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Sentimental/Romanesque
toc-art : Les anges, les vrais [Sélection GL]
 Publié le 09/08/19  -  17 commentaires  -  10436 caractères  -  145 lectures    Autres textes du même auteur

Je peux quand même pas l'empêcher de rêver ?


Les anges, les vrais [Sélection GL]


J’étais marié, avant. Astrid, qu’elle s’appelait, ma femme. On s’était rencontrés à la foire patronale. C’est une fête foraine qui reste un mois sur les quais, rive gauche. Avant, elle se tenait en pleine ville, mais ça dérangeait les bourges. Ils voyaient débarquer tous les péquenauds de l’autre rive. Le bruit et l’odeur, comme on dit, ça leur plaisait pas des masses. Du coup, on a collé la foire de l’autre côté de la Seine pour qu’ils puissent dormir tranquilles. Bah, de toute façon, ils se sont quand même fait avoir, parce qu’avec l’arrivée du tram, maintenant, on y va comme on veut, dans les beaux quartiers. Mais bon, c’est pas le sujet, là. Astrid, elle arrêtait pas de me le dire, que je parle trop. Au départ, elle aimait bien ça. Elle se foutait gentiment de moi, m’appelait l’intello, mais à la longue, ça l’a gonflée, faut croire.


Ce soir-là, je déconnais avec mon pote Régis devant les auto-tamponneuses et il m’a poussé en plein sur elle. Elle a gueulé et, bizarrement, j’ai trouvé ça cool, cette brindille en train de faire la grosse voix. Ça m’a fait rire. Faut dire qu’avec Régis, on avait pas mal picolé. J’aurais dû me méfier. Déjà, à l’époque, c’était une chieuse, mais moi, j’ai rien vu, je la regardais et tout ce que je voyais, c’était une danseuse, vous savez, comme celles qui tournent dans les boîtes à musique. Ma grand-mère les collectionnait, ces boîtes. Mon grand-père lui en offrait une tous les ans et des fois, quand j’étais petit et qu’elle me gardait pour les vacances, elle les ouvrait toutes en même temps et on restait tous les deux à les regarder tourner. Ça me fascinait. Jusqu’au jour où mon frère Bastien nous a surpris ; après, il arrêtait plus de se foutre de ma gueule et de me traiter de tafiole. J’ai dû lui en coller une. Enfin, bref, je sais pas pourquoi, mais Astrid, même à jeun, je l’ai longtemps vue comme une danseuse, sauf qu’à la place du tutu et des ballerines, elle, elle a toujours préféré les minijupes et les talons compensés. Question d’époque.


C’est drôle, hein, comme on est aveugle quand on est amoureux. Limite si je croyais pas qu’elle avait rangé ses ailes pour venir me trouver. Un ange, quoi. Tu parles. Une pute, oui. C’est ce que je lui ai dit quand elle s’est tirée avec un client du snack où elle bossait. Et je me suis pas trompé. Aux dernières nouvelles, elle tapine dans un bar à Pigalle, mon pote Momo l’a croisée la dernière fois qu’il est monté à la capitale. Le pauvre, ça lui a coupé la chique. Après tout, Astrid, je m’en fous, c’est sa vie, mais ça lui a pris comme ça, sans prévenir, elle est rentrée un soir, elle est montée dans la chambre, a sorti sa vieille valise en toile écossaise de l’armoire et elle a collé ses frusques dedans comme si j’étais pas là.


Elle pleurait. J’ai cru que j’avais dit une connerie dont je me souvenais pas, c’est vrai que je suis souvent torché et dans ces cas-là, je me souviens plus bien de ce que je raconte. Du coup, j’ai pas moufté, je l’ai juste regardée s’agiter. Parce qu’elle était jolie, même là, quand elle pleurait. Elle l’a toujours été, même après qu’on a eu la môme, ça, je peux pas dire, suffisait que je la voie pour avoir envie d’elle. L’aurait juste fallu qu’elle parle pas. Pas qu’elle était conne, non, mais parce que dès qu’elle parlait, c’était pour m’engueuler. Au début, ça me faisait marrer parce qu’on s’engueulait et ensuite on baisait comme des malades. J’avais même remarqué qu’on baisait mieux quand on se foutait sur la gueule avant. Alors, on a continué. Mais bon, à un moment, on a commencé à s’engueuler tellement qu’on n’avait même plus de temps pour baiser, j’aurais dû me douter que ça allait partir en sucette. Mais non, j’ai rien vu.


J’ai rien vu parce que pour moi, ça roulait. Oh, c’était pas le Pérou. Pensez, après dix ans à la colle, faut pas rêver, hein, mais bon, je voyais bien comment ça se passait pour les potes, c’était pas mieux. Au moins, la mienne, elle était jolie. Et puis, on avait eu la gosse. Lola. Une chouette môme. Le gabarit de sa mère, le côté chieur en moins. Un ange, mais un vrai celui-là. Sauf que les anges, les vrais, ils ont aucun pouvoir. Elle avait beau être mignonne et toute gentille, ma Lola, ça n’a pas empêché sa mère de se tirer. C’est là, quand j’ai compris qu’elle se barrait vraiment en me laissant la môme sur les bras, que je l’ai traitée de pute. Elle m’en a retourné une aussi sec. Ça, je dois dire, elle a jamais manqué de répondant, Astrid. Mais bon, pas la peine de jouer les princesses si c’était pour finir à genoux, à sucer les mecs dans un rade à Paname. Mais Astrid, elle devait pas le savoir, ça, quand elle s’est tirée. Elle avait toujours voulu être actrice, elle prenait des poses devant la glace de la salle de bains quand elle croyait que je regardais pas. C’était à se tordre, mais j’ai jamais rien dit. D’abord parce qu’elle était jolie et puis, parce qu’on a tous le droit de rêver. J’imagine que c’est ce qu’il lui a promis, son mac, pour la décider à abandonner sa gosse : « Tu viendras la chercher quand tu seras une star… tu connais Romy Schneider ? » Enfin, un truc du genre je suppose ; je dis Romy Schneider parce que, même si ça remonte, c’est mon actrice préférée, tu la regardes sur l’écran et t’as le cœur qu’oublie de battre tellement c’est vrai quand elle joue. Ouais, Astrid, elle a dû croire qu’elle allait faire actrice. Elle savait pas encore qu’elle jouerait toujours le même rôle.


Au début, pour tout dire, quand je me suis retrouvé seul avec Lola, j’ai vraiment balisé. Je voyais pas comment j’allais faire. M’en occuper deux soirs la semaine quand Astrid était au restau, ça passait encore mais à temps plein, c’était une autre affaire. Et puis, qu’est-ce que j’allais lui dire pour sa mère ? Mais j’ai pas eu à trop me creuser la tête. Quand Lola est descendue pour le p'tit déj, elle m’a dit qu’elle dormait pas et qu’elle nous avait entendus nous engueuler, Astrid et moi. Enfin, Lola, elle a pas dit « engueuler », elle a dit « disputer ». Elle parle bien, ma fille. Huit ans et des fois, quand je regarde dans ses yeux, j’ai l’impression qu’elle est plus grande que moi. Je m’en veux un peu, mais bon… Du coup, elle m’a juste demandé si sa mère était vraiment partie et j’ai dit qu’on pouvait pas savoir, peut-être pas, qu’on verrait bien. Elle a rien répondu mais j’ai bien vu qu’elle me croyait pas. Elle a fini son chocolat et je l’ai emmenée à l’école. Elle a pas dit un mot de tout le trajet et j’ai pensé que ça allait être vraiment galère à gérer, cette histoire. C’est vrai, je l’aime bien, cette gosse, mais c’est sa mère qui s’en occupait jusqu’à maintenant. Moi, je faisais les trois-huit, alors entre le boulot et les potes, je peux pas dire que j’assurais vraiment, question paternité. Et puis, les mioches, c’est quand même un truc de filles, non ? Et voilà que je me retrouvais tout seul comme un con avec une gamine en prime. Y a pas à dire, j’étais verni !


D’abord, j’ai pensé la coller chez ma mère mais vu comme elle nous avait élevés, mes frangins et moi, c’était pas une bonne idée. Sur quatre garçons, je suis le seul à pas crécher régulièrement en taule. Faut croire que même pour ça j’étais pas doué, comme a l’habitude de dire ma mère en secouant la tête et je sais jamais si elle plaisante ou si elle se fout de moi. Du coup, lui coller la gamine, ça m’a pas semblé le meilleur truc à faire. Après avoir laissé Lola à l’école, j’suis allé réfléchir chez Dédé, le bar où on se retrouve avec les potes. Mais là, à cette heure-ci, y avait personne. À ma tronche, Dédé a bien vu que ça n’allait pas mais il a rien demandé. Il est comme ça, Dédé, discret, un vrai pro. Il m’a juste apporté une bière, comme d’hab. C’est là qu’il a compris que c’était grave, quand j’ai fait non, donne-moi un café, plutôt. J’ai bien vu qu’il hésitait mais il a pas ouvert la bouche. Un vrai pro, j’vous dis.


J’avais assez fait le con, fallait vraiment que j’assure, là. La môme, elle y était pour rien dans nos histoires, elle avait rien demandé, elle méritait pas qu’on la plante. M’a pas fallu des heures pour savoir ce qu’il me restait à faire. J’suis allé à l’usine, j’ai demandé à voir le type du personnel, ça me gavait grave mais j’avais pas le choix. Tournel, qu’il s’appelle. Les mecs des bureaux, nous, on les voit jamais. C’est drôle, on bosse pour la même boîte mais c’est comme si on vivait pas dans le même monde. Quand il parle, Tournel, je le comprends pas. Pourtant, on s’est connus tout mômes, on a été en classe ensemble, enfin, avant que je redouble. Je m’souviens, qu’est-ce qu’on a pu l’emmerder, le Tournel, dans la cour de l’école, sûr que les récrés, pour lui, ça n’était pas l’île aux enfants. Enfin, c’est loin tout ça, maintenant. Et puis aujourd’hui, c’est lui qui s’marre, finalement…


Ce que je voulais, c’est qu’il me sorte des trois-huit et qu’il me trouve un boulot de jour à l’atelier. Ce serait moins payé mais au moins, je pourrais m’occuper de la gosse, être à la maison le soir, enfin, assurer quoi. Je lui ai expliqué tout ça à Tournel et j’ai vu qu’il hochait la tête à mesure que je parlais. Mauvais signe, je me suis dit, va m’envoyer bouler. Il la tient, sa vengeance, le martyr des cours d’école. Ben non ! Quand j’ai eu terminé, il m’a dit qu’il allait voir avec le chef d’atelier, qu’il comprenait, que la boîte était une grande famille, enfin, tout un baratin dont j’avais rien à foutre mais tout ce que j’ai retenu, c’est que je pouvais prendre un jour de RTT pour m’organiser et que ça lui laisserait aussi le temps de voir comment on pouvait s’arranger. M’a prévenu que je gagnerais moins, l’atelier à la journée, ça paye moins que les trois-huit, mais ça, je m’en doutais bien. Pour le manque à gagner, je trouverais bien une solution, Momo a toujours des combines au black.


Tout ça pour dire que ça n’a pas été facile tous les jours. Les premiers temps, j’en ai fait, des gaffes. Être père, enfin, vraiment je veux dire, pas comme je faisais avant, ben, c’est un sacré boulot, on croirait pas, mais faut assurer, comme on dit. Mais maintenant, ça roule. On a trouvé nos marques, Lola et moi. Elle demande jamais pour sa mère et j’évite d’en dire du mal devant elle. Surtout depuis que je sais… Le seul truc qui m’embête, c’est qu’en ce moment, ma Lola, elle veut devenir actrice. Je rigole, mais je peux pas l’empêcher de rêver, hein ? Tout de même, j’espère que ça lui passera.


 
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   hersen   
11/7/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
ça lui passera ou ne lui passera pas, à Lola, elle est en de bonnes mains.

le chemin a été long, n'est-ce pas ?

je craque carrément pour ce texte.
la narration, d'abord : on s'y croirait. ça coule et ça roule tout seul.
l'histoire : l'auteur, en si peu de mots, réussit à vraiment nous faire connaître cette famille. Et on se prend à les aimer, le père et la petite, et à souhaiter tout ce qu'on peut de mieux, dans ses choix, à la mère.

la question est posée ici d'une histoire qui se répète : Lola, comme sa mère, se regarde dans le miroir et veut être actrice. Un peu comme tout le monde, en fait. Mais le lecteur sait, avec certitude, que pour Lola, ce ne sera pas pareil. Elle a un père qui s'occupe d'elle, qui l'aime, même s'il ne sait pas toujours comment faire; bon, ça c'est pas grave, la petite lui dira...

j'aime profondément dans ce texte le côté humain, chacun fait ce qu'il peut avec ce qu'il a. De toute façon, on ne nous apprend pas à être parent, ça vient ou ça vient pas, mais souvent, ça vient...
Passer d'un mec torché plus souvent qu'à son tour à un père qui se soucie de l'éducation de sa fille, qui juge que sa mère à lui, ce ne serait pas assez bien, qui va la queue entre les jambes voir son chef qu'ils ont tant fait chier à l'école, et que ce chef participe aussi à cette rédemption, bon, qui c'est qui dit qu'on est dans un monde pourri ?
Moi, des fois.
Mais je profite quand c'est pas pourri, et je lis avec plaisir !

   poldutor   
12/7/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Très belle nouvelle courte, bien écrite, avec un vocabulaire assez populaire, mais de bon aloi... dans le style "roman policier"du milieu du XXème siècle, même si l'histoire n'a rien à voir avec les romans policiers.
Un père pas très sérieux, se trouve soudain "encombré" de sa fille de huit, dont la mère, sa compagne a quitté le foyer...
Il ne se passe pas grand chose dans cette histoire, mais le personnage principal est très attachant, d'abord un peu perdu, on le sent cependant plein de bonne volonté pour s'occuper de sa fille, jusqu'à abandonner les"trois huit", avec perte de salaire, pour être présent.
La chute est amusante et assez inquiétante, quand à l'avenir de la petite.

E.L

   FANTIN   
15/7/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une nouvelle d'une belle coulée, sans accroc, dont le registre choisi, familier mais naturel, jamais forcé, n'enlève rien à l'empathie éprouvée pour le personnage.
Un texte sympathique donc, à hauteur d'homme, et une trajectoire décrite qui transforme un poivrot ordinaire en père responsable, ou: comment devenir un ange...
Un bon moment de lecture.

   Corto   
16/7/2019
 a aimé ce texte 
Un peu
L'auteur a dû penser qu'en utilisant un simili langage populaire parisien il renforcerait l'intérêt pour sa nouvelle.
Malheureusement l'histoire est trop banale pour vraiment attirer l'attention.

Un ouvrier qui picole dans les fêtes foraines avec un copain et qui rencontre une fille. Mariage, disputes, sexe, rupture, un mac qui recrute.

Reste la petite Lola, finalement le personnage le plus sympathique mais qui n'est guère décrit. Sinon pour alerter sur son avenir qui pourrait reproduire celui de sa mère "Le seul truc qui m’embête, c’est qu’en ce moment, ma Lola, elle veut devenir actrice".

Tout cela ne fait pas rêver le lecteur.

Le tableau général est crédible mais manque diablement d'événements, de relances, de poésie.

Dommage. A vous relire un jour dans un autre registre.

   plumette   
23/7/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↓
monologue en forme de retour arrière, sorte de confession. Un parti-pris de ton familier et argotique qui ne m'emballe pas, mais je respecte le choix de l'auteur. En fait cela sonne assez juste.
le texte se déroule un peu comme une pelote qui se dévide, on fait doucement connaissance avec l'univers du narrateur, c'est assez bien fait.

La redemption par la paternité, un joli thème, mais c'est presque un peu trop cousu de fil blanc.

Plumette

   Tiramisu   
9/8/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour,

Ecriture parfaitement maitrisée qui donne un accent de vérité au narrateur jusqu'à des tics de langage comme le "mais" qui revient souvent. Les expressions et les références (Romy Schneider) nous renvoient aux années 80, il me semble mais pourquoi pas...

L'histoire est simple et tout à fait réaliste dans le milieu décrit. Peu d'évènements, un de taille pour le personnage principal, il va devoir assumer seul une petite fille de 8 ans. Le cheminement du narrateur est décrit de manière fine et touchante c'est très réussi.

Il y a du coeur dans ce texte, jusqu'au chef qui pourrait assouvir de manière mesquine sa vengeance, et il ne le fait pas, non, il dépasse tout ça. Cela fait du bien par les temps qui courent...

La seule critique pour moi c'est que je n'ai pas été surprise, je m'attendais à ce qui allait se passer.

Merci pour cette lecture.
Bonne continuation

   cherbiacuespe   
9/8/2019
 a aimé ce texte 
Un peu
C'est bien le problème d'être seul pour élever un gamin ou une gamine : père ou mère, on se retrouve à devoir jouer les deux rôles, avec tous les autres problèmes qui restent et qu'il faut gérer quoi qu'il en soit. Pas simple.

Cette histoire est une tranche de vie, bien écrite, c'est incontestable, bien élaborée, efficace avec une touche d'humour ironique à la fin. Bonne histoire, donc. Mais elle manque d'originalité. Je m'explique. C'est, au fond, une histoire assez banale et j'aurais aimé une petite pointe de frisson, une fantaisie pour en agrémenter la qualité, lui donner un caractère, une particularité.

Du coup, on reste un peu sur sa faim.

   wancyrs   
10/8/2019
Salut Toc,

Vraiment je suis embêté ; j'aurais souhaité lire ce texte en EL. Ainsi, à l'aveugle, peut-être aurais-je été plus objectif ? Quoique, j'aurais quand même tiqué à la lecture, même à l'aveugle ; je m'explique. Je connais l'auteur et son oeuvre, du coup l'authenticité du narrateur perd du crédit à mes yeux ; je sais je sais qu'il ne faut pas faire ça, mais c'est difficile à ne pas faire... Mais j'aurais quand même tiqué à l'aveugle car le narrateur n'est pas constant dans son phrasé : parfois il use des apocopes, et à d'autres endroits où on s'attend qu'il en use, il n'en use pas : ça se sent qu'il joue un rôle. Ensuite, il se glisse à certains endroits des expressions trop correctes pour quelqu'un de basse classe, entre autres : "Et voilà que je me retrouvais tout seul comme un con avec une gamine en prime. " Le "en prime" détonne un peu. j'aurais vu "sur les bras" ou quelque autre expression banale... puis il y a cette écriture trop soignée qui est en décalage avec l'identité du personnage... Et oui, pour moi, un rôle ne se joue pas seulement sur un seul aspect de la forme ; ici, le texte s'applique à mettre en évidence les termes et expressions de la classe sociale du narrateur, tout en oubliant que ce type de personne ne structure pas les phrases comme les gens qui ont fait des études avancées le font. Le texte est trop bien ponctué ; pour moi, c'est un autre point qui n'aide pas l'ensemble à avoir du crédit.

Reste le fond, l'intrigue. Je la trouve bien ficelée ; et la progression de la narration est parfaite. La fin du texte montre un homme devenu responsable et sage, ce qui est très réjouissant. Quant au titre, je trouve que le récit ne le justifie pas assez, mais bon !

Merci pour le partage, Toc

Édition : j’enlÈve ma note, car comme je disais au début, je ne peux juger de mon objectivité.
Wan

   Eclaircie   
10/8/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Toc,

J'ai beaucoup aimé le titre attirant, bigre ! apprendre sur les "Vrais" anges !
Ensuite à la lecture, le ton est de suite donné, la deuxième phrase place le récit dans un style populaire qu'il aura tout au long du récit, sans faille.
D'emblée dès le premier paragraphe, ce narrateur est considéré (par ces proches) comme un "intello". On n'est donc pas surpris des diverses digressions qui émaillent la nouvelle.
En plus du style populaire qui sonne très juste, ce personnage se révèle poète : "cette brindille en train de faire la grosse voix ", "c’était une danseuse, vous savez, comme celles qui tournent dans les boîtes à musique.", vulgaire aussi mais sans affectation, "tafiole", "pute" sont partie intégrante de son langage habituel.

Le texte se présente comme un long monologue, mais qui interpelle le lecteur par "vous savez","Pensez", par exemple. Et pour moi cà marche à 100%
Ce narrateur est bigrement sympathique, agaçant aussi, un peu, bref, très humain. Naîf, tendre, drôle à en devenir lourd, maladroit. Au travers du texte, émaillé d'humour, tendre ou plus lourd se dessinent les caractères des trois principaux personnages, Astrid, le narrateur et Lola.

J'ai aimé et trouve très juste tous les surnoms donnés aux "potes".

Juste un détail m'a interpellée : "J'étais marié avant" et l'on lit plus loin "Pensez, après dix ans à la colle".

Concernant le thème du papa devenu célibataire, il y aurait mille manières de l'aborder, celle-ci légère, drôle et grinçante, parfois va si bien au caractère du personnage principal.
Avec Astrid comme prénom, plutôt princier on ne pouvait lire qu'une histoire plutôt décalée, c'est réussi.
La conclusion tombe, courte et percutante.

On imagine ce monologue s'il est à haute voix, dans le fameux bar "chez Dédé", pas trop tard le soir, le narrateur semble assez sobre, puis il y a Lola, dont il doit s'occuper.

Bravo et merci du partage.
Éclaircie

   Lulu   
10/8/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Toc-art,

Alors là, je suis tout impressionnée… C'est d'une vraisemblance extraordinaire. J'ai vu ce personnage à la sincérité simple et belle… et son entourage, soit sa femme, sa fille, mais aussi sa vie d'ouvrier proche de celle que je me représente, en fait…

C'est extrêmement bien écrit. Le style est juste et clair. Il y a un ton, une force qui nous emporte à nous plonger dans l'histoire que je me suis représenté en petit film…

Le titre m'avait interpellée… Une merveille en lui-même : Les anges, les vrais…

Puis, j'ai adoré cette phrase, si proche du titre et des émotions du personnage : "Sauf que les anges, les vrais, ils ont aucun pouvoir"... Superbe !

J'ai beaucoup aimé, au-delà du ton bien maîtrisé sur l'ensemble de la nouvelle, ces traits qui nous amènent à sourire de complicité…, tel ce mot "tu connais Romy Schneider"...

L'ensemble est bien vu et a une forte résonnance dans ma vie ou mon expérience d'écriture… Cela est personnel, mais j'ai aimé cela, cette occurrence qui doit te dépasser en tant qu'auteur : on peut retrouver des choses vécues, même de loin, dans l'observation… et éprouver une oeuvre, comme celle-ci, de façon forte et belle.

Je reviens sur le titre : bien choisi, et beau au-delà de la nouvelle… J'aime bien l'idée que les anges, les vrais puissent être de ce monde, comme cette petite Lola.

Merci beaucoup pour ce partage, et au plaisir de te relire !

   Vincente   
11/8/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'ai trouvé l'ensemble très "crédible". La situation décrite par le narrateur, les circonstances, incidences diverses, la gouaille du phrasé, tout ça fonctionne bien, c'est la principale réussite de ce texte à mes yeux. La deuxième offre l'intérêt de suivre une tranche de vie d'un gars simple mais qui n'est pas simplet, il est touchant dans ses attentions envers Astrid et Lola, cette façon de ne pas être dans les sentiments le rustre assez lourdaud qu'il doit paraître, voire être, dans le quotidien ; ce n'est pas évident de "reproduire" cette particularité ambivalente, il faut d'autant plus la saluer.

Ce qui me gêne par contre sensiblement, c'est que cette "nouvelle", une sorte de confidence, a un développement assez linéaire, ce qui s'y passe ne mène pas à une chute (ou à des survenances internes) qui produit un événement, un étonnement, une découverte, etc... particulière. C'est comme si l'on savait par avance tout ce qui allait se dire, à partir du, environ, troisième paragraphe, l'on voit venir les choses, le lecteur que je suis s'est alors rabattu sur les points salués plus hauts qui se confirment au fur et à mesure que le récit s'est avancé. Donc la forme, oui très bien, mais le fond me semble assez pauvre. (Edit : ou il est comme une séquence, un chapitre d'un roman).

Pour moi, une nouvelle se doit de proposer une force et un développement particuliers, ce premier tiendra sa puissance dans le fond, bien plus nécessairement qu'en poésie par exemple. Ce deuxième tient essentiellement dans la forme (Edit : excusez-moi, je viens de constater à cette relecture matinale que j'avais inversé par erreur les deux termes forme et fond, c'est bien sûr ce premier, désormais corrigé, qui convient), si bien que à mes yeux, nous avons ici un très bel exercice de style... formel. Il manque donc la singularité de l'autre pan.

   maria   
11/8/2019
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour toc-art,
J'ai aimé le rythme de la narration et bien que le langage choisi, jeune banlieusard désabusé, colle au personnage, la lecture ne m'a pas été très agréable... question de goût ! Par contre je suis tombée sous le charme de la dernière réflexion d'un coeur si tendre.

Merci pour le partage et à bientôt

   solo974   
12/8/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour toc,
J'aime beaucoup ta nouvelle.
Le titre est magnifique et l'incipit interpelle d'emblée le lecteur sur un problème de fond : l'attitude à adopter face aux enfants en cas de séparation parentale.
J'ai beaucoup apprécié le style - résolument moderne - que tu as adopté pour évoquer ce thème, car il est en parfaite adéquation, justement, avec l'actualité de cette question de la monoparentalité.
L'humour est également présent, comme dans cette phrase : "Limite si je croyais pas qu’elle avait rangé ses ailes pour venir me trouver. Un ange, quoi. Tu parles. Une pute, oui."
Et que de justesse dans celle-ci : "J’avais assez fait le con, fallait vraiment que j’assure, là. La môme, elle y était pour rien dans nos histoires, elle avait rien demandé, elle méritait pas qu’on la plante."
Le narrateur, enfin, est particulièrement attachant.
Bien à toi et à te relire !

   STEPHANIE90   
13/8/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
J'ai adoré ce texte...

Je pensais l'avoir commenté en EL, surement un manque de temps car je l'ai lu alors me revoilà à le relire toujours avec le même plaisir. Tout sonne vrai du début à la fin. La narration est parfaite.
Lola un ange, un vrai...

Merci et bravo toc-art

PS : je reviens commenter mon appréciation, car après relecture je me rend compte qu'elle est un peu minimaliste. Je ne suis pas spécialiste en nouvelle. Mais je lis énormément et lorsque j'aime passionnément un livre, c'est qu'il a tout pour m'avoir tenu en haleine pendant ma lecture même si je ne sais pas précisément expliquer pourquoi. Bref, cette nouvelle a un style un peu familier, mais qui ne m'a pas dérangé, finalement j'ai aimé et j'ai réussi à me mettre dans la peau du personnage principal. Et la chute m'a bien plu...

encore merci pour la lecture, Stéphanie

   Robot   
14/8/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
J'ai beaucoup apprécié le langage direct de cette nouvelle, un peu comme si un copain s'épanchait dans ses confidences.

Cette vie de famille à rebondissements multiples est présentée de manière vivante, sans souci de politiquement correct, les personnages bien campés par le regard partial du narrateur qui donne toute sa véracité au récit.

Et puis c'est assez émouvant pour que l'on s'attache aux personnages; qu'ils soient présentés sous leur bon ou mauvais aspects, ils ont tous un caractère.

   Cat   
18/8/2019
 a aimé ce texte 
Pas
N'est pas Zola qui veut pour peindre la misère humaine.

Ici, la palette de couleurs est d'une pauvreté flagrante et le pinceau manque cruellement de subtilité pour un rendu caricatural au summum.

Résultat, un manque de profondeur évident et un pathos de série B qui déchire.

Sans compter que le style d'écriture surjoué par l'auteur tire des ficelles grosses comme un nez au milieu de la figure du misérabilisme dans toute sa splendeur.

Pour clore le chapitre, il y a ce tomber de rideau final, cette pauvre Lola qui, c'est certain, malgré son air de petit ange finira mal tant elle semble avoir hérité des vices de sa mère.

Non, décidément, même un jour de soif inextinguible d'eau de rose, je n'arriverais pas à adhérer à cette histoire de rédemption cousue de fil blanc comme s'il en pleurait.

Mon conseil à l'auteur : de creuser davantage du côté du cœur pour essayer de rendre ses personnages plus ''vrais'', plus crédibles, et par là même, plus attachants.


Cat

   ANIMAL   
2/9/2019
 a aimé ce texte 
Bien
J’ai lu sans déplaisir cette nouvelle. Le ton choisi fait très «populaire années 70» et convient au thème à part quelques détails qu’il ne vaut pas la peine de relever car on peut être ouvrier et avoir du vocabulaire. Donc pour la forme, le texte est cohérent et bien ajusté à son sujet.

Sur le fond, je suis nettement moins enthousiaste.

- une femme qui quitte son mec et devient (forcément) une pute >> cette fascination pour les putes, que ce soit au cinéma ou en littérature, a quelque chose d’étrange. Phantasme ? Œdipe mal digéré ?

- l’alcoolique sympathique qui se range pour élever sa fille >> rares sont les alcooliques sympathiques à part pour leurs copains de beuverie et rares ceux qui deviennent abstinents par leur seule volonté.

- le gars persécuté à l’école car bon élève qui se retrouve chef des autres à l’âge adulte >> que cet homme ne se venge pas est normal. Il a évolué, il est responsable, il sait bien faire la différence entre des querelles d’écoliers et la vie professionnelle d’adultes. Il semble que ce ne soit pas le cas du narrateur qui, d’ailleurs, se comporte comme un gamin de bout en bout.

S’il n’avait pas été alcoolique et toujours fourré avec ses copains, peut-être bien que sa femme ne l’aurait pas quitté mais il ne se pose même pas la question. Elle n’en valait donc pas le coup, semble-t-il, alors qu’il prétend l’adorer. Il fait l’effort d’arrêter de boire (ou du moins de réduire) pour sa fille dont il ne semble pas avoir été très proche mais il n’a même pas essayé de retenir sa femme qu’il aime tant ? Pas crédible.
Et s’il l’aimait, en apprenant qu’elle se prostitue, il aurait pu au moins chercher à la revoir pour la tirer de là si elle le désirait, ne serait-ce que pour l’équilibre de sa fille qui a aussi besoin de sa mère. Mais non, il accepte le fait et passe à la suite. Quelle drôle de (manque de) réaction pour un homme qui aimait sa femme…

Bref, ce gars n’a rien de sympathique et je le vois comme un égoïste qui se donne des allures de héros parce qu’il s’occupe de sa fille (c’est le rôle des femmes n’est-ce pas). Si cela se passait de nos jours, je l’imagine bien faire une « cagnotte » sur le web pour l'aider à élever sa fille suite au lâche abandon de sa mère. Un sale type.

Si c’était l’effet voulu par l’auteur, c’est très réussi. Sinon, pour moi, le récit est peu crédible.


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