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Sentimental/Romanesque
SQUEEN : Éternité (Chloé 7,5) +7,5
 Publié le 12/02/18  -  16 commentaires  -  16740 caractères  -  154 lectures    Autres textes du même auteur

J’ai surtout peur que ma famille meure, enfin surtout papa et maman ; mais aussi Elena, Emma, Judith et Lucie qui est toute petite, que elle si elle meurt, elle aura presque pas eu de vie.


Éternité (Chloé 7,5) +7,5


J’ai sept ans et demi et j’ai peur d’aller dormir. Mes parents je les entends parfois se disputer quand je redescends le soir, que je m’assois sur la première marche des escaliers et que je gratte à la porte du salon avec mes ongles. Quelquefois papa ouvre la porte et m’autorise à m’asseoir dans le canapé avec lui, on regarde la télévision tous les deux, j’essaie de ne pas bouger, de respirer sans faire de bruit pour qu’il oublie que je suis là. Mais ça ne marche pas toujours… Ce que je préfère c’est m’endormir la tête sur ses genoux et qu’il me porte tout doucement dans mon lit, c’est comme quand je m’endors en voiture quand on rentre tard. Ça j’adore. Je sais qu’il me porte et pourtant je reste tout endormie et je n’ai peur de rien quand il me dépose dans le lit. Maman trouve que je ne devrais pas redescendre, que papa ne devrait pas m’autoriser à regarder la télévision avec lui, alors quelques fois pour faire plaisir à maman ou peut-être parce qu’il veut être tranquille, il ouvre la porte et me crie de remonter tout de suite dans ma chambre. Alors moi je remonte très, très, lentement parce que j’ai vraiment très, très, peur. Je ne sais pas bien de quoi j’ai peur, alors quand maman me dit que « ça » n’existe pas, je ne vois pas trop de quoi elle parle. J’ai surtout peur que ma famille meure, enfin surtout papa et maman ; mais aussi Elena, Emma, Judith et Lucie qui est toute petite, que elle si elle meurt, elle aura presque pas eu de vie. Je redescends quand même presque tous les soirs, parce que je ne peux jamais savoir si papa va crier ou si il va me laisser entrer.



Asseyez-vous les filles. On s’assoit côte à côte sur des chaises qui ressemblent à celles qu’on avait à l’école primaire. Aussi inconfortables.

Toi, comment tu t’appelles ?

Chloé S., je réponds.

Un flic est assis de l’autre côté du bureau, il n’a pas l’air trop con. J’ai du mal à régler ma vision, et le dessus du bureau se déforme, un peu à la Dali, il a l'air de fondre et de couler. C’est étrange, pas vraiment désagréable, ce sont les effets de la drogue. Tout scintille. Même le flic.

Je n’ose pas regarder Caro, qui est assise juste à côté de moi. J’ai peur d’éclater de rire en croisant son regard. Les effets du trip commencent à s’estomper même si je tangue encore un peu. Mais Caro en a repris un, parce qu’elle disait que le premier ne faisait pas d’effet. Deux trips c’est énorme, surtout que c’étaient des « mickeys » !

Il y a un bruit de dingue dans ce commissariat. Les autres ne se laissent pas faire, ils gueulent, il y en a même qui chantent, c’est un vrai bazar.

Et toi ? reprend le flic en s’adressant à ma copine.

Caro M., qu’elle lui répond et j’entends bien à sa voix que ça ne va pas du tout.Merde ! Elle flippe.

Il regarde longuement nos cartes d’identité. Puis nous regarde à nouveau, l’air blasé, fatigué. Il est jeune, il a pas encore l’air trop flic, comme les autres.

Pouvez-vous me dire ce que vous faisiez avec cette bande ?

Alors là oui, je pourrais. Je pourrais lui répondre que c’est sans doute la plus belle soirée de ma vie, que j’en ressens encore des étincelles, des pétillements au creux du ventre, je lui dirais que le concert était d’enfer. Que tout le monde pogotait, hurlait, riait… Que Caro et moi on était avec les pires, ceux qui nous font peur d’habitude, les plus « graves » les « Viking, Carton, Speedy, Jocker, Tag, Joke, Soap… » et ils faisaient comme si on était de la bande, c’était génial. Ils nous ont donné des trips, moi j’avais déjà essayé, j’en ai pris un et Caro aussi. Je lui dirais au flic, comment après le concert nous, on n'a pas eu trop envie que ça s’arrête et je savais pas où ils allaient mais je pense que je les aurais suivis n’importe où, j’ai bien vu que c’était un quartier très calme et qu’on trouverait pas de café. Mais on a quand même suivi, c’était trop excitant. Nous nous regardions Caro et moi surveillant chez l’autre les effets visibles de la drogue et on ne pouvait pas s’empêcher de rire. Alors, tous ces punks ils ont commencé à taper dans les boîtes à lettres, ouvrir des portillons, renverser des poubelles, nous on suivait comme dans un rêve. Je pensais éberluée « ils sont libres, ils font tout ce qu’ils veulent ». Caro et moi on était en admiration, impressionnées. Eux, ils ouvraient des bagnoles piquaient tout ce qu’ils y trouvaient : des cartes routières, des bonbons, des mouchoirs, des paquets de cigarettes, des parapluies, beaucoup de parapluies. Ils nous en ont donné, et on les brandissait, fières, comme si c’était des armes, des lances de chevaliers, j’avais le sentiment d’être avec des seigneurs et qu’ils pouvaient tout se permettre. On les suivait en dansant, en sautillant, en hurlant, c’était magique. Nous on devait ressembler, avec nos parapluies, à des majorettes gothiques et titubantes. Ça réveillait bien sûr les habitants, certains ouvraient leurs fenêtres pour nous crier des choses qu’on ne comprenait pas, mais à leur ton je savais qu’ils étaient furieux d’avoir été réveillés ainsi et ça ajoutait à notre joie, à ce sentiment puissant de liberté. Moi, je les trouvais ridicules, penchés à leur fenêtre en pyjama à s’égosiller, à nous injurier. Ils voyaient pas qu’on s’amusait. C’était comme une parade de carnaval, ces filles ces garçons, tous ces punks bariolés, crêtés, cheveux dressés, éructant, chantant, fumant et buvant, dansant avec des parapluies, des chapeaux, des imperméables, se partageant des bonbons à l’eucalyptus, à la menthe, des caramels. Tapant sur les poubelles, les clôtures, marchant sur les murets et sur les voitures. Cueillant des fleurs dans les jardins, en massacrant de leurs grosses chaussures les plates-bandes impeccables de ces jardinets de banlieue tellement propres et ordonnés, comme sans doute la vie de ces gens dont rien ne devait dépasser jamais : un ennui mortel. Je me sentais invincible, puissante et exceptionnelle dans ce charivari improvisé. J’étais émerveillée, je pense que Caro aussi. J’aurais voulu que ça dure tout la nuit. Oui, je pourrais lui raconter tout ça au flic.

Le jeune flic me regarde toujours, attendant la réponse. Mais il ne pourrait pas comprendre. Alors, je ne lui réponds rien, je garde les yeux rivés sur mes pieds. Moi, je me dis que quoi qu’il arrive on s’est bien amusées et que ça c’est à nous, que personne pourrait comprendre, qu’ils étaient tous trop vieux pour ça. Ou trop cons ou trop flics. J’entends Caro qui sanglote. Merde, elle va pas se mettre à pleurer ici ! Je savais que c’était pas une bonne idée qu’elle en prenne un deuxième. Impossible de l’en empêcher, elle voulait trop s’envoler avec nous. Elle a quoi ta copine, qu’est-ce qu’elle a pris ? me demande le flic. Rien, elle est fatiguée… je dis.



J’ai peur aussi parce que Rose-Marie nous raconte des trucs. Rose-Marie elle habite tout en haut dans le toit avec ses deux enfants qui sont un peu bizarres, enfin moi je trouve. Leur père c’est un ouvrier de papa, c’est pour ça qu’ils habitent là, parce qu’ils n’ont pas beaucoup de sous. Rose-Marie elle a que dix-neuf ans et maman dit que c’est très jeune pour avoir des enfants, moi je sais pas, elle a l’air grande, je trouve, comme une maman. Des fois on monte la voir Rose-Marie, c’est Elena qui veut et comme je fais presque toujours comme Elena veut, je monte avec elle. J’aime pas trop aller là-haut, parce que Rose-Marie, elle fait que raconter des histoires qui me font peur. Elle dit que quand la lune est orange c’est le signe de la fin du monde, elle ne dit pas si c’est très orange ou juste un peu orange elle dit juste « orange ». La fin du monde c’est difficile à imaginer, j’aime pas ça, parce que tout le monde meurt et puis j’ai pas encore vu le monde et moi j’aimerais bien le voir avant qu’il soit fini. Alors, avec ma sœur on regarde la lune mais pas trop souvent parce que ça nous fait peur, Elena dit que c’est pas vrai cette histoire, mais je vois bien que ça lui fait peur aussi. Rose-Marie a une autre histoire, c’est celle d’une main coupée qui bouge encore et qui veut se venger, qui tue des gens, ça aussi ça me fait très peur. Elena m’a dit que c’est un film et que ça n’existe pas, je me demande bien comment elle peut le savoir ? Moi d’habitude je parle pas, à personne. Un peu à maman et à Elena mais c’est tout. Au chat aussi. Papa je ne peux pas lui parler, il écoute sa radio alors il ne m’entend pas et si je parle plus fort il se fâche, il crie que je dois me taire parce qu’il n’entend rien. C’est pas très gai parce que quelques fois j’ai des choses importantes à lui dire et qu’après je les ai oubliées. L’autre jour papa a ramené un petit chat qu’il avait trouvé sur un chantier, j’étais déjà endormie, et le chat a eu peur et il s’est caché sous mon lit, ça a été difficile de le faire sortir, je suis contente d’avoir un chat, mais il n’est pas qu’à moi, il est à toute la famille. Je sais pas si ça peut exister mais je crois que je suis bavarde… pas bavarde comme tout le monde mais bavarde dans ma tête.



Le flic a repris la parole, il est extrêmement calme, ça contraste avec le vacarme du couloir derrière nous où il y a un va-et-vient de policiers et de punks vociférant. Tout en parlant, il se lève et va fermer la porte du bureau. Vous avez à peine quinze ans, on va appeler vos parents, il y a une plainte pour les essuie-glaces que vous avez tordus. Je sursaute : mais, on a pas tordu d’essuie-glaces nous, ils étaient pas cassés en tout cas, c’est pas nous… Je me rends bien compte que je ne suis pas du tout convaincante. Le flic ne relève même pas.

Je n’ai pas peur, j’ai l’impression que ça fait des heures qu’on est ici dans ce bureau. Je tiens mes mains serrées entre mes jambes, car autrement elles risquent de s’envoler comme des ballons gonflés à l’hélium, je me concentre là-dessus tout en me disant qu’il faut que j’ai l’air normale, que le flic ne doit pas voir qu’on est sous LSD. Garder les yeux baissés surtout. Ce n’est pas facile. Et puis ce sourire qui arrive, merde c’est pas drôle… Malgré notre situation actuelle, je n’arrive pas à regretter notre défilé, le souvenir de ces sensations est encore présent, j’ai vraiment du mal à ne pas sourire. Je suis encore remplie de cette excitation. Quand la police est arrivée tout le monde s’est mis à courir. Caro et moi aussi, je trouvais ça drôle de voir tous ces gros durs courir, s’éparpiller dans les jardins, se cacher. Caro et moi, ils nous ont attrapées très vite : deux lapins paralysés dans la lumière des phares, dans la voiture on riait toutes les deux en reprenant notre souffle. Il faudra les payer les essuie-glaces, reprend le flic et vos parents vont être convoqués. Toutes ces mauvaises nouvelles ont du mal à m’atteindre, je suis encore sous l’effet protecteur de la drogue, conjugué à la surexcitation de l’événement. J’ai juste envie de sortir d’ici, de respirer de l’air frais. Je sens ma chaise se déformer sous moi, elle se ramollit et commence à m’emballer les cuisses, les fesses tout doucement. J’ai beau savoir que c’est une hallucination, ça a l’air très réel, le flic n’a pas l’air de voir quoi que ce soit, ça me rassure un peu. Je m’occupe de mes mains qui, légères, tentent encore de s’échapper. Le bureau métallique devant moi à toujours l’air mou, mais maintenant il gonfle et dégonfle comme s’il respirait. Je regarde Caro du coin de l’œil, elle n’a pas l’air bien. Elle oscille sur sa chaise en reniflant, ses yeux sont rouges et son maquillage noir est tout étalé sur ses joues. Elle flippe grave. Il faut qu’on sorte d’ici. Je ne tiens plus en place. J’ai trop d’énergie, j’ai envie de crier, de chanter avec les autres dans le couloir. Il faut vraiment qu’on sorte d’ici, la lumière est trop forte, et tout scintille encore autour de nous. Ma mère ne dira rien de toutes façons et puis elle n’entendra même pas le téléphone sonner avec les médicaments… Mon père lui il en a plus rien à foutre, avec sa nouvelle famille, son bébé qui vient d’arriver.



Je n’aime pas l’école, je préfère rester à la maison. Des fois je fais semblant d’être malade, comme ça je peux rester à la maison sur le canapé. Maman m’apporte une couverture, elle s’occupe de moi. Elle me dit t’es sûre que t’es malade ? je lui dis oui, je ne sais pas si elle me croit tout à fait. Tout le monde fait semblant de toute façon. Ce n’est pas vraiment comme mentir, c’est pas pareil. Faire semblant c’est pour jouer. Elena a dix ans et elle, elle aime bien l’école, elle a des amies, elle est jolie et elle travaille bien. J’adore ma sœur, j’espère que je vais lui ressembler un jour. Elle dit que je l’imite mais c’est même pas vrai ! Ce que je veux, ce que je voudrais c’est que papa, maman et toutes mes sœurs ne meurent jamais et moi non plus. Mais ça, je pense que ce n’est pas possible, je passe beaucoup de temps à réfléchir à tout ça pour trouver une solution. À l’école des fois j’y pense tellement fort, que la maîtresse dit que je suis dans la lune. J’ai envie de lui demander de quelle couleur elle est, la lune. Mais je me tais, tout le monde me regarde et je n’aime pas ça.



La mère de Caro non plus elle ne va pas entendre sonner le téléphone, elle doit être avec son nouveau copain, tous les deux bourrés comme d’habitude. Et puis si elle répond, elle risque de dire au flic de nous garder. Ce qui vaudrait mieux en fait, car s’ils viennent nous chercher Caro va encore se prendre des coups : c’est un vrai connard ce nouveau copain.

Enfin, ils nous ont laissées partir, avec la consigne de rentrer chez nous directement. Incroyable ! Ils n’ont pas réussi à joindre nos parents et ils nous relâchent simplement. L’air frais nous fait du bien, on reste un peu éberluées, Caro va mieux elle est moins pâle. On marche un peu, histoire de mettre de la distance entre les flics et nous, si jamais ils changent d’avis… Puis on s’affale sur un banc dans un square. Et enfin on se regarde, on éclate de rire, on n’arrive pas à s’arrêter. On en pleure. Caro dit : Chloé comment on rentre ? Y a plus de métro et sûrement plus de bus ; je dis : on a qu’à marcher jusqu’à une station de taxi. T’as des ronds ? Moi, il me reste cent balles…



Je n’ai pas du tout envie de grandir, je pense que je deviendrai jamais comme Elena, je lui ressemble pas du tout. Si je lui ressemble alors, peut-être, que je veux bien… Et puis si je grandis mes parents vont vieillir et puis mourir, le chat aussi. Il vaudrait mieux pour tout le monde que je reste petite. Mais petite, c’est pas toujours drôle, y a des fois où je voudrais faire des choses et je peux pas. Comme manger plein de chocolat ou élever des chevaux, mais y a quand même plein de choses que je peux faire comme grimper tout en haut des arbres, faire des poteries avec la terre du jardin, me faire une cabane sous la table à manger. Faire trop de bisous à maman, m’endormir avec le chien. Et puis je crois que ça rend papa un peu triste quand on grandit, je vois bien avec Elena, il joue plus jamais avec elle…



La pluie s’est mise à tomber et tout à coup je me sens épuisée, je voudrais être chez moi dans mon lit. C’est pas près d’arriver, vu qu’on ne trouve pas de taxi dans ce foutu quartier. On est trempées, je sens le savon que j’ai utilisé pour me dresser les cheveux sur la tête me dégouliner sur le visage, je crois bien que je pleure aussi. Ma vie me semble horrible, je suis en pleine descente, je n’ai plus du tout envie de rire. Je ne sais pas où en est Caro et je m’en fous. Ce moment d’éternité est fini, pour toujours ou jusqu’à la prochaine fois, c’est pareil en fait… Parce qu’il finira chaque fois. Je me sens mal, insignifiante, écrasée par la réalité du monde… Bordel, qu’est-ce que je fous ici, à peine sur terre, je me sens plutôt sous terre, enterrée… Je pense à plein de conneries, à mon père qui disait « je serai toujours là pour toi » et maintenant il dit ça à quelqu’un d’autre, avec le même sourire et le même regard. Caro, je dis, Caro faut qu’on trouve une solution on est trempées et y a pas de taxi dans ce foutu bled ! Je commence à envier les gens de toute à l’heure, bien au chaud dans leur lit…



Elena l’autre jour, elle a enlevé les petites roues de mon vélo, je voulais pas mais elle a dit que j’étais trop grande pour les garder et qu’elle voudrait plus jamais faire du vélo avec moi si on les enlevait pas. Alors on les a enlevées et j’ai roulé très vite, je suis même pas tombée. Elena était contente, moi aussi mais j’étais triste aussi, j’ai pleuré un peu et puis le soir j’ai caché les petites roues sous mon lit, on ne sait jamais...



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Cette nouvelle fait partie d'une série à épisodes indépendants.


 
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   Tadiou   
14/1/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
(Lu et commenté en EL)

Ce récit m’a beaucoup ému car il décrit avec beaucoup de sensibilité ce que je qualifierais de « détresse ordinaire », la détresse des paumés ou enfants de paumés, des drogués, des ivrognes, des laissés pour compte, des gens dépassés par la vie...J'ai été captivé et ai fortement partagé tous ces morceaux de vies tout au long de ma lecture.

Ce texte me touche aussi parce que l’écriture n’est pas larmoyante mais sobre. Les mots de la Chloé enfant sont crédibles, l'écriture est bien adaptée à l'âge.Les pensées de la Chloé ado au commissariat sont rendues tout d'une traite, et l'écriture est, là aussi, tout à fait expressive et crédible.

Cela ne me gêne pas qu’il y ait énormément de non-dits : on ne sait pas qui sont tous ces gens, on ne sait pas où ils vivent, ce qu'ils font. On sait seulement que le père de Chloé est chef d’entreprise.

J’apprécie les deux parties qui s’entrecroisent, la Chloé petite avec ses réflexions et attitudes d’enfant et la Chloé ado de 15 ans (7,5 + 7,5) engluée dans les manques de repères, la drogue, les mauvais garçons et les actes stupides.

Il n’y a pas de message, pas d’espoir esquissé, seulement une tranche de vie sombre et même noire. Et des bribes de vie d’enfant, ses naïvetés et ses angoisses, avec des parents peut-être aimants mais dépassés par la vie, avec un père qui quittera sa famille pour refaire sa vie ailleurs.

Merci pour cette émouvante lecture et à vous relire.

Tadiou

   Jean-Claude   
16/1/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

À part quelques menus détails que je laisse aux correcteurs :-), je n'ai pas grand-chose à dire.

J'ai lu d'une traite et avec plaisir.

Le climat, l'histoire sordide, le dialogue entre l'évocation de l'enfance et le trip d'adolescence... Très bien.

Avec cette matière, j'aurais aimé une histoire plus élaborée, ou continuée en partant du principe qu'il s'agit d'une introduction.

J'explique : si les interventions enfantines sont intéressantes (et la peur de la mort de tout le monde, et les roulettes), je n'en perçois pas la finalité (à moins qu'il s'agisse de faire contraste entre l'enfance heureuse et l'adolescence, mais, dans ce cas, cette forme me paraît inappropriée). Avec cette forme côté enfance, justement, j'ai été mis en appétit et puis, paf, côté adolescence c'est plus banal et n'a pas franchement de rapport. Bref, j'ai été (un peu) frustré.

Au plaisir de vous (re)lire
JC

   Synoon   
12/2/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'ai bien aimé la partie 7.5 du texte, qui exprime très bien les pensées, les peurs, l'innocence de la petite enfance, avec des phrases tournées "comme un enfant". Très réaliste.
La partie 15 m'a moins accroché, même si je n'y relève pas de défaut notable. Le sujet m'intéresse moins, je suppose ^^.
Enfin, j'espérais un peu que les deux histoires se rejoignent d'une certaine manière, se lient. Ici, les deux histoires sont vraiment très indépendantes, je trouve ça dommage, même si ça pourrait plaire à d'autres :).

   LenineBosquet   
12/2/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,
J'ai beaucoup aimé dans ce texte la crédibilité de ce qui est décrit, la parole et le façon de s'exprimer de l'enfant d'une part, et celle de l'adolescente d'autre part. Le passage sur le LSD est criant de vérité : la table qui enfle, qui respire, le scintillement etc, c'est du vécu ! Un trip c'est déjà beaucoup, un deuxième surtout une première fois c'est vraiment trop en effet. Bad trip assuré... La "descente" est aussi très bien retranscrite.
Sur le fond, il y a toute l'enfance banale et tragique de chacun, maman sous médoc, papa remarié et son nouveau gosse, le beau père cogneur etc...
J'ai noté un détail lui aussi criant de vérité : les chaises comme à l'école primaire chez les flics.
Merci

   Jano   
12/2/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Agréablement surpris. J'ai pourtant fait des efforts pour lire l'histoire quand j'ai vu que c'était une gamine qui parlait au début. Je n'aime guère les récits sortant de la bouche d'un enfant, souvent on entend trop l'adulte derrière, mais là le ton est juste, les pensées juvéniles bien retranscrites. Alors on voit vite où tu veux en venir, la démonstration n'est pas d'une grande originalité cependant elle fonctionne et a sans conteste une part de vérité. Parents absents ou démissionnaires, de quelque manière que ce soit, égal adolescents à la dérive. Une part de vérité seulement car on peut aussi trouver des ados avec des parents aimants et présents qui déconnent. Il n'y a pas que l'environnement familial qui pousse à la fuite et aux excès, notre société porte en elle-même une forte charge anxiogène.
Une écriture efficace, qui bascule bien sur les deux registres, un portrait réaliste et touchant d'une jeunesse compliquée. Certains passages m'ont remémoré des épisodes de ma propre vie.

   Donaldo75   
12/2/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour SQUEEN,

J'ai été bluffé par ce récit où alternent deux périodes distinctes. Le ton de l'enfant est juste; celui de l'adolescente aussi. Tout est raconté par petites touches impressionnistes, de manière à ce que le lecteur imagine et non ne comprenne des explications livrées par l'auteur.

Chacun, côté lecteur, est libre de regarder ces scènes sous son propre prisme, culturel, empirique, émotionnel.

Bravo !

Don

   Thimul   
12/2/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément
J'ai trouvé ce texte magnifique.
Tout est remarquablement juste.
La narration de Chloée à 7ans1/2 dont le ton est crédible ce qui n'est pas si simple que ça à écrire.
la psychologie enfantine me semble bien rendue avec des mots simples, bruts, et pourtant un sentiment d'abandon et d'incompréhension que je trouve personnellement poignant.
Pour la partie Chloée 15ans là aussi, c'est superbement écrit. La description du trip est d'une crédibilité rare mais c'est l'émotion dégagé par cette fille en train de se perdre qui est bouleversante et surtout la fin avec cette descente implaquable où la réalité revient fondre sur elle et l'écraser, ne lui donnant probablement pas d'autre choix que de repartir dans ses mondes artificiels même si elle en connaît l'effet temporaire.
Tout ceci sans effet de manche, sans grandiloquence.
C'est à la fois très intériorisé et très visuel.
Bien évidemment il n'y a pas de lien descritif reliant les deux histoires mais c'est également tout ce qui en fait l'intérêt (je veux parler du choix de mettre les deux âges en parallèle).
Vous nous obligez à combler les trous et pour ma part, avec ce que vous me racontiez, j'avais bien assez pour comprendre comment elle en arrivait là et je crois que la plupart des lecteurs aussi.
J'ai passé un excellent, et depuis quelque temps assez rare, moment de lecture.
Merci d'avoir écrit ce texte et de m'avoir donné une telle émotion.

   hersen   
12/2/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Ce qui me prend le plus aux tripes, dans ce texte, c'est qu'il n'y a pas d'esbroufe, c'est livré tel quel. Rien pour enjoliver ou noircir; C'est comme ça point barre.Et c'est ça qui donne à la lectrice que je suis l'impression d'être avec les personnages.
Pas de concessions à l'écrit, tout comme la vie n'en fait pas, de concession; c'est sec, c'est prenant.
Ce qui arrive à cette enfant, petite fille puis adolescente, l'auteur n'en fait pas des caisses pour en tirer des leçons; elle a fait son job, le lecteur fait le reste.

Un grand merci !

   papipoete   
12/2/2018
 a aimé ce texte 
Bien
bonjour SQUEEN
2 copines qui voudraient ne jamais se quitter, profitent à leur façon de la vie, entre punks et zombies, et leurs virées se terminent toujours de la même façon, au commissariat de police ;
NB la pensée de Chloé qui songe à rester " petite fille " et ses avantages comme les câlins de maman et papa, et la liberté de faire des cabanes dans les arbres, se voile face au policier pas trop con, qui l'écoute, mais ne pourrait pas comprendre ! L'aventure pendant le road-trip, et après sur ce banc, où trempées les 2 copines reprennent leurs esprit, est passionnante à suivre, mais dérangeante aussi ...

   Bidis   
12/2/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément
Waouh ! Un très très chouette texte. Très réaliste, très prenant. On a envie de prendre cette petite héroïne dans les bras, de lui dire qu'on l'aime... Et Caro aussi, pour pas faire de jalouse.
Un excellent moment de lecture en tout cas.

   kreivi   
13/2/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Squeen
Je n'ai lu qu'une fois et je garde un très bon souvenir de cette lecture à deux étagères temporelles.
Il faut dire que l'écriture porte toute seule comme une luge sur la neige
Le réalisme reste quand même un peu dur.
mais il me restera plein d'images pour l'atténuer: le maquillage qui coule sous la pluie, les joues en forme des carrés de chocolat,
les roues de la bicyclette sous l'oreiller .... etc
Merci

   in-flight   
13/2/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai d'abord cru que le titre faisait référence au film Chloé de 5 à 7. Il y a un lien tenu finalement: Dans le film le temps de la fiction est de 2 h, ici il est de 7,5 ans. D'autre part, je crois savoir que le prénom Chloé est une constante chez l'auteur. Bref, le texte possède deux qualités remarquables:
- la parole enfantine relatée ne sonne pas cliché. Elle sonne vraie et il n'y a pas d'effet de manche ( du genre "on dirait que"....)
- l'astuce du récit consiste à obliger le lecteur à inférer les événements qui séparent deux âges. Des ellipses qui sont menées de main de maître. Franchement.
Un seul bémol: Je n'ai pas envie de relire ce texte, parque qu'il est vraiment efficace, il n'y pas besoin d'y revenir (il a le défaut de ses qualités). Je l'ai aimé une fois, comme une aventure furtive.

   plumette   
13/2/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
je retrouve Chloé avec plaisir.
Elle a du tempérament cette Chloé et le contraste entre les pensées de cette gamine de 7 ans et demi, en pleine période de questions existentielles sur la mort et la Chloé de 15 ans est très intéressant: l'adolescente ( en plein trip, c'est vrai!) n'a pas peur, elle est cependant assez lucide ou un peu dédoublée pour analyser ses sensations et les remettre à leur place.
le passage hallucinatoire où les meubles se ramollissent m'a semblé très bien écrit.
J'ai bien aimé aussi la description de la la descente des punks dans les quartiers pavillonnaires avec ces séries de listes de mots descriptifs: le texte va vite à ce moment là, il transmet vraiment l'énergie de la petite bande.

Voilà un texte qui se lit avec plaisir alors que le thème traité est vraiment dur.

A quand le nouvel épisode?

Plumette

   Tankipass   
14/2/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bien content d'avoir lu cette jolie nouvelle.
Tout sonne vrai et la mise en perspective de ces deux périodes est très bien amenée. Le parler enfantin qui est assez "piégeux" est là touchant, dosé, et la partie ado on la dirait vécu la veille.
Je me sentais dans cette garde à vue, devant ce flic "pas trop flic" et ce bureau qui respire. Cette amie qui risque de craquer et dont on se soucie malgré notre propre fragilité.
Bref, c'est bien amené et ça me touche.

   SQUEEN   
16/2/2018

   Louis   
1/3/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément
De l’angoisse de la mort au désir d’éternité. De l’enfance à l’adolescence. D’un septennat à l’autre de la vie. Et demi.
Ce texte superbe nous emmène de l’un à l’autre de ces deux âges d’une jeune vie, nous les fait vivre de l’intérieur, avec leur langage propre.
Les voix se font écho à travers les âges.

La voix de la jeune fille de sept ans se fait d’abord entendre. Elle exprime surtout une angoisse, une crainte de la mort.
L’angoisse de la mort chez cette jeune enfant prend la forme d’une crainte de perte et d’abandon.
Crainte de perdre sa vie et celle de ses sœurs ; crainte d’être seule et abandonnée, si ses parents s’en allaient, s’ils partaient pour toujours.
« J’ai surtout peur que ma famille meure, enfin surtout papa et maman ».
Perte et abandon : autres noms de la mort.

Dans les bras du père, son angoisse se dissipe. « Ce que je préfère c’est m’endormir la tête sur ses genoux et qu’il me porte tout doucement dans mon lit (…) et je n’ai peur de rien quand il me dépose dans le lit »
L’union, la fusion avec le père, « dans ses bras », libère de l’angoisse.


S’entend plus tard, quand la jeune fille a doublé son âge, s’entend la voix de Chloé qui parvient d’un commissariat. On l’a « embarquée » pour tapage nocturne. Elle parle sous l’effet d’une substance hallucinogène, le LSD.

Se manifeste, à cet âge, l’autre versant de ses angoisses : le désir d’éternité. La soirée tapageuse qu’elle vient de vivre avec une bande de punks lui semble merveilleuse, « magique », « la plus belle soirée de ma vie », moment de « liberté » passé avec des « seigneurs » qui « pouvaient tout se permettre », moments dominés par un sentiment de « puissance » et d’invincibilité. Soirée donc sans angoisses, sans limites imposées au désir, soirée dont elle aurait aimé « qu’elle dure toute la nuit » et qu’on entend : « toute la vie ». Soirée qu’elle désignera comme un « moment d’éternité »

Soirée en écho forcément avec les soirées évoquées de la petite enfance. Quelle différence ?
Il n’y a plus la voix qui s’élève, la voix qui fait loi, la voix qui ordonne, celle du père qui « crie de remonter tout de suite dans ma chambre ». D’où ce sentiment de liberté, cette soirée de fête, au prix de l’effacement de la figure paternelle.

Nouvel écho : la voix du père pour faire silence. Le père : dissipateur d’angoisse, rassurant, garantie de vie contre la mort, et aussi figure de l’ordre, de la loi est aussi celle de l’incommunicable. Le père, à l’écoute d’une autre voix, celle de la radio, refusait d’écouter la sienne, mais au commissariat, on veut l’entendre, on l’exige, sa parole est requise. Elle veut bien parler, mais pour elle-même, « bavarde dans sa tête », muette devant le flic, et les autres.

Elle parle, elle se parle, pour se raconter son histoire. Parce qu’il n’y a que le fil des mots pour relier un monde décousu, une vie qui se détisse : le père est parti « avec sa nouvelle famille, son bébé qui vient d’arriver », la mère absente « sous médicaments ». Abandon. Perte. Mort. Ce qu’elle craignait tant dans ses angoisses se réalise. Marie-Rose évoquait la fin du monde, elle vit la fin de son monde. Et voilà qu’elle découvre que « les moments d’éternité » aussi sont brefs...

Un grand désir de vivre contrarié, chez cette jeune Chloé. Je suppose qu’une suite dira comment elle va pouvoir affronter la vie.
Un très bon texte, sensible, et un ton donné à l’écriture très juste.


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