Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Sentimental/Romanesque
Thimul : Avril
 Publié le 21/04/18  -  12 commentaires  -  8153 caractères  -  55 lectures    Autres textes du même auteur

Toujours bien réfléchir avant d'agir.


Avril


Je hais le mois d’avril.

Avril, c’est froid.

Avril, c’est moche.

Avril, c’est comme si l’hiver était revenu juste pour t’emmerder une dernière fois.

Avril, c’est comme si l’hiver revenait dans ta vie.

Je me suis réveillé assez tard ce matin-là. Claire était déjà sortie du lit. On était samedi. J’étais rentré crevé la veille de ce séminaire à la con. J’aurais bien fait une grasse mat’ avec ma chérie, et même un petit câlin. Ça m’aurait peut-être lavé de toute cette merde que j’avais ramenée avec moi. Mais Claire est matinale. Super-matinale. Cinq ans ensemble et pas une seule heure perdue dans un pieu. Comme elle dit toujours : un lit c’est fait pour dormir ou s’envoyer en l’air. Ça n’a pas d’autre fonction.

Quelque part, je dois dire que ça m’arrangeait tout de même un peu d’être seul. J’avais du temps pour penser à cette foutue soirée de jeudi. Qu’est-ce qui m’avait pris de picoler autant ? C’était la clôture du séjour à Montpellier que la boîte nous avait concocté. Développement personnel et cohésion d’équipe. Un beau titre pour quatre jours à se prendre la tête avec des formateurs qui voulaient absolument décortiquer notre façon de travailler, de s’intégrer, de se coordonner, bref notre façon de penser. Quatre jours pour mieux se connaître, et à la fin, la soirée d’adieu avant de reprendre le train vendredi dans la matinée. J’avais bien essayé d’y échapper, mais en tant que chef de secteur, la direction m’avait clairement fait comprendre que mon absence serait extrêmement mal vécue.

La dernière chose dont je me souvienne dans cette soirée, c’est la main de la brunette qui avait animé l’atelier « Le non-dit du corps ». Son corps à elle, c’était de la bombe. Elle s’était assise à ma table à côté de moi. J’avais déjà trois verres de whisky dans le nez. Je bois peu, mais quand je bois, je bois trop. Je dois tenir ça de mon père, un pur ivrogne. Elle riait beaucoup, un peu fort à mon goût. Moi je pensais à Claire. Claire qui malgré son humour légendaire avait fait la gueule toute la semaine précédant mon départ, et m’avait envoyé des textos brefs et froids. Rien à voir avec ses petits mots doux quotidiens qui me réchauffaient heure après heure quand j’étais loin d’elle.

J’avais attendu le maximum de temps avant de l’informer de mon absence car je savais qu’elle prendrait mal l’annulation de notre anniversaire. Ce fameux jeudi, ça faisait exactement cinq ans que je l’avais prise dans mes bras et que mon univers avait basculé, passant du gris pisseux au mauve. Un beau mauve scintillant qui m’avait enfin permis de voir dans la vie autre chose qu’un sac d’emmerdes. C’était devenu, depuis, une journée particulière. Une journée toute à nous du matin jusqu’au soir. Enfin, jusqu’à ce jour. Jusqu’à ce jour où je n’avais pas eu les couilles d’envoyer mon patron se faire voir ailleurs. Au fur et à mesure que la soirée s’était prolongée, bercé par le pinard et les rires de ma voisine de table, c’était devenu de plus en plus confus dans ma tête.

Je n’ai pas vraiment réalisé tout de suite quand la main de la brunette s’est posée sur ma cuisse et qu’elle est remontée jusqu’à mon entrejambe. Mon corps a compris beaucoup plus vite que moi. Après, le trou noir.

Vendredi matin, je me suis réveillé à mon hôtel, mais pas dans la chambre habituelle. La fille était en train de prendre une douche. J’ai paniqué. J’avais envie de vomir. Mais les nausées n’étaient pas dues à la gueule de bois. C’était de l’écœurement de m’apercevoir que j’étais passé de l’autre côté. Une ligne blanche que nous nous étions juré de ne jamais franchir. Parce que ma Claire est monogame dans l’âme et qu’elle n’est pas du genre à pardonner la trahison. Même si je savais que c’était un coup d’un soir, que je ne reverrais jamais cette donzelle, que mon amour n’en saurait jamais rien, je sentais la honte me tatouer la peau. Un tatouage que je ne pourrais jamais totalement effacer, que j’allais devoir traîner avec moi, avec nous, tout au long de notre vie commune. Je me suis habillé en vitesse et je me suis sauvé.

Le voyage de retour m’a semblé long. Je n’osais pas téléphoner à Claire. Peur que ma voix me trahisse, peur qu’à la première intonation, elle comprenne. Impossible d’imaginer la vie sans elle. Impossible d’imaginer de retourner à ces jours sans saveur qui étaient mon quotidien avant de la rencontrer. On s’est parlé par SMS. Je lui ai dit à quel point je regrettais de n’avoir pas été avec elle la veille et que quoi qu’il se passe je lui promettais que jamais plus ça ne se reproduirait.

Quand elle m’a ouvert la porte je me suis jeté dans ses bras, et j’ai fondu en larmes. Nous avons fait l’amour cette nuit-là comme si c’était la première fois. Mais je gardais au cœur le relent immonde de la trahison que j’avais ramené dans mes bagages.


Il régnait dans la maison un silence assourdissant quand j’ai fini par me lever. Claire allume toujours la radio. Ce matin-là, rien. Une atmosphère particulière s’était installée. J’ai aussitôt fait le parallèle avec ce temps suspendu qui précède les grandes catastrophes. Finalement, dans le salon, sur la table basse, j’ai trouvé la feuille blanche et les quelques mots griffonnés dessus à la hâte.


« Mathieu,

Marre de tes mensonges, la coupe est pleine. N’essaie pas de me retenir, tu en as fait assez comme ça. Je tourne la page et je te conseille d’en faire autant. »


Ça m’a fait comme un trou dans la poitrine. Un creux qui se prolongeait jusqu’en enfer. Comment avait-elle su ? Avait-elle deviné ou l’avait-on informée ? Impossible de me rappeler ce qu’il s’était exactement passé. Est-ce que quelqu’un avait pris une photo ? Certaines de mes collègues connaissaient Claire. Avaient-elles son numéro de portable ? Plus j’y pensais, plus ça prenait forme. Le bonheur a ceci de particulier qu’il déclenche parfois chez les autres l’envie de le détruire. Le monde était en train de s’effondrer.

Mes mains n’arrêtaient pas de trembler tandis que j’essayais d’appeler la femme de ma vie. Une petite voix enjouée m’a répondu.

« Bonjour c’est Claire. Eh non ! je ne suis pas là pour vous répondre. Laissez-moi un message, on ne sait jamais… »

J’étais au bord du désespoir à l’idée de ne plus entendre cette voix. Ce n’était pas possible que ça finisse comme ça, il fallait que je tente ma chance, il fallait absolument qu’elle comprenne tout de suite. Le temps jouait contre moi. C’était maintenant que je devais lui parler ou je la perdais pour toujours. J’ai rappelé trois fois. À la troisième je me suis déversé sur le répondeur.

Je lui ai crié de me pardonner, que j’étais bourré ce soir-là et que je ne me souvenais même plus de ce qui s’était passé, que cette fille ne comptait pas et que je ne boirais plus jamais une goutte d’alcool de ma vie. Je lui ai hurlé de ne pas m’abandonner, qu’elle était l’amour de ma vie, qu’elle est l’amour de ma vie. Je me suis mis plus minable qu’un Brel.


Quand j’ai fini par raccrocher, je me suis effondré sur le canapé. Les larmes se sont enfin arrêtées pour laisser la place au vide absolu. Le vide de l’attente d’un coup de fil. Mon regard s’est posé à nouveau sur le mot. Je relisais en boucle le message d’adieu. Une petite étincelle s’est allumée dans ma tête, comme on allume une mèche reliée à une bombe atomique. J’ai pris la feuille à deux mains et j’ai relu encore une fois.

« Je tourne la page et je te conseille d’en faire autant. »

Mon cœur s’est presque arrêté de battre quand j’ai regardé de l’autre côté.

Un grand cœur et au centre :

« Poisson d’avril mon chéri ! Ça t’apprendra à me laisser toute seule pour notre anniversaire ! Pas fait de bruit pour ne pas te réveiller. Je reviens avec les croissants.

Je t’aime ! »


Peut-être me reste-t-il encore une chance. Peut-être n’a-t-elle pas encore entendu le message. Elle ne les écoute pas tous immédiatement. Sauf les miens, malheureusement. Si elle ne sait pas encore, je trouverai un moyen de prendre son foutu téléphone pour effacer.

Il me reste une chance.

J’entends un bruit de clé dans la serrure. Je sais que tout sera joué au premier regard.

Je me sens proche d’un hiver interminable.

Je hais le mois d’avril.



 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   Louison   
3/4/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Je me suis régalée à la lecture de ce texte. Ceci dit, le message de Claire n'est pas anodin et je ne sais pas si elle se doute de quelque chose ? le narrateur me le laisse croire un instant. Elle aurait simplement écrit quelque chose comme : "je m'en vais, je tourne la page et je te conseille d'en faire autant", j'aurais moins été incitée à penser qu'elle savait.

Mais c'est un poisson d'avril, et ça marche quand même.

J'aime assez la fin ouverte.

Merci pour ce bon moment de lecture.

   plumette   
4/4/2018
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
La chute rattrape le texte dans lequel je me suis ennuyée.
Je n'ai pas aimé le démarrage avec cette redondance sur Avril ( 2 phrases pour finalement dire la même chose)
le texte est tout de même habilement mené car je me suis focalisée sur la "bêtise " du narrateur, son récit de cette soirée tellement prévisible et sa culpabilité d'avoir franchi la ligne jaune. C'est cette culpabilité qui lui fait prendre au premier degré le mot laissé sur la table du salon, alors que pour la lectrice que je suis cette rupture brutale sur l'accusation de "mensonges" , comme s'il s'agissait d'une seconde nature du narrateur ne me paraissait pas cadrer avec l'histoire.

Donc bravo pour l'idée qui préside à ce texte, mais je me suis
quand même demandée si on pouvait bâtir un texte intéressant de bout en bout en partant uniquement de sa chute...

Bonne continuation


Plumette

   GillesP   
21/4/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Peut-être que je suis naïf quand je lis, mais je ne m'attendais pas du tout au poisson d'avril de Claire. Pourtant, le titre aurait dû m'alerter, ainsi que le début, très (trop?) redondant. Eh bien, non, j'ai marché. Je me suis mordu les lèvres, je me suis mis totalement à la place du narrateur quand j'ai découvert ce qui était écrit au verso de la feuille laissée par Claire sur la table basse.

Mais la nouvelle comporte selon moi un écueil: la position du narrateur: à quel moment raconte-t-il tout cela? La fin ouverte indique que c'est au moment où Claire rentre. Mais le reste de la nouvelle pose comme principe que c'est quelques temps après, voire longtemps après, comme le montrent les passages suivants: "je me suis réveillé assez tard ce matin-là", "Nous avons fait l’amour cette nuit-là comme si c’était la première fois" ou encore "j'étais rentré crevé la veille de ce séminaire à la con". Le mélange parfois maladroit entre passé composé et plus-que-parfait vient rajouter de la confusion quant à la position du narrateur. Peut-être que je chipote un peu, mais c'est une réflexion que je me fais souvent quand je lis, et notamment lorsque le récit est à la première personne: à quel moment le narrateur raconte-t-il cela, et pourquoi? Le problème se pose moins, il me semble, quand le texte est à la troisième personne. A mon avis, vous auriez évité le problème si vous aviez écrit la nouvelle au présent de narration (ou au passé simple, de manière plus traditionnelle) et à la troisième personne: il se lève, il se dit qu'il aurait bien fait une grasse matinée, il découvre le mot, il laisse un message à Claire, il découvre le poisson d'avril, il entend la clé. Là, cela aurait fonctionné.
Au plaisir de vous relire.

   Hananke   
21/4/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour

Pour un poisson c'est un beau poisson. J'ai bien aimé cette nouvelle
et sa fin terrible que je ne pressentais pas.
Il y a vraiment de quoi haïr le mois d'avril.
Et ce texte laisse toutes les interprétations possibles pour une autre fin,
pardon ? Effaçage du texte ? L'imagination du lecteur est préservée.

   Alcirion   
21/4/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une nouvelle bien construite (même si je ne suis vraiment pas fan de la catégorie).

Comme d'habitude, il y a beaucoup d'imagination dans ce texte et cette imagination est bien ordonnée, on voit clairement le plan, l'organisation du récit. C'est ce qui me frappe à chaque fois quand je lis un de tes textes, il y a une histoire, du suspens, c'est précis et bien pensé.

Bonne continuation !

   toc-art   
21/4/2018
Bonjour,

Ah tiens, c'est amusant parce que je viens de lire le commentaire d'Alcirion et je le rejoins pratiquement sur tout. Sauf que, contrairement à lui, tout ce qui le séduit participe justement de ce qui me déplait souvent dans vos récits : la fabrication apparaît pour moi de façon trop évidente pour que je puisse apprécier le résultat. Effectivement, on voit le plan, les astuces, les ficelles. C'est bien fait, c'est vrai (même si là, la ficelle est un peu grosse je trouve), mais je ne ressens rien d'autre que ce côté bien ficelé. Je trouve que ça manque d'humanité, les personnages n'existent pas vraiment, ils sont vides, juste là pour permettre d'arriver à la chute.

Je reconnais que c'est très personnel et que ça peut paraître injuste puisque le boulot est fait. Je n'aurais a priori pas laissé de message mais nos positions contradictoires à Alcirion et moi-même, en partant pourtant du même constat, m'ont fait mesurer à quel point la tâche des auteurs était ardue, voire impossible. Vous avez toute ma compassion ! :-)

Bonne continuation.

   Perle-Hingaud   
21/4/2018
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
C'est une histoire assez classique, mais qui fonctionne bien. L'écriture est efficace, le personnage stéréotypé mais crédible.

Je n'ai pas été emballée (un air de déjà lu), mais j'ai passé un moment agréable, alors, merci !

   Donaldo75   
22/4/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Thimul,

Cette histoire, mon vieux, elle est terrible !
Je reprends, sans vergogne, cette phrase mythique d'une chanson non moins légendaire de feu Jean-Philippe Smet, un illustre poète coutumier des histoires de fesses, parce que j'ai beaucoup aimé ton récit, essentiellement du fait de la chute.

"Je hais le mois d’avril."
Quand j'ai relu cette phrase, je me suis dit que la chute était annoncée en quatre par trois. Et c'est ça la force de la narration: ne pas préparer le lecteur à la chute. En plus, cette phrase conclut le récit, ce qui est presque poétique.

Bravo !

Merci pour la rigolade, cette chute m'ayant trop fait rire.

Donaldo

   Eccar   
22/4/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour,
Cette histoire tient debout; heureusement car le cliché du mec qui trompe sa moitié sans l'avoir voulu (Mon œil ! Quand on ne veut pas, on ne veut pas), est sauvé in-extremis par ce poisson. Bien joué. La chute tire du naufrage cette nouvelle qui n'a, par ailleurs, rien d'extraordinaire, ni pour son style, un peu sans peps, ni pour la vie des personnages.
Cette nouvelle est courte et, je pense, sans prétention.
Et le poisson est bon, que demander de plus.
A vous relire, bien sûr.

   Robot   
22/4/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
En premier lieu j'ai trouvé que ce texte était bien écrit. Parce qu'il faut que je sois retenu par quelque chose dés le début. soit l'écriture, soit une bonne introduction.

Une histoire de couple qui paraît tout a fait ordinaire. On pourrait se dire, allez encore une histoire d'infidélité conjugale, mais...

Tout juste la longueur qu'il faut pour ne pas que le lecteur se lasse sur une banale histoire de tromperie afin d'arriver à une chute vraiment bien conduite pour surprendre. J'ai bien apprécié l'astuce du message: "je tourne la page et je te conseille d'en faire autant"

   hersen   
23/4/2018
 a aimé ce texte 
Un peu
la chute, bon, oui, peut-être, mais le chemin est un peu trop apprêté pour y arriver. On a vraiment l'impression que l'histoire est écrite uniquement dans ce but, et ça me gêne un peu, en fait, d'autant plus qu'il n'y a pas beaucoup d'originalité dans le scénario.
Sans doute est-il vrai que ce sont dans les situations les plus anodines que ce genre de dérapage peut arriver, mais ça n'aurait pas fait de mal à l'histoire de viser plus exceptionnel. car je dois dire que cette partie m'a ennuyée, on comprend tellement rapidement l'issue de la soirée que la lecture devient mécanique.
Après, je ne comprends pas le titre s'il y a le ssuspense; car si le narrateur n'aime pas ce mois, c'est parce que ça a mal tourné, non ? Mais c'est sans doute dû au fait que je ne sais pas quand se situe l'histoire par rapport au moment où elle est racontée.

Pour la chute, il pouvait toujours surenchérir : mais non, pleure pas, ma chérie, c'était un poisson d' avril :)

Merci de cette lecture.

   Jean-Claude   
23/4/2018
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Bonjour Thimul,
Le ton glisse tout seul. La thématique est assez classique et même le déroulé. L'originalité tient dans la double détente du poisson d'avril.
Toutefois, la fin me pose un problème, ou le début. Il ne peut pas encore haïr le mois d'avril (il n'a pas eu le temps). Il ne connait pas encore la chute, ni nous. La haine d'avril est en trop, à mon avis. Elle est contradictoire avec la fin ouverte.
Au plaisir de vous (re)lire


Oniris Copyright © 2007-2018