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Fantastique/Merveilleux
Sami : L'échelle de Glasgow
 Publié le 03/07/17  -  4 commentaires  -  36909 caractères  -  140 lectures    Autres textes du même auteur

Les récits croisés d'un homme et d'une femme. Son histoire à lui commence dans son établi de bricoleur, et la sienne dans l'hôpital où elle travaille...


L'échelle de Glasgow


Hugues sortit un tiroir de son petit casier et plongea l’index dans le fourmillement des minuscules composants. Il dragua le fond pour tenter de faire remonter à la surface celui qu’il cherchait.

Leurs couleurs variées donnaient aux pièces électroniques un aspect ludique. De son étagère Lorenz sauta d’ailleurs sur l’établi pour les tapoter du bout de ses coussinets. Hugues l’éloigna d’un léger revers de main, et l’animal ronronna de mécontentement. Il eut tout de même droit à quelques caresses de compensation, de la tête à la base de la queue.

Le condensateur ne pesait pas lourd entre ses doigts. Il s’empara d’une pince, au milieu des outils de précision dispersés sur son plan de travail, puis se rapprocha de la fenêtre pour bénéficier de toute la lumière du soleil. Il pinça puis plia les fines pattes métalliques à chaque extrémité du composant.

Une ombre masqua le soleil pour traverser l’atelier. La petite pièce s’obscurcit quelques fractions de secondes. Le temps pour Hugues de lever les yeux et l’ombre avait déjà disparu. À travers la saleté des carreaux, le ciel bleu n’était moucheté que de quelques rares nuages.

Une volute légère s’échappait de l’extrémité du fer à souder. Il enfila les pattes du condensateur dans les trous de la carte imprimée placée sur son support, avant de se saisir de la bobine d’étain à côté de laquelle s’était couché Lorenz. Le chat émit un ronronnement las, suppliant d’autres caresses auxquelles il n’eut pas droit.

Il souffla sur les petits amas de métal fondu déposés aux points de contact entre les pattes et la plaque, pour accélérer leur solidification. Au moment de couper les tiges au ras de cette soudure, un coassement rocailleux l’interrompit. Tout l’atelier vibra sous l’effet de ces basses gutturales, à tel point que les outils éparpillés sur l’établi se déplacèrent tous de quelques millimètres, comme par magie. Lorenz, toutefois, ne bougea pas.

Hugues desserra le circuit imprimé de son support. Il l’approcha de ses yeux, puis le remua pour faire étinceler le réseau de cuivre et examiner la multitude d’éléments qu’il y avait implantés. Satisfait, il pivota vers son second établi où l’attendait un boîtier octogonal en plastique noir, de la taille d’une boîte à chaussures. Il en retira le couvercle. Dans son ventre, des enchevêtrements de fils multicolores reliaient entre eux des mécanismes complexes, sur lesquels avaient été greffés des circuits comme celui qu’il venait de finaliser. Il s’en empara, d’ailleurs, puis d’une main calme mais assurée le plongea dans les entrailles électroniques pour le clipser sur un support dédié.

Le couvercle revint couvrir cet apparent fouillis électro-mécanique, où engrenages et tiges de métal côtoyaient composants et autres microprocesseurs. Hugues le fixa à l’aide de huit petites vis, une par face, puis masqua leur tête argentée derrière autant de capuchons noirs venant s’emboîter sur leurs dessins.

Il prit délicatement l’objet à deux mains et le porta face à son visage, comme un sandwich, puis le fit tourner devant lui. Satisfait, il le posa à ses pieds puis recula de quelques pas.

Rien ne se produisit.

Après quelques secondes il poussa un long soupir de déception. Intrigué, Lorenz descendit de son perchoir jusqu’à cette chose mystérieuse gisant sur le sol. Il en renifla prudemment les arêtes pour en percer les secrets. Alors qu’il s’apprêtait à lui faire passer l’examen des coussinets, l’objet émit un bruit de moteur électrique. Le chat sursauta et courut se réfugier derrière des bidons alignés sous l’établi. L’un d’eux, vide, tomba sur le sol et lui provoqua une deuxième frayeur. Il fila comme une flèche par la porte entrouverte.

Hugues sourit en voyant apparaître des petites ouvertures rondes sur chaque face de sa création. De grandes tiges noires jaillirent de chacune d’elles puis se cassèrent en leur milieu pour s’articuler. Le boîtier disposait maintenant de trois paires de pattes, le faisant ressembler à une nouvelle espèce d’insecte de plastique.

L’automate arachnéen s’anima, mu par le miracle de la vie artificielle. Il fit claquer ses pattes sur les lattes de bois puis s’en aida pour décoller son ventre du sol. Son ombre était sans conteste celle d’un homologue biologique. Après quelques tours sur lui-même il s’immobilisa, comme s’il ne savait pas où aller.

Hugues l’enjamba prudemment et lui ouvrit la porte. La lumière inonda l’atelier, mettant en évidence un brouillard de poussière en suspension. L’insecte reprit sa marche. Il fila tout droit vers l’extérieur puis traversa l’allée de graviers, sans jamais hésiter, pour disparaître dans la végétation d’un parterre de fleurs.

Hugues l’avait suivi, amusé par sa démarche mais fier de sa création, et de nouveau un coassement grave attira son attention. Un peu plus loin, sur sa gauche, un crapaud énorme, presque aussi grand que lui, attendait sous le grand chêne au milieu du gazon. Sa peau sombre et luisante s’étirait au rythme de ses lentes inspirations. Il semblait vouloir aspirer ses yeux à l’intérieur de sa tête à chaque fois qu’il les fermait.

Repéré, le batracien coassa nonchalamment et se retourna pour s’éloigner en se dandinant. Alors qu’il avait presque disparu derrière les roseaux de la petite mare, une ombre gigantesque le survola. Elle se rapprochait, mais Hugues ne pouvait pas encore voir ce que dissimulaient les branches du grand chêne.

L’ombre envahit l’arbre et l’extraordinaire structure apparut. Grande peut-être comme un avion, elle flottait à quelques dizaines de mètres au-dessus du sol. D’en dessous, ce losange ressemblait à une raie, mais sa surface était faite d’une multitude de composants électroniques, reliés par un réseau anarchique de fils électriques colorés. Il s’agissait bien d’une machine. Ses ailerons immenses battaient l’air en silence pour la maintenir en altitude.

Hugues mit sa main en visière pour mieux détailler l’aéronef.


***


Catherine entra dans la chambre. La fille de madame Nemberg, sur le départ, enfilait son lourd manteau en fourrure.


– Je reviendrai demain, brailla-t-elle à l’oreille de sa mère après une bise sur le front.


La vieille femme alitée ne répondit que par une moue agacée. Elle se contrefichait de ce que pouvait lui dire sa progéniture et, si son avis avait compté, nul doute qu’elle aurait demandé à revenir chez elle et qu’on lui foute la paix. De par son expérience, Catherine savait que l’hôpital était moins pénible quand la raison s’envolait avec les forces physiques. Cette vieille femme mutique n’avait pas cette chance, condamnée à voir le temps passer au rythme des rares visites ponctuant ses longues journées.

Quand elle sortit, sa fille invita Catherine à la suivre d’un geste discret. Elle ne souhaitait pas discuter devant la vieille femme, même si celle-ci était maintenant concentrée sur la télévision. Parler à voix basse dans un coin de la chambre aurait suffi, mais la quinquagénaire était sans doute incapable d’une telle retenue. Catherine ne pensait pas se tromper en imaginant que la discrétion ne devait pas être son fort. Ses manières étaient toujours appuyées, théâtrales, et ses arrivées faisaient toujours sensation dans les couloirs de l’hôpital. Elle se maquillait comme un enfant n’arrivant pas à colorier dans les traits, et portait un imposant manteau dont Catherine espérait qu’il fût en fausse fourrure tant il aurait fallu de petites créatures pour le garnir.

Après avoir vérifié que personne ne les écoutait, la femme approcha son visage du sien.


– C’est bien vous, la chef de service ?


Une odeur de tabac froid imprégnait son haleine.


– On peut dire ça, répondit Catherine en réprimant son dégoût autant qu’elle le put.

– Il faut que je vous parle.

– Je vous écoute.

– Je voulais vous faire part de quelque chose, à propos d’une des petites aides-soignantes qui s’occupe parfois de ma mère.

– Oui ? Mais de laquelle parlez-vous ? Nous avons du monde ici vous savez.

– Celle qui est un peu… (elle chercha ses mots) Vous savez bien.


Elle réfléchit quelques secondes avant de reprendre.


– Celle qui est noire.


Elle avait passé la main devant son visage pour illustrer son propos. Catherine ne fut pas étonnée de constater qu’elle n’était pas à l’aise avec ça, bien au contraire. Les traits du personnage devenaient plus nets, malgré le maquillage.


– Vous voulez dire Aminata ?

– Voilà, Aminata. Vous n’avez jamais eu de problème avec elle ?


Celle-ci était arrivée depuis quelques mois. Catherine appréhendait la suite de la discussion.


– De quel type de problème parlez-vous ?


De nouveau la femme s’assura que personne ne l’écoutait.


– Je ne vais pas tourner autour du pot : en réalité je me demande si Maman n’a pas été victime d’un vol.

– Un vol ? C’est une accusation très grave, vous en est consciente ?

– Oui, je le sais très bien. C’est pour ça que je préfère vous en parler d’abord.

– J’imagine, oui. Mais qu’est-ce qui vous permet de penser ça ?

– Figurez-vous que ma mère a toujours eu une petite somme d’argent à disposition dans son sac. Quand elle avait une meilleure santé, elle pouvait s’acheter des petites choses à grignoter ou des magazines à la cafétéria. J’ai vérifié aujourd’hui et il manque vingt euros sur ce qu’elle avait.

– Vingt euros ? Vous êtes sûre qu’elle ne les a pas perdus ou faits tomber quelque part ?

– Perdus où ? Elle n’est même plus capable d’appuyer elle-même sur les boutons de sa télécommande.


Son ton était devenu presque agressif. Elle ne supportait pas qu’on mette sa parole en doute, n’en ayant certainement pas l’habitude.


– Et donc vous suspectez une aide-soignante ? Aminata ? Vous pouvez me dire pourquoi ?


La réponse était évidente, tout comme sa fourrure devait être vraie.


– Oh, je ne dis pas que c’est forcément elle mais bon, vous comprenez, avec tout ce qu’on voit aujourd’hui.

– C’est ça. Avec tout ce qu’on voit, oui.

– En tout cas j’ai mieux caché l’argent dans les affaires de Maman. Si vous pouviez surveiller un peu plus ce qui se passe dans votre service, je vous en serais très reconnaissante. J’aimerais ne pas avoir à contacter la direction de l’hôpital.


Une grimace menaçante déforma son visage peinturluré puis elle partit la tête haute, ne donnant plus à voir que son très cher tas de cadavres ondulant à chaque pas. Elle disparut dans un ascenseur, un écœurant parfum dans son sillage.

Après cette charmante discussion – une de plus – Catherine hésita un instant devant la porte close. Un interne passa à côté d’elle.


– Tout va bien Catherine ?


Elle fit mine de chercher dans ses poches.


– Oui, je me demandais juste où j’avais laissé mon stylo.


L’interne passa son chemin, sceptique, et elle se décida à aller vers une autre chambre.

Dans le silence de celle-ci son cœur se serra. Après vingt ans en milieu hospitalier certaines situations devenaient banales. D’autres pas. Un adolescent alité, par exemple. Pourtant celui-ci n’avait rien de très grave, juste une plaie ouverte après le mauvais geste d’un adversaire lors d’un match de football. Il dormait mais aurait pu passer pour mort, assommé par les calmants et les antidouleurs.

Elle referma la porte derrière elle, puis consulta la feuille de soins quelques instants, en gardant un œil sur l’adolescent pour s’assurer que son sommeil n’était pas feint. Aucun mouvement sous ses paupières, et d’après ce qu’elle lisait c’était bien peu probable. Depuis son arrivée, la veille, on avait administré au garçon de quoi endormir un adulte deux fois plus lourd.

Elle avait déjà repéré le sac à dos que la mère avait déposé avant de partir, sur la chaise à côté du lit. La pauvre ne tarderait d’ailleurs pas à revenir. La veille au soir Catherine avait dû parlementer une bonne demi-heure pour la calmer et lui expliquer que la blessure de son unique fils était spectaculaire mais sans conséquence grave. Elle avait quitté la chambre à contrecœur. Sa nuit avait dû être courte et elle débarquerait bientôt.

Sans jamais quitter le patient des yeux, Catherine ouvrit sans bruit la fermeture éclair du sac. Comme à chaque fois elle retint sa respiration en espérant que personne ne frappe inopinément et que le malade ne se réveille pas.

Au fil de ses tâtonnements elle sentit quelques magazines, ce qui devait être un iPod, des écouteurs et, tout au fond, un portefeuille dont elle se saisit. Elle ne le sortit pas entièrement du sac pour être capable de le remettre rapidement en cas de problème. À l’intérieur, la photo d’une jeune fille qui devait être sa petite amie, une carte bancaire et quelques billets de dix et vingt euros.

Elle essaya de relativiser quand elle délesta le portefeuille d’environ la moitié de ce pactole, en se disant par exemple que la famille du garçon n’avait pas l’air dans le besoin ou qu’aujourd’hui cette somme n’était pas grand-chose pour un adolescent issu de la classe moyenne. Peut-être même oublierait-il combien il avait exactement à son arrivée, et s’il avait des doutes il les expliquerait sans doute par les perturbations occasionnées par son hospitalisation.

Elle redéposa le portefeuille au fond du sac, mit les billets dans la poche de son jean, sous sa blouse, et très délicatement referma la fermeture éclair.

Son apnée cessa, et sa respiration redevint à peu près normale une fois dans le couloir.

Elle croisa Aminata et lui rendit son sourire.


***


Le jardin semblait démesuré. Le tapis d’herbe s’étendait jusqu’à l’horizon, parsemé de quelques grands arbres et de petits massifs de roses rouges de formes inégales. Hugues déambulait entre eux, accompagné par d’étranges insectes papillonnant de fleur en fleur. Pas vraiment des abeilles, plutôt des libellules, mais bien plus grosses que celles visibles au bord des rivières. Elles virevoltaient en silence, s’approchant parfois de son visage comme pour lui faire contempler leur long corps cerclé de couleurs variées.

Le monde était ainsi, différent, depuis l’événement dont il aurait été incapable de dire s’il avait été récent ou pas. Le sablier du temps semblait s’être brisé ce jour-là. Quelques souvenirs perduraient toutefois, images lointaines aux contours flous et à la réalité incertaine.


Cet après-midi nuageux avait séparé l’avant de l’après. Hugues travaillait dans l’atelier. Dehors tout était calme. Seul le vent faisait bruisser les arbres pour démontrer que le temps s’écoulait encore, à l’époque. Un orage n’allait plus tarder à exploser, annoncé par un ciel cotonneux et une poisseuse humidité.

La maison était vide. Hugues était seul. Il avait mis Lorenz à la porte, comme toujours lorsqu’il manipulait des produits dangereux. Le circuit sur lequel il travaillait devait améliorer la télécommande qu’il avait bricolée pour la porte du garage. La révélation de la plaque de cuivre s’était bien passée, il pouvait procéder à sa gravure dans un bac d’acide chlorhydrique.


À mesure qu’il avançait dans le jardin, les massifs de roses se déployaient. En observant les plus proches il remarqua que les fleurs y poussaient à vue d’œil. En quelques secondes la tige épineuse sortait de terre, quelques feuilles en surgissaient et un bouton vert gonflait à sa tête pour exploser en une gerbe de soie rouge. Les massifs s’étendaient ainsi. Les taches les plus lointaines se propageaient comme des flaques de sang et l’espace entre elles se réduisait.


Il avait rempli le bac avec le bidon d’acide. Cette méthode de gravure n’était évidemment pas la plus subtile, mais elle avait le mérite d’être très efficace et rapide. Quand il immergea la plaque de ses mains affublées de gants de protection, la réaction effervescente démarra aussitôt. L’acide pétillait en se teintant de bleu.

En gardant un œil sur ce spectacle presque magique, il enleva ses gants pour ouvrir la canette qu’il avait ramenée du frigo.


Les roses l’avaient littéralement piégé. Ses pieds n’avaient comme marge de manœuvre qu’un cercle d’herbe d’une cinquantaine de centimètres de diamètre.

À perte de vue elles s’étaient multipliées, rongeant le monde de leur tapis rouge.


Il avait bu sa canette quasiment d’une traite, puis s’était posté au-dessus du bain d’acide devenu bleu. Sous les bulles qui continuaient à brouiller le liquide, il apercevait la plaque et son réseau de cuivre parfaitement dessiné. Il aurait pu bientôt la retirer pour terminer son nettoyage à l’acétone.


***


Catherine n’avait pas vraiment d’effort à faire pour ne pas sourire. Le docteur Boudot la fixait d’un regard perplexe, par-dessus les lunettes posées sur le bout de son nez. Engoncé dans un fauteuil en cuir digne d’un ministre, il caressait d’une main sa barbe blanche.


– Alors ? Où en est-on aujourd’hui ?


Elle attendit quelques secondes, prit une grande inspiration.

Il y a du progrès, mais ce n’est pas encore ça.

Le barbu ne bougeait pas, comme statufié. Un jour Catherine était tombée sur une photo de Victor Hugo dans un magazine et avait cru reconnaître son vieux psychiatre. Un Père Noël pâlot que tout laissait indifférent. En apparence seulement.


– Je vous écoute, dit-il. Ça fait presque un an que c’est arrivé, si je ne m’abuse ?

– Un an dans deux semaines, oui.


Elle attendit une relance, mais après quelques secondes elle enchaîna.


– J’ai changé d’horaires à mon travail comme nous en avions discuté.


Elle s’était habituée au mutisme du thérapeute. Au début ces longs silences l’avaient mise mal à l’aise, mais après tout ce temps elle avait compris ce qu’ils renfermaient. Il aurait sans doute eu la même absence d’expression en pensant à sa liste de courses ou au film qu’il avait vu la veille, pourtant dans son esprit il n’en était rien. Une machine intellectuelle ancienne mais parfaitement huilée fonctionnait à plein régime pour choisir avec soin les quelques mots prononcés.


– Et vos nuits ? soupira-t-il.


Elle fit mine de chercher ses mots.


– Il y a du mieux, on va dire. Semaine après semaine, je dors peut-être un peu mieux, mais il m’arrive toujours de me réveiller en sursaut.

– Vous prenez toujours des somnifères ?

– J’ai essayé de diminuer, mais j’en ai toujours besoin. J’ai même tenté de ne pas en prendre, certains soirs où je me sentais vraiment fatiguée, mais une fois dans le lit mon cerveau commence à cavaler.


Le thérapeute prenait maintenant des notes, ponctuant le monologue de Catherine par des geignements graves d’approbation.


– Et il vous en reste ?

– Oui, mais sûrement pas assez pour tenir jusqu’à notre prochain rendez-vous.


Jusqu’à sa sortie du bureau, elle contint en elle la fierté d’avoir réussi à berner, une fois de plus, le thérapeute qui avait pourtant dû en voir beaucoup d’autres.


***


Penché au-dessus du bac, contemplant le miracle naturel de la chimie donnant naissance à celui, artificiel, de l’électronique, Hugues ressentit une violente douleur dans son bras gauche. Il le massa pour faire passer ce qui semblait être une crampe, mais comprit trop tard de quoi il était question. Une main invisible se referma sur son cœur, l’agitant d’une violente secousse. Pour ne pas s’écrouler il tenta de prendre appui sur son établi mais, les yeux fermés et tout son corps contracté par douleur, sa main plongea dans le bac. L’acide entama son œuvre corrosive. Le temps que cette brûlure prenne le pas sur la douleur cardiaque, il était déjà trop tard. D’un œil il vit de nouveau l’acide pétiller et le bleu s’assombrir de nuages violets, avant qu’une deuxième décharge thoracique ne le crispât une nouvelle fois. La pression de la mort sur ses épaules le mit à genou. Sa deuxième main tenta de s’accrocher à quelque chose sur le plan de travail, mais elle s’agitait sans vraiment suivre les ordres de son cerveau privé d’oxygène. Elle ne trouva à emporter que le bac et durant une fraction de seconde il le vit tomber sur lui, lorsque sa tête toucha le sol. Après une pluie d’éclaboussures violettes, tout devint noir.


Entre cet instant et le réveil, juste une image floue, comme dans un rêve. Un cauchemar plutôt : sa femme hurlant dans l’encadrure de la porte, l’orage explosant derrière elle.

Du fond des ténèbres qui l’avaient englouti, il avait senti la terre trembler. Très fort, comme si elle s’écroulait sur elle-même.

Et il s’était retrouvé dans son atelier.

Depuis, donc, tout était différent. Le même monde, mais des paramètres avaient changé. Un peu comme quand il modifiait les réglages de ses machines. Il ajoutait des composants ou modulait certains circuits et leur comportement en devenait modifié, plus ou moins grossièrement. Les altérations du monde, c’était comme si quelqu’un avait fait la même chose sur la réalité.

Le plus impressionnant, pour lui, restait sans doute les variations de couleurs du ciel. Ce spectacle magnifique se manifestait toujours quand son moral était en baisse, pour à chaque fois lui insuffler une plénitude et un bonheur absolus.


***


Après un arrêt à la pharmacie pour acheter les anxiolytiques et somnifères prescrits par son psychiatre, Catherine prit la route des quartiers nord.

Les premières fois elle avait eu peur. Un peu comme la première fois où elle avait pioché dans le portefeuille d’un malade. Cette sensation d’angoisse mêlée d’excitation de poser un pied derrière la ligne jaune sans vraiment savoir ce qui nous y attend. Et de la même façon qu’elle se souvenait parfaitement de ce malade – un octogénaire opéré du foie après les excès d’une vie de privilégié – elle ne pouvait que se souvenir du déroulement de sa première transaction. En apercevant ce gosse s’approcher elle avait failli faire demi-tour, mais la situation de son foyer s’était rappelé à son souvenir. Son cœur avait battu fort. Très fort. Pourtant elle avait fini par baisser sa vitre pour parlementer. Le reste s’était fait naturellement. Aussi naturellement, du moins, que les circonstances l’avaient permis.

Ce jour, tout se déroulait à peu près comme lors de cette première fois, la peur en moins.

Elle n’attendait plus que l’enfant soit à son niveau pour baisser la vitre. Une sorte de complicité tacite s’était instaurée. Ni amicale, ni affective, plutôt un respect mutuel, de ceux qui peuvent naître entre deux personnes en affaire.

Elle fouilla dans son sac à main posé sur le siège passager pour en sortir deux liasses parfaitement ordonnées. Une de billets de dix, l’autre de billets de vingt.

En professionnel expérimenté, l’enfant jeta un œil aux barres de part et d’autre pour s’assurer de leur tranquillité. Il ne devait pas avoir plus de quatorze ans, et après tous ces mois Catherine ne connaissait même pas son prénom. Il aurait peut-être répondu si elle avait demandé mais, même si cette idée lui paraissait horrible, elle ne voulait pas le considérer comme un être humain. Il ne devait rester qu’une interface, comme un distributeur automatique procurant quelque chose contre de la monnaie. À chaque fois que des questions sur ce gamin poignaient dans son esprit fatigué elle les repoussait. Si elle devait s’éparpiller dans des considérations morales, nul doute qu’elle perdrait la force de continuer. De son côté il l’aidait sans le savoir, faisant son possible pour masquer la faible part d’innocence qui l’habitait encore. Une question de survie, dans un sens, tout comme elle.

Elle tendit les liasses.


– LSD et meth', lâcha-t-elle froidement. Comme d’habitude.


Ça n’avait pas toujours été si simple. Les premières ventes s’étaient conclues au terme de quelques allers et retours du gamin dans l’immeuble, au gré des hésitations et des négociations hasardeuses, mais ce jour-là il acquiesça, simplement, d’un signe de tête.

Il fit demi-tour, pour disparaître dans l’une des grandes tours grises, au pied de laquelle fumaient quelques jeunes. Eux non plus ne faisaient plus peur à Catherine. Ils n’essayaient plus de l’intimider par de sombres regards. Elle était devenue une bonne cliente dont on ne se méfiait plus.

Elle commença à détailler les façades encrassées de misère, mais elles lui brisèrent le moral et elle leur préféra l’autoradio.

Après quelques courtes minutes de variété insipide, l’enfant revint. Elle baissa de nouveau sa vitre. Il sortit de son anorak un flacon de liquide – le LSD – et un petit sachet contenant les cristaux de méthamphétamine. Comme toujours le geste fut précis, sans hésitation. Elle s’empara de son acquisition sans qu’aucun mot ne fût prononcé. Le gamin disparut et elle reprit la route.


***


L’épais tapis de roses s’était arrêté à quelques centimètres autour de ses pieds, comme si une aura invisible les empêchait d’y pousser. Autour de lui, un océan de pétales rouges se déployait jusqu’à l’horizon.

Nulle part où aller, pourtant pas d’angoisse jusqu’ici. Quelque chose changeait. Imperceptiblement dans un premier temps, la couleur du ciel perdait de son intensité. Au loin, un voile d’épais nuages se répandait pour contaminer l’atmosphère de sa mélancolie. Sous son ombre rampante les fleurs se recroquevillaient puis se flétrissaient, la grisaille conquérant lentement le rouge flamboyant. Quand la surface mourante fut suffisamment proche, Hugues vit que les roses, calcinées par ce voile terne, se réduisaient en cendres.

Les nuages se refermèrent au-dessus de lui, engloutissant les dernières traces d’azur. L’horizon se diluait dans ces cieux délavés. Plus aucune trace de rouge, ni même d’aucune couleur. La poussière grise recouvrait tout.

Il s’agenouilla pour en faire couler une poignée entre ses doigts.

Une angoisse monta de son abdomen jusque dans sa poitrine, comme il n’en avait pas connu depuis longtemps. Il eut à peine le temps de goûter à cette sensation retrouvée : une violente secousse le déséquilibra. Très vite le sol n’arrêta plus de se mouvoir. Les reliefs de cendres se nivelèrent. Il résista à la chute.

Au loin quelque chose décolla, en diagonale. Cet objet non identifié semblait gigantesque et long, ondulant comme un serpent dans l’eau pour disparaître dans les nuages.

L’équilibre de Hugues s’était accommodé des tremblements du sol. Un peu sur sa gauche, plus près que la fois précédente, un autre de ces étranges vers émergea pour ondoyer vers les cieux. À cette distance il semblait encore plus large et long peut-être de plusieurs centaines de mètres. À peine s’était-il entièrement engouffré dans le coton des nuages qu’un autre surgit un peu plus loin, puis un autre, et encore un autre. Ce fut bientôt une pluie renversée de ces étranges chenilles, cernant Hugues et se rapprochant de lui. Des monticules de cendres naissaient un peu partout pour cracher dans les airs d’interminables et sombres lombrics. Sous leur peau translucide, les anneaux s’éloignaient et se rapprochaient pour leur insuffler ce fluide mouvement.

L’angoisse s’intensifiait. Des questions émergeaient de son esprit comme ces monstres autour de lui. Où était-il ? Que se passait-il ?

Il perçut de la musique, au loin. Pas distinctement. Le son était étouffé, semblant provenir de derrière un mur, depuis un appartement voisin. Pourtant rien d’autre autour de lui que la désolation traversée par ces fantastiques invertébrés. Impossible d’identifier la source de cet air mystérieux, mais le désarroi s’amplifia quand une voix se mêla à ces notes improbables. La faible clarté ne permettait pas de comprendre ce qu’elle disait, ou peut-être était-ce la confusion dont il subissait l’emprise. Il se sentait comme dans un rêve. Pourtant il identifiait ces intonations, incontestablement. Cette voix si douce qu’il n’avait pas entendue depuis longtemps mais qu’il reconnaîtrait toujours.


***


– Lorenz ! Viens, mon chat !


Catherine venait de remplir sa gamelle de pâtée mais il n’apparut pas. Depuis qu’elle était rentrée il n’avait pas montré le bout de ses moustaches malgré ses appels.

Elle s’empara de son sac à main et en sortit les médicaments, le flacon et le petit sachet qu’elle installa sur le plan de travail de la cuisine. Depuis le couloir menant à la salle de bain, elle jeta un œil dans la chambre et y aperçut Lorenz, en boule sur le lit.


– Alors, le chat, tu n’as pas faim ? lui glissa-t-elle à travers la porte.


L’animal leva la tête quelques secondes, mais ne répondit que par un regard à moitié éteint. La musique baignant la chambre ne semblait pas le déranger plus que ça.

Elle continua jusqu’à la salle de bain, où elle récupéra une poche de sérum physiologique. Qu’il lui en restât encore quelques-unes la rassura. Les sortir de l’hôpital demeurait plus complexe que de voler un ou deux billets à des malades endormis.

De retour dans la cuisine elle commença la préparation. Après s’être lavé et désinfecté les mains, elle versa du sérum dans un grand bol, puis quelques centilitres du flacon de LSD. Elle dosait chaque élément avec la balance de cuisine qu’elle utilisait pour ses pâtisseries, et comme souvent elle ne put s’empêcher de penser qu’elle ne cuisinerait jamais plus pour des enfants ou pour son mari. La préparation de ce cocktail faisait office de substitut et elle s’appliquait à l’exécuter du mieux qu’elle le pouvait.

À l’aide d’un mortier elle réduisit les cristaux de méthamphétamine en fine poudre. La petite balance permit d’en extraire quelques milligrammes qu’elle mélangea au reste.

Les reliquats serviraient ultérieurement, et c’était tant mieux : elle n’aurait pas à se réapprovisionner pendant plusieurs mois et sa seule mission serait la constitution discrète d’un nouveau pécule pour les prochains achats, quand ils seraient nécessaires.

Après avoir récupéré la poudre non utilisée dans une boîte à thé et en avoir bien nettoyé le mortier, elle réutilisa ce dernier pour broyer trois comprimés de somnifères. Elle y vida le contenu de deux capsules d’anxiolytiques différents, puis ajouta quelques milligrammes de la poudre rose ainsi obtenue à la préparation.

Elle fouetta la solution avec une fourchette pendant quelques minutes.

Malgré l’habitude elle avait oublié de prendre une seringue dans la salle de bains. La fatigue et le poids toujours plus lourd de sa promesse étaient sans doute en cause, mais en passant devant la chambre ils s’envolèrent.


***


Le séisme était devenu cataclysme. À perte de vue, des lombrics continuaient à s’extraire des entrailles de ce monde mort pour se réfugier dans les nuages. Certains sortaient à quelques mètres seulement et Hugues s’était accroupi, prostré de terreur. Des monticules de cendres deux fois plus grands que lui se formaient avec peine, puis la tête lisse et ronde de ces animaux les faisait exploser en jaillissant, projetant des poussières comme un volcan cracherait sa lave. Pendant de longues secondes leur corps immense s’arrachait du sol en se tortillant, puis ils montaient et s’éloignaient jusqu’à disparaître.

Les questions affluaient. Hugues ne savait pas ce qu’il faisait là.

Un ver surgit non loin de lui et projeta des gerbes de cendres au-dessus de sa tête. En retombant elles se liquéfièrent en un fluide violet dont il tenta de se protéger de ses bras. Le liquide brûla sa peau, traversa ses vêtements. Il reconnut ces douleurs. Celles, bouillantes, d’un acide rongeant son épiderme et bien au-delà. Mais tout cela était-il arrivé ? Ses souvenirs étaient flous. Que s’était-il passé entre ces anciennes douleurs et le moment présent ? Malgré toutes ces choses étranges qu’il voyait, pourquoi ne s’était-il jamais posé de questions ?

Rien dans cette réalité n’était normal ou cohérent. Et maintenant elle devenait un rêve se dissipant pour migrer vers un autre état. La musique s’éclaircissait. Ses notes se détachaient de mieux en mieux, à tel point qu’il put reconnaître le deuxième mouvement de la septième de Beethoven. Le morceau qu’il chérissait tant et qui le transportait autrefois. Mais quel était cet autrefois ?

Il essaya de crier pour appeler à l’aide mais ne parvint à émettre aucun son. Il voulait s’adresser à cette voix lointaine qu’il aimait tant. Lui demander qu’elle vienne le chercher ou l’aide, d’une façon ou d’une autre.


***


Elle s’assit sur le rebord du lit puis donna une caresse à Lorenz, pelotonné contre son maître. Il était devenu son unique complice et parfois elle aimait à croire qu’il comprenait ce qu’elle faisait. Étrangement le poids de ses actes en devenait moins insupportable. Les béquilles étaient rares. La compagnie de ce chat en était une.

Les cordes de Beethoven faisaient vibrer l’atmosphère.

Catherine n’eut pas à soulever la paupière de son mari pour comprendre qu’il était sur le chemin du retour. Son œil encore valide n’était pas totalement clos et sa pupille s’agitait. Il était temps qu’elle puisse y remédier. Ce maudit psychiatre avait dû repousser son rendez-vous plusieurs fois, elle n’avait pas pu obtenir tout ce dont elle avait besoin avant aujourd’hui. Elle aurait pu tenter de le dérober à l’hôpital mais cette option serait toujours le dernier recours. Elle prenait déjà beaucoup trop de risques.

Sa tête tournée vers la porte-fenêtre, impossible de dire ce qu’il percevait réellement. Voyait-il les cerfs-volants flottant au-dessus de la palissade du jardin, à la verticale de la petite mare ? Catherine reconnut parmi eux celui du petit voisin, en forme de losange gris. Une espèce de chaussette volante, longue peut-être de plusieurs mètres, ondulait également, très haut, traversée par le vent. Ce dragon sans tête stagnait dans les airs, hésitant entre le ciel et la terre, entre deux mondes, comme Hugues en ce même instant. Elle le tenait au bout d’un fil, entre deux strates de conscience. En injectant sa préparation dans la poche suspendue à sa tige de métal elle relâchait la tension de ce lien fragile. L’esprit de Hugues pouvait s’éloigner de la réalité matérielle.

Un orage allait éclater et les enfants devraient bientôt rentrer chez eux. Peut-être y mangeraient-ils des pâtisseries préparées par leurs mères.

Elle retira de son vase la rose dénudée par le temps pour la jeter dans la corbeille au pied du lit. L’accompagnèrent les morceaux de soie rouge flétris dont elle s’était déparée et qui recouvraient la table de nuit, puis les cendres contenues dans la gueule béante du crapaud en terre cuite. Elle reposa l’animal à côté du vase, puis alluma un cône d’encens qu’elle lui fit avaler. Une fumée légère s’échappa des narines et de la gueule du batracien d’argile, pour se disperser en volutes odorantes.

Elle souleva la tête de son mari pour réajuster son oreiller avant de se rasseoir sur le lit. Le mélange qui s’écoulait au goutte à goutte dans son système sanguin n’agissait pas encore. L’œil à moitié ouvert remuait toujours, cherchant la faille par laquelle Hugues pourrait s’échapper de son univers sans souffrance. Jamais il n’en fut si proche, mais ce n’était plus maintenant l’affaire que de quelques minutes avant qu’il ne replonge dans une réelle quiétude, pour de longues semaines, jusqu’à la prochaine préparation.

Elle passa la main sur son visage. Ses doigts caressaient les reliefs d’une peau cicatrisée de ses nombreuses brûlures. De la joue jusqu’au crâne en passant par l’oreille, le côté droit du visage évoquait de la lave solidifiée. L’épiderme avait coagulé comme il avait fondu, en vaguelettes et marbrures anarchiques mais douces au toucher. Son œil n’était qu’une fente vide dans ce paysage dévasté. La peau de son cou présentait les mêmes stigmates, et le pyjama masquait une hécatombe semblable sur tout le haut de son torse.

Les mouvements de son œil se faisaient moins rapides. Elle lui prit la main tandis qu’il s’éloignait.


***


Hugues était sur un banc, dans le jardin. Tout était calme. À peine une faible brise pour faire bruisser le grand chêne.

La tête de Lorenz émergea des rosiers, et il l’appela d’un claquement de langue. L’animal fit quelques bonds pour venir se blottir sur ses genoux. Sa fourrure était plus douce que jamais, et sa queue se dressa comme un mat quand il lui frictionna le bas du dos.

Le chat se détendit et quelque chose, au-dessus d’eux, attira son regard. Hugues leva la tête. Une forme noire se déplaçait lentement dans le bleu sans nuage. Après un examen plus minutieux, il réalisa que cette tache informe était une nuée de créatures inconnues. Pas des volatiles, étrangement, leur forme évoquant plutôt celle de gigantesques raies. Ces dizaines de losanges effilés nageaient à haute altitude, battant paisiblement des ailes vers une destination inconnue.

La porte de l’atelier était ouverte et il vint à Hugues l’envie d’aller y bricoler. Il éjecta gentiment Lorenz. Pas rancunier, le chat le suivit de près jusqu’à l’appentis.

Avant de passer la porte il jeta un dernier regard vers le ciel. La nuée n’était plus là, mais une onde multicolore traversa le bleu et s’y délaya, comme de l’huile à la surface de l’eau.

Une vague d’euphorie le submergea.

Hugues était heureux.


 
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   plumette   
13/6/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
je viens de passer un très bon moment à la lecture de cette nouvelle.
Et pourtant! Le titre ne m'attirait pas du tout, et la première séquence un peu technique a failli me faire renoncer.
j'ai bien aimé la construction qui en alternance nous fait découvrir Hugues, puis Catherine, chacun dans leur univers.
Du côté de Hugues, on découvre assez vite qu'il y a quelque chose de bizarre avec la construction de son "automate arachnéen", et puis le bizarre prend de plus en plus de place jusqu'à ce qu'une nouvelle séquence dévoile l'accident.
Après, la lectrice perspicace que je suis ! a commencé à pouvoir mettre en place le lien entre les deux personnages.
Je trouve l'écriture impeccable! elle est de celle qui me parle, une écriture soignée, éloquente dans les descriptions.
ce qui est fort dans ce texte, c'est de nous inventer les visions d'Hugues et de les rendre vivantes pour le lecteur. J'ai aimé découvrir par les détails qui nous sont livrés de son environnement qu'il est simplement dans une déformation de la réalité, que son univers mental modifié s'appuie sur du réel !
Pour autant, je ne trouve pas qu'on soit dans la catégorie fantastique / Merveilleux.
Cette histoire est plutôt réaliste.

J'ai eu une petite réserve sur les transactions faites par Catherine avec un enfant? Je ne connais pas cet univers là mais me suit demandé si c'était possible.

il y a de l'humanité dans ce texte.

J'ai bien aimé le chat Lorenz, lien ténu entre les deux personnages.

Une belle intrigue, bien traité, un texte dont je me souviendrai!

Plumette

   vendularge   
17/6/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour,

Il s'agit d'un puzzle à 3 personnages chacun dans un moment de sa vie, les évènement s'intriquent de façon ténue et non immédiatement perceptible le tout aboutit à une situation claire. Je l'ai donc lue 2 fois, j'ai également fait l'expérience, de lire chacun séparément, c'est intéressant comme changer de point de vue. L'auteur n'a pas souhaité nous raconter d'abord le drame initial sans doute pour nous laisser nos promener de façon presque aléatoire.

Bref, du joli travail, une écriture très correcte (la grand précision n'est pas si facile à écrire sans lasser le lecteur)

Merci de ce partage original

   Alex   
4/7/2017
 a aimé ce texte 
Bien
La première réflexion qui me vient au sortir de cette histoire, c’est que rien de fantastique-merveilleux ne m’a été donné à lire. Du réalisme pur jus. Rien d’autre.

L’auteur a-t-il voulu jouer du genre pour créer la surprise, la chute lui doit pas mal de ses effets.

Le début trop long, trop fastidieux avec ses détails techniques me laisse dehors même s’il sert le côté fantastique, sans lui donner cependant tout ce que l’on est en droit d’en attendre.
A ce stade, j’ai failli sortir plus d’une fois de ma lecture.

Puis arrive Catherine. voleuse et joueuse de comédie chez le psy par nécessité.
Tout cela, on le comprend dans le déroulé, la patience un peu émoussée.
Son personnage est le plus intéressant.
Je ne suis pas arrivée à entrer dans l’univers créé pour Hugues. Seulement à la fin, avec les roses, le crapaud, les chenilles, etc…

L’écriture est impeccable, mais à mon sens, elle serait mieux servie par un texte plus concentré.

Bravo pour le scénario très original.

   SQUEEN   
5/7/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J’ai beaucoup aimé, l’écriture surtout, puis l’histoire très bien construite. Une scène plus faible à mon avis est celle de l’accident, l’infarctus: moins limpide que le reste. Et puis, il m’aurait plu de suivre un peu plus sa dernière création fantasmée, l’arachnée automate, qu’elle réapparaisse peut-être… Vraiment très bien écrit, quelques virgules en plus peut-être, mais c’est du détail. « L’épais tapis de roses s’était arrêté à quelques centimètres autour de ses pieds », « autour » me semble, ici, de trop. Merci pour cette lecture.


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