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Réalisme/Historique
solidane : Un bâton, pour quoi faire ?
 Publié le 25/04/09  -  14 commentaires  -  3411 caractères  -  66 lectures    Autres textes du même auteur

Rien n'est toujours si simple, le désarroi peut frapper à tout moment.


Un bâton, pour quoi faire ?


- C’est quoi ça ?

- C’est un bâton.

- Pour quoi faire ? Pour me battre ?


Il n’a que trois ans, me regarde de ses grands yeux bleus, l’air pas si innocent que cela, et pourtant sa question l’est étonnamment. Un bâton ! Et c’est la première question qui lui vient à l’esprit : « Pour me battre ? ». J’écarte un regard professionnel qui m’interroge sur le sens de son exclamation, sur ce qu’elle dit peut-être de sa vie. Je préfère l’observer en retour et ne sais quoi lui répondre. J’ai du mal à me concentrer, le fond de l’air bruisse de multiples rumeurs, de bagarres imprévisibles en gestation. Ils ne sont pourtant que dix-neuf dans cette classe, un luxe inappréciable de nos jours. Je pose sur la table l’image qu’il m’a tout juste apportée, dans sa difficulté à la reconnaître, à la nommer. Un bâton. Que ferais-je d’un bâton ?


Il reste planté devant moi, il attend sa réponse. Et moi je suis désemparé. Mes yeux balaient les alentours dans l’espoir vain d’une autre demande, d’une petite altercation, une guerre modèle réduit - un génocide de rien quoi ! -, qui me permette de rompre l’engagement, de fuir enfin, ne serait-ce qu’une fois, lâchement : mais rien. Pas l’ombre d’une main levée, d’un petit étranglement si anodin, n’en déplaise à ces nouveaux malfaisants qui voudraient nous voir traquer la moindre étincelle d’agressivité dès le plus jeune âge pour mieux pouvoir ficher, médicamenter avant d’embastiller. Le groupe s’est curieusement assagi, vaque à ses occupations ; personne pour m’aider et ces yeux immenses levés sur moi, résolus, déterminés, cette attente impatiente. Mais je reste prostré.


J’ai trente ans d’expérience et sans démagogie, aucune certitude, mais jamais je n’ai été désarçonné à ce point par une simple question. Je me sens fragile, perdu, prêt à choir d’une monture que je n’ai jamais enfourchée.


Il m’agrippe par la manche, insiste :


- Pour quoi faire ?


J’ai envie de lui rétorquer :


- Fous–moi la paix, petit con !


Mais toujours ces yeux égocentriques et confiants. Je balbutie lamentablement :


- Un bâton, qu’est-ce que tu ferais toi avec un bâton ?


Enfin cette lâcheté tant attendue, renvoyer à l’autre sa propre question.

Il possède plus de répartie que je n’en détiens à cet instant :


- Du feu dans la cheminée ! Et toi ?


Bien joué ! Et je lui souris, le remercie de m’avoir sauvé en lui passant la main dans les cheveux. Une voix me murmure « Pas touche ». Je lui réponds mentalement « Ta gueule » et lui se met à rire. Il sait quoi faire d’un bâton ; après tout c’était si important.


Il est reparti satisfait, son jeu l’attendait. J’ai une envie monstrueuse de me barrer, et cependant, leur mouvement m’apaise, j’ai le coin des yeux humides ; ridicule. Ils n’ont rien d’innocent : simplement, ils ignorent encore l’hypocrisie. La longue litanie de leurs traumatismes bénins, présents et à venir, n’exerce pas encore son emprise. Je regarde une dernière fois, il est tout à son entreprise. Un hurlement, immédiatement suivi de larmes probablement exagérées…, enfin une petite bagarre, il était temps ! Ce n’est encore pas aujourd’hui que j’aurai le courage de partir… définitivement.


L’horizon s’est ouvert comme un grand œil apaisé, il découvre une mer dont le murmure n’a plus rien d’effrayant. Chaque larme attend son tour ; cela n’a rien d’organisé, c’est simple, étonnamment, comme le regard bleu d’un enfant.


 
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   Selenim   
25/4/2009
Vraiment flou tout ça.

Un enfant qui apporte l'image d'un bâton à son instituteur.

Pourquoi ?

C'est l'élément déclencheur de la réflexion et on ne sait pas d'où sort ce bâton.

Je me suis perdu en cours de route dans ces réflexions philosophiques bien trop extrapolées.

Je n'ai tout simplement pas compris le message.

Selenim

   Anonyme   
25/4/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Ou... De la difficulté d'être instit, si j'ai bien compris ! Toujours trouver devant ces mômes la bonne réponse, le comportement sans équivoque ! Pas simple en effet... Ca aurait aussi pû être le célèbre bâton d'Ishango, lequel avait un tout autre rôle à jouer dans une salle de classe.

   Anonyme   
25/4/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Il n'y a pas si longtemps, sur un marché, j'ai vu un gosse de cinq ou six ans tout fier de montrer sa belle bicyclette rouge. Il roulait et son papa était derrière lui. Puis le gamin a fait une fausse manoeuvre et son vélo s'est encastré dans les toiles d'un peintre qui exposait.
Le gamin a lâché le vélo, il s'est mis à hurler Non papa, non papa ! J'ai pas fait exprès ! Et il est parti en courant totalement effrayé, en larmes, il a fait le tour de la place, en pleurant, et en criant Non papa, non papa ! Le père est resté auprès du peintre, l'a aidé à ramasser ses toiles. Le gamin s'est arrêté, loin, il regardait faire son père, toujours en reniflant.
Toujours aussi effrayé. Je l'ai regardé, lui, et son père, et je me suis sentie lâche, mais incapable de dire ou de faire quoi que ce soit.
Alors oui.
C'est un bâton.
Pour quoi faire ? Pour me battre ?
Oui. Ca allume des lumières une réaction comme celle-ci et comme Solidane, moi non plus je n'ai pas su quoi faire, quoi dire.
Moi aussi j'ai cherché une échappatoire, et je l'ai trouvée dans la bicyclette rouge, super beau modèle, dans les habits du père, élégants, dans le geste qu'il a eu.
Il a glissé sa main dans les cheveux de son fils et ils sont partis.
Sauvé par la foule, le regard des autres.
"Un bâton pour faire du feu dans la cheminée..."
Les gosses aussi ont des échappatoires.

   Pandora   
25/4/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Hum, j'ai apprécié le relatif paradoxe entre l'enfant qui sait répondre à sa propre question et l'institutrice qui, elle, ne sait quoi lui dire.

Cet épisode simple en soit, se révèle être une jolie allégorie (à mes yeux tout au moins). En effet, c'est touchant de voir qu'un esprit enfantin est capable de désarçonner, avec une simple question, une instit.

Le tout est agréablement bien écrit.

Au plaisir donc,

Pandora.

   jensairien   
25/4/2009
j'ai pas bien compris la nouvelle mais c'est pas mal écrit. Tout cela manque de clarté.

   Anonyme   
25/4/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Etrangement, une fois n'est pas coutume, Solidane je peux dire que j'ai aimé le style de ta nouvelle.
J'ai pas senti le flou que d'autres évoquent, j'ai bien suivi tout.
J'ai apprécié le coté pas trop sur de soi.

Mais l'émotion.
Non je n'en ai pas ressenti.
à quand un texte de Solidane où je pourais dire : voilà. Ca c'est tout bon?

   myrtille   
25/4/2009
J'y lis surtout l'insouciance de l'enfant, qui renvoie l'adulte à lui-même, à sa lâcheté et son hypocrisie.
Le métier d'instit, avec un brin de psychologie derrière avec lequel j'accroche moins.
Parfois il y a des petites questions comme ça qui font bien réfléchir.

   Nicolas   
25/4/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Je n'ai peut-être pas bien compris, mais si cet enfant de 3 ans a été battu, n'est-elle pas un peu désinvolte cette institutrice face à une maltraitance ?
L'écriture est jolie sinon.

   Menvussa   
25/4/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Très bon. Voilà une situation effectivement bien embarrassante. Je n'ai pas trop compris le pourquoi de la "dureté" des termes utilisés pour exprimer les pensées de l'institutrice (teur).

Sinon l'attitude du petit m'a bien plu.

Mais finalement ce bâton... que venait-il faire ici.

   Anonyme   
26/4/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Un texte qui m'a plut, vraiment. D'abord parce que le style est bon: c'est fluide, simple, il ne faut pas chercher midi à quatorze heure.

Ensuite parce qu'il montre deux choses: la faculté stupéfiante qu'on les enfants à poser les questions les plus sincères Et saugrenues qui leurs passent par la tête, et la faculté que doit avoir l'enseignant à tenter d'y répondre comme il le peut....souvent en s'aidant de l'enfant ou des autres enfants.

Peu importe que ce soit un baton, une pierre ou une clef de douze, tout est dans le texte.

Vraiment bon.

   widjet   
26/4/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Les messages philosophiques, moi...
Pas bien compris. Pas sûr de le regretter non plus. Le genre de truc qui parle sans doute sincèrement à certains (d'autres en revanche s'en persuaderont).

Solidane demeure un auteur imprévisible.

W

   Pattie   
26/4/2009
Ce que j'ai aimé dans ce texte, c'est le côté description "à distance", sans vraiment décrire, par simples petites touches, dont certaines nous font passer de l'autre côté du miroir, dans la boîte noire qu'on possède à l'intérieur, dans laquelle on garde pour nous nos moments-épines, les moments où on se rend compte qu'on ne suit pas un chemin, mais qu'on fait de l'équilibre sur un fil, et que des fois on peut basculer, d'un côté, de l'autre, ou simplement rester sur le fil.
J'ai aimé aussi que ce texte soit un peu l'auberge espagnole : chacun y trouve un peu ce avec quoi il est venu (et n'y trouve pas grand-chose s'il attendait qu'on lui serve une histoire, tout simplement).
C'est aussi le reproche que je ferais au texte : d'être une auberge espagnole, ou du moins d'y ressembler, de ne pas donner davantage de pistes, de ne pas donner davantage du narrateur, qui reste vide pour qu'on puisse le remplir, peut-être. Peut-être aussi que l'auteur voulait déclencher l'effort du lecteur pour qu'il devine lui-même ce narrateur, une sorte de besoin de reconnaissance imaginaire de la part du narrateur.

   horizons   
2/5/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Une jolie image que ce bâton (accompagné de sa question incongrue..) Mais on reste un peu sur sa faim. Pour moi le message est finalement un peu éculé:l'instit fatigué, la candeur d'un "regard bleu" qui le réconcilie avec son devoir...Mais, bon je suis d'une famille d'enseignants alors "l'engagement" je ne connais que trop...

   marogne   
11/5/2009
 a aimé ce texte 
Un peu
Je n'ai pas vraiment compris le pourquoi de la dureté des termes employés - la question me semblait en effet naturelle et pas pas de nature (répétition malvenue) à déclencher tant de réflexions négatives. Un moment de fatigue peut être? En tout cas ça entraîne un certain malaise qui empèche de bien apprécier la nouvelle, ou de chercher le message derrière l'anecdote.

détail: je n'ai pas compris la constrcution de cette phrase: "un regard professionnel qui m’interroge sur le sens de son exclamation, sur ce qu’elle dit peut-être de sa vie"


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