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Brèves littéraires
Pussicat : L’Auvent Bleu
 Publié le 08/08/26  -  2 commentaires  -  1752 caractères  -  5 lectures    Autres textes du même auteur

« Je te cherche par-delà l'attente
Par-delà moi-même
Et je ne sais plus tant je t'aime
Lequel de nous deux est absent. »

Paul Éluard


L’Auvent Bleu


– 14 heures, même endroit ? J'y serai, je t’em…

– Paul, on n’attend plus que toi, la réunion commence !

– Retiens l’ascenseur, j’arrive, j’arrive…


Trois semaines sans nouvelles… une éternité.


Dehors il y a foule, c’est jour de soldes. « Penses-tu que j'ai fait une bonne affaire ? » demande une passante à sa voisine. Elles se connaissent, cela se voit : « Attends, c'est de la soie !… T'en es sûre ?… Non, mais touche, regar… »


L'étoffe légère, vaporeuse, gonfle et s'enfle comme la toile hissée d'un bateau. Elle la froisse, rit et plonge dans le tissu carmin secouant sa tête, frénétique. Je les regarde s'éloigner.


Bientôt deux heures, j'ai froid. Je pousse la porte de L'Auvent Bleu, notre café ; première fois que j'y entre seul. Je m'assieds sur la banquette, le serveur m’a reconnu : « La p'tite dame n'est pas là, aujourd'hui ? » me lance-t-il en essuyant la table avec son torchon blanc à carreaux rouges. Je ne réponds pas. Je rapproche le cendrier et commande un café cognac.


Cigarette après cigarette, les souvenirs un à un me reviennent, comme ce long week-end à Bordeaux dans la maison de ses parents, et leurs voisins si charmants. Le chemin des vignes, ses grands yeux verts, ses longues mains fines, et l'écho de son rire qui résonne encore en moi. Quelle nuit !


Et cet instant où, tous les deux emmêlés dans les draps, nous nous sommes regardés sans rien dire ; déjà elle me manquait.


Et ça tourne et ça tourne… la p'tite dame n'est pas là, aujourd'hui… ?


– Le dernier m'sieur, après je ferme.


Je me lève, règle les cafés cognac, dehors la pluie commence à tomber. Angle mort sous L'Auvent Bleu, je grille ma dernière cigarette. Les réverbères sont allumés… Une ombre passe… Stricte intimité.


 
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   GLOEL   
2/8/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour,

Une tres tres belle nouvelle qui possède une véritable et rare voix, discrète et mélancolique. Les phrases sont courtes mais fluides. Elles renforcent ce sentiment d'impatience dans l'attente.
La fin est un peu etrange .... "stricte intimite" laisse planer le doute et semble exclure le lecteur : dommage!

En tout cas, cette breve pourrait trouver sa place dans une revue littéraire exigeante ou un recueil centré sur les thèmes de la mémoire, de l'absence et du temps.

Bravo... tres belle histoire : simple et emouvante.

Frank Gloel

   Passant75   
3/8/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Pas évident de mettre des mots sur une absence, voire de combler un vide. C'est ce que tente l’auteur, avec une écriture sobre et une atmosphère mélancolique. Les souvenirs, les silences et le décor du café traduisent avec justesse l'attente et le manque, sans jamais tomber dans l'excès.

En revanche, après plusieurs lectures, je suis resté sur ma faim. Trois semaines peuvent raconter bien des histoires, mais ici le texte ne m'a offert aucun indice supplémentaire. J’apprécie qu’une nouvelle laisse une place à l’interprétation, mais je trouve que celle-ci semble surtout dépendre de mon interprétation. Un récit ouvert suggère une ou plusieurs réponses, mais ne demande pas nécessairement au lecteur de combler un vide essentiel.

La dame l’a-t-elle quitté, est-elle morte, n’y a-t-il dans ces visites à « l’Auvent Bleu » que le déni d’un homme qui ne sait plus ou ne veut pas savoir ? La dernière phrase, « Une ombre passe... Stricte intimité. », peut présenter un certain intérêt, mais, pour ma part, j’y vois l'image d'une douleur que le narrateur garde désormais pour lui seul, mais, comme le reprend si bien l’exergue, lequel des deux est alors absent ?


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