Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Humour/Détente
VALLOIS : A new career
 Publié le 22/11/16  -  9 commentaires  -  8110 caractères  -  58 lectures    Autres textes du même auteur

Grandeur et déchéance d’un piano.


A new career


Oh ! Ils ne vont pas me laisser là, tout seul, au milieu de nulle part ! C’est que je n’ai jamais supporté le froid et les courants d’air. J’ai peur de craquer, de me fissurer et surtout de montrer mes faiblesses.

À vrai dire, tout a commencé par l’arrivée de ces trois imbéciles. Déjà, ils ne se sont ni présentés, ni intéressés à mes touches sensibles. Non, ils parlaient tout bonnement de football ou des activités du prochain week-end. Aussitôt ces rustres m’ont bougé pour me soulever sans ménagement. J’ai horreur de ça ! Puis, j’ai entendu : « C’est lourd ! Ils auraient mieux fait de nous augmenter au lieu d’acheter ce machin inutile ! » Ce machin, c’était moi. Les humains sont comme ça. Lorsqu’ils veulent notifier leur mépris, ils ne nomment pas les choses. Ensuite, on m’a mis à l’ombre dans un camion où j’ai été ballotté pendant plusieurs heures. La vie semble ainsi. Elle nous surprend et nous oblige à avancer vers l’inconnu quand nous ne voulons pas, quand nous n’en avons pas vraiment besoin.

Alors maintenant, je m’interroge. Que va-t-on faire de moi ? J’ai tout à craindre. Il paraît que les hommes sont capables d’envoyer les animaux dans les abattoirs et même de déporter d’autres hommes pour les exterminer… alors un piano !

Pourtant, il y a longtemps, j’habitais une salle de concerts chauffée. Si vous aviez vu comme j’étais inspiré. Du sensible et du délicat m’effleuraient. On m’admirait, on me choyait et on m’applaudissait à tout rompre. L’allégresse émergeait de quelques mains et bien entendu de mon talent. Ma bonne humeur transportait mon auditoire hors du temps. Pourtant, un jour, certainement ont-ils trouvé que j’étais devenu trop vieux ou que ça devenait difficile de m’accorder. Et je me suis retrouvé dans un café. L’ingratitude, une autre particularité des hommes ! Heureusement la musique se renouvelle et les salves d’applaudissements suivaient toujours. Et puis, le jazz ça me changeait ; même si, dans ce café, ce n’était plus le même public. Ça s’est gâté lorsqu'Enzo a été remplacé par Christian. Lui ce n’était pas un musicien. Il ratait des notes, se trompait entre les touches noires et les blanches, tapait des pieds sur le clavier. En plus, il était toujours saoul. Alors, un nouveau son puis un autre de plus en plus désagréable. Sans rien comprendre à ce qui se passait, je me suis mis à produire des fausses notes, comme des rots incontrôlés dont tout le monde m’accusait d’être responsable. Et pour bien signifier que j’étais un incapable, Christian terminait ses soirées par des coups brutaux dans mes pieds ou mon ventre.

Et voilà ! Maintenant dans cette attente, je suis mort de trouille. Je déteste cette incertitude. Pourtant mon intuition me dit d’analyser les bruits. Après tout, le bruit c’est un peu ma spécialité.

Bon, il y a quoi ? Flûte ! Des voix étouffées, des pas et le rugissement d’un train prêt à démarrer. Aucune harmonie ! Ah ça c’est certain, je ne suis pas dans une salle de spectacle. Tout de même, on ne m’a pas mis au monde pour rester muet dans le tintamarre !

Chut ! Un pas rapide s’approche. L’homme s’arrête. Il me regarde, silencieux, les mains dans le dos. À son expression tendue, je sens l’énorme hache dissimulée derrière lui. Il est certainement venu pour me réduire en bois de chauffage. Non ! Il me présente ses mains violacées et les frotte pour les réchauffer. Timidement ses doigts s’avancent vers le clavier. Je sens bien qu’il n’est pas musicien. Il ne va pas me toucher tout de même ! Il appuie néanmoins sur une touche puis sur une autre. Aïe ! C’est épouvantable ! Et malgré cela, il insiste et persiste à se prendre pour Mozart. Tout ce bruit, ça va encore être de ma faute. J’aimerais tellement que ses mains m’enlacent pour renaître et qu’elles sachent faire monter le désir, frémir les cordes… Ouf ! Il a compris. Et ça repart sans même me remercier.

Cinq minutes se passent. Tout autour, il y a ce mélange d’ombres et de lumières violentes. Je n’ai pas le contrôle de la situation. Loin de ma personnalité unique, je suis à la merci de n’importe quelle maladresse. Et soudainement ce n’est plus des doigts qui me touchent mais des pattes. Celles d’un chat qui saute d’une touche à l’autre en ronronnant. Ça doit l’amuser d’entendre ce boucan. Au moins, lui ne veut pas de mal et rapidement ses pattes courent vers d’autres amusements. Je me dis qu’il a d’autres chats à fouetter ! Mais déjà deux braillards arrivent en titubant, des clochards qui se chamaillent. Je les sens dans le même abandon. Néanmoins, en m’apercevant, l’un d’eux commence à fredonner : imagine. Je crains le pire lorsque ses mains crasseuses s’approchent du clavier.


– Tu sais jouer de ce truc ? lui demande l’autre.

– Ma grand-mère avait un bastringue dans le bistrot.


J’ai envie de leur crier que je suis un piano et pas un truc, un machin. Le mur se fissure. Si au moins, j’arrivais à oublier ma peur quelques instants. Mais, peu à peu, le clochard fredonne lentement la chanson, riche d’émotions, de John Lennon et ses mains tremblantes effleurent les touches. Pas si mal ! J’ai connu pire avec mon dernier logeur. C’est peu varié mais durant quelques instants, les deux pommés semblent heureux. D’ailleurs ils repartent bras dessus, bras dessous en chantant d’autres chansons.

Des pas jeunes et rapides résonnent sur le béton. Je me sens à nouveau terrifié. Un couple s’approche. Ils se sourient et se dévorent des yeux. Leurs blousons sont ouverts sur leurs pulls. Ils n’ont pas froid. Je lis dans leur regard qu’ils vivent l’instant et habitent tout ce qui gravite autour d’eux. Ceux-là sont amoureux. Elle me rappelle Clara, ce petit bout de femme qui s’adressait au chef d’orchestre pour un oui ou un non. Mais nous sommes maintenant. La jeune fille lâche sa valise à roulettes. Son beau regard fixe celui du jeune homme. Aussitôt, sa main se pose délicatement sur mon bois. Étrangement, je n’ai plus peur.


– C’est une excellente idée ce piano au milieu du hall. Ne penses-tu pas que notre séparation sera moins difficile si on jouait une dernière fois.

– Le train va bientôt partir !


Elle doit avoir une vingtaine d’années mais elle ne l’écoute pas car ils sont dans l’euphorie de la passion.


– Brahms ou Chopin ?

– Et que dirais-tu de La Campanella ?


Leurs yeux s’illuminent. Le jeune homme la serre contre lui, leurs lèvres se rapprochent. Ils s’embrassent avec force et passion. Mais déjà les doigts agiles de la jeune femme caressent mes touches. Hourra ! La voilà ! La musique est de retour.

Soudainement, la musique franchit toutes les barrières du marchand de sandwichs aux trains qui arrivent. En un instant, elle brise mon incertitude et mes fausses notes. Quelques minutes suffisent à enchanter un début de semaine et, pour ce couple, à apaiser une séparation provisoire. Cet évènement me rappelle lorsque les enfants regardaient par-dessus les épaules d’Enzo pour découvrir la magie d’une mélodie. À mesure que les notes s’enchaînent, je réalise enfin qu’on m’a posé dans une gare mais j’en oublie la crépitation récurrente et toute proche d’un tableau d’affichage, le tohu-bohu des discussions et les désagréables annonces régulières.

Ceux-là sont maintenant blottis sur le même siège. Ils prennent appui sur leurs épaules. Leurs doigts agiles s’emparent des touches et partent à la conquête du monde, de leur monde. Quelques manteaux gris ou noirs s’arrêtent, s’approchent et malgré l’humidité tenace, se mettent à écouter comme avant ! Ils hésitent à applaudir mais ils vont le faire. Désormais même la gare semble conquise.

Maintenant je sais. Oui, ce morceau de Liszt c’est leur amour à quatre mains, leurs espérances mélangées à leurs rêves de gamins. Ils resteront ainsi, assis, les doigts sur le clavier, jusqu’à la dernière minute. Et peut-être resteront-ils ainsi toute leur vie, à se tenir les mains et à tenir les notes. Je sais aussi que mon cœur fait des bonds et qu’il en fera encore. Je sais surtout que je suis encore utile et que des moments comme celui-ci se reproduiront encore. Je me sens encore telle une star américaine. A new career begins.


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   Ora   
25/10/2016
 a aimé ce texte 
Bien
ça alors! C'est ce qui s'appelle une synchronicité. Je suis entrain de tout faire pour "me débarrasser" d'un vieux piano dont j'ai hérité un peu involontairement et hier, un artisan m'a dit que ça l'intéressait bien de le récupérer. Je ne suis pas sûre qu'il sache en jouer et je ne sais pas ce que la piano va devenir… du bois de chauffage peut-être? Alors vous lire et rencontrer ces états d'âmes de piano me fait quelque chose! Et il m'est difficile de porter un jugement parfaitement objectif sur votre texte qui l'a fait l'effet d'une discussion avec mon piano. L'issue est tintée d'une pointe de culpabilité…
Vous avez su quoi qu'il en soit éveiller chez moi un mélange d'émotions que je ne m'attendais pas à rencontrer et j'ai trouvé votre écriture bien agréable. Merci :)

   GillesP   
26/10/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Très jolie nouvelle! Votre prosopopée est joliment tournée et elle illustre bien la présence de pianos dans certaines gares (ce qui, je trouve, est une excellente idée). Les différentes vies du piano sont évoqués avec grâce, par l'intermédiaire d'une écriture élégante, sans être ampoulée.

Je n'ai regretté qu'une petite chose: la présence, parfois, de mots familiers dans la bouche du piano, alors que, d'une manière générale, le piano s'exprime avec un niveau de langage plutôt soutenu. Je trouve que les mots "trouille", "boucan" et "ça" (alors qu'à d'autres moments, le piano emploi le pronom plus soutenu "cela") ne sont pas bienvenus.

L'interjection "flûte", que plus personne n'emploie depuis..., m'a fait sourire. Je lui trouve un charme suranné, et j'ai bien aimé le trait d'humour (le piano qui dit "flûte").
"à se tenir les mains et à tenir les notes": j'aime bien cette analogie entre amour et musique.

Bref, un très bon texte, selon moi.
Merci pour cette lecture.

   plumette   
22/11/2016
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
je n'ai pas trop accroché à la personnalisation de ce piano.

le texte est bien écrit, mais les périgrinations de l'instrument entre salle de concert, café et utilisateurs plus ou moins talentueux ne m'ont pas passionnée. Surtout, je crois qu'il y a un faux suspens car comment se fait-il que le piano mette tant de temps à identifier qu'il est dans un hall de gare? Cela ne colle pas avec toutes les capacités d'analyses de ce piano.

je pense que ma subjectivité prime dans ce commentaire! je n'ai pas pu "entrer" dans le propos.

Désolée

Je rajoute un petit quelque chose en retrouvant ce texte en publication après l'espace lecture qui est anonyme: je vois que c'est votre première publication sur oniris, et il me parait donc utile de saluer la bonne qualité de l'écriture que je reverrais bien au service d'un autre texte!

A vous lire à nouveau, donc!

   toc-art   
11/12/2016
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour,

Personnifier un objet, c'est vraiment un indice d'amateurisme je trouve, une sorte de passage obligé. Cela n'a rien d'infamant, beaucoup le font et au moins nous avez vous épargné le faux suspense du "mais qui suis je? " dont nous sommes nombreux à nous être rendus coupables. :-)
Mais honnêtement, je n'ai pas trouvé d'intérêt à ce texte. Il n'est cependant pas mal écrit mais le sujet ne m'a pas emporté. Peut être une autre fois.

J'ai un petit doute, je ne suis pas mélomane mais il y a des pianos droits dans les orchestres classiques ? Parce que je ne crois pas qu'on trouve de piano à queue dans les halls de gare.

Un détail encore : "les deux pommés". Je pense qu'il faut écrire "paumés " (oups, on me dit que cette orthographe est admise. Dont act mais quand même c'est moche non ? :-)

Bonne continuation

   Alcirion   
22/11/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bonjour,

Je n'ai pas trop accroché au thème, même si l'idée est originale et le récit bien construit.

Par contre, j'ai trouvé une belle qualité d'écriture, c'est fluide, léger, sans fioriture.

A vous relire

   hersen   
22/11/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↓
J'ai eu un peu de mal à écouter ce piano nous raconter sa vie car il prend quelquefois la place du musicien; L'entendre dire qu'il a du talent...

Mais ceci dit, l'histoire est assez bien écrite, il y a un rythme intéressant.

En ce qui me concerne, et c'est tout à fait personnel, j'aurais préféré qu'un musicien raconte l'histoire du piano. Ou son facteur. Cela aurait évité certains passages peu crédibles, mais faire parler un objet, car qu'on le veuille ou non, un piano est un objet et sa belle facture en revient aux artistes artisans qui l'ont fabriqué, est toujours sujet à un rajout de difficultés.

J'aime beaucoup l'idée d'un piano dans un hall de gare.

Certainement, je vous relirai.

Et bienvenue à vous sur le site !

hersen

   Annick   
23/11/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Ce texte qui est un monologue intérieur a le ton de la conversation : un style fluide, simple mais précis.
Ce récit se lit avec plaisir. Vous avez su donner une âme et un cœur à ce piano.

   aldenor   
29/11/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Une gare achète un vieux piano pour le mettre dans son hall, à la disposition des usagers.
Le propos est amusant. J’ai bien aimé ce piano pensant qui juge sévèrement l’humanité.
Mais l’écriture, si elle est fluide, manque à mon sens de concision.
NB : je crois qu’on n’écrit pas pommés mais paumés.

   PierrickBatello   
7/1/2017
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Etant moi-même pianiste, je ne peux pas dire que j'ai été très touché par ce récit. Ce piano manque singulièrement de personnalité à mon goût. Le récit de ses aventures est finalement assez neutre et ne m'a pas emporté. J'aurais attendu plus de folie à certains moments, des emportements. Je trouve notamment le passage avec les deux clochards un peu mièvre. Il me revient en tête le souffle de Novecento de Barrico...
Par contre, j'aime le style fluide, simple et le rythme de vos phrases.


Oniris Copyright © 2007-2017