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Sentimental/Romanesque
Valka-Youth : Le folioscope de Barbarie
 Publié le 31/12/14  -  4 commentaires  -  6589 caractères  -  42 lectures    Autres textes du même auteur

L'idée de ce texte m'est venue tandis qu'un artiste en Thaïlande tatouait au bambou un Hanya sur mon dos. Pour rendre la chose plus traditionnelle encore, il a allumé MTV… Et j'ai vu un clip créé sur le principe du folioscope, et je me suis dit : puisqu'on peut en dessiner, pourquoi ne pas en écrire ?


Le folioscope de Barbarie


Luck Valentine disparut. Seul restait son sourire de Cheshire en suspens. ′Twas brillig…


Tout devint blanc. Il y eut un moment improbable d’absolu néant. Les yeux ouverts au cœur de cette instance immaculée, je ne pouvais rien discerner, ni mes mains ni le bout de mon nez, comme isolé dans la brume la plus épaisse à l’étage nival des neiges éternelles. Puis une odeur de soufre s’intensifia dans l’atmosphère, teintant de jaune les monts glacés, et le sol se recouvrit d’une éruption de fumerolles. On entendait leur bouillon effervescent agiter l’écume réchauffée, et des particules flottaient dans l’éther comme des exhalaisons cendrées, qui collaient à la peau, et égrenaient une musique similaire aux parasites sur l’écran d’un rêve stylistiquement dérangé.


Puis l’artiste se pencha sur la page et y dessina une spirale.


Elle s’entortilla sur elle-même, raflant toutes les couleurs de la palette dans son rinceau, avant de tourbillonner à rebours et je cessai de tourner en rond. Après d’interminables errements l’artiste apposa son crayon sur la page blanche et le chemin redevint droit. Quelques traits encore et le manoir était en vue. Il le dessina au fusain et les fenêtres, et la porte apparurent. Les coups de crayon défilèrent à l’aune des ombres de la nuit, et la lune réverbéra sa lumière que l’artiste allongea d’un coup de pinceau jusqu’à mes pieds nus, reliant les deux extrémités du tableau. J’avançai. Amsterdam et Koï ont certainement dû commencer les festivités. Mais dans la peur du dédale je décidai de me dépêcher. Chaque pas exigeait un nouveau croquis et mes mains, et mes pieds dans leur course étaient parcourus de zébrures sans cesse reproduites. L’artiste utilisa la case sur ma droite pour y dessiner un épouvantail qui tenait une lanterne. Sous sa lumière apparut le cadavre du Narcisse, esquissé à la va-vite, sur la tombe de sa sœur. À l’encre de Chine, j’y déposai une fleur. Atterré par mes propres actions, je redoublai de vitesse et fracassai la porte au crayon gras et des débris et des éclats envahirent la page. Inspiré, l’artiste consacra un nouveau dessin à mon fantastique coup de pied. Puis je glissai sur la porte jusqu’à la cuisine, m’envolai après avoir buté sur un obstacle, cognai du front sur le mur du fond. Une longue traînée de peinture rouge accompagna mon effondrement telle une déconfiture écarlate. La porte oscillait dans les airs en équilibre précaire, gommée par endroits et grossie à d’autres, frénétiquement, afin de reproduire la sensation instable d’une action figée dans le mouvement. Le grain du papier fut constellé de traits et la pièce dans son ensemble apparut progressivement.


Toujours au fusain, toujours plus lugubre et angoissante. Entre l’obstacle et le coulis de sang se profila la table à manger, sur laquelle fut plaquée l’ombre vacillante de la porte branlante, brunissant le corps du Dracula étalé, la tête enfoncée dans la cervelle fétide du gros bonhomme. Tandis que l’artiste articulait d’horribles traits les détails de la scène, une violente nausée me remonta dans la gorge. Je réalisai être empêtré dans le cadavre de ma femme. L’odeur qui se dégageait de ses entrailles était abominable. Des larmes acides me gonflèrent les yeux. L’artiste s’excita. Au bout de la table émergea la maîtresse des lieux, des pieds aux jambes étoilées de plaques noires et gangrenées, au reste du corps, au cou et à la corde. Pendue, gommée et grossie. Elle aura certainement repris ses esprits et mis fin à ses jours devant pareille vision d’horreur. Figé dans la scène, je ne pouvais que subir en silence l’âcre goût des substances envahissantes qui me rongeaient la gorge et les paupières. Le cadavre de Blue vibrionnait de mouches et de vermines et se trouvait dans un état de décomposition avancé. L’artiste ajouta un plan de travail, un parquet carrelé, une ampoule au plafond et un jeu d’échecs renversé, de nombreux ustensiles et deux robinets, des récipients, des instruments, un violoncelle et une contrebasse pulvérisés, des insectes et d’autres entités grouillantes s’échappant de la cervelle grignotée, des ombres renversées de miroirs brisés et des nombres griffonnés sur des tableaux de statistiques crevés, des griffons et d’autres figures naturalisées de taxidermistes aux terminaisons empaillées, des mannequins décharnés aux idées mal placées qui voulaient se déplacer hurlant au désespoir, sans jamais se mouvoir, contre des pissotières où l’on se vidait, comme au mouroir, quand il n’y a plus rien ni espoir ni à boire, le dessin tenait de l’œuvre d’art et la planche était terminée, je dégueulai, la porte se fracassa sur la table et mes paupières gonflées se vidèrent d’un seul jet, comme on crève un abcès, je me levai d’un bond, dégoulinant de chairs putrides nauséabondes, m’approchai de l’artiste et lui confisquai son crayon, le traitai de zouave sur la dernière octave, avant de lui enfoncer toute la gamme majeure via le ré de son tréfonds.


Il chanta comme un diapason châtré puis disparut dans une spirale de larmes.


J’utilisai aussitôt un barreau de chaise pour faire sauter le percolateur et bus du café. Non, je fis sauter l’obturateur du robinet, et la soupape et le clapet, j’ouvris toutes les valves à fond ! Douzil et chantepleure ! Je m’arrosai jusqu’à ce que l’eau me débarrasse de toute cette horreur ! Puis je sortis de là et me ruai à l’étage. Au premier colimaçon croisé, qui d’ailleurs me précisa qu’il se fichait du chronomètre, je passai devant le miroir où je vis le visage de Lou se liquéfier.


Il éclata.


Les murs de la cage d’escalier suintaient et le papier peint qui les recouvrait se décrochait par lambeaux comme s’il s’agissait de chair humaine. Tout était glauque et puant dans ce décor qui semblait se désagréger à mesure de ma progression. Les murs se refermaient sur moi et la cage d’escalier se réduisit jusqu’à m’enfermer dans un couloir étroit, diapré d’effroi. Je hurlai.


Il m’écrasa.


L’artiste referma son carnet sur son personnage, fit trois pas, revint contempler ses pages. Sa vie, ce désastre. Vaincu, il se hissa fébrilement sur son tabouret, eut ce sourire improbable, reconsidéra les faits, se constitua renouvelable. Alors l’artiste laissa son ombre seule s’enliser jusqu’au giron gansé de Jack Knight, et chercha à publier son carnet, curieux de savoir s’il se trouvait quelqu’un derrière la fenêtre qu’il avait dessinée à la craie sur les murs qui le séparaient de la gloire. S’il se trouvait quelqu’un d’intéressé par sa débâcle ; quelqu’un d’assez joliment perturbé pour faire de sa défaite… une victoire.


 
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   socque   
4/12/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↓
J'ai bien aimé ce délire horrifique ; un cauchemar convaincant, pour moi qui apprécie particulièrement le gore ! La fin, en revanche, je la trouve ratée : jusqu'alors, l'artiste et le personnage agissaient au même niveau narratif, il n'y avait pas vraiment de "hiérarchie" puisque, si l'artiste pouvait dessiner ce qu'il voulait et faire vivre les pires affres à son personnage, celui-ci en revanche pouvait se retourner contre l'artiste, se venger et lui péter sa gueule...

Et puis, à la toute fin, vous choisissez de briser cette symétrie ; l'artiste referme son carnet sur le personnage, on se retrouve dans la "vraie vie", ou plutôt dans l'univers où l'artiste a la haute main sur son personnage ramené aux deux dimensions de sa feuille de papier. Vraiment dommage, pour moi, je préférais de beaucoup l'univers fantasmatique où on ne savait plus trop qui quoi où...

   Asrya   
9/12/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Un texte intrigant dont la trame m'a peut-être dépassé.
Je ne sais pas.
Je me suis retrouvé personnage de votre artiste, sous son crayon, son fusain, je prenais forme, petit à petit, et vivais, comme je l'ai compris, les actions qu'il traduisait.
La lune, le manoir, la tombe, une fleur, une porte, une porte fracassée, Blue, inanimée, ensanglantée, une table, Dracula (?), un violoncelle puis... j'ai divagué.
Votre récit est ensuite devenu très nuageux. Comment ce personnage que l'artiste dessine peut-il prendre vie et "confisquer" son crayon de sorte que les horreurs qu'il dessine cessent. Pas compris.
Ou alors, n'ai-je tout simplement rien assimilé de votre histoire et votre personnage, n'est pas issu du crayon de l'artiste et dans ce cas, je suis perdu.
Mais non, puisqu'au final, l'artiste "l'écrase", il referme son carnet (de dessins ?) et de ce fait aplati en quelque sorte son personnage, le votre également.
Puis vint la fin.
Pas compris.
Décidément, la complexité me limite.
De quelle défaite s'agit-il ? Quelle victoire espère-t-il ?
Je vais de ce pas faire des cookies pour m'alléger l'esprit.

Votre style d'écriture est très agréable. Je ne suis pas un grand partisan des longues phrases mais vous les maniez bien. Quelques "et" m'ont dérangé mais bon... chacun ses goûts !
L'idée est habile (si je l'ai bien saisie), plutôt bien exploitée, même si... à la suite de cette lecture, je suis perplexe. J'aurais besoin d'être éclairé !
Merci pour ce partage,
Cette lecture dessinée,
Ce fut un plaisir.

   Neojamin   
2/1/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Quel trip!
J'avoue avoir été complètement perdu du début jusqu'à la fin...et pourtant, je n'ai pas lâché le fil, m'accrochant tant bien que mal aux méandres juteux de cette histoire.
Que dire maintenant ?
En relisant les dernières, j'ai l'impression de comprendre...mais comprendre quoi ? Incapable de le dire. J'y ai vu une lutte entre l'artiste et lui-même, entre son personnage et sa muse, entre...je ne sais plus trop. A la fin, il me reste cette impression de voyage, comme si le train avait avancé un peu trop vite et que j'en restais tout étourdi.

Pour ce qui est du texte et du style. Les phrases sont longues mais habiles sauf "Il le dessina au fusain et les fenêtres, et la porte apparurent", trop de "et" mais bon, c'est un choix. A voir si ce texte pourrait être écrit de manière plus claire et accessible...ce n'est peut-être pas possible si on veut rester fidèle au pari de départ!

La fin m'a beaucoup plue...elle m'a rappelée que tout est illusion. Bref, le voyage fut sympa, le texte un peu trop tarabiscoté à mon goût mais efficace, c'est indéniable. Ce n'est pas mon genre...mais j'en reprendrais presque!
Bravo pour la surprise et ce bel effort d'imagination!

   caillouq   
4/1/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Une écriture efficace, qui m'a fait penser à la contribution de Blutch dans "Peur(s) du noir". Des images parlantes. D'un point de vue purement stylistique, j'ai bien aimé l'octave et la gamme majeure.
Moins la fin, assez convenue.


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