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Sentimental/Romanesque
SQUEEN : Le petit magasin vert [Sélection GL]
 Publié le 18/07/18  -  10 commentaires  -  7631 caractères  -  48 lectures    Autres textes du même auteur

Je dévale la descente à toute vitesse, je poursuis Elena...


Le petit magasin vert [Sélection GL]


Je dévale la descente à toute vitesse, je poursuis Elena, je vais tellement vite que mes cheveux volent derrière moi et l’air me siffle aux oreilles, j’adore cette sensation : si je lâche le guidon et que j’étends les bras bien haut je pourrai m’envoler, c’est sûr… Je ferme fort la bouche car il m’est arrivé un jour d’avaler un insecte et j’ai eu très peur que ce soit une guêpe ou une abeille, qu’elle me pique et que je meure étouffée par le gonflement de ma langue ou de ma gorge, ça doit être étrange de mourir à cause de son propre corps, parce qu’il réagit un peu trop fort il finit par se tuer lui-même.


J’ai envie de fermer les yeux pour profiter à fond des sensations, mais je me retiens car c’est beaucoup trop dangereux. Je roule sur le trottoir, à chaque entrée de garage les grandes dalles sont remplacées par de petits pavés qui font rebondir rapidement mon vélo ça crée des petites secousses qui me font beaucoup rire. Et mon rire me fait rire car il est tout haché. Un coup c’est plat, un coup ça secoue, c’est comme ça jusqu’en bas de l’avenue. Il y a même un endroit où on doit traverser une petite route sombre et fraîche avec de gros pavés glissants.


Il fait beau, l’air est léger et disperse gaiement les petits plumets de pissenlits qui brillent au soleil. Elena et moi avons décidé de nous acheter des bonbons au petit magasin vert, tout en bas de l’avenue dans le vieux quartier. On l’appelle comme ça, ce magasin, parce qu’il n’a pas de nom et qu’il est petit et vert. La devanture est encore bien colorée mais de petites parties de peinture s’écaillent, c’est comme ça que je sais qu’elle n’a pas toujours été verte la façade, elle a même été rouge un jour. Peut-être qu’avant des enfants l’appelaient le petit magasin rouge !


Papa dit que c’est un magasin comme on n’en voit plus nulle part, il est tout petit et il est rempli de bonbons ; sur le comptoir sur des étagères dans des bocaux il n’y a que ça des bonbons de toutes les formes, de tous les goûts et de toutes les couleurs. Ça brille, c’est joli.


Les personnes qui tiennent ce magasin sont très vieilles, le monsieur est grand et il m’intimide, on ne voit plus sa femme qui était toute petite et gentille et avait l’air encore plus vieille que lui, même si elle souriait tout le temps. Il faut lui parler fort car il est un peu sourd, moi j’ai du mal à crier, on ne m’entend jamais, Elena fait ça très bien alors je lui montre ce que je veux et c’est elle qui demande. Il met les bonbons qu’on a choisis dans un sachet de papier marron et puis il les pèse. Il fait tout ça très lentement et nous on essaie de pas trop lui montrer qu’on est pressées, qu’on a juste envie de lui payer le sachet, de lui dire au revoir, de refermer la petite porte verte et vitrée avec ce bruit de clochettes et de repartir à vélo parce que même avec un bonbon dans la bouche, le retour est beaucoup plus long que l’aller.


Cette fois-ci dans la descente, je vais trop vite, beaucoup trop vite, je me suis laissée emporter et j’ai peur de freiner : si je me trompe de côté la roue avant va se bloquer et la roue arrière va se lever, je vais basculer et être éjectée. Je n’ai pas le temps de choisir le frein qu’il me faudrait serrer, une portière s’ouvre juste devant moi. Le choc se produit, je vois comme au ralenti la roue avant de mon vélo se tordre et je me retrouve à terre.


Un homme sort du véhicule et crie :


– Tu n’aurais pas pu faire attention, regarde tu as abîmé ma portière… Où sont tes parents ?


Toujours au sol, je m’assois étourdie et muette. Je vois Elena venir vers nous en poussant son vélo, elle a l’air embêtée ma sœur, moi ça me rassure de ne plus être seule face à cet homme qui est vraiment en colère, qui ne pense même pas à me demander comment je vais.


Je décide de le mettre cet homme en bonne position dans la liste des mauvaises personnes, il y rejoint le conducteur myope qui a trouvé normal d’écraser notre chienne, vu qu’elle « divaguait sur la route »… Et elle a mis du temps à mourir, Ella, sur la couverture que papa avait placée sous elle pour pouvoir la faire glisser sur l’asphalte et la sortir de sous la voiture, du sang lui sortait de la gueule et elle nous fixait implorante, je ne sais pas si elle nous demandait de la soigner ou de l’aider à mourir. Le conducteur, avec ses énormes lunettes qui lui faisaient des yeux d’ahuri, nous regardait pleurer. Il n’arrêtait pas de répéter s’adressant à mon père :


– Il faut faire un constat, monsieur, je suis dans mon droit et je veux faire un constat.


Et il attendait impatient de faire le « constat » pour pouvoir repartir, sans doute renverser quelqu’un d’autre. Papa ne lui répondait pas, il faisait comme s’il n’existait pas cet homme à tête de chouette étonnée, à genoux il s’occupait d’Ella.

Elle est morte notre chienne en ayant l’air de nous demander pardon pour cette dernière bêtise. Papa a enroulé la couverture autour d’elle tout doucement, il l’a portée et posée délicatement sur le trottoir et puis il s’est tourné vers le chauffard l’a regardé un moment en silence avant de dire :


– Tu sais que cela aurait pu être un enfant, que cela aurait pu être une de mes filles… Je ne ferai pas de constat, et toi, maintenant, tu vas remonter gentiment dans ta voiture et dégager d’ici. Je te conseille vraiment de ne plus jamais passer dans mon quartier en voiture.


Tout en parlant papa s’est approché tout près de l’homme et on aurait dit qu’il allait le pousser.


Cet homme-ci, avec sa portière à peine cabossée, me fait peur. Penché sur moi il me regarde furieux et je le place immédiatement dans ma liste – ce n’est pas une vraie liste, c’est dans ma tête – juste après l’homme qui battait Julien, qui l’attachait à son lit parce que celui-là c’est le plus mauvais d’entre tous, même si je ne l’ai jamais vu je crois bien que je le reconnaîtrai, au moins à son odeur, des hommes aussi méchants que ça, ça doit puer ! Comme je n’ai toujours pas répondu à sa question, il s’adresse à Elena tout aussi durement qu’à moi :


– I sont où vos parents ?

– On habite un peu plus haut dans l’avenue, si vous voulez je vous montre.

– C’est ta sœur ?


Elena ne répond pas, elle m’aide à me relever et me demande :


– Ça va Chloé ? Tu t’es fait mal ?


Je ne me suis pas encore posé la question. J’ai envie de pleurer. Mais pas devant cet homme.


– Je ne crois pas, je suis tombée sur l’herbe. Mais t’as vu mon vélo ! Il est complètement foutu.


J’ai un peu mal aux fesses et au coude, mais ça va, je me remets debout. Mon pantalon est tout taché. Je range tristement mon vélo tordu contre un arbre et on remonte à pied vers la maison, Elena pousse son vélo, l’homme nous suit en silence. Arrivé devant le portail ouvert sur l’allée, l’homme hésite :


– C’est là que vous habitez ? Vous êtes les filles de l’entrepreneur ?


Nous on le regarde, il a l’air inquiet c’est bizarre.


– Oui, lui répond Elena, vous connaissez papa ?

– Non, pas vraiment… OK. Je laisse tomber pour cette fois.


Et s’adressant à moi beaucoup plus gentiment que tout à l’heure :


– Tu feras attention où tu roules à l’avenir.


Elena et moi on se regarde sans comprendre, pourquoi il n’est plus fâché ? Pourquoi il ne veut plus parler à nos parents ? On le voit, étonnées, regagner sa voiture. Moi, je suis d’abord soulagée qu’il ne dise rien à papa, puis je me dis que ça ne change pas grand-chose parce que mon vélo est cassé et qu’il faudra bien expliquer ce qui est arrivé.



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Cette nouvelle fait partie d'une série à épisodes indépendants.


 
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   MonsieurF   
2/7/2018
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Quel dommage cette fin expédiée. J'ai apprécié le rythme, l'écriture de cette nouvelle courte. C'est enlevé, agréable, ça m'a pris sans me lâcher.
Mais voilà, la fin arrive d'un coup, hop comme ça et me laisse une sensation d'inachevé.
C'est vraiment dommage parce que le reste est très plaisant.

   plumette   
2/7/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Cet épisode de l'enfance de Chloé a un petit parfum de mystère avec cette fin qui met un questionnement dans la tête de l'enfant au sujet de son père.
J'étais avec Chloé, sur son vélo, en train de dévaler la pente. Les sensations sont là, la vitesse, un peu de peur, le tressautement sur les pavés et puis il y a la chute avec cette portière qui s'ouvre brusquement.
Je n'ai pas réussi à croire à la réaction du type qui s'occupe de l'état de sa portière au lieu de s'occuper de la gamine qui gît au sol!

Le récit de la mort de la chienne est émouvant . Sur le plan narratif, il intervient comme une remémoration, dans les pensées de Chloé, alors qu'elle est à terre et peut-être blessée ? Cela m'a fait bizarre cette sortie du récit principal qui nous emporte ailleurs.
Comme ces digressions sur les gens que Chloé veux mettre dans sa liste.

je me demande s'il ne faut pas choisir plus franchement entre action et commentaires sur la situation.

globalement, la lecture m'est agréable, je pense qu'il ya encore du travail pour la construction du récit/ les ingrédients sont là, la sensibilité est toujours présente, c'est le positionnement de Chloé qui me pose parfois difficulté.

Bonne continuation

Plumette

   vb   
3/7/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Génial! Génial! Génial!

Tout à fait mon genre! Je sens le vent, la pente, les secousses des pavés. Je vois Ella qui crève sur sa couverture. J'entends le bruit des clochettes. Je vois ce type qui veut son constat. Oui, il manque quelques virgules, mais, franchement, hein? Est-ce tellement important? J'aime tellement que je ne peux être critique.

   Jean-Claude   
5/7/2018
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour,

J'aimais bien la lecture, à peine gêné par un ou deux problèmes de ponctuation mais... c'est quoi cette fin ? Moi aussi je veux savoir pourquoi. Un entrepreneur ? Au sens propre ou au sens figuré ? Et en quoi cela motive le changement le comportement de l'homme à la portière ? Etc. etc. Cette fin casse le texte.

Le titre me parait inapproprié.

Un texte rempli essentiellement de digressions : la description de la boutique, son passé, la vielle dame, l'accident du chien et l'attitude du père, le copain battu. Pas forcément pertinentes.

Au plaisir de vous (re)lire.
JC

   Tailme   
18/7/2018
 a aimé ce texte 
Pas ↓
Il y a des problèmes dans ce texte qui méritent de disparaître après relectures.

Je vais commencer par le style d'écriture.
On suit une enfant, donc vous avez opté pour un style simple, parsemé de déformations orales. Pourtant, on retrouve des mots qu'un enfant ne prononcerait jamais : "asphalte" par exemple.
Les "on" et les "nous" s'entrecroisent et finissent par déboussoler. Garder le "on" aurait été préférable pour une enfant.
Certaines phrases sont longues, parfois infinies. Et certaines répétitions brusquent la lecture comme les "ça".

Concernant l'histoire.
La digression de Chloé sur son chien casse totalement le rythme. Je me suis un peu perdu. Et cette fin mérite d'être étoffée. Qui est ce père ? Le Diable ? Peaufinez et surprenez ! Ce texte en a la capacité

Au demeurant, j'ai lu votre histoire en entier, ce qui est déjà un bon point. Bonne continuation.

   Vanessa   
18/7/2018
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour,
J'ai attendu après l'accident de retrouver le lien avec le petit magasin vert et surtout les bonbons.Je n'attendais même que ça et ce n'est pas venu.
J'ai malgré tout apprécié votre narration, avec un très juste côté enfantin .
Les tournures de phrases sont parfaitement adaptées à l'âge de la narratrice.
Je reste malheureusement sur ma déception .
Mais qu'est-il advenu des précieux bonbons ?

   Eccar   
18/7/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour,
Bravo les filles pour cette tranche de vie comme chapardée à l'enfance. Tout est si authentique. On se sent dans la tête de la gamine, dans ce petit magasin vert où je revois le papy qui me servait des caramels à 1 centime (de francs nouveaux à cette époque), le même sans doute mais dans une autre rue, une autre ville, une autre vie. On ressent la détresse de la chienne s'excusant pour cette dernière bêtise, et le père vengeur auquel sans doute il ne fait pas bon se frotter (ce qui donne une bonne explication de la fin).
Le style est diablement sautillant comme l’espièglerie des enfants, c'est réellement une jolie histoire même si elle n'a pas de fin. La vie en aurait-elle une ?
Mille bravos pour ce souvenir ensoleillé.

   SQUEEN   
23/7/2018

   solo974   
13/8/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour SQUEEN,
J'aime beaucoup votre nouvelle.
L'usage du présent de narration constitue tout d'abord un gros plus selon moi : il contribue, en effet, à rendre la scène très vivante et favorise, de surcroît, l'identification aux personnages principaux.
Vous avez su par ailleurs - grâce aux dialogues notamment - nous les rendre attachants : on suit Elena et Chloé, on a peur avec elles de cette "mauvaise personne" !
Un récit très bien mené, empreint de cet "esprit d'enfance" si cher à Georges Bernanos.
Merci pour cette lecture et au plaisir.

   matcauth   
14/8/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

J'ai plutôt aimé votre histoire, cette tranche de vie qui se suffit à elle-même, avec un contexte qui se crée très vite et pour lequel il ne manque rien.

On n'est jamais perdu, d'ailleurs même la fin ne m'a pas perdu. J'ai bien vu la situation, l'état d'esprit des filles, l'ambiance, le côté réaliste qu'offre ce contexte.

Peut-être que la fin reste un peu en suspens, mais libre à chacun d'interpréter ce qu'il veut, puisque ce n'est pas ça le propos, mais l'état d'esprit, le ressenti et cette évolution dans un monde mystérieux, quand on est enfant. On ne sait pas toujours ce que l'on doit faire, on ne comprend pas tout, tout comme, à un autre niveau, on ne comprend pas tout, une fois adulte.

De plus, les choix de chacun sont connectés, sont une conséquence de milliers de critères.

Je retiens tout cela dans ma manière de vous notre ici. Merci donc pour cette lecture.


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