Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Humour/Détente
styx : Un vrai régal
 Publié le 01/03/11  -  12 commentaires  -  24745 caractères  -  133 lectures    Autres textes du même auteur

Dis-moi qui tu manges et je te dirai qui tu es...


Un vrai régal


- Il a mangé un cadavre… Non mais tu te rends compte il a bouffé du macchabée quoi !


Estéban continuait à déguster son foie gras poêlé. Juste bien, un peu rosé à l’intérieur, poivre de Sichuan, sel de Guérande, allongé sur un chutney pomme-figues.


- Tu te rends compte un peu ?

- De quoi ?

- Ton voisin a ingéré de la chair humaine…

- Et alors ?

- Et alors ? C’est pas rien quand même…

- C’était il y a longtemps apparemment et puis c’était des conditions particulières… Oh allez laisse tomber ces ragots, on s’en fiche non ?


Estéban et Claire allaient se marier dans trois semaines. Il prit la main de sa douce moitié. Ce samedi soir ils avaient décidé de fêter ensemble l’emménagement de Claire chez lui et la fin prochaine de leur célibat. Claire détestait cuisiner, lui adorait régaler ses papilles et surtout il adorait Claire.

Il fit semblant de lui manger la main et rit.


- Miam miam miam ! fit-il d’une voix ténébreuse.


Elle rit avec lui. Il reprit :


- Elle est bonne ta cassolette de Saint-Jacques ?

- Pas mal…


Et ils se remirent à manger.

Estéban et Claire se connaissaient depuis trois ans. Elle était cadre commerciale dans une importante société de machines agricoles et lui était ingénieur en agroalimentaire. Ils s’étaient rencontrés un jour lors d’une formation du Conseil régional sur les nouvelles techniques de fertilisation non polluantes. Elle était la seule femme. Lui était le seul à ne pas la regarder. La révélation se fit devant les petits fours du pot de clôture. Pendant que des prédateurs en costume rôdaient autour d’elle, Estéban, casual, se délectait avec bonheur des amuse-bouches et du vin qui étaient servis. Claire était peu passionnée par la nourriture en général. Elle mangeait pour vivre… Assez massif et discret, Estéban quant à lui, aimait la bonne chair, le vin, les produits du terroir mais aussi toutes sortes d’expériences et curiosités culinaires. Elle se fraya un chemin jusqu’à lui et alla se servir sans conviction. « Je ne sais que choisir » dit-elle avec un air précieux. C’est alors qu’il la remarqua enfin.


- Ben… Goûtez-en un et vous verrez bien, répondit-il un peu rustre.


Elle s’exécuta et croqua du bout des lèvres un minifeuilleté. Il la scruta avec insistance, sans sourciller ni sourire mais ne semblait pas pour autant subjugué par sa beauté ostentatoire. Il était juste muet et elle mal à l’aise. Claire était plus habituée à la pâmoison qu’à l’indifférence masculine. Elle termina sa bouchée très intriguée et lança :


- Eh bien bonjour, je m’appelle Claire…

- Estéban, enchanté !


« Ça y est, pensa-t-elle, it’s alive ! » et leva les sourcils avec un léger rictus.

Il se tut à nouveau, prit le même feuilleté, l’engloutit en deux nanosecondes. Et puis encore un.


- Ils sont bons ceux-là hein ? lui demanda-t-il la bouche pleine.


Elle était décontenancée. Cet homme ne ressemblait à aucun autre mais pour autant rien qui suivit ne la fit fuir.


- Euh… Oui… Mais… articula-t-elle doucement comme parlant à un vieillard sénile.

- Mais ils pourraient être plus chauds... Ouais bon c’est vrai…


Il secoua la tête et il se mit un autre canapé dans le buffet.


- Voilà, plus chauds, répondit-elle, amusée. Vous devez avoir soif non ?

- Oui, oui, oui ! J’ai vu, il y a du bon vin là. Du blanc avec nos feuilletés ris de veau, ça ira bien hein ? Je vous prends un verre aussi forcément.


Elle acquiesça comme un automate en réalisant que « Oh Mon Dieu ! » (petite voix hurlante dans la tête), elle avait mangé la glande thymus du veau. Elle trouvait ça monstrueux « Pauvre bébé vache ! » et dégoûtant, elle qui ne supportait pas la vue d’un abat. Les yeux fermés avec un haut-le-cœur elle imagina une matière visqueuse, molle avec des nerfs, du relief, des vaisseaux sanguins. Elle eut une moue dégoûtée mais se reprit quand elle le vit revenir tout guilleret et maladroit avec ses deux verres de Meursault Genevrières.


- Tin tin ! tonna-t-il, triomphant, en lui tendant son verre de vin.


Elle ne put s’empêcher de laisser échapper un rire. Il était comme un enfant qui avait trouvé un copain de cantine aimant les épinards comme lui. Il n’était absolument pas conscient de son pouvoir de séduction. Pour rien au monde elle ne lui aurait dit à cet instant qu’elle n’avait ni faim ni soif, qu’elle abhorrait toutes sortes de glandes ou d’organes comestibles aussi goûteux qu’ils pussent être, qu’elle s’ennuyait ferme dans un restaurant gastronomique et que l’œnologie ne l’intéressait pas, pas plus que le sucré-salé, pas plus que la cuisson d’une viande rouge, pas plus qu’un fromage bien fait ou qu’un physalis décoratif.


Claire avait donc décidé de quitter son appartement en location pour vivre avec lui. Il était propriétaire d’une maison héritée de ses parents. C’était une maison jumelée sans grande prétention avec un jardin pour y cultiver un potager. Évidemment Estéban s’alimentait autant que possible par ce qui poussait dans son jardin. Claire lui avait refait la décoration intérieure avec beaucoup de goût et de finesse. Elle mit des plantes ornementales à la place des plantes aromatiques. Au revoir la menthe, le basilic et le persil dans le salon et bienvenue aux ficus, anthurium, et yucca… D’emblée c’était tout de même plus avenant. Une très jolie maisonnée feutrée, stylée mais humble, intimiste, à leur image. Claire avait enfin trouvé la profondeur dans cet homme atypique. Elle aimait se lover dans son univers comme on se laisserait happer par un immense oreiller moelleux. Elle aimait poser sa tête sur son ventre rond et douillet, fermait les yeux et écoutait son cœur battre pour elle.

La demeure accolée à celle d’Estéban appartenait depuis deux mois à un septuagénaire seul, au look improbable de baba cool grisonnant. Les anciens propriétaires étaient décédés depuis plusieurs années, quelques mois avant la maman d’Estéban. La succession avait été plus que laborieuse. Voilà c’était enfin vendu.

Ce samedi matin, Claire avait fait son entrée administrative à la commune et avait appris par l’adjoint au maire que « Il paraît que vot’ nouveau voisin a mangé de la chair humaine pendant la guerre… ». C’était juste après le « Bienvenue à Noillac ma p’tite dame ! » et quelques banalités sur le temps et la beauté de nos campagnes françaises. Un intriguant dans le village… Portrait à la va-vite très réducteur basé sur un potin de village mais pour le coup très efficace… « Chut, je vous ai rien dit hein », ajouta-t-il avec un clin d’œil mystérieux.

Ce soir-là, Claire et Estéban étaient donc assis à la table d’un très bon restaurant, achevant leur entrée.


- Estéban…

- Oui ma douce ?

- On va bientôt se marier et vivre ensemble…

- Oh oui ma douce…


Elle adorait ses expressions enfantines, sa nature prompte à l’émerveillement.


- On va vivre dans ta maison.

- Ne dis pas « ta maison », c’est notre maison maintenant mon ange.

- Oui, je sais, il faut que je m’habitue à dire chez nous et plus chez toi…

- Chez nous, chez nous, chez nous, répéta-t-il à l’infini, les yeux plissés avec un sourire idiot.

- Tu me fais rire toi !

- Je sais.

- Estéban…


Il posa sa fourchette, s’essuya les lèvres, replaça sa serviette et prit à nouveau la main de Claire.


- Ma tendre mie… dites-moi donc ce qui vous importune…

- Oh non, rien ne m’importune…

- Tatatata… je vous connais jeune fille.

- M’importuner… non… Je ne dirais pas ça…

- Vas-y Claire. Je n’ai jamais été bon en télépathie ni en subtilité féminine. Tu sais bien.

- Tu sais ce matin à la mairie…

- Ouais…

- Ben tu sais, l’adjoint il a dit que… tu sais… le nouveau propriétaire…

- L’adjoint est un con Claire.

- Oh Estéban ! Tu ne devrais pas dire des choses comme ça.

- Oui pardon Claire, tu as raison. L’adjoint est un gros con !

- Pfff… J’imagine bien que tu es au-dessus de tous ces ragots de village. N’empêche…

- Ce patelin est mon village natal et je suis ravi de pouvoir m’y installer avec toi. Cette idée de continuité m’enchante. C’est la maison de mes parents et tu en as fait un vrai petit cocon d’amour. Je te jure, je suis vraiment heureux. Mais toi tu n’as jamais vécu dans un petit village. Il ne faut vraiment pas faire cas de ces remarques à deux francs six sous. C’est stérile, inutile, sans intérêt quoi. Et puis je ne suis au-dessus de rien ma chérie, juste je ne veux rien savoir de ces préjugés, ces a priori fondés sur un délit de faciès ou je ne sais quoi d’autre… Tu ne devrais pas t’y intéresser non plus. L’adjoint c’est vraiment un crétin de première, je le connais, ses fonctions de sbire du maire d’un patelin de 400 habitants lui montent à la tête. Il n’a rien dans sa vie ce mec. Il a vu une belle fille ce matin et il a fait son malin. C’est un mou du bide, un sans boule.


Claire rit.


- Sans boule ??? reprit-elle mi-amusée mi-choquée.

- Sans boule et sans cerveau… (sur l’air de « Sans chemise, sans pantalon »…)


Estéban haussa les épaules. Ils rirent de concert.


- Je ne l’ai qu’entraperçu mais il a quand même l’air bizarre NOTRE nouveau voisin…


« Bizarre ». Estéban se tut mais ce genre de qualificatif et cette insistance même venant de sa promise ne lui plaisait guère. Sa maman avait fui l’Espagne franquiste et s’était réfugiée en France où elle rencontra le père d’Estéban bien plus âgé qu’elle. À l’époque, il vivait à Noillac comme un ermite et subsistait en tant que maraîcher. Enfant unique, issu de la campagne, Estéban connaissait trop bien les messes basses, les commentaires villageois nourris de la méconnaissance et de la peur de l’autre, de l’étranger, de ceux qu’on trouvait « pas comme tout le monde » .Tout avait évolué bien sûr mais malgré tout, il persistait tout de même quelques-uns de ces fameux spécimens anorchides et anencéphales résistant au changement et à la tolérance… Il fit diversion en souriant :


- Alors c’est que t’as jamais vu la photo de mon permis de conduire !

- Quoi ? Pfff.

- Ben tiens… Pour te dire, il n’y a qu’une femme qui ait vu cette photo. C’était ma maman.

- Oh allez… Tu exagères comme toujours…

- Si si !

- Ben fais voir…

- Non non, tu vas plus vouloir te marier avec moi après.

- C’est carrément impossible ça.

- Remarque tu as raison, si tu passes l’épreuve de la photo du permis de conduire alors notre union sera à l’épreuve de tout !

- Fais voir allez !


Diversion accomplie. Il sortit son permis ensuite ils se comportèrent comme deux adolescents. Ils riaient en se donnant des petites tapes comme des chatons qui jouent, se volant le document l’un l’autre.

Le plat principal arriva. Ils étouffèrent leur rire devant le serveur qui, droit comme un piquet, articula très solennellement en appuyant la fin de chaque mot :


- Pour Madame : dos de bar rôti sur la peau, sommités de choux-fleurs et cressonnière d’huîtres. Cet excellent loup de mer sera accompagné, comme Monsieur votre époux l’a si justement proposé, d’un verre d’Auxey Duresses 2004. Pour Monsieur donc : poitrine de pigeonneau, ses cuisses en sucettes croustillantes, jus aux épices douces. Ce savoureux volatile sera, quant à lui, accompagné d’un verre de Pauillac 2005. Très bon choix Monsieur…


Estéban applaudit discrètement du bout des doigts avec une mimique respectueuse « Je suis fan, ah ouais… » et regarda avec insistance sa complice qui, évidemment, se dut de l’imiter. Le serveur, amusé mais toujours sobre, sourit à son tour.


- Madame, Monsieur, bonne dégustation !


Claire se dit encore que chaque moment passé avec Estéban était un délice, un divertissement. Elle ne s’ennuyait jamais. Il savait la distraire mais toujours la faire revenir à l’essentiel. Elle avait hâte de partager sa vie et d’être sa femme même si cette histoire abracadabrante de voisin nécrophage la chagrinait toujours…

Le menu était divin. Le dessert commun fut à la hauteur de ce qui précéda : douceur chocolat Ivoire et Malibu, senteur de coco et minestrone de fruits exotiques, servi magistralement avec une bouteille de champagne. L’alcool distilla insidieusement les pensées et les inhibitions…


- Estéban, je passe, comme toujours un superbe moment en ta compagnie. Et cela vaut bien tous les brûlages de culotte de la Terre.

- Ha ha… brûler ta culotte mon amour cela pourrait m’intéresser… le feu de mon corps !

- Pfff. T’es bourré toi !

- Euh… j’ai un petit coup dans les mirettes certes, je dois bien le reconnaître !

- Je suis bien avec toi et on sera bien tous les deux dans notre petit chez nous. Demain les camionnettes pleines de mes affaires arrivent et dans 3 semaines…


Claire chantonna la marche nuptiale. Estéban reprit l’air de Wagner trop fort. Les clients du restaurant les observaient en se disant « On boit pas quand on sait pas… » Blablabla. Rabat-joie !


- Chut ! Estéban, dit-elle en gloussant.


Claire et Estéban sortirent éméchés du restaurant, décidèrent par sécurité de laisser la voiture sur le parking et de rentrer en taxi. À l’arrière du véhicule avec chauffeur, elle posa la tête sur son épaule, s’assoupit rapidement, Claire n’avait pas l’habitude de boire de l’alcool. Il regardait la nuit défiler par la fenêtre du taxi. Ils quittèrent la ville illuminée pour des routes de campagne et arrivèrent « chez eux ». Il devait être entre minuit et une heure du matin.

Estéban extirpa littéralement Claire de la voiture. Elle dormait, avait bavé sur son épaule la bouche ouverte. Estéban se sentait toujours honoré de ces moments avec Claire. Aussi bizarre que cela pût paraître, il savait qu’elle lui réservait ces abandons-là. Claire était toujours bien coiffée, maquillée. Elle était soucieuse de sa ligne et de ses tenues mais avec son amoureux, elle se permettait la négligence, la nonchalance. C’était une première pour elle. Estéban lui faisait tant de bien. Il tenait fermement Claire par la taille, elle était mi-consciente. Il la traîna jusqu’à la porte d’entrée quand il entendit gratter. Le bruit semblait provenir de la maison d’à côté. Claire grommela « Kessessè ça ? », un œil à moitié ouvert et l’autre à moitié fermé…


- C’est rien ma chérie, un chat certainement…


Estéban portait Claire d’un bras et cherchait ses clés de l’autre. Il farfouillait, farfouillait.

« Merde, merde ». Claire finit par ouvrir l’autre moitié de ses yeux.


- Mais ça caille Estéban, tu fais quoi ?


Elle se redressa, libérant l’autre main d’Estéban. Il frotta et gratta frénétiquement les poches de son jean, de sa veste.


- Claire regarde dans ton sac s’il te plaît.

- Hein ?

- Claire je cherche les clés de la maison, s’énerva-t-il…

- Merde !


Elle fouilla son sac de fond en comble. Le bruit voisin stoppa net et une tête sortie de nulle part jaillit au-dessus du muret mitoyen :


- Eh ! cria la tête.


Claire et Estéban sursautèrent et crièrent à leur tour. Claire se cacha derrière son futur mari.


- Ah ! Qui c’est ! Ah ! gronda Estéban.

- Eh ! C’est bon, reprit la voix rauque. C’est votre voisin. Flippez pas comme ça !

- Hein quoi ?

- Le monsieur vous dit que c’est votre voisin. Flippez pas je vous dis, je vais pas vous bouffer !


Claire se colla contre le dos d’Estéban. Le serra fort en murmurant :


- Oh misère… Je veux rentrer Estéban, vite, je veux rentrer.

- J’ai pas les clés ! répondit-il tout bas.

- Hein qu’est-ce qu’il dit ? reprit le voisin encore plus fort.

- Je crois que j’ai perdu mes clés ! tonna Estéban.


La voix prit corps et le voisin apparut devant eux. Malgré la pénombre, ils purent distinguer un papi avec les cheveux longs, une truelle à la main. Estéban et Claire restèrent immobiles. Claire, vaseuse, se cachait toujours derrière son fiancé. Le papi regarda sa truelle et la jeta dans sa cour en secouant la tête :


- Ah… faut pas avoir peur… j’étais en train d’enterrer une couenne de lard.

- Ah oui ? demanda Estéban dubitatif.

- Oui vous savez pour les verrues… Saloperies de verrues !

- Des verrues ? Une couenne de lard…

- Ah mais je suis bien impoli… Je m’appelle Ambroise. Oui je sais c’est un prénom de vieux mais bon… je suis vieux hein ?


Il se mit à rire et reprit :


- Vous semblez embêtés là ?

- Oh oui… On a perdu nos clés je crois bien, répondit Estéban qui essayait de décrocher le koala effrayé agrippé dans son dos.

- Vous voulez un café ? Il fait froid là à rester sans bouger non ?

- Euh ben… hésita Estéban.


Claire le suppliait en boucle dans l’oreille de refuser.


- Vous pouvez pas rentrer chez vous de toute façon… Allez ! On est comme des cons là !

- Il est une heure du matin… ajouta Estéban un peu embarrassé.

- On s’en fout. Justement c’est cool…


Claire grogna comme un ours et pinça Estéban qui lui lança un regard désapprobateur. Ils entrèrent chez leur voisin Ambroise. Les tourtereaux étaient encore alcoolisés. Claire craignait son absence de maîtrise ainsi que ce vieil homme qui les recevait chez lui bien malgré elle mais Estéban était là… alors tout irait bien. Claire se résolut à s’exprimer le moins possible pour ne pas trahir son manque de lucidité. Estéban, quant à lui, avait l’habitude de gérer les excès.


- Vous savez où vous avez pu perdre vos clés ? interrogea Ambroise.

- C’est au restaurant ou dans le taxi. Je vais appeler les deux si ça ne vous dérange pas.


Estéban sortit son téléphone portable. Claire lui arracha des mains.


- Je vais le faire moi, lança Claire frénétiquement.


Estéban eut un moment d’interrogation puis comprit qu’ainsi, elle lui laissait le soin de rompre la glace avec Ambroise.


- Ok ma chérie, comme tu voudras.

- Oui oui, je vais aller dehors comme ça je ne vous dérange pas hein. Je reviens…


Elle sortit précipitamment. Estéban s’assit sur le canapé, embarrassé à nouveau.


- Les femmes… soupira Ambroise qui partit préparer deux cafés pour ses invités surprise.


Estéban sourit. Il regarda discrètement autour de lui. La décoration était assez kitsch mais il y avait pléthore de photos au mur, des cadres. Des paysages et des visages qui semblaient lointains. L’Asie vraisemblablement. Le regard d’Estéban revint sur la table devant lui où était posé un cendrier avec un joint éteint. Estéban pencha la tête… Ambroise revint avec deux tasses fumantes et dit :


- C’est comment votre petit nom à tous les deux ?

- Oh… oui pardon. Moi c’est Estéban et la jeune femme qui m’a volé mon portable c’est Claire, ma future femme.

- Ah ouais… Vous allez vous marier ?

- Oui dans 3 semaines.

- Félicitations !

- Merci beaucoup.

- On est voisins mais on ne s’est pas beaucoup vus… En même temps, ça fait pas tellement longtemps que j’ai emménagé.

- Moi je suis né là, c’est la maison que j’ai héritée de mes parents. Claire s’y installe demain.

- Cool…

- Je peux vous poser une question ?

- Ben oui…

- J’ai pas bien compris votre histoire de couenne de lard et de verrues…

- Ben c’est un remède de grand-mère. Quand on a une verrue coriace, il faut frotter une couenne de lard dessus et l’enterrer dans un jardin ou ailleurs. Quand la couenne se décompose, la verrue part.

- Faut faire ça à une heure du matin ?

- Pfff… Non non… c’est moi qui n’arrivais pas à dormir. L’heure n’a pas d’importance. Dis Estéban, ça te dérange si on se tutoie ?

- Oh non pas de souci… Tu sais en plus j’ai, plutôt on n’a pas les idées très nettes. On a été au resto et on a bien arrosé notre repas ce soir…

- Je vois oui… Alors il faut pallier ce décalage. Je vais descendre au même niveau que vous.


Et Ambroise ralluma le pétard éteint dans le cendrier. Estéban était surpris mais cette soudaine et étrange proximité l’excitait.


- T’en veux ? demanda l’original papi en tendant l’objet illicite à son invité.


Claire rentra à ce moment précis et assista à cette scène surréelle. Ce devait être les effluves résiduelles d’alcool… Claire fumait de l’herbe occasionnellement avec Estéban, ou avec des copines mais là… c’était décalé comme situation. Ambroise avait au bas mot 70 ans… On ne fume pas un joint avec un grand-père qu’on ne connaît que depuis une demi-heure, qui est potentiellement cannibale et qui enterre des couennes de lard dans ses jardinières à une heure du mat. C’était délirant… Ambroise lui proposa également une bouffée. Elle refusa aussi gentiment qu’Estéban puis annonça que les clés n’étaient pas dans le taxi, le chauffeur avait vérifié. Elles devaient alors être au restaurant mais il était fermé évidemment. Ils étaient donc coincés sans voiture et ne pouvaient appeler personne à cette heure tardive.


- Qu’à cela ne tienne ! Vous allez passer la nuit ici et demain matin, je vous emmène au restaurant pour récupérer vos clés. Ok ?


Claire un peu paniquée implora Estéban des yeux mais que pouvaient-ils faire ? Elle dut se résigner. Estéban avait envie de tenter ce rapprochement.


- Ben c’est pas très conventionnel non ? rétorqua Estéban.

- Tu sais moi et les conventions... Y a pas de souci, j’ai une chambre d’amis, j’ai juste à mettre des draps et puis on prendra un super petit dej demain ensemble. C’est coooooooooool !

- C’est carrément l’incruste quand même, reprit Claire.

- T’inquiète jolie petite Claire. Je suis un ancien Jaraï et chez nous, on accueille le visiteur comme un roi… ou comme une reine. Par contre gare aux ennemis, on leur bouffe le foie !


Cette dernière phrase la fit tressaillir. Ambroise éclata de rire et continua :


- Savez-vous jeunes gens que je suis un vétéran de la guerre d’Indochine ? Pire, un déserteur ! Fier de l’être, plutôt de l’avoir été.


Ils secouèrent la tête pour montrer leur ignorance et restèrent suspendus à ses lèvres comme des enfants impatients qu’on leur conte une histoire fantastique.


- Ben c’est que vous n’avez pas encore rencontré l’autre couillon de la mairie.

- Un couillon ? Quel couillon ? demanda Estéban avec un large sourire.

- Tu sais très bien Estéban. Tu es né ici alors tu connais forcément l’autre couillon de la mairie, celui qui raconte à qui l’écoutera que je suis cannibale.


Léger temps mort. Estéban rebondit :


- Ce couillon-là… et il fit un clin d’œil à Claire.

- Vous savez les jeunes, les Jaraï sont des montagnards du Viet Nam. Ils vivent dans des petits villages. Ce sont des paysans, des gens de la terre comme toi Estéban. Sauf qu’ils sont très très loin. Ils ont d’autres croyances que nous. J’avais à peine vingt ans, je suis parti faire l’Indochine, je me suis rebellé et j’ai déserté. J’ai été recueilli et caché par les Jaraï. J’ai été un traître à la patrie colonialiste. Cinquante ans sont passés mais dans mon cœur, je serai toujours l’un d’entre eux. C’est difficile à comprendre peut-être et je sais pas pourquoi je vous raconte tout ça…

- Tu sais Ambroise, coupa Claire, Estéban et moi on n’est pas du genre à écouter les commérages… Hum… Par contre, puisqu’on est coincés chez toi et qu’on va tous avoir du mal à dormir, je veux bien partir en voyage au Viet Nam avec toi et écouter tes aventures…


Claire, à l’aise, s’affala dans le canapé, se laissa glisser, confia les rênes de la nuit à ces deux doux dingues. Estéban se grisait de ce dérapage imprévu.


- Les Jaraï ma belle sont un magnifique peuple mais pratiquent parfois le sacrifice d’animaux en offrande symbolique aux démons pour qu’ils s’enfuient et les laissent vivre en paix. J’ai vécu plus d’une année avec eux. M’être rangé à la cause des autochtones m’a valu bien des soucis et de la prison quand j’ai voulu revenir sur le sol français… Mais j’ai vécu en une année ce que vous ne pourriez vivre dans une vie entière. Certains ont dit que les Jaraï, comme les Laotiens et d’autres peuples, pratiquaient l’exo-cannibalisme… Vous savez ce que c’est ?


Bouche bée, ils secouèrent leur tête embrumée, absorbés par cette histoire.


- C’est manger la chair de son ennemi pour s’approprier son âme, son énergie. Ça s’est pratiqué pendant certaines guerres et notamment celles qui ont ravagé le Viet Nam. Ils capturaient un ennemi et lui mangeaient son foie… Quand je suis d’humeur taquine, j’aime raconter que j’ai mangé de la chair humaine pendant la guerre moi aussi. C’est de la jubilation à l’état pur quand je vois les têtes se déconfire. J’ajoute alors que c’est délicieux un foie humain… aussi bon qu’un foie gras ou des ris de veau. C’est cool non ?


Claire et Estéban se regardèrent, ébahis, et passèrent le restant de la nuit à écouter Ambroise leur narrer ses aventures indochinoises qu’elles fussent réelles ou imaginaires… Ils s’éprirent tous deux de ce personnage fantaisiste et savoureux capable de leur préparer un merveilleux ragoût de porc au caramel ou un canard épicé aux cinq parfums en fumant ses cigarettes euphorisantes.

Estéban et Claire se marièrent à Noillac comme prévu. Ambroise fut invité et arriva en costume traditionnel vietnamien à la mairie sous le regard médusé de l’adjoint. Ce fut un régal !


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   Anonyme   
17/2/2011
 a aimé ce texte 
Vraiment pas
Alors une nouvelle qui ne tient pas ses promesses je trouve Elle démarre fort bien, sur un bon rythme, je me suis vite attaché aux deux princpaus protagonistes, bien que je trouve les dialogues un peu mal construits, pour tout dire je trouve qu'ils ne sonnentb pas justes, comme si les paroles étaient forcées, et à leur débat sur le cannibalisme.

Mais quand arrive le voisin je trouve que le texte prend un tour de moins en moins intérressant, de plus en plus décousu, avec des dialogues qui sonnent complétement faux (le "coool" du baba du même nom est totalement risible je trouve) et avec une chute totalement banale.

C'est dommage je trouve c'est un peu un gâchis de bonne idée en fait.

Je crois qu'il faut revoir tout ça.

   shanne   
18/2/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,
Cette nouvelle, un vrai régal pour moi.
Bien écrite, la description des personnages est bien faite. Claire se nourrit pour vivre, Estéban aime la bonne chaire. La chair ? mais pas la chair humaine qui est réservée au voisin...un vrai personnage qui semble bien au courant de sa réputation et qui en joue. J'ai adoré leur rencontre, c'est vrai Claire se nourrit plus de relations que d'un bon repas. J'ai souri en imaginant la tête de l'adjoint du maire, le pauvre ...
Un e ambiance rurale bien décrite sans oublier l'origine des ragots
Bravo et merci à vous

   Coline-Dé   
19/2/2011
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Cette histoire sympathique souffre de déséquilibre et d'une focalisation un peu diffuse, selon moi. On se demande en effet si vous souhaitez raconter l'histoire d'amour entre Claire et Esteban ou l'histoire d'Ambroise, et cette hésitation vous fait manquer votre sujet et entraîne des déséquilibres : la scène au restaurant entre Claire et Estéban est trop longue pour le peu d'éléments qu'elle ajoute, on dirait qu'elle tire à la ligne, en particulier le dialogue du début que je trouve artificiel ( comme le récit d'exposition raconté par le fidèle serviteur dans les tragédies, bon, c'est vrai, vous avez d'illustres prédécesseurs !!! )
En revanche l'histoire assez extraordinaire d'Ambroise avec les Jaraï est torchée en quatre lignes à la fin.
J'ai eu le sentiment qu'il y avait la matière, mais que l'histoire globale n'arrivait pas à se nouer, parasitée par des détails sans grande importance. On a , en lisant, un problème de hiérarchisation des informations, comme dans un tableau mal composé, où on ne sait quoi regarde, tant tout est sur le même plan.
Sinon, j'ai apprécié le côté culinaire : on sent la gourmandise et la forme de générosité qui va bien avec ! Le style, léger, fait parfois un peu négligé, mais il a une certaine vivacité.

   jaimme   
23/2/2011
 a aimé ce texte 
Bien
Une écriture souvent très agréable. J'ai eu envie de lire cette nouvelle (et quand on en lit beaucoup on se lasse vite, c'est donc un vrai compliment).
Au départ le parler d'jeune du papy m'a un peu gêné, et puis le personne se dessine peu à peu. Reste quand même que j'attendais que le couple s'en étonne à un moment ou à un autre.
Je comprends l'envie de bien dessiner les personnages, mais il en résulte une nouvelle déséquilibrée: on part sur l'histoire d'un couple et il s'avère qu'on atterrit sur une anecdote de leur vie. J'ai bien vu qu'on partait de la nouvelle que le voisin aurait mangé de la viande humaine, mais le couple est si bien mis en place que le reste devient annexe. Etonnant et dérangeant. Il y a donc un problème d'équilibre, à mon avis.
Reste que la lecture m'a été très agréable.
Merci et au plaisir!

   caillouq   
25/2/2011
 a aimé ce texte 
Un peu
Une histoire amusante mais j'ai été très gêné dans la lecture par les virgules qui manquent, ce qui donne une désagréable impression de relâchement, comme si l'auteur n'avait pas relu son texte.
J'ai relevé, pour le début:
"C’était il y a longtemps apparemment et puis c’était des conditions particulières"
"Les yeux fermés avec un haut-le-cœur elle imagina une matière visqueuse"
"Voilà c’était enfin vendu."
"« Chut, je vous ai rien dit hein »"
"Tu me fais rire toi !"
"Mais toi tu n’as jamais vécu dans un petit village."
"Il sortit son permis ensuite ils se comportèrent comme deux adolescents. "
à suivre ...

   Pascal31   
1/3/2011
 a aimé ce texte 
Un peu
Une nouvelle que j'ai envie de comparer à un soufflé : l'intrigue monte peu à peu... et la fin tombe à plat, complétement ratée (à mon sens, en tout cas).
Les dialogues ne sont pas toujours réussis, en particulier lorsque apparaît le troisième personnage. J'ai eu du mal à avaler certaines répliques (les "cooool", "c'est mou du bide un sans boule", "tin tin", etc.)
Une faute (peut-être volontaire ?) s'est glissée ici : "Estéban aimait la bonne chair" (au lieu de "chère").
Le début du récit est plutôt bien fichu, je m'attendais à une fin exquise de noirceur, et au final (et c'est peut-être une façon de finir que l'auteur trouvait originale) rien ou pas grand-chose à se mettre sous la dent.
Un peu comme un bon repas terminé par un dessert insipide.

   toc-art   
1/3/2011
bonjour,

une première qualité dans votre texte : il se lit aisément et sa relative longueur n'a pas été un frein à ma lecture.

deuxième qualité : l'entame est alléchante. Moi, j'étais plutôt parti vers le témoignage des rescapés d'un crash dans les Andes mais quoi qu'il en soit, on a envie d'en savoir plus.

En revanche, je n'ai pas été convaincu pour deux raisons principales :

- la construction d'abord, qui donne trop d'importance au couple (assez improbable par ailleurs mais j'y reviendrai) et réduit le fond de l'histoire, à savoir les souvenirs du papy, à sa portion congrue.

- le couple lui-même que je n'ai pas réussi à trouver crédible, tant dans le portrait que vous faites de l'un et de l'autre que dans les dialogues qui m'ont paru très artificiels.

euh... j'ai une petite question le "il aimait la bonne chair" au lieu de "la bonne chère" est-il volontaire ?

bonne continuation

   Lunar-K   
1/3/2011
 a aimé ce texte 
Un peu
J'ai bien aimé le début, avec l'histoire de la rencontre entre Estéban et Claire, un début fort prometteur et drôle, dans lequel les deux personnages sont bien présentés et directement rendu fort attachants.
L'écriture est particulièrement agréable, légère, drôle, et s'il y a, effectivement, quelques lâchetés envers la ponctuation, cela ne fait que renforcer l'impression d'authenticité un brin décalée qui s'en dégage.
Malheureusement, le style s'appesantit par la suite. La plupart des dialogues deviennent beaucoup trop artificiels : les répliques d'Ambroise, surtout, qui sont ridicules tant elles sont stéréotypées (je ne sais si c'était l'intention de l'auteur, mais le fait est que je n'ai pas aimé).
Par exemple : "On s'en fout, c'est cool", "Les femmes...",...
J'aurai aussi bien aimé que l'histoire d'Ambroise soit davantage approfondie (sujet pour une prochaine nouvelle ?). Le dénouement de toute cette histoire tient en presque autant de ligne que l'énumération de la commande des futurs mariés par le serveur du restaurant... J'ai trouvé cela un peu démesuré.
Donc voila, j'ai trouvé ce récit très agréable à lire, il est bien écrit, etc. Par contre, les proportions de cette histoire ne me paraissent pas toujours des plus judicieuses...

   DouglasLejeune   
1/3/2011
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Pas mal.

Ecriture: rien a redire en dehors des dialogues. Ceux-ci en revanche sont parfois un peu faibles ou n'apportent rien.

Comme cela a ete dit avant, le principal probleme du texte est son manque de focalisation (histoire sur le couple ou sur le voisin?.) Le deuxieme est la banalite du fin mot de l'histoire, alors qu'on ne poursuit la lecture que pour savoir si le voisin a effctivement ete cannibale (on pense bien que non, quand meme) et surtout pour savoir dans quelles affres les protagonistes vont etre plonges du fait de cette reputation. En fait, aucune, Esteban ne doute jamais, voila le probleme. Meme en etant bon public, on ne bascule jamais dans le doute.

   misumena   
1/3/2011
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bonjour, lorraine Styx !

Mon commentaire va rejoindre les précédents, en ce sens que votre nouvelle est effectivement déséquilibrée et que la chute tombe bien à plat, alors que vous aviez une histoire potentiellement excellente à nous raconter ! Ambroise méritait un développement.
Je trouve le couple un peu surréaliste, mais attachant. J'aurais aimé une petite explication sur la manière surannée qu'a Estéban de s'exprimer, par exemple.
Cependant, j'ai lu cette histoire avec plaisir, et même un plaisir gourmand en ce qui concerne le passage du restaurant (en revanche, je n'ai jamais entendu de maître d'hôtel s'exprimer de manière aussi ampoulée, mais il est vrai que j'ai une expérience non nulle, mais assez modérée, des grandes tables). Il y a matière à autre chose. Gardez vos personnages sous la main, je suis certaine qu'ils vont grandir et évoluer.

   widjet   
2/3/2011
 a aimé ce texte 
Vraiment pas
Pour moi, ce texte est raté, désolé de le dire.

Je passe outre pleins de choses. Exit l’histoire légère, sans prétention même si la catégorie « Humour » n’excuse pas tout, bien au contraire (ce n’est pas parce qu’on écrit une comédie, qu’on se doit de la traiter par-dessus la jambe en avançant – oui, j’anticipe, mais c’est bon, je connais la maison ! - l’argument facile du « c’est juste pour se détendre »).

Je passe aussi sur le style non maîtrisé (par exemple utilisation du langage qui fluctue: le narrateur utilise du familier voire argotique puis bascule sur du soutenu voire du vieillot (je suis prêt à donner des exemples si besoin) sans souci de cohérence). Je passe outre la ponctuation (nombreuses absences de virgules), outre aussi la construction (ellipse un peu brutale on passe de la discussion entre les deux lors de leur rencontre et hop la ligne suivante « Claire avait donc décidé de quitter son appartement de location pour vivre avec lui »). Pas grave.

Allez, je passe aussi sur le final expédé et les dernières lignes dignes d'un "ils furent heureux et eurent beaucoup d'enfant".

Je sais que ce n’est pas volontaire du tout, que l’auteur voulait sans doute bien faire, (me) divertir, mais merde… j'ai quand même eu l'impression de lire la vie de « Ken & Barbie », deux « adulescents » d’une guimauverie à toute épreuve et non d'un jeune couple d'adultes. Et ça me met un peu en colère, je l’avoue. Au début, j’ai presque cru que l’auteur cherchait à ridiculiser ses héros, mais finalement pas.

Ce que je retiens surtout, c'est le traitement très "synthétique" du texte. C'est simple, on ne croit en rien et surtout pas aux personnages (qui représentent 80% du récit). Leurs échanges ultra artificiels écrits en enfilade sans souci de crédibilité, leurs réactions pré pubères (ah les « tin-tin », les « miam, miam, miam », les « oui, oui, oui » et autres « chez nous chez nous chez nous » d’Estéban ajoutés aux répliques énamourées et mielleuses de la jeune femme m'ont agacé) tout concoure à faire passer nos deux amoureux pour des grands naïfs pour ne pas dire autre chose (autre exemple pour caractériser le type : « Il était comme un enfant qui avait trouvé un copain de cantine aimant les épinards comme lui », ce genre de comparaison qui ne rend pas hommage au personnage selon moi).

Tout le long, j’ai vu des mômes de dix ans rire bêtement, se dire des mots doux d’un autre temps (force est de reconnaitre que les dialogues mieilleux à morrrrrrrrrrrrrt ne font en plus rien avancer, ce sont des confidences et des aveux sans autre intérêt que de remplir de l’espace, en tout cas c’est ma perception).

Exemple de passage dont on pourrait se passer sans que cela nuise à quoi que ce soit :

- Estéban…
- Oui ma douce ?
- On va bientôt se marier et vivre ensemble…
- Oh oui ma douce…
Elle adorait ses expressions enfantines, sa nature prompte à l’émerveillement.
- On va vivre dans ta maison.
- Ne dis pas « ta maison », c’est notre maison maintenant mon ange.
- Oui, je sais, il faut que je m’habitue à dire chez nous et plus chez toi…
- Chez nous, chez nous, chez nous, répéta-t-il à l’infini, les yeux plissés avec un sourire idiot.
- Tu me fais rire toi !
- Je sais.
- Estéban…


Et ce n’est pas en leur collant des joints ou en leur faisant dire deux trois gros mots que cela leur donne une maturité/densité.

« L’intrigue » peine à décoller et sans doute que l’auteur, conscient de cela a tenté de relancer l’intérêt (il faut rappeler que d’entrée, dès les premières lignes le sujet est lancé, et pas n’importe lequel : l’histoire d’un cannibale ! De plus, l'auteur a judicieusement accroché son lecteur avec son teaser des plus prometteurs "dis moi qui tu manges je te dirai qui tu es", force est de constater que ce qui suit ne répond pas à mes attentes).

Alors, bon, selon l’humeur, on trouvera cette démarche louable ou vaine de tenter de stimuler l’intérêt du lecteur dans un procédé que je trouve infantilisant qui peut aussi énerver c'est-à-dire en lui surlignant la situation au marqueur (passage du « On ne fume pas un joint avec un grand-père qu’on ne connaît que depuis une demi-heure, qui est potentiellement cannibale et qui enterre des couennes de lard dans ses jardinières à une heure du mat. C’était délirant… ), pour ceux qui n’auraient pas compris de quoi il en retournait.

Allez, je terminerai sur une note plus encourageante (sinon on va dire que je m’acharne ou que je suis un gros connard…ah, non, ça on me l’a déjà dit finalement). L’auteur semble tout de même un peu plus à l’aise dans la narration que dans les dialogues, je l’encourage à s’orienter plus dans ce registre. Et puis, j’ai appris deux mots : « anorchides » et « anencéphales », comme quoi, je n'ai pas totalement perdu mon temps.

W

EDIT : le premier commentaire posté ayant, dans sa forme notamment, froissé l'auteur plus que je ne l'aurais cru (et jamais souhaité, je précise), j'ai modifié certains termes, peut-être excessivement offensant.

   jeanmarcel   
16/2/2012
 a aimé ce texte 
Un peu
Le début nous met l’eau à la bouche, cela ressemble à du Stephen King dans la façon de présenter l’intrigue (chronique d’un petit couple tranquille dont la vie va basculée) mais la seconde partie du texte est moins élaborée, avec des longueurs et des invraisemblances qui alourdissent le propos. Les éléments propres à une intrigue sentimentale banale se télescopent avec ceux de l’intrigue policière classique du type « Mon voisin est un tueur ». D’ailleurs ce voisin super cool qui a fait l’Indochine et qui fume des pétards, c’est difficile à croire, c’est presque de la science-fiction, il ne fait pas peur au lecteur, bien au contraire. Le soupçon de cannibalisme qui empoisonne l’esprit de l’héroïne est mal exploité car il est le principal ressort pour un éventuel coup de théâtre ou rebondissement qui pourrait dynamiser la fin du récit et transformer une soirée douillette en carnage sanglant. Je pense que le texte peut être retravaillé à partir de la rencontre avec le voisin pour construire une chute très gore saupoudrée d’humour noir où, par exemple, le voisin et l’héroïne, amants de longue date, assassinent le mari. L’auteur doit encore progresser pour vraiment captiver son public.


Oniris Copyright © 2007-2020