Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Sentimental/Romanesque
solidane : Ça commence, assis là
 Publié le 30/06/10  -  9 commentaires  -  6637 caractères  -  89 lectures    Autres textes du même auteur

J'avais si mal aux épaules et j'ai cru que tu en étais responsable. Tu étais si jolie.


Ça commence, assis là


Ça commence là, assis sur cette pelouse, fraîchement rasée où de nombreuses pâquerettes ont déjà reconquis leur territoire. L’astre ardent et « pas nécessairement de saison » dessine ses ombres mouvantes et tout à son labeur se montre oublieux de l’animal que je suis et que guette le premier coup de soleil de l’année. J’y suis bien, la pente est légère et confortable. Au-dessus de moi se dresse une termitière, haute de quatre étages et étrangement allongée. J’y habite seul… en compagnie de vingt-huit autres ensembles plus ou moins composites. L’activité y est rare, parcellisée et relativement pauvre de mouvement. La « ruche » sommeille et ne se réveillera pas. Qu’est-ce qui m’a pris de m’y installer, il y a bientôt trois longues années ? Dans un premier temps, celle que je ne nommerai pas encore, m’y a rejoint, une étrange coïncidence, c’était en plein hiver, ce fut pourtant un premier rayon de soleil pâle. Nous nous connaissions depuis longtemps et bien peu pourtant. Elle tirait alors une lourde chaîne à laquelle était accrochée une énorme montre qu’elle traînait malaisément au sol. Que n’ai-je alors regardé la montre ?


Le bâtiment a baissé nombre de ses stores, les termites redoutent les durs rayons du flamboyant ; on entend encore quelques bruits d’assiettes empilées, de verres qui renâclent à prendre un nouveau bain au fond de l’évier. Tout cela cessera sous peu, les animaux vont ramper doucement vers les sofas, chaises à bascule, canapés rembourrés. L’ombre d’un grand pin m’expédie quelques pas plus loin, je tarde à regagner ma propre case, y remettrai-je jamais les pieds ? Sido est partie et pourtant elle est toujours là, digne occupante d’un des abris rénovés. Je n’ai plus aucune idée de son intérieur, dans tous les sens du terme d’ailleurs. J’ai pourtant longuement participé aux travaux, tapissant de boue ocre les pans de murs tout autant que les plafonds, posant parquet acajou, ceinturant du même matériau une profonde baignoire où elle aimait à se délasser. Nous lui avons donné la couleur d’un bonheur, pour peu de temps. Si j’avais posé un simple instant un œil sur la montre oubliée dans un recoin d’une pièce, j’aurais su dès le début ce qui adviendrait. Mais je ne l’ai pas fait.


D’autres, humains, s’y seraient cassé les dents, je m’y suis brisé plusieurs pattes et ma progression s’en trouve profondément ralentie. Le plus difficile pourtant aura été la perte de mes yeux. Hier encore j’étais aveugle et parfaitement au fait de ce qui m’entourait, aujourd’hui, je ne vois plus rien : c’est autre chose. Je m’en suis sincèrement voulu de cette stupidité, m’éprendre d’elle pour enfin la sentir me jeter du haut de son balcon. Quel con, ai-je réellement pensé les premiers temps. Depuis j’ai pris conscience du centimètre cube réservé à l’encéphale de l’insecte que je suis, et j’eusse été bien présomptueux d’imaginer pouvoir comprendre mieux et plus rapidement. Oh, je n’ai rien d’une larve fragile encore à transformer, je suis un adulte dans la force de l’âge, et n’étaient ces quelques séquelles de l’accident, je pourrais encore aisément rejoindre mon logis en grimpant à la façade, me souciant peu des escaliers aménagés.


Mes pas me ramènent claudiquant ; les tunnels de liaison, les marches amoncelées, bruissent d’ombre et de silence. Je m’y déplace encore à l’aise, à quoi m’aurait servi mon regard en ces lieux ? J’ai croisé le voisin du dessous aisément reconnaissable à son odeur de poireau. Pas de risque de rencontrer Sido, nous n’habitons pas le même escalier. Et si par malheur ça devait arriver, contrairement à moi elle voit toujours, se collerait à la paroi, cesserait de respirer, attendant que je sois passé et qu’enfin mon pas lourd m’ait emmené au loin. Elle n’est plus embarrassée du tic-tac de sa lourde montre, impossible de la repérer, et d’ailleurs je n’ai jamais essayé. Je sais qu’un peu affolée, elle l’a cru ; alors d’improbables rencontres se terminèrent invariablement par cette prostration quand elle ne faisait pas retentir un sifflement aigu propre à me pétrifier, arme efficace il me faut bien le reconnaître. Ses habitudes prises dans la termitière, elle a rencontré un autre de son espèce. Je la sais heureuse et c’est bien ainsi.


Alors que j’entrouvre la porte qui mène à mon alcôve, je perçois cette fragrance rémanente. Pour y échapper, j’ai fumé intensément dans mon appartement, j’ai colmaté d’argile les derniers interstices ; rien n’y fait. Je ne suis pas chez moi. Je n’aime pas ces ténèbres et ne savais pas pourquoi. Je l’ai pourtant découvert il y a peu. La surprise fut totale, j’ai franchi l’interdit, bravé le tabou. Sido était de loin la plus jolie de cet endroit, sa beauté je l’ai perçue bien au-delà de ce qu’alors je pouvais voir de mes propres yeux. Beauté interdite, ma présomption ne s’embarrasserait pas de ce genre de considérations. Je l’ai aimée fort, et mon dos me fait mal alors que ce sont quelques pattes que j’y ai laissées. Je vaque à des activités inutiles et sommaires. Et pourtant, rien d’inutile, jamais, dans ce que l’on fait ; il n’y a qu’un peu de vie qui supporte mal qu’on contrarie son cours.


J’arpente un maigre couloir, mes épaules frôlent cette paroi lissée patiemment de boues accumulées par centaines de pattes et mandibules efficaces. L’œuvre est particulièrement délicate, élaborée, mais ce n’est pas chez moi.


L’air et la douce chaleur de ce soleil précoce viennent à me manquer, je pousse à nouveau la porte d’entrée, résolu à regagner l’extérieur. Dans ces interminables couloirs assombris, je perçois à nouveau l’odeur du poireau. Que ne dort-il ? Que ne fait-il comme ses congénères ? Et le droit à la différence ! Je pousse la boulette de terre qui obstrue le sas qui mène au monde de ma couleur, l’air brûlant m’aspire, me déforme les épaules. Sur mes faibles pattes, je progresse et je sens cette poussée inattendue dans mon dos. Mes omoplates se déploient, une sourde angoisse me traverse. Est-ce l’effet d’une brûlure soudaine, conséquence d’une trop longue exposition, il y a peu. L’espace et la couleur m’enveloppent ; deux ailes immenses se déploient et s’agitent follement. La terre me quitte, je le sens nettement, et je prends mon envol, surplombe en peu de temps une termitière curieusement allongée. Je suis papillon et ne le savais. Mes ailes n’ont pas les couleurs de l’arc-en-ciel, je suis légèrement estropié, pattes brisées, mes yeux ont rendu leur âme, et pourtant je suis à nouveau.


Ni plus beau, ni plus laid que ces termites que j’ai côtoyés, que celle que j’ai aimée. Je m’étais simplement fourvoyé, j’ai bravé la différence et n’en ai nul regret.


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   florilange   
13/6/2010
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Je suis désolée de n'avoir pas accroché à cette nouvelle.
D'autant plus qu'elle me paraît bien écrite. Avec, par moments, certains passages assez beaux.
Peut-être est-ce seulement le sujet, qui m'a paru trop hermétique.

   Anonyme   
22/6/2010
 a aimé ce texte 
Pas
L'entrée en matière n'est pas très claire. Qui est le personnage principal ? Un termite ? On suppose. Mais cela pourrait être un tout autre insecte, voire un humain, et la termitière une métaphore d'immeuble.
Il y a une intrigue avec la montre ...mais même en relisant plusieurs fois le texte, je ne comprends absolument pas le rôle de cette montre.
Comment devient-il aveugle ?
Des phrases pas très compréhensibles comme : " Je vaque à des activités inutiles et sommaires. Et pourtant, rien d’inutile, jamais, dans ce que l’on fait ; il n’y a qu’un peu de vie qui supporte mal qu’on contrarie son cours."
La chute, il devient papillon ! Mais comme on ne connaissait pas clairement son identité précédente cela n'a pas de réel effet !
Bonne continuation

   marogne   
23/6/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Superbe.

Que dire de plus.

Que j'ai aimé cette balade, le fait que l'on ne sait pas vraiment qui parle tout du long, que l'on est dans un monde que l'on comprends proche, que l'on croit connaitre, mais qui est si nouveau, si surréaliste.

Oui une bien belle chose.

Et puis, une fin ... une fin qui rend sympathique ce petit insecte et tous ses semblables, qui pourrait presque redonner un peu d'espoir!

   Anonyme   
30/6/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Comme souvent avec toi ma Sarbacane (plaisir de te relire d'ailleurs, au passage), je suis entre deux impressions.

Déjà j'aime beaucoup le fond : le vilain petit canard version insecte...
C'est agréable, le style est agréable à lire, toujours un peu entre le réaliste et le surréaliste, l'absurde...

Par contre, c'est toujours trop rapide (oups c'est pas cool de dire ça a un homme, parait-il)... je veux dire par là que j'aurais aimé plus.
Plus de détails, plus de vision de ce monde de termites par les yeux d'un papillon (quel genre de papillon pasque les termites quand même ça se confond pas avec la chenille, si? Aaaah)... etc.

J'ai un sentiment d'inachevé, de pas assez, j'aurais aimé plus,juste pour que la fin ne me semble pas du deus ex machina..
Je sais pas ce qu'il y a de marqué sur la monnnnnnntreuuuuuh bouhouhou (lui non plus comme l'était aveugle, mais quand même)...
=> EDIT : oulà c'est une parabole que je viens de comprendre... la course contre la montre, scuzi...

Ensuite, juste un chipot, l'évocation de la ruche pour parler de la termitière me semble maladroite dans le terme. je comprends ce que tu as voulu dire hein (le bruit, l'activité tout ça) mais je pense que ça renforce le "je sais pas trop ce que je vois" et qu'à cet endroit particulier ce n'est pas nécessaire.

Bref, merci Sanméthane pour cette histoire, qui m'a plu, mais...
Parce que moi et les mais...
On dirait que tu te retiens, que t'oses pas aller au bout du truc absurde à fond...

Contente de t'avoir relu et au plaisir, bientôt de te relire à nouveau!
Bonne continuation.

   Anonyme   
30/6/2010
Une douceur comme un regard par en dessous. Un joli titre et l'incipit ne le dément pas. Un texte empreint de lyrisme (le lyrisme ça fait partir des choses que je chasse, mais c'est personnel, je le chasse comme les lieux communs qui à mes yeux sont pire encore que l'emphase, mais c'est question de goût).

Ensuite des qualités de coeur qui font fléchir en moi la midinette. Et surtout une certaine poésie. Un texte construit comme une poésie en prose.


J'ai lu plusieurs fois, c'est bon signe non ?

Merci solidane, ce fut une lecture plaisante.

   Anonyme   
2/7/2010
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour solidane

J'aime beaucoup le début de la première phrase. Dans la seconde il y a trop de "et". Tout de suite après il y a le "est".
Après je me tais, jusqu'à "mes pas me ramènent claudiquant..."
Tout ce qu'il y a avant est pour moi nébuleux, j'arrive pas à me dégager de la tête que celui qui parle est un vieux monsieur. Triste et mélancolique.
La suite, après claudiquant est poétique, me suis dégagée de l'idée de vouloir à tout prix comprendre, me laisse simplement portée. C'est très très joli. Ca me plait.
J'ai lu les comms qui disent que c'est surréaliste ou autre. Très bien, je vois à peu près où je vais mais même, je reste dehors. C'est joli, je visite, j'aime bien les couleurs, le ton des choses dites mais voilà...
Au plaisir de te lire.

   ANIMAL   
7/7/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
J'éprouve une certaine fascination pour ce texte, même si je ne suis pas certaine d'avoir tout compris.

"Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse", et c'est ce que je ressens avec ce foisonnement d'images servi par un style aussi étrange que poétique.

Sans doute manque-t-il de clarté par endroit quant à l'identité du protagoniste principal et des seconds rôles, mais je crois que plus d'indices dénatureraient le côté magique de cette nouvelle.

Certaines phrases sont superbes, par exemple :

"Nous nous connaissions depuis longtemps et bien peu pourtant."
"Nous lui avons donné la couleur d’un bonheur, pour peu de temps."

Juste un bémol : cette histoire de montre. Une allégorie ? Alors je ne l'ai pas comprise et elle ne parle pas à mon imaginaire comme le reste du texte.

Une lecture intéressante, dans tous les cas.

   costic   
7/7/2010
Bonjour!
Je n'aime pas trop les récits "anthropomorphiques", les animaux qui pensent comme les hommes, ça ne me touche pas. L'écriture est travaillée, le vocabulaire riche, mais le récit manque un peu de clarté au niveau de la narration. J'ai mis trop d'énergie à comprendre qui parle, pour savourer vraiment ... Une question de gôut, simplement.J'adore la première phrase.

   Dunkelheit   
8/7/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Alors j'ai vu un homme, triste, si triste, qui s'est retrouvé là, dans un HLM, sans trop savoir comment ni pourquoi il y est encore, qui s'y voit termite dans une termitière, anonyme parmi la multitude et qui finalement ne se sent pas plus termite qu'abeille. Et je crois que c'est ce décalage qui me met si mal à l'aise, ce sentiment qu'on a tous déjà éprouvé, celui de ne pas être à notre place, et qui transpire tellement dans ce texte si bien écrit.

Et cet homme, si triste puisqu'il s'était attaché à une femme/termite comme une autre, mais plus jolie, mais lui n'étant pas de ce monde, son temps était compté, cela ne pouvait pas durer (c'est ce que j'ai compris de l'allégorie avec la montre qui m'était vraiment imperméable au départ). Alors bien vite c'est un retour à la réalité, elle n'est plus là pour lui et offre du bonheur à un autre en laissant derrière elle quelques morceaux d'elle qui le font souffrir.

Mais finalement, sa douleur ce n'est pas elle, c'est de se savoir pas pareil au milieu de ces tous semblables (mais qui s'autorisent des digressions telles que l'odeur de poireau), et finalement la renaissance, après un amour déçu, mais surtout la réalisation, celle d'être ni mieux ni pire, mais d'être différent.

Voilà mon interprétation.

En somme un beau texte dont l'écriture me ravit, tellement de poésie ! La métaphore filée entre la communauté anonyme des hommes et la termitière est bien trouvée, bien travaillée, seulement le texte me laisse un sentiment d'inachevé : on le suit, on le suit, on reste dans son sillage, son ombre, et puis il s'envole et il s'en va. Plutôt sommaire.

Une belle lecture tout de même, merci pour ce texte.

D.


Oniris Copyright © 2007-2020