Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Fantastique/Merveilleux
Shepard : Néant natal
 Publié le 26/05/16  -  6 commentaires  -  19023 caractères  -  67 lectures    Autres textes du même auteur

À un moment il faut bien commencer...


Néant natal


Jamais il n'avait réalisé de voyage aussi long. Son corps s'était déplacé de son monde natal jusqu'à... cet endroit. Des années de préparation, un rituel complexe, beaucoup de volonté, et le passage s'était ouvert. Il l'avait franchi après une profonde inspiration, peut-être la dernière.


De l'autre côté, le ciel était bleu, la terre ferme et l'air respirable. Si seulement il s'était attendu à ça. Tant de gardes contre la chaleur, le froid ou le vide, inutiles. L'homme ricana et d'un claquement de doigt fit voler en éclat les glyphes qui flottaient autour de lui. Somme toute, une chose dérangeait le mage : au plus profond de son être, il ressentit l'isolement. Malgré tout son Art, il savait qu'aucun sortilège ne lui permettrait de quitter les lieux. La raison lui en était inconnue.


Plutôt que de céder à la panique, il se laissa submerger par la curiosité. Le sol semblait rocheux, ébène et lisse, tout comme les immenses murs qui se dressaient haut vers le ciel. Il se trouvait dans un long couloir qui s'étendait jusqu'à l'horizon. Lentement, il passa ses doigts noueux entre les tresses de sa barbe. Au bout de plusieurs secondes de réflexion, il haussa les épaules et avança. Que faire d'autre ? Pas une seule gravure, pas un seul dessin, pas un seul bruit, juste un épais silence.


Il marchait d'un pas tranquille, au rythme de ses soixante-dix années passées, plongé dans ses pensées. Une idée lui vint. Il murmura une incantation, croisa ses mains puis réalisa une grande arabesque. Des centaines d'étincelles s'envolèrent comme les cendres incandescentes d'un volcan et filèrent dans toutes les directions. Il ferma les paupières et sourit, il n'était pas seul. Sa voix rauque s'éleva et prit une teinte amicale :


– Ne craignez rien.


Pas de réponse.


– Je suis Hector Grisanthime, sorcier extraordinaire et membre d'excellence de la tour d'Ambre. Et vous êtes... ?


Depuis la roche noire, parfaitement camouflée, une silhouette fine s'extirpa. Elle était lisse et racée, humanoïde avec des bras et jambes très étirés. Deux fentes lumineuses en guise de regard, sans nez ou bouche pour les accompagner. L'être avança en ondulant, examinant l'humain sous plusieurs angles. Un sourire se dessina dans l'esprit d'Hector, littéralement : dans ses pensées. Il sursauta et l'être tressauta à son tour.


– Comment... ?


Une cascade d'images fusa sous le crâne du sorcier, de plus en plus nettes. Elles se transformèrent en idées, puis en mots précis et enfin en phrases.


– Mon nom est : Balathus. Je suis la paix.

– La paix ? répéta Hector amusé, lis-tu dans mes pensées ?


L'être frémit, brouillant ses contours, puis dessina une nouvelle série d'images.


– Non. Je tourne une page et j'écris les mots. Vous tournez la page et écrivez vos mots, je lis.

– Ah... Une forme de télépathie, en somme.

– C'est ici, et c'est ça.

– Hum.


Hector balaya les alentours d'une main.


– Où sommes-nous, est-ce chez toi ?

– Non. Nous sommes éloignés.

– Que fais-tu ici ?

– Je voyageais. Je suis arrivé, je ne peux repartir.

– Nous avons donc un point commun ! Depuis combien de temps es-tu ici ?


Le corps de Balathus se courba à gauche, puis à droite. Il semblait réfléchir. Sa tête avança et reprit sa position initiale.


– Six mille cycles. Six mille tics.

– Oh...


L'humain grogna puis resta un instant sans voix. Son retour ne semblait pas prévu avant les éons. Il s'était préparé au pire mais y être confronté était différent. Au moins ça changerait des mondanités de l'académie, il détestait la routine.


– Très bien, Balathus, puisqu'il semble que nous soyons ici pour un moment, que peux-tu me dire sur cet endroit ?

– L'endroit est monde. Des murs et le ciel. Les murs encore, qui vont, viennent, et s'étendent. Puis il y a les Numak.


L'image correspondante au terme « Numak » était sombre, une épaisse pelote de ronces. Les épines se resserraient autour de ce qui vivait, l’étouffait, et le déchirait en lambeaux. Sans même en avoir jamais vu, Hector frissonna.


– Que font ces choses ici, ces... Numak ?


Le mot seul était pénible à prononcer, rendait la bouche pâteuse. Balathus baissa les yeux, malgré l'exotisme de son visage on pouvait déceler la gêne dans son expression.


– Je n'ai pas ce savoir. Vous marchez jusqu'aux bouts des murs, et ils sont là, ils attendent, ils gardent. Si je me cache, ils me voient, alors je cours, je cours, éloigné.


Ce monde paraissait désert, artificiel. Quelqu'un l'avait construit, c'était une évidence. Le voyage d'Hector visait l'espace le plus primordial possible : l'origine de son univers. Ses attentes étaient variées. D'abord il imagina le vide, le néant, mais son esprit ne concevait pas l'apparition de la matière à partir de rien. Certains croyaient en des entités créatrices, c'était une possibilité. Mais ça ne faisait que tourner en rond : ces entités devaient bien être engendrées par quelque chose. Il partit en voyage l'esprit confus et ce qu'il venait de trouver l’assommait d'encore plus d'interrogations. Quel était cet endroit ? Balathus ondulait nerveusement. Le sorcier revint à la réalité.


– Peux-tu m’emmener voir ces Numak ?

– C'est un danger.


L'humain se redressa et bomba le torse, ce qui provoqua une légère quinte de toux.


– Tu peux rester ici pendant six mille tics, pas moi. Je suis déjà vieux selon les standards de mon espèce.

– Je vais montrer la voie, vous finirez le chemin seul.

– Marché conclu.


Les deux êtres prirent la route, côte à côte. Balathus se déplaçait à grandes enjambées ; Hector devait faire plusieurs pas pour tenir la cadence. Heureusement, il était habitué aux longues traversées. Le paysage restait le même, des murs avec parfois des intersections, le labyrinthe paraissait infini. En chemin, Hector apprit plusieurs choses sur son nouveau compagnon de fortune : il était le dernier de son monde, ravagé par la mort de leur soleil. Il avait appris à voyager dans l'espace et le temps suite à d'intenses recherches, sachant que l'existence de sa planète était menacée. Malheureusement la fin arriva avant qu'il ne puisse partager son savoir à grande échelle.


– Le second coin à droite, puis à gauche, et les Numak seront là.

– C'est le moment de se séparer, donc.

– Soyez prudence.

– Mon second prénom, sourit Hector.


Balathus s'écarta et se fondit dans le décor. L'humain inspira profondément et avança. Il devait rester calme mais son cœur accéléra. Il se remémora des paroles de pouvoir en les chuchotant. Encore quelques mètres, un tournant, une immense étendue s'offrit alors, le même sol noir mais sans mur, sans relief. En absence de coupe-vent, une légère brise secoua les cheveux du sorcier.


Face à lui, trois boules de ronces noires craquèrent, leurs appendices végétaux s’étirèrent comme les tentacules d'une pieuvre. Au centre des pics acérés se trouvait un grand œil terne recouvert d'une épaisse cornée qui fixait l’intrus. L'une des créatures s'approcha, s'agrippant au sol pour se tirer en avant. Une liane hérissée de pointes fila vers l'humain. D'un seul mot il forma un globe transparent autour de lui et stoppa net l'assaut. Intrigués par l'étrange barrière, les trois yeux entourèrent leur cible. Le bouclier magique était impénétrable, arrêtant les coups toujours plus violents qui claquaient contre la coquille de diamant. Constatant l'inefficacité des assauts physiques, les monstres crépitèrent de colère, frustrés et surpris.


Le champ de vision d'Hector fut envahi par ces immenses yeux, chaque fois qu'il croisait les iris curieux il s'étourdissait d'une soudaine fatigue. Les attaques cessèrent et de fins filaments s'extirpèrent des pupilles, des brindilles noires qui poussèrent et s'accrochèrent au globe protecteur. Lorsque les deux matières se touchèrent une odeur de brûlé assaillit les narines du sorcier, un sifflement insupportable lui perça les tympans, des gouttes de liquide sombre se mirent à perler aux endroits en contact. Le bruit s'intensifia et une terreur irrépressible fit tomber Hector à genoux. Il porta ses mains à son visage alors que les toiles noires traversaient la barrière, elles s'étendirent encore et léchèrent la chair exposée, se glissant dans les oreilles et les yeux du mage.


Toute lumière fut dispersée, l'humain contempla le Rien, l'absence de tout. Il flottait sans ressentir ni émotion, ni envie, son existence réduite à néant. Des souvenirs traversèrent son esprit : son premier amour, brûlant, irrésistible, maintenant éteint. Sa fierté, son pouvoir, au sommet, à présent anéanti. Ses grandes amitiés, inaltérables, invincibles, nullifiées. Il ne lui restait plus qu'à mourir pour compléter cette vaine destinée. Son ego commença à s'étioler, extirpé de sa carcasse cendreuse. Une ultime étincelle brilla derrière ses yeux, faible, vacillante : la rage. La rage d'avoir perdu, la haine vide de sens, la peur inextinguible de disparaître. Hector hurla, le cri fit revenir la lumière, les sombres tentacules se retirèrent, brûlées par la colère. L'humain se redressa, les monstres tentèrent de fuir mais il était déjà trop tard. Le ciel gronda, un flash illumina la scène et un éclair tomba droit sur le sorcier qui dévia la foudre vers les créatures. Trois coups de tonnerre, trois monceaux de ronces carbonisées, liquéfiées.


L'onde de choc se dissipa, l'électricité statique crépitait encore. D'un revers de main, Hector essuya le filet de sang qui coulait depuis ses narines. Il soupira, épuisé, et contempla les flammèches qui consumaient les restes, la gorge étreinte par l'odeur d'ozone.


– Comment l'esprit survit aux Numak ?


Le vieil homme sourit en entendant cette pensée désormais familière.


– Cher Balathus, nous, mortels, avons quelque chose que vous, immortels, avez oublié : la volonté de vivre. Autrement dit, la peur de mourir.


Une vague de confusion, d'admiration et d'agacement fut exprimée comme seule réponse.


– Alors c'est ça, le bout de l'univers ? se demanda Hector à voix haute, ce n'est pas ce à quoi je m'attendais.

– Marchons la voie et voyons.

– Allons.


Ils reprirent leur marche au travers de la plaine noire et déserte. Le vent soufflait de plus en plus fort. Au loin de la steppe, une immense structure se découpait à l'horizon. De longues heures s'écoulèrent encore avant que le duo atteigne le bâtiment massif. La façade, de pierre ou de fer, ou de quelque chose d'autre, était sobre et lisse, seul un portail aux dimensions titanesques ornait le mur. Au pied des battants se trouvait une autre porte à taille humaine. Hector se perdit en réflexions : qui aurait besoin d'une entrée aussi grande ? En palpant la surface de la construction il remarqua l'usure des charnières, elles servaient donc bel et bien à quelque chose. Un raclement le rappela à la réalité, le passage réduit s'ouvrait.


Le mage recula et croisa ses mains, prêt à décocher un sortilège. Balathus ondulait derrière lui, anxieux. Une silhouette rabougrie avança péniblement hors de l'ouverture, le contraste entre la taille de l'être et le bâtiment fit sourire Hector.


– Bienvenue, approchez, visiteurs.


La voix était éraillée, enrouée, comme si elle venait de traverser une épaisse couche de poussière.


– Bienvenue ? Et quid des cerbères qui vous écharpent l'esprit ?

– Ah... Oui...


Le sorcier s'avança, sur ses gardes, la créature ressemblait à un vieillard d'un millier d'années. Sa peau était si ridée qu'il était difficile d'y voir une quelconque expression, juste des crevasses et deux yeux gris, pâles, pruineux.


– Vous ne devriez pas être ici, annoncèrent les lèvres craquelées.

– Donc nous ne sommes pas vraiment les bienvenus.


L'ancien scruta les intrus en silence, le simple fait de se tenir debout paraissait l'épuiser, ses deux mains s'appuyaient sur ses cuisses comme pour permettre le maintien de son buste.


– Non, en effet, vous n'êtes pas les bienvenus.


Hector croisa les bras.


– Où sommes-nous ?

– Au bout de l'univers.

– Qu’y a-t-il derrière la porte ?

– Rien.


Hector pouffa, dubitatif.


– Vraiment ? D’où venez-vous alors ?

– Comment... Ah...


L'antique soupira.


– Comment êtes-vous arrivés ici ?

– La maîtrise de l'Art.

– Ah... Encore une invention. Certains finissent toujours par y arriver.

– Oui, oui, bon, s'impatienta le sorcier, à quoi sert tout ça ? Pourquoi ne pas juste se contenter de Rien directement ? Plutôt qu'une porte qui donne sur rien ?

– C'est une longue histoire...

– J'ai tout mon temps.


Cette fois-ci ce fut à l'ancien de s'esclaffer. La vieille carcasse s'ébranla si fort qu'elle parut sur le point d'éclater en morceaux.


– Vous avez de ces expressions !

– Peut-être... Vous ne voulez pas répondre à mes questions ?

– Vous ne vous êtes même pas présentés.


Un nouveau sourire d'abord gêné, puis amusé, anima le visage du mage.


– Mais où sont passées mes bonnes manières ? Quand on essaye de m'assassiner, ça me rend grincheux, mes excuses. Je suis Hector Grisanthime, je vous passe les titres.

– Je suis le Temps.


La brise siffla, berçant le silence qui venait de s'installer. Les trois êtres contemplaient le calme. L'humain lissait sa barbe, Balathus oscillait d'un rythme régulier.


– Je ne vous crois pas.

– Menteur et mensonges, ajouta mentalement l'être ondulant.


Le Temps ne broncha pas. Hector s'avança vers la petite porte, décidé à l'ouvrir.


– Ne faites pas ça.

– Juste un coup d’œil.

– Vous allez causer tout un tas de problèmes.

– Je suis très curieux.


Arrivé face à l'entrée, il discerna un contour dans la matière rocheuse. Du bout des doigts, le sorcier entreprit de pousser la masse. Il attendit une forte résistance mais ce fut tout le contraire : un pan pivota sans problème vers l'intérieur. De l'autre côté s'étirait un couloir étroit, une galerie sombre au bout de laquelle se trouvait une lumière éclatante. Hector se retourna.


– Ce n'est pas rien.

– Attendez, attendez.


L'ancien s'activa, un peu plus vif qu'au départ. Sa démarche claudicante peinait tout de même à rejoindre l’intrus.


– Posez quelques questions, mais n'allez pas plus loin.

– La langue se délie, je vois. Alors, pourquoi les cerbères ?

– Pour vous tuer et vous empêcher de venir mettre votre nez ici. Mais certains arrivent toujours par passer, trompant la mort d'une façon ou d'une autre.

– Et que sont devenus ceux-là ?

– Ils sont entrés ici, et puis...

– Et puis ?

– Tout change, encore, et on doit tout recommencer, ne faites rien.


Au travers des yeux usés transparaissait une colère noire et une obstination bornée. Hector hocha la tête et franchit le seuil.


– Est-ce prudence ? demanda Balathus.

– Peut-être pas, peut-être. Je t'apprécie mais vous, les immortels... vous craignez tellement le changement que vous préférez attendre, attendre, réfléchir, encore, encore. Rester six mille cycles ici à observer ? Je n'ai pas ce temps-là.

– Compréhension. Irrépressible curiosité.

– Oui, c'est le terme : nous sommes irrépressibles.


Ils avancèrent, les yeux fixés vers la lumière. La température devint de plus en plus froide, un nuage de vapeur se formait à chaque expiration. L'air se mit à vibrer en suivant une fréquence basse et sourde, la pulsation faisait trembler les vêtements et dresser les poils. Lorsqu'ils atteignirent la lueur, une grande pièce circulaire se révéla face à eux. À l'intérieur se dressait une immense machine complexe et étrangère au savoir des explorateurs. De l'électricité statique chatouillait la peau dès que l'on s'approchait de trop près.


– Voilà, vous avez vu, et maintenant ?


Hector sursauta, l'ancien se tenait juste derrière lui, sa face crevassée tournée vers le monstre de métal.


– De quoi s'agit-il ? demanda le sorcier avec fascination.

– Ah... Vous ne serez donc jamais satisfait ? Toujours cette volonté d'aller plus loin ? Que vous apportera cette connaissance ? Vous ne pourrez pas repartir d'ici, de toute manière.

– Est-ce une menace ?

– Un fait, juste un fait.

– J'ai cru ressentir ça, c'est vrai, comment est-ce possible ?

– Vous bafouez certaines lois de la physique avec votre « Art » mais vous ne pouvez pas toutes les plier à votre volonté. Certaines sont « irrépressibles », elles aussi.

– Soit, et qu’y a-t-il donc là-dedans ?


L'index de l'humain pointa une sphère noire monumentale au centre de l'appareil vrombissant.


– Rien.

– Encore ? Et vous vous attendez à ce que je vous croie sur parole ?

– Pourquoi me poser la question ?


En voulant s'approcher d'un peu plus près, Hector reçut une légère décharge électrique qui le fit battre en retraite, temporairement.


– Très bien, admettons. Pourquoi ?

– À un moment il faut bien qu'il n’y ait plus rien, non ? On a pris le Rien de l'univers, on l'a mis là, et puis on fabrique le reste avec. C'est ça, le bout de l'univers, là où il n'y a plus d'univers, ce n'est pas ce que vous cherchiez ?

– Pour mettre le Rien de l'univers ici, il faut déjà qu'il y ait un univers, votre explication ne tient pas.

– On, qui ? lança Balathus d'une ondulation.


Le vieux grogna, il détacha son regard de la machine.


– C'est une façon de parler. Il n'y a pas vraiment de « on ».

– S'il n'y a rien, je veux voir à quoi ça ressemble.

– Ne faites pas ça...


Hector Grisanthime n'écoutait déjà plus. Plus de soixante-dix ans qu'il roulait sa bosse à se poser les mêmes questions sans réponses. Il ne trouvait guère de sens à l'histoire, s'approcher du but semblait futile, il se sentait aussi stupide qu'un chien courant après sa queue. Rien ne pouvait être rien, ou alors il n'était qu'une sorte de dégradé de rien, ou autre chose, ou quoi ? Déterminé, l'humain croisa les doigts et prononça les mots de pouvoir adéquats.


Une décharge d'énergie frappa le globe et l'écrasa comme une boule de papier. Le métal chuinta et se déchira, révélant l'impossible. En une fraction de contingence l'univers fut envahi de Rien, recouvrant d'une marée invisible le Tout, passé sous la gomme d'un dessinateur enragé. Hector se sentit emporté par la vague, son corps s'étirait à l'infini ou alors se comprimait, la sensation était indéterminée. Avant de disparaître à son tour, l'homme perçut le Rien d'un peu plus près, son esprit aiguisé observa une chose de façon certaine : le Rien suivait lui aussi certaines lois, intemporelles. Car du néant les axiomes annoncèrent la lumière, la lumière s'étendit et le temps apparut, éclipsant le Rien.


Le Temps, né une nouvelle fois mais toujours vieux, soupira, referma la petite porte et rejoignit la machine.


* * *


– Crash du cœur numéro douze, effondrement total du système.

– Comment est-ce arrivé ?

– Un programme qui s'est mis à générer des fragments de codes libres est entré en conflit avec le hardware, incapable de comprendre certains protocoles. On a dû faire un reboot complet.

– Un jour un de ces machins va finir par développer un libre-arbitre et établir ses propres protocoles.

– N'importe quoi.


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   Robot   
26/5/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Je ne sais pas si ce commentaire sera bien utile car que dire d'autres que l'histoire m'a plu et que la rédaction est intéressante, je veux dire la manière dont le récit est conduit.
Après, je ne peux que parler de réminiscence vers d'autres récits comme "La machine maîtresse" ou de film comme "Tron", quand les ordinateurs sont supposés prendre le pouvoir ou être à l'origine du monde. ça me rappelle aussi une nouvelle de SF (dont le titre m'échappe) dans laquelle le personnage se trouve d'un seul coup au bout d'une route et devant lui il n'y a plus rien car il est un personnage créé par un ordinateur qui a une défaillance.
Votre récit est aussi une quête poussée par l'insatiable curiosité comme dirait Monsieur Spock .
J'ai bien aimé vos personnages d'Hector et de Balathus.

   Zoe-Pivers   
27/5/2016
 a aimé ce texte 
Passionnément
Un très joli cocktail, pour moi.
Du mystère, de l'esprit, du merveilleux, de l'humour, de l'action...
J'ai commencé gentiment, ma lecture et j'ai fini par perdre mes yeux de vue tellement ils courraient pour enfin découvrir ce rien. Car enfin, qui n'a jamais rêver de savoir. Et ce rideau qui tombe, changement de décor, on retombe sur terre et on, enfin je, me dis : génial !
J'ai adoré votre histoire,
Merci
Zoé

   Anonyme   
27/5/2016
 a aimé ce texte 
Passionnément
Et la lumière fut...
Merci Monsieur Shepard, pour ce texte lumineux, ésotérique, magique, extraordinaire.
Je me suis tout simplement régalé à vous lire. Je suis rentré dans votre monde, comme un rien se tiendrait dans un tout.
N'y aurait-il pas un peu d'Hermès Trismégiste dans tout cela ? Tout ce qui est en haut...
Et votre écriture, la belle manière dont vous maniez les mots. Les dialogues, que vous avez très bien su marier avec le texte. Et ce qu'ils racontaient, m'ont transportés, au point d'être à côté d'eux, ravi à chaque fois, de la tournure que prenait les événements.
En tous cas un grand merci, j'ai passé un grand moment. Vous avez l'esprit foisonnant, et tout ce que vous racontez, m'ont beaucoup intéressé.

   Jano   
28/5/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un clone de Gandalf qui part aux confins de l'univers, à la recherche de la réponse ultime. Audacieux le scénario. Très bon ajout d'un acolyte, Balathus, que j'ai visualisé sans problème.

Après ça devient complexe. Si on suit le développement de l'histoire, c'est le Temps à l'origine de la matière ("On a pris le Rien de l'univers, on l'a mis là, et puis on fabrique le reste avec") lui-même engeance du Rien ("Car du néant les axiomes annoncèrent la lumière, la lumière s'étendit et le temps apparut, éclipsant le Rien").

Je résume : le Rien accouche de la lumière par de mystérieux axiomes, le Temps apparait ensuite et emprisonne le Rien dans une machine pour créer le monde. Machine qui serait une sorte de méga ordinateur ; Dieu finalement, aidé d'un vieil assistant.

Une imagination fertile mais un peu trop hétéroclite à mon goût, avec de plus aucune référence à l'espace. L'espace-temps est pourtant une notion fondamentale. J'aurais aimé plus de rigueur dans le déroulé logique car tout s'emmêle, se juxtapose et devient flou. Remarque, s'il y a une vérité, elle réside bien dans le flou quantique, cette impossibilité expérimentale d'atteindre l'essence des choses.

   Anonyme   
3/6/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonsoir Shepard,

Vous signez là une nouvelle originale sur un thème pourtant mille mois abordé : celui de l'origine de l'Univers.

Votre nouvelle m'a tout de suite fait penser à un roman de Frank Herbert intitulé "Destination : vide" et à la dernière phrase du résumé du quatrième de couverture de l'édition de 1978 chez Press Pocket :

"L’équipage du Terra va droit vers le vide – la substance brute à partir de laquelle on peut tout créer."

Or, à part le fait que le vaisseau (La Nef), dans lequel des clones se dirigent vers Tau Ceti, soit en fait un ordinateur, et que la véritable mission n'est pas d'atteindre Tau Ceti mais de créer une Intelligence Artificielle parfaitement autonome à partir de rien, le parallèle s'arrête là.

J'ai bien aimé le langage employé par Balathus, cela m'a un peu fait pensé à "Un feu sur l'abîme", de Vernor Vinge (prix Hugo 1993), encore que... de loin, je le reconnais.

Bref, les personnages sont fort crédibles et le décor est planté. De même, l'intrigue est intéressante et le problème du Temps bien posé.

Vous m'avez fait voyager dans les dédales - et les méandres - du temps et de l'espace, et je vous en remercie.

Un très bon moment de lecture,

Wall-E

   MissNeko   
25/7/2016
 a aimé ce texte 
Bien
J ai tout de suite pensé à Gandalf en lisant votre nouvelle.
Bon j avoue que le côté ésotérique de l'espace -temps me dépasse un peu et que j ai pas tout compris. Mais vous écrivez si bien qu on se prend au jeu.
A vous relire.


Oniris Copyright © 2007-2018