemins et même si Jacqueline peut en éprouver quelque peine, je ne crois pas qu'elle ne le comprenne pas.
J'aime cette fin toute en nuance, faite de chagrin, de regrets, et d'envie de vivre pleinement tant qu'il est possible.
Rien de manichéen dans cette nouvelle qui ressort parmi celles du genre.

   Lulu   
27/5/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour plumette,

j'ai parcouru votre texte avec plaisir. J'ai notamment aimé le choix que vous avez fait de tout rédiger au présent. Je trouve que cela rend votre texte plus limpide et on suit mieux les événements qui se produisent à l'instant t.

J'ai bien aimé la fin, aussi, quand les émotions submergent tout à coup Jacqueline. Cela est bien rendu et tout à fait réaliste, je trouve.

Personnellement, j'aurais enlevé la dernière phrase qui n'apporte rien à la nouvelle. Elle fait trop office de conclusion, de redite. Or, cela est inutile.

Tous mes encouragements pour la suite.

   Bellaeva   
29/5/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour, joli texte plein de justesse. L'écriture est simple et fluide. Le fond montre bien cette tranche de vie difficile et douloureuse oú la mort rôde, oú l'arrachement avec tout ce que l'on a vécu pendant des années devient nécessaire. Bien vu aussi l'attitude des enfants certains si pressés de passer à autre chose, pour eux les objets sont des objets, pour leur mère c'est toute une histoire affective. On évite l'entrée convenue dans une maison de retraite, et non, il s'agit d'une nouvelle vie voire d'une renaissance. Fin sensible, un deuii se fait d'une histoire pour en commencer une nouvelle ! Seule critique trop d'enfants pour une nouvelle si courte, trop de similitudes avec cette série de couples, on s'y perd car pas assez de mots pour les caractériser. Moins d'enfants, moins de couples voire un petit enfant...Merci pour ce texte et bonne continuation.

   widjet   
30/5/2016
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
On ressent dans cette histoire de la part de l’auteur l’envie de raconter un moment de vie sans véritablement se soucier de faire « joli » dans la forme. Les mots sont pourtant là, bien à leur place, simple, sans fioritures. Identifier les personnages est un peu compliqué, mais finalement cela n'a aucune importance puisque l'histoire ne repose pas sur eux, et qu'ils ne sont pas développés. Y'a pas vraiment une personnalité qui se dégage ou sur qui l'accent est mis qui donnerait lieu à qu'on se penche dessus. Ils font partie de l'ameublement (pour rester dans le thème) de la cellule familiale.

Le titre est à l’image du texte, il ne trompe pas sur la marchandise. Et au final, l’ensemble se lit assez bien, il coule tranquille, c’est réaliste (notamment les non-dits et les sous entendu des « pièces rapportées »), sincère, peut-être même vécu. C’est propre sans chercher à être renversant, à être plus qu’il n’est. Ce texte se lit avec plaisir et s'oublie aussi vite (ce n'est pas vraiment un inconvénient car 90% des textes s'oublient assez vite)

Pas même une petite image, métaphore à se mettre sous les mirettes, non, on reste tout du long dans cette linéarité, cette humilité ou cette absence d'audace (question de point de vue) et le même objectif en ligne de mire, raconter le plus sobrement et avec modestie une histoire. 

C'est un choix comme un autre.

Parfois, je m’en contente.

Aujourd’hui, ce fut le cas.




W

   hersen   
30/5/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Bonjour Plumette,

J'ai presque envie de dire « Bien vu » !

Expliquer ainsi, avec tant de retenue, un nouveau départ après l'anéantissement d'un passé. Et aussi une vie consacrée aux autres, à sa famille nombreuse.

Il y a un côté très touchant qui, je pense, est dû à votre écriture d'une part mais aussi au fait que vous n'éludez pas les petits tiraillements familiaux sans pour autant les mettre franchement en avant d'autre part.

A vous relire, Plumette !

   Cat   
31/5/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Ce que j’aime dans ce texte, c’est l’honnêteté et le fort réalisme qui s’en dégagent.

Des phrases simples pour décrire justement. Rien n’est trop dit, trop insistant et cela confère à l’histoire une subtile dramaturgie. Aucune envie de sortir les mouchoirs, pourtant c’est une peine profonde qui étreint le cœur devant ces tranches inéluctables que nous sert le destin.

Sous nos yeux se déroule un moment phare dans la vie d’une tribu. Chaque protagoniste va le vivre à sa manière. Je trouve bien vu le "grand égoïsme" des enfants qui ne se sentent pas concernés par ce déménagement qui sonne pourtant le glas d’un pan entier d’une existence. C'est tellement humain !

Tous les personnages sont bien campés. A coup de subtils traits bien marqués, on peut imaginer aisément le tempérament de chaque enfant, de leur conjoint, de Jacqueline, du défunt, de la dernière ligne de vie qui s’avance et de la trame particulière qui unit chaque membre de cette famille.

J’ai particulièrement apprécié que Jacqueline s’avoue avec franchise le plaisir, même si mélangé de crainte, de la nouvelle vie en solitaire qui l’attend. Ses réflexions, sur elle jeune, sur Guy malade, sur le fait de fermer aussi brutalement un livre de cinquante ans de vie, sont d’une justesse et d’une admirable sincérité.

Une histoire qui me touche car, lorsqu’on ne veut pas se jeter de la poudre aux yeux, je crois que c’est ainsi que cela se passe dans la vraie vie.

Un bravo soutenu pour la force de vie de l’héroïne. Elle a du répondant sous le pied, et cela revigore et donne un espoir immense.

Le tout est servit par une belle et saine écriture.

Merci à l’auteur

   mimosa   
3/6/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonsoir Plumette,
C'est l'aspect réaliste qui me touche le plus: cette sorte d'abandon des enfants qui se soucient davantage d'eux-mêmes que de leur mère, en supposant froidement, sans savoir, qu'elle s'est vite consolée alors qu'elle cherche simplement à vivre; cette rapidité assez méchante et égoïste à tout bazarder sans état d'âme, sans s'interroger sur ce que peut ressentir une vieille dame lorsqu'elle quitte tous ces objets compagnons de vie.
J'ai beaucoup aimé. Le style est simple, fluide et efficace.

   Gouriel   
8/6/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Plumette, je ne vais pas vous comme certains commentateurs parler comme d’une menuiserie bien faite, confortable, sans véritables défauts, agréable à regarder, bref un bel objet qu’on aimerait avoir chez soi, disponible, accueillant… Non, d’autres ont ce métier que je n’ai pas. Je pense que vous avez un talent, un style, une écriture, mais, comme me disait mon prof. « Peut mieux faire » en l’occurrence, même mieux qu’une belle ébénisterie…Un objet d’art ! Pourquoi pas ?

J’aime une histoire qui comme la vôtre qui se tient, une histoire qui ne vous quitte pas, qui me force à penser au-delà de la lecture à continuer à m’interroger sur cette femme, aux raisons profondes de son déménagement, ce que ses cinquante ans de vie lui ont appris sur son présent, dans quel monde a-t-elle vécu et comment en est-elle arrivée là ? Comment le passé l’a-t-il incité à choisir une autre vie ? Je pense que notre ambition d’auteur-lecteur doit nous porter au-delà d’une première lecture, j’entends qu’un livre, une nouvelle ne nous quitte pas, qu’il nous force à penser au-delà d’une lecture, qu’il nous force à continuer à nous interroger et à nous répondre. En ce sens, il nous aide à nous améliorer. Je crains de m’éloigner un peu. J’attends la suite, chère Plumette.

   MissNeko   
22/6/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'aime beaucoup cette histoire. La lecture et agréable, le style fluide.
On se attache à cette veuve joyeuse.
Merci pour ce moment agréable

   jfmoods   
27/8/2017
Le texte se présente sous la forme d'un compte à rebours d'une heure environ ("le train à prendre à 9 heures ! L’écran de veille du téléphone à côté d’elle indique 7 h 32.", "8 h 10.", "8 h 30.", "Le taxi sera en bas dans cinq minutes."). Jacqueline, veuve de Guy, sensiblement âgée ("... soixante-dix ans bien tassés."), dresse, à l'occasion d'un déménagement particulièrement traumatisant, un rapide état des lieux de 50 ans de vie. Clé de voûte de la perspective, la relation de Jacqueline avec ses enfants. Comment se transmet l'héritage entre générations, l'histoire d'une famille ? C'est la question obsédante qui se pose à travers ce déracinement préparant la fin de vie de la mère avec Lucien, un nouveau compagnon.

Le fils aîné, Ivan, est du genre peu disponible ("toujours entre deux avions"). La relation aux deux parents se trouve entachée d'une somme de non-dits, de frustrations ("Ivan l’a fusillée du regard, a semblé vouloir dire quelque chose, mais rien n’est sorti."). Dans quelle mesure la femme d'Ivan, Sophie, absente à ce déménagement vient-elle ajouter à cette confusion par son regard peu amène ? ("Elle s’est consolée bien vite, ta mère, tu ne trouves pas ? Moi, je pense qu’elle l’avait déjà sous le coude son Lucien.").

Le second fils, Jérôme, marié à Charlotte, fait preuve d'indifférence et de mépris à l'égard de sa mère, de la gloire passée de celle-ci ("Allez ! À la benne ! On ne va pas s’emmerder à trier tout ce fourbi ! Tu n’en auras plus besoin.","Ma pauvre maman ! Ça n’intéresse que toi !", "Et puis, c’est franchement moche tous ces trucs !").

Édith, la fille cadette, épouse de Benoît, a une relation à la mère distante et construite sur l'habitude ("c’était un appel téléphonique par semaine, le dimanche soir en général."). Elle semble s'appliquer ici à remplir silencieusement une corvée ("... n’a pas dit un mot de toute la journée. Elle a empaqueté avec efficacité. Elle a pris les verres en cristal et quelques tableaux choisis par Benoît.").

Seule la fille la plus âgée, Alice, compagne de Vincent, constitue un véritable point d'appui, un élément de stabilité. Confidente de sa mère ("Alice lui accordait une soirée de temps en temps.",  "Elle avait demandé à Alice son avis"), elle est aussi dépositaire de la mémoire filiale ("C’est Alice, la fille aînée, qui a mis de côté le plus d’objets. Des bibelots, des souvenirs : un flacon de porcelaine ouvragé qui avait été autrefois dans la salle de bains de sa grand-mère, une fibule décorative, l’unique objet évoquant l’enfance marocaine de sa mère, une timbale en argent aux initiales du frère disparu et le secrétaire-bureau marqueté, un peu lourd, où elle avait vu, pendant des années, son père remplir de chiffres des petits cahiers d’écolier.").

Merci pour ce partage !

   monlokiana   
28/9/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
j'ai vu l'auteur sur le forum d'une discussion (à propos des commentateurs de nouvelles et de l'endroit où ils se trouveraient :) ) et je me suis dit que la meilleure manière de découvrir l'auteur est d'aller lire sa première nouvelle sur Oniris et... en fin de compte... qu'est ce que j'ai aimé cette nouvelle et la manière dont vous nous laissez le temps de la découvrir (au début pas tellement, seulement par le biais du pronom personnelle (elle) mais après vient l'entourage, le prénom, l'âge, le vécu). J'ai beaucoup aimé cette dame et son histoire très touchante. c'est écrit de manière très fluide, très simple, le style parfait pour raconter l'histoire touchante d'une femme simple et attachante qui prend un nouveau départ et oublie le passé.

Merci à vous, pour cette nouvelle qui raconte bien plus qu'un simple déménagement :)


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