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Humour/Détente
Sylvaine : Précautions
 Publié le 15/11/19  -  13 commentaires  -  9723 caractères  -  69 lectures    Autres textes du même auteur

Le mieux peut être l'ennemi du bien.


Précautions


Perplexe, Antoinette faisait tourner dans ses doigts son verre de bourgogne, dont la robe allumait des reflets rubis dans le cristal taillé. Elle avait renoncé depuis longtemps au blanc et au rosé, devrait-elle renoncer aussi au vin rouge ? Elle avait cru jusque-là qu’une consommation modérée protégeait des maladies cardio-vasculaires, mais, ce matin même, elle avait entendu à la radio les dernières conclusions de l’OMS, selon lesquelles si peu que ce fût d’alcool avait un effet cancérigène. Que fallait-il croire ? Elle se résolut à boire une gorgée qu’elle ne put savourer sans remords. Puis elle attaqua son croque-madame, prête à déguster l’œuf unique qu’elle s’autorisait chaque semaine, sachant bien qu’au-delà de cette tolérance elle risquait d’augmenter dangereusement son taux de cholestérol.

Avant de l’entamer, cependant, elle vérifia l’aspect du pain et constata une fois de plus avec humeur que les bords des tranches étaient brûlés, malgré ses recommandations expresses à la cuisine. Elle s’irrita, comprenant mal qu’on négligeât les demandes pourtant faciles à satisfaire d’une cliente aussi fidèle au restaurant. Se promettant d’en toucher deux mots à la patronne, elle se mit en devoir de découper croûte et mie carbonisées, mais les émietta maladroitement dans son assiette, où leur poudre calcinée vint contaminer le reste du sandwich. Elle s’efforça donc, avant de la porter à ses lèvres, de gratter minutieusement chaque bouchée pour absorber le moins possible de cette poussière couleur de suie qui pouvait elle aussi provoquer des cancers. Elle prit une nouvelle gorgée de vin, qui aggrava ses remords. Décidément, ce petit repas ne lui apportait aucun plaisir. Même plus réussi, il n’aurait d’ailleurs pas éclairé le soixante-dixième anniversaire qu’elle atteignait aujourd’hui. Sa huitième décennie commençait, qui serait peut-être la dernière. Elle ne voyait là aucune raison de se réjouir.

On lui apporta une coupe de fraises, dont l’acidité la fit grimacer un peu mais vint conforter sa bonne conscience mise à mal parce qu’elle refusait que l’édulcorent sucre en poudre ou aspartam. Ces fruits étaient sains, leur aigreur en corroborait la preuve. Avec satisfaction, elle les ajouta mentalement à la compote et aux oranges dégustées le matin même, ainsi qu’au potage qu’elle consommerait le soir : chaque jour, elle se livrait ainsi au décompte des fruits et légumes qu’elle absorbait pour obéir aux directives des autorités médicales.

Elle commanda un café, puis revint chez elle en s’imposant un détour qui représentait une demi-heure de marche, pour s’assurer le minimum d’exercice nécessaire. Il n’y avait pas si longtemps qu’elle prenait soin d’elle-même. Naguère, son travail l’accaparait si bien qu’elle s’alimentait à la diable, dînant sur le pouce d’un plat de charcuterie après avoir avalé deux pâtisseries en guise de déjeuner. Aujourd’hui, son inconscience passée la faisait frémir ; le sentiment de l’irrémédiable la poignait parfois quand elle songeait au capital-santé dont elle disposait dans sa jeunesse, et qu’elle avait dilapidé par négligence. Elle devait, à présent, se montrer d’autant plus attentive et s’informer beaucoup. En rentrant, elle trouva justement dans sa boîte aux lettres le magazine de sa mutuelle, toujours riche en conseils argumentés. Elle se promit de le lire tranquillement, pour mettre ses connaissances à jour.

Son départ en retraite avait été un choc. Le niveau où elle enseignait exigeait des recherches qui bannissaient toute routine, et lui assurait l’attention complice d’un public ambitieux et travailleur. Elle s’absorbait totalement dans la préparation de ses cours, avec un perfectionnisme proche de l’obsession qui ne laissait place à rien d’autre. Pendant le cocktail qui fêtait l’événement, elle sentit se creuser en elle le vide chaotique d’un cataclysme intime où un vent de panique hurlait parmi les ruines. Les autres riaient, la félicitaient, lui serraient la main : ces étrangers s’agitaient derrière une vitre étanche, irrémédiablement loin de l’îlot désert où elle se recroquevillait, transie. Ils lui souhaitaient une nouvelle jeunesse, quand il ne lui restait plus qu’une demi-vie emplie par la seule attente de la fin. Réaction psychosomatique ou attaque virale, elle fut saisie de malaise en rentrant chez elle et dut s’aliter les jours suivants, ne se levant que pour se vider, en proie à des nausées si violentes qu’elle se croyait proche de l’agonie. Quand elle fut suffisamment remise, elle feuilleta paresseusement un numéro de Bien vieillir que lui avait prêté une collègue, et fut retenue par un article relatif aux règles diététiques propres à prévenir nombre de maladies. Ce fut une révélation, qui, jointe au sentiment encore vivace d’avoir approché la mort, allait cristalliser le nouvel idéal qui orienterait désormais sa vie.

Soixante-dix ans aujourd’hui, pensa-t-elle à nouveau une fois dans l’ascenseur. Son âge allait exiger des précautions accrues. Sitôt dans l’appartement, elle alla relire la liste des aliments interdits qu’elle gardait affichée dans sa cuisine : viandes rouges, charcuteries, fritures, pâtisseries, fromages gras, grillades au feu de bois, salaisons et poissons fumés, toutes ces denrées secrètement toxiques qui l’avaient empoisonnée naguère et qu’elle avait définitivement bannies. Stylo suspendu sur la feuille, elle hésita avant d’ajouter « vin rouge », méditant sur ce qu’elle redoutait le plus, des accidents cardiaques dont il protégeait ou des cancers qu’il risquait de provoquer. Décida qu’elle préférait encore l’accident cardiaque, et compléta la liste en conséquence avec une pointe de regret. Tant pis si la patronne de son petit restaurant comprenait mal. Elle était habituée à l’incompréhension des autres, qui la coupait peu à peu de ses relations : on l’invitait beaucoup moins, elle le remarquait depuis longtemps, mais qu’y pouvait-elle si ses amis préféraient s’intoxiquer sans qu’elle vînt leur rappeler ce qu’ils risquaient ?

Satisfaite de la rigueur dont elle venait de faire preuve, elle s’installa au salon et ouvrit son magazine où elle trouva un dossier sur les pesticides et les engrais. Les conclusions se gardaient de tout alarmisme, mais elle y vit une raison supplémentaire de s’inquiéter : si les auteurs se voulaient rassurants à ce point, c’est qu’ils avaient d’autant plus à cacher et qu’ils s’efforçaient de prévenir toute panique. D’ailleurs ils étaient tous achetés par les lobbies de l’agriculture industrielle. Atterrée, elle se demanda quel aveuglement l’avait empêchée de s’inquiéter plus tôt des résidus chimiques qui contaminaient les légumes et les fruits qu’elle consommait. Le phénomène était pourtant connu ! De combien d’années avait-elle pu raccourcir ainsi son existence ? Et elle mangeait de ces aliments pollués en abondance, persuadée qu’elle était de leur effet bienfaisant ! Elle passa les heures suivantes à remâcher alarmes et colère avant de se rabattre sur la seule stratégie qui tombait sous le sens : désormais, elle ne se fournirait plus que dans les magasins qui proposaient des produits biologiques. Produits qu’elle réclamerait aussi au restaurant.

La patronne, qu’elle avait toujours connue aimable, fit grise mine à ses nouvelles exigences. Son masque d’aménité se fissura, craquelé par une exaspération qui devait dater de loin. J’en ai assez de vos idées fixes, lui signifia-t-elle, le visage fermé et la voix sèche. Antoinette comprit alors qu’il lui faudrait renoncer à l’ultime refuge de sa vie sociale. Elle en garda le cœur lourd, mais sa santé commandait ce sacrifice. Désormais, elle préparerait elle-même tous ses repas, comme elle le faisait déjà pour son dîner, qui se réduisait à un potage, une tranche de poisson ou de viande blanche et un ou deux fruits. Comme elle cuisinait mal, elle dut se contenter d’une chère insipide et monotone, qu’elle absorbait sans plaisir. Mais elle éprouvait une jouissance intime à savoir qu’elle consommait uniquement des aliments sains, d’ailleurs achetés à prix fort chez des fournisseurs qui vantaient la traçabilité de leurs produits, de la graine à l’étalage. Elle ne mangeait de veau qu’élevé sous la mère, elle-même nourrie de fourrages et de céréales cultivés sans recours à la chimie. Le poisson lui posait à présent un problème de conscience sur lequel elle tergiversa longtemps, avant d’y renoncer au motif que la pollution des mers le rendait plus dangereux que bénéfique. Tout en s’imposant ces restrictions, elle tirait fierté d’équilibrer correctement les sucres lents, les légumes et les protides, et satisfaction d’avoir minci sensiblement.

Tout s’effondra le jour où elle lut que l’agriculture biologique était un leurre, puisque la pollution générale infectait ses produits. Engrais et pesticides, ajoutait d’ailleurs le journaliste, ne respectaient pas les bornages : un champ pouvait être contaminé par le champ voisin, même si son propriétaire ne les utilisait pas. Elle se sentit la bouche sèche, une boule d’angoisse à la poitrine. À quoi se fier désormais, s’il n’y avait aucun moyen d’éviter les poisons qui imprégnaient la planète entière ? Elle perdit tout goût à la nourriture, passant des heures devant son assiette pour avaler trois bouchées suivies aussitôt de haut-le-cœur, puis toute habitude de se nourrir. Comme elle ne sortait presque plus, et n’était plus intime avec quiconque, personne ne s’alarma de la maigreur extrême qui la décharna bientôt comme un transi médiéval. Ce ne fut ni un cancer ni un accident cardiaque qui eut raison d’elle : Antoinette mourut de déshydratation devant un verre d’eau qu’elle ne se décidait pas à boire, parce que les sources les plus pures lui étaient devenues suspectes.


 
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   maria   
24/10/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

Les recommandations des médecins, relatées dans les médias, quant à notre hygiène de vie se suivent et se contredisent, souvent.
L'auteur(e) l'a écrit clairement et d'une manière amusante. Très efficace.
Mais, le ton léger de la nouvelle n'empêche pas l'auteur(e) de nous amener à réfléchir sur la solitude des vielles gens, dans notre société.
Un texte très agréable à lire.

Merci pour le partage et à bientôt.

   ANIMAL   
25/10/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Voilà une nouvelle assez macabre par son réalisme. Si humour il y a, il est caustique et ça ne me déplaît pas.

Cette pauvre femme qui avait une vie si bien remplie cherche désespérément à quoi se raccrocher à la retraite et elle tombe bien malgré elle entre les griffes de la "diététique" et les diktats de la "santé".

Elle ne réalise pas qu'elle a atteint les 70 ans sans se préoccuper des opinions des autres. L'esprit flanche et le corps trinque. Elle devient influençable, s'angoisse avec son alimentation, se prive de tout ce qu'elle aimait au point de devenir névrosée et de se couper de ses relations. Je crois que tout le monde ou presque connaît ce genre de personne à une gravité moindre.

C'est très bien observé, c'est bien écrit, inexorable et débouche sur une chute qu'on attendait un peu mais tout de même originale.

Bravo pour cette observation sans concession de l'influence que peut avoir un excès d'informations interprétées au pied de la lettre.

J'aurai vu ce texte en réflexion/dissertation tant il met le doigt là où ça fait mal.

Bien vu.

en EL

   Tiramisu   
27/10/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

Ecriture fluide et agréable malgré une mise en page serrée. Juste pour la mise en forme, pour la prochaine fois, vous gagneriez des lecteurs à aérer votre texte, à mon avis. Un texte serré comme ça ne donne pas envie.

Sur le fond, j’aime bien le sujet qui est très contemporain. Cette peur attisée par nos médias en tout genre, et sans doute par le marketing de l'agroalimentaire, sur les dangers de tous nos aliments. Ceci dit, si on ne mange rien, on mourra, n’est ce pas.

La chute n’est pas une surprise. Une question, meurt-elle de déshydratation ou de solitude ?

Le sujet est bien traité et nous mène au bout de l’absurde des sujets sur l’alimentation d'aujourd'hui.

Je reste juste un peu sur ma faim, si j’ose dire, il y avait matière à aller plus loin, il me semble. Par exemple, le lien avec le psychosomatique, si on mange avec déplaisir et remord, ne nous faisons nous pas du mal ?

En tout cas, merci pour cette lecture.

   Cat   
15/11/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Dans ce monde devenu fou, où une angoisse de mort plane constamment sur nos moindres faits et gestes, bientôt on ne pourra même plus respirer. Et ce ne sera pas à cause de la pollution atmosphérique ou autres pets de vaches, mais bien à cause de la connerie humaine, tout simplement.

C'est, je suppose, ce que cette nouvelle tend à nous montrer, sous ses faux airs d'humour et détente, plutôt teintés d'un amer aigre même pas doux.

D'ailleurs la catégorie choisie me semble limite ; j'ai à peine ébauché un sourire en voyant où l'auteur voulait m'entraîner, mais ensuite l'envie de rire s'est vite dissipée.

L'observation de toute cette folie est bien menée, aidée en cela par une écriture fluide et agréable.

Il reste cependant à relever la platitude de l'ensemble. Elle est due au style d'énumération adopté pour signifier la dégringolade, je crois.

Même si l'attention est accrochée, car on aimerait bien savoir ce qui pourrait résulter d'un tel constat, il n'y a rien de passionnant à regarder Antoinette sombrer dans une paranoïa qui va la mener jusqu'à la mort comme une évidence.

De mon point de vue, cette nouvelle est tronquée d'une part qui pourrait lui donner tout son attrait. Elle gagnerait à être étoffée afin de devenir une excellente nouvelle. Peut-être un paragraphe parlant de ce qui l'a emportée vers ce vide de bon sens ; histoire de la rendre peut-être plus vivante, plus palpable, plus empathique...

Dans l'ensemble, même si un peu froid, j'ai quand même bien aimé le message délivré ; à savoir que la peur de mourir fait mourir plus rapidement encore. Mais pour moi, il manque encore un peu de cœur à l'ouvrage.

Merci pour la lecture.


Cat en EL

   Corto   
31/10/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Cette nouvelle trouve une heureuse introduction avec l'exergue.
La méticulosité des descriptions comportementales est intéressante, mais finalement il s'agit de l'unique ressort de cette histoire.

Le lecteur comprend d'ailleurs assez vite qu'un final en forme de pirouette est en préparation. Personnellement je subodorais une fin accidentelle, sous un camion ou en bas d'un pont suspendu... L'auteur a plutôt choisi la "déshydratation", c'est-à-dire en restant dans le domaine alimentaire.

Ce texte se lit facilement, le récit coule sans problème mais on peut regretter un manque de relief. La trame est un peu trop visible pour enthousiasmer. On se sent un peu étriqué dans un tracé unique autour de l'obsession alimentaire et l'hygiène de vie.

A vous relire.

   cherbiacuespe   
31/10/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Un texte sur la stupidité à suivre mot à mot et sans recul tout ce qui peut se lire et s'entendre sur les ondes et qui vous conseille et veut prendre soin de votre santé. Cela part certainement d'un bon sentiment, mais ce déferlement d'informations peut mener à bien des dérives.

Rien à dire de particulier au sujet de l'écriture que je trouve assez fluide même si demeurent quelques rares longueurs. Le sujet est bien traité et on se met vite à vouloir crier à Antoinette de stopper là ses obsessions. Elle achèvera sa vie comme tout un chacun, qu'elle soit attentive ou non aux avertissements divers et variés. Rien n'est totalement sans risque dans notre société consumériste. La chute du texte vient à point pour le dire d'une manière abrupte. mais Ô combien réaliste.

Une bonne et plaisante petite chronique que devrait lire tout nos contemporains.

   mirgaillou   
1/11/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Votre texte semble destiné à être lu sous étiquette "humour détente" mais c'est un vrai noir!

Tout le comportement de cette névrosée apitoie, parlant d'une immense solitude.
On peut tout de même s'étonner de trouver autant de crédulité de la part d'une femme que vous décrivez comme de très haut niveau.

Le but de votre démonstration n'est sans doute pas là. Il me paraît vouloir dénoncer les dérives des consommateurs et les abus des influenceurs.

Je ne commente en général pas le style, surtout lorsque'il est impeccable tel le vôtre, car je m'intéresse plutôt au fond de la part d'écrivains supposés amateurs.

Je vous signale toutefois une phrase tronquée:

"On lui apporta une coupe de fraises, dont l’acidité la fit grimacer un peu mais vint conforter sa bonne conscience mise à mal parce qu’elle refusait que l’édulcorent sucre en poudre ou aspartam."

L'ensemble: lucide vision d'une société contemporaine déshumanisée.

   Malitorne   
15/11/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Très bon texte, à l’écriture ciselée, qui démontre que de nos jours il est impossible d’atteindre une hygiène de vie parfaite. Quoi qu’on fasse on sera toujours contaminé malgré nos précautions, souvent par où on ne l’attend pas. C’est un texte utile qui vient démolir l’agriculture biologique dont on nous vante les mérites jusqu’à l’indigestion, argument publicitaire qui ne doit pas nous rendre dupes. Nous vivons dans un monde pollué à tous les étages, rien ne sert de se berner d’illusions en croyant qu’on y échappera. Je salue donc votre lucidité qui va à contre-courant d’un lobby bio devenu insupportable. Bien aimé aussi la vacuité soudaine d’une existence face à la retraite.

   ours   
16/11/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonsoir

Quand la simple précaution tourne à l'obsession. Nous vivons dans une société de consommation schizophrène, entre les lobbies, les laboratoires, les mutuelles, les grandes enseignes, les idées reçues, les organismes de santé, le consommateur ne sait plus où donner de la tête. Il n'y a qu'à voir le succès d'application comme Yuka pour se rendre compte que le consommateur cherche à reprendre une forme de contrôle sur ce qu'il ingère, s'applique sur la peau ou les cheveux...

Votre récit est troublant de vérité et terriblement bien amené. Même si une petite voix me dit qu'il s'agit bien là de problèmes de pays riches uniquement. D'ailleurs Antoinette ne préfère-t-elle pas manger au restaurant plutôt que de se mettre à la cuisine et consommer un peu de tout avec modération.

Au plaisir de vous lire

   solo974   
17/11/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Sylvaine,
Personnellement, j'ai ri aux éclats en lisant votre nouvelle !
L'hypocondriaque que je suis ne pouvait, en effet, que s'identifier à votre Antoinette - si attachante dans les restrictions de plus en plus draconiennes qu'elle s'impose en se voyant vieillir.
L'humour caustique de la narratrice m'a beaucoup plu : la critique sous-jacente des "précautions" que nous imposent médias et magazines, féminins notamment, est très bien vue.
Un texte à la fois drôle et émouvant, servi par une écriture parfaitement maîtrisée.
Merci pour ce bon moment de lecture et à vous relire !

   jfmoods   
17/11/2019
Cette nouvelle, constituée de 9 paragraphes, peut être assimilée à une fable dont la morale est fixée dans l'entête ("Le mieux peut être l'ennemi du bien."). Le texte se découpe en 4 parties.

Dans la première partie (paragraphe 1 à 4), Antoinette nous est présentée au fil d'un repas pris au restaurant. Nous comprenons rapidement que, s'interdisant tout plaisir gustatif, elle vit sous le règne sans partage de la prescription.

Le paragraphe 5, en analepse ("Son départ en retraite avait été un choc"), éclaire les raisons de ce comportement. Cette enseignante solitaire, particulièrement exigeante dans sa vie professionnelle ("un perfectionnisme proche de l’obsession qui ne laissait place à rien d’autre") et désormais laissée à elle-même a fait un malaise avant de basculer dans une autre radicalité ("Ce fut une révélation, qui, jointe au sentiment encore vivace d’avoir approché la mort, allait cristalliser le nouvel idéal qui orienterait désormais sa vie").

Au fil des paragraphes 6 à 8, le lecteur, replongé dans le présent ("Soixante-dix ans aujourd’hui"), voit la situation d'Antoinette s'aggraver, son univers se déliter au fil du temps.

Le dernier paragraphe déploie jusqu'à son terme la logique impitoyable de la privation, obsession qui ne peut s'achever que par la mort.

Antoinette, dotée d'une intelligence au-dessus de la moyenne mais ayant perdu les repères qui donnaient un sens à sa vie, a-t-elle cherché inconsciemment à se suicider ? C'est la question obsédante que se pose le lecteur une fois la nouvelle achevée... Le classement humour/détente se pare ici d'une dimension ironique : il faut dépasser l'apparence des choses pour accéder au sens profond du texte.

Cette nouvelle se présente comme une fable parce qu'il y a là une morale à tirer. Je repense à l'âge classique et à son idéal de modération (notamment dans les fables de La Fontaine). Enseignante, Antoinette était trop obsédée par la perfection et c'est cette obsession, transférée sur un autre terrain, qui l'a conduite inexorablement à la mort.

Merci pour ce partage !

   plumette   
18/11/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Antoinette n'a vécu que pour son travail.
L'arrivée de la retraite est un choc. elle ne sait pas trop à quoi elle va pouvoir appliquer désormais son perfectionnisme et son tempérament obsessionnel. Et puis l'orientation de sa nouvelle vie se dessine d'elle-même. Antoinette va se laisser embarquer par la tyrannie de l'hygiène de vie et plus particulièrement de l'hygiène alimentaire. Poussée à l'extrême!
Cette histoire est à la fois tragique et drôle dans son traitement narratif, et sur le fond, elle interpelle le lecteur. Intoxiqués! Nous le sommes tous par ce que nous absorbons, que ce soit les aliments "corrompus" ou que ce soit l'information anxiogène.
Merci Sylvaine pour ce bon moment de lecture qui incite à prendre un peu de distances avec nos peurs !

Plumette

   hersen   
28/11/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bonjour Sylvaine,

je suis partagée sur ta nouvelle :
j'ai aimé la description de cette peur montante jusqu'à devenir uneobsession pour se nourrir "correctement", ce qui au final aboutit à une vraie cata : perte total de repères raisonnables pour s'alimenter normalement.
Par contre, je suis restée bien trop loin de la narratrice. La nouvelle décrit son comportement, explique, mais ne fait pas ressentir au lecteur (enfin, moi en tout cas) les affres qu'elle traverse à vivre ainsi dans le recherche de ce qui n'existe pas. C'est trop factuel pour un tel sujet qui est un réel trouble.

Pousser jusqu'à sa mort de faim est une chute logique, qui correspond, pour le coup, complètement à cette exagération qui va crescendo tout au long de la nouvelle.

Peut-être que plus particulièrement pour cette nouvelle-ci (par rapport à tes autres nouvelles) l'écriture pourrait avoir un peu plus de mordant, car enfin, elle doit bien avoir des moments de doute, de rébellion, de fatigue, d'angoisse etc. Et je ne les ressens pas vraiment.
Le problème prend toute son ampleur quand elle se retrouve à la retraite : elle a alors du temps pour choyer son travers, mais il était enfoui auparavant, manquant de temps pour e développer.
J'aime cet aspect.

merci de la lecture


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