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Policier/Noir/Thriller
yoannguiben : Le gros Joshua
 Publié le 20/11/16  -  12 commentaires  -  18433 caractères  -  111 lectures    Autres textes du même auteur

Immersion dans l'intimité de Joshua, de ses petits trucs, et de ses grands vides.


Le gros Joshua


Debout, devant sa table de cuisson flambant neuve, huit feux, induction, réglage de la température de chauffe, et non pas un simple thermostat, mille cinq cents euros au bas mot, mais quels plaisirs en perspective… Malheureusement, il n’est que quatorze heures, impossible de cuisiner, impossible de manger maintenant, ce n’est pas l’heure.

Une pièce de l’appartement est dédiée à sa bibliothèque, vaste, moquette brun sombre au sol, épaisse et douce aux pieds, feutrant tous les bruits, d’innombrables rayonnages d’étagères en acajou du sol au plafond, échelle sur roulettes pour attraper les volumes les plus hauts. Au milieu de la pièce trône un fauteuil en cuir, profond et moelleux, comme le siège d’un roi, avec à sa droite une petite table destinée à recevoir le volume convoité en attente d’une prochaine consultation. En face, la fenêtre, dont on devine la présence grâce aux rideaux en velours ocre qui l’ornent, occultant ainsi la lumière naturelle et le temps qui passe.

Il y passe énormément de temps, peut-être la majeure partie, en tout cas tout son temps libre, assis dans son fauteuil, sur sa table une tasse de thé, infusé deux minutes, acheté dans son magasin favori, les rideaux toujours tirés pour que la course du soleil n’influence pas sa lecture en rythmant les heures qui s’écoulent. Il choisit son volume avec soin, selon l’envie du moment, il a ses préférés, Robuchon et Bocuse sont les plus connus, les meilleurs. Confortablement installé, il prend son repose-livre sur les genoux, y dépose l’ouvrage qu’il ouvre à la première page, il humidifie le bout de son index, comme s’il léchait un restant de sauce accroché au coin de cette page et commence son investigation. Il n’y cherche rien en particulier, simplement un voyage dans la gastronomie, pour se mettre l’eau à la bouche de manière à faire monter l’envie de se préparer un festin. Son regard erre de tartes en compotes, de rôtis en quiches, il s’arrête un instant sur une magnifique bisque de homard, ce qui l’emmène dans un inventaire de son congélateur à la recherche d’une queue de ce fabuleux crustacé. Les pages tournent, les minutes et bientôt les heures défilent, son estomac commence à le chatouiller, il repose son livre, délicatement, et se lève, il est temps.

C’est l’esprit plein des idées qu’il a piochées dans son volume de gastronomie française du début du siècle qu’il se dirige, l’estomac vide, vers la cuisine. Pièce ultramoderne, vingt-cinq mètres carrés de technologie dédiés au plaisir de la table et des papilles, des ustensiles dernier cri, tout ce qui est imaginable en terme d’électroménager, four, table de cuisson, four vapeur, cellule de refroidissement rapide, mijoteuse, four à bois, réfrigérateur américain, congélateur, machine de mise sous vide, sonde de température… L’excitation monte d’un cran, ses yeux courent aux quatre coins de la pièce et déjà il élabore son plan d’action tout en prenant son tablier, suspendu derrière la porte, pour le nouer autour de son immense taille. Il surmonte enfin sa tête d’une toque de chef afin de parfaire sa tenue et pouvoir se lâcher dans l’arène de la cuisine.

Ail, oignon, huile, odeur de rôti, larme, viande crue, parée, coupée, revenue, épices et herbes, eau, crème, légumes, savamment épluchés et découpés pour donner le meilleur d’eux-mêmes, feu doux, pour laisser le temps aux saveurs de se disperser dans chaque mets, aux alliances de se faire. Il met toutes les astuces de chefs dont il a connaissance en place pour évincer une saveur malvenue et en faire ressortir une trop timide qui s’exprimera alors pleinement.

C’est le moment de l’attente, il prend son tabouret, se poste devant la table de cuisson et le four pour en apprécier chaque effluve qui échappe des plats presque hermétiquement fermés, profiter des moindres changements d’état de la recette, pour que la salive lui suinte des glandes, inonde sa cavité buccale et déborde des commissures de ses lèvres. Que l’envie excite son estomac, aiguise ses sens, développe sa faim, qu’il établisse des prières pour satisfaire autant le corps que l’esprit comme des êtres indépendants, insatiables et intransigeants. Ses yeux brillent devant les casseroles en inox reflétant sa silhouette outrancière, démesurée, déformée, la salive jaillit en jets erratiques, sa langue sort de sa bouche comme un serpent agressé, peut-être pense-t-il goûter à l’odeur s’échappant des plats, en tirer une quelconque saveur qui étancherait provisoirement son appétit d’ogre. Ses yeux sont deux billes, ils ne clignent plus, ils sont secs et douloureux, à l’affût du moindre mouvement, d’une bulle de sauce qui viendrait mourir à la surface et libérer une vapeur odorante provenant des profondeurs, du changement de couleur du rôti annonçant du craquant ou du croustillant. Il trépigne, sa jambe s’agite dans un mouvement saccadé, automatique. Il est raide, animal, fauve, carnassier. Il fait peur, comme un chien prêt à attaquer qu’une simple corde effilochée retient.

Son minuteur égraine les secondes qui le séparent de la table, il se décide enfin à bouger, s’extrait de son tabouret avec difficulté, regret, en jetant un dernier regard aux différents plats, amoureux transi quittant son aimée. Il se dirige vers le salon, pièce carrée sans charme, murs blancs, parquet marron, table en bois style Louis XVI trônant au milieu, flanquée de son fauteuil énorme, aux coussins en tissu vieux rose recouvert de plastique. Avant de sortir de la cuisine, il prend son nécessaire à manger, toujours prêt, complet, aucun besoin de réfléchir. Une grande assiette en porcelaine blanche, sans motif, pour ne pas déranger son regard ; un couteau, une fourchette, une cuillère à soupe, une cuillère à café, le tout en argent noblement ciselé pour augmenter le plaisir de l’utilisateur ; un verre à eau magistral en cristal, fin et sculpté, laissant au liquide la place de s’exprimer pleinement ; une carafe, du même cristal et de la même facture, emplie d’une eau tempérée à quinze degrés ; et enfin un thermos en inox, simple, presque austère en comparaison, contenant lui une eau tiède. Il jette la nappe blanche sur la table, délicatement brodée de fil vert pâle tout juste visible, pour ajouter de la noblesse à ce tissu sans charme. Dessus il dispose soigneusement ses ustensiles, au cordeau, tout à équidistance de son assiette, à un centimètre des rebords de l’assiette pour les couverts et deux centimètres du rebord de la table. Il retourne dans la cuisine, et pour parfaire le décor de sa table pose un vase abritant un bouquet de roses en plastique, apportant une majesté figée et mortelle. Les mains appuyées sur le dossier de son siège, il admire son travail, comme à chaque fois le dressage de la table est identique au précédent, rien ne change, cela lui donne des repères, il sait que le repas arrive à la prochaine étape, il peut profiter de ce moment, des dernières minutes qui le séparent de la dégustation. Cela lui permet aussi d’apprécier son appétit qui monte, progressivement, lentement, à chaque seconde qui passe, il s’étale.

Ce n’est d’abord qu’un simple sentiment, une sensation infime émergeant des confins de son esprit — « ai-je faim ? » —, et puis quelques minutes après elle éclot, une évidence, assurément, et avec arrogance. Elle croît, effrontément, et se rappelle à lui d’une manière de plus en plus affirmée, de plus en plus rapprochée, de plus en plus exigeante. Des idées naissent, d’aliments par lesquels elle souhaite être satisfaite, jamais les mêmes, toujours différents. Elle s’érige en chef, magnanime d’abord, laissant du lest, sachant faire des concessions, sur la quantité, la forme, s’il lui donne un petit quelque chose elle se calme, mais s’il se joue d’elle, l’ignore, elle perd toute patience et devient dictateur, obsédante, elle ne lui laisse pas une seconde de répit, l’épuise d’idées, l’assomme d’envies, ne le laisse pas en paix, vocifère ses ordres en dépit du bon sens. Elle crie, elle enrage, elle frappe, elle fait mal, s’emballe, s’enflamme, tiraille. Vide, il n’a plus d’autre choix que de la satisfaire, rapidement, répondant à ses ordres avides, elle paraît insatiable.

Retour à la cuisine, comme un somnambule, la bave dégouline de sa bouche, les yeux à demi clos, il est devant le placard où il range tous les plats nécessaires au dressage des différentes victuailles, d’abord une grande soupière en porcelaine de Limoges au décor bucolique de scène de campagne, où le potage aux cèpes trouve une place de premier choix. Puis un long plat en argent se voit surmonté d’un gigantesque rôti de bœuf cuit juste rosé, qu’il nappe d’une sauce grand veneur, le reste se voyant versé dans une saucière en argent double paroi permettant une conservation au bain-marie à la température idéale ; l’accompagnement, une purée de pomme de terre à la truffe blanche du Périgord, prend place dans un plat en porcelaine. Il commence à tout disposer sur la table, au plus près de son assiette. Le potage, ensuite la viande et la purée, enfin le grand plateau de fromages de régions et sa corbeille de pains spéciaux. Il retourne en cuisine afin de dresser le dessert, une charlotte poires chocolat, sur son plat à gâteau au pied en cristal joliment ciselé, tout en transparence et relief, il en prédécoupe les parts afin de faciliter le service en fin de repas. Avant de retourner dans la salle à manger, il appuie sur le bouton de la machine à café, afin qu’il puisse en profiter bien chaud avec le dessert.

Il est maintenant attablé, il saisit sa serviette d’un blanc immaculé et du geste d’un habitué la secoue une fois, sèchement, pour la déplier et l’étendre sur ses genoux à la manière d’un aristocrate d’une autre époque. Il est comme en transe — est-ce lui qui est assis sur cette chaise ou une caricature ? —, il prend la soupière pleine et à l’aide de la louche se sert d’abord l’équivalent des trois quarts du bol, d’une manière distinguée et théâtrale, il prend sa cuillère à soupe et commence à déguster le breuvage épais et chaud, il le sent couler, d’abord dans la cavité buccale, ce qui lui permet d’en décrypter les saveurs fines et délicates, puis la douce chaleur se dirige, via l’œsophage, dans l’estomac, où elle disperse sa douceur langoureuse et engourdissante. Comme un bébé qui reçoit les premières tétées du sein de sa mère, il s’apaise. Il déguste ce potage, qui disparaît un peu plus à chaque cuillérée, en apprécie les saveurs et en évalue le moindre déséquilibre, comme un critique gastronomique, avec lenteur, en levant le nez après la gorgée, tapissant tous les recoins de sa bouche afin d’en extirper son essence. Puis il accélère le rythme, les saveurs sont devenues habitudes et l’appétit inextinguible reprend ses droits, la dégustation est finie, il est temps de bouffer. La cuillère se charge de plus en plus, il ne prend plus la précaution avant de l’amener à sa bouche d’effleurer le dessous de la cuillère sur le dessus du potage afin de la débarrasser d’une goutte qui pourrait tacher la nappe, d’ailleurs l’accident arrive, la goutte tombe, et la faim tourne à la voracité, le premier bol est fini, il se sert sans précaution le deuxième rempli à ras bord, sans cérémonie, il l’attaque, la cuillère plonge au fond du bol, pour aller chercher le maximum de liquide, le buste se plie pour limiter le trajet de la cuillère, elle s’enfonce ensuite dans la bouche du gros Joshua, véritable caverne sombre aux rochers en saillie, blancs et acérés, prêts à déchiqueter la moindre chair à leur portée.

Il perd de son intérêt pour le potage, son appétit aiguisé, il a besoin de mastiquer, de déchiqueter, de broyer, d’en avoir plein la bouche, que ça déborde, il a besoin de dévorer, goulûment, atrocement, salement, de se bâfrer, de s’en mettre plein la panse, il saisit le plat de rôti, pousse son assiette de côté, prend le couteau à viande et la fourchette pour manger à même le plat, il coupe d’énormes morceaux de viande sanguinolente cuite à la perfection, en enfourne un premier et avec difficulté commence sa longue mastication, du jus gicle des commissures de ses lèvres et coule sur son menton, longe le cou, est détourné par la pomme d’Adam, pour finir absorbé par le col de la chemise blanche, souillée. Des postillons de sang rosé quand il expire par la bouche, essoufflé par cet effort, viennent mourir en constellation sur la nappe pour y dessiner une carte inconnue. La bouche est pleine, saturée, il a du mal à saisir des morceaux de chair entre ses dents pour en commencer la mise à mort, il jubile, tout coule, tout déborde, il broie tant bien que mal, manque de s’étouffer, la viande transformée en bouillie ne se tient plus, c’est un sentiment proche de la jouissance qui commence à naître au creux de son esprit, l’extase se développe au même rythme que le rôti se désagrège, plus il avale, plus il se remplit et plus tout s’efface autour de lui, les aliments prennent la place de tout, libèrent l’esprit, sa langue sort de sa bouche pour lécher ses lèvres et le bas de son menton à la recherche du moindre déchet, comme un chien, il remet bouchée après bouchée toujours plus de morceaux, arrivé à la moitié du rôti, faisant fi du peu de cette convenance anglaise et élégante qui lui restait encore, il pose le couteau et la fourchette sur la table pour saisir à pleines mains ce morceau de muscle, le porter à sa bouche en décorant la nappe d’une pléiade de taches marron et rouges, mêlant sang et jus de cuisson dans un bordeaux peu ragoûtant. Avec les dents, il arrache la chair en tirant et cisaillant de toutes ses forces, de la chair se coince entre ses dents, lui procurant une gêne atrocement jouissive, en augmentant son besoin de mastication pour s’en débarrasser. Entre et pendant les bouchées, il plonge sa main dans le plat de purée et la porte à sa bouche pour créer une mixture immonde pour les autres et suave pour lui, permettant l’apparition dans sa bouche d’une texture lisse et sèche dont il sentira le parcours douloureux dans son œsophage s’achever avec lourdeur dans son estomac, et en sentir un peu plus encore les parois se distendre dans une douleur ravie.

Dans un moment de clarté, flottant au milieu des déchets orgiaques, il examine ses doigts enduits de nourriture et de sauce, ils sont boudinés, sales, ses yeux errent jusqu’à ses cuisses jonchées de détritus, le tissu de sa serviette peine à couvrir son pantalon, et par-delà cette toile il voit sa graisse faisant des bosses. Son regard se perd sur les murs du salon et se pose sur une vieille photo de famille, dans un cadre doré à la splendeur désuète, dessus des visages aux lèvres étirées dans un sourire de circonstance, faussement chaleureux, leurs regards d’acier, inquisiteurs, agresseurs, juges d’une scène abominable, spectateurs sadiques, dégoûtés, écœurés, il redouble la mâche, comme pour s’éloigner, s’enfoncer encore plus profondément en lui, aux confins de son être, de la vie, de sa vie. Délaissant ce qu’il reste du rôti, il prend, sans respect aucun, le plateau de fromages et saisit les morceaux, un à un, sans aucun ordre, les porte à sa bouche et arrache des parties entières comme par pénitence, expiant à chaque coup de dents des fautes inexistantes. Les fromages passent, la douleur augmente, l’oubli s’étale dans le peu de conscience qui demeure, les mains comme des mécaniques bien huilées amènent les aliments vers cette bouche éternellement insatisfaite, insatiable, la douleur de cette distension devenant récompense, devenant câlin d’une douceur hérissée de pointes effilées.

Un mal atroce lui vrille l’estomac, c’est le signe de la première vidange. Il soulève la nappe et prend la grande bassine en plastique orange, la dépose à sa droite et se penche au-dessus, c’est sans effort que le premier jet de vomi sort, la délivrance, la bassine se remplit, l’estomac se vide par saccades, d’abord agréables puis pénibles, les spasmes de contraction envoient une onde jusque dans ses yeux qui se gorgent de larmes, pourtant il n’est pas triste. Il se relève lentement, comme sous le choc, prend le thermos d’eau tiède et ingurgite le liquide gloutonnement, pour remplir son estomac et en vider encore le contenu, en diluer l’épaisseur et en faciliter l’éjection, afin de ne pas se laisser imprégner par ces aliments, dans des jets plus liquides et moins douloureux. La bassine est à moitié pleine d’une masse indéterminée, invisible à ses yeux, son esprit ne pense qu’à la charlotte poires chocolat, régnant insolente à l’autre bout de la table, l’odeur qui émane de la cuvette est immonde, elle emplit ses narines de toute sa pourriture intérieure. Il écarte la bassine du bout du pied pour qu’elle s’oublie sous la table, il redevient tranquille, ses yeux s’assèchent, ils se rallument à la pensée de pouvoir remanger, encore. Malgré le goût âcre et acide qui persiste dans sa bouche, c’est d’un geste cérémonieux qu’il prend le dessert et trempe sa main jusqu’au poignet dans le somptueux gâteau, pour en récupérer les différentes strates et en apprécier les saveurs en se léchant la main, savoureusement, animalement.

Comment vomir le vide, comment sortir du vide de l’intérieur ? Le vide ne se vomit pas, il se subit, comme une maladie incurable. Alors Joshua mange, mange pour vomir un semblant de vide, bouffe pour vomir de la bouffe et faire exister son mal invisible, le rendre palpable, lui dessiner des contours marécageux, lui donner l’odeur putride qu’il a à l’intérieur et qui est désespérément invisible aux autres. Il mange, mange jusqu’au trop-plein, mieux vaut être plein que vide. Comme un vieux lord désargenté voulant conserver le peu de dignité qu’il lui reste, dans ses vêtements hors d’âge, maintenant l’illusion d’une richesse perdue en buvant son thé en sachet premier prix dans une porcelaine chinoise ébréchée. Il déguste son café, sale, couvert de vomissures, le regard hagard, hébété, sonné, anesthésié, dans un geste automatique, ne voyant rien sur la table malgré l’amas d’immondices qui la recouvrent, malgré la saleté et la puanteur de la scène orgiaque qui vient de s’y dérouler. Il pousse la tasse, se lève, marche, léthargique, comme absent de son propre corps, pour aller s’oublier dans son lit. Il passe devant le miroir en pied qui orne le couloir menant à la chambre et c’est un sac vide qui s’y reflète, avec cette impression que son corps essaie de fuir les contours de ses vêtements, en se recroquevillant vers l’intérieur comme pour plonger dans le vide.


 
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   Ora   
24/10/2016
 a aimé ce texte 
Passionnément
Ouf, quelle expérience! J'en ressors choquée et enchantée, c'est dire!
Je suis allée de "oh Non!" en "non, oh!!!" au fil des lignes que vous avez su tisser avec le plus grand art depuis votre écriture, savoureuse) au déroulement des faits (subtil). Vous nous conduisez pas à pas, tout en douceur et sans jamais trop en faire, depuis l'apparente majesté de cet homme à ses recoins les plus sauvages et désespérés.
Et puis, les amateurs de cuisine auront largement de quoi se régaler. Il n'y a pas de vin sur cette table, je me suis dit au début qu'il manquait et j'ai compris ensuite pourquoi il fallait mieux pour notre pauvre Joshua que cela soit ainsi.
Votre nouvelle est une merveille , chapeau bas :)

   Anonyme   
27/10/2016
 a aimé ce texte 
Passionnément
Ouf, un texte coup de poing, qui se lit d'une traite et qui se prend en pleine face. Je vais relever deux erreurs de forme, à mon sens :
-"comme un chien qu'une simple corde retient..." formulation un peu lourde, le passage.
-"Il sentira les parcours douloureux... "Deux fois sentir dans la même phrase, dommage.
Voilà c'est tout ce que j'ai trouvé, le style est formidable, vous tenez le lecteur dans votre main. Je laisse aux autres le plaisir de vous découvrir, merci pour ce moment authentique et ce travail magistral.
Bravo.

   hersen   
28/10/2016
 a aimé ce texte 
Pas
Nouvelle outrancière qu'il ne faut en aucun lire avant le dîner le temps que cuisent les spaghetti . Sauf si vous désirez un coupe-faim !

On démarre sur la gastronomie puis une description très exhaustive de l'appétit amenant la salive à la bouche.

Puis c'est une orgie solitaire, pas mal dégoûtante, avant que le héros ne se fasse vomir pour continuer à manger après avoir, détail qui tue (littéralement) l'envie de continuer la lecture, après avoir disais-je glissé la bassine de vomi sous la table;

Ce gros monsieur est vide et donc cherche à combler ce qui ne va pas par la gloutonnerie. On comprend bien que le cas est lourd. Mais comme on ne décolle pas de ça, on finit par être un peu gêné d'assister à ça, en plus d'être dégoûté.

Je n'ai pas aimé d'une part le côté "cru" et d'autre part la voie sans issue que cela semble être.

Il y a dans l'écriture une grande justesse des mots dans les descriptions, qui composent presque exclusivement la nouvelle. Ce n'est pas sur ce plan que je n'ai pas aimé le texte.

   socque   
20/11/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Qui nettoie entre deux orgies ?

Ce que je trouve très intéressant dans ce texte, c'est le contraste entre l'ordre, la volonté de raffinement qui imprègne au début toutes les actions de Joshua, et l'abandon de la fin au pur plaisir orgiaque ; c'est intéressant parce que Joshua prépare son repas, il ne se le fait pas servir : il s'en tient à une discipline stricte, presque une ascèse dans le culte de la nourriture, ascèse qu'il envoie complètement balader à mesure que cette nourriture le possède.

En cela je peux lire une allégorie de la décadence de toute une civilisation, allégorie sociologique voire politique quand, pour donner un simple exemple, on voit le même pays qui a porté au pouvoir un Abraham Lincoln se livrer désormais à un Donald Trump. Mais je vais peut-être trop loin dans le symbolisme.

D'un point de vue narratif, c'est dans cette chute aux abysses dont j'imagine mal la remontée que pour moi se situe le problème de votre texte : psychologiquement, à mon avis, ce moment de la vie de Joshua où il est encore capable, entre deux délires bâfreurs, de remettre sa maison en ordre et de se nettoyer, ne peut pas durer. Comme il est obèse, je me dis que ce n'est pas la première fois qu'il s'abandonne ainsi à la gloutonnerie après avoir maintenu une discipline ; rien dans votre texte n'indique que c'est la dernière. Me manque donc une inscription de ce mouvement saisissant de chute dans un mouvement plus général de désintégration de sa personnalité : peu à peu, selon moi, Joshua sera de moins en moins capable de remonter la pente ; de même que les mouvements de la Bourse sur une seule journée ont tendance à représenter à petite échelle (fractale) ses cycles annuels, de même la chute en un repas de Joshua illustre sa chute au fil des mois. Et, à mon avis, manque vraiment dans cet instantané un recul, une vue comme dézoomée qui permettrait de saisir cette évolution plus générale du personnage.

L'écriture me paraît appropriée au sujet, riche, dense. Je trouve que vous insistez trop sur le contraste plein-vide qui est assez évident à mon goût.

Au final, un texte vraiment intéressant à mon avis, mais dont je regrette le manque de perspective générale.

   GillesP   
20/11/2016
 a aimé ce texte 
Passionnément
Alors ça, c'est fort! Ce sont les mots qui me viennent tandis que je découvre votre nouvelle: d'abord je me délecte des mots, du rythme des phrases, des petites trouvailles langagières que je découvre de-ci de-là; puis ma lecture se fait plus rapide, je m'aperçois que je commence à avaler les mots, à les engloutir les uns après les autres, sans m'arrêter; je me nourris de cette logorrhée verbale, je ne peux pas arrêter ma lecture. Pourtant, les paragraphes sont longs, ils forment des blocs qui commencent à devenir informes, mais cela ne me gêne pas, je continue, de plus en plus rapidement, à me bâfrer, goulûment. Encore, encore.
ça y est, je parviens à la fin, mais j'ai encore faim!

Vous l'avez compris, j'ai adoré votre texte. Le lire a été un vrai festin pour moi. Vous avez parfaitement su adopter un style qui colle à ce à quoi ce livre votre Joshua. Comme lui, j'en suis sorti rempli, mais vos mots, je les garde en moi.

J'avoue que je suis moins sensible au fond, au drame de cet homme. Mais c'est votre faute, aussi: à force d'être happé par vos mots, on admire la prouesse technique, mais on est forcément moins sensible au malheur de Joshua, même si, grâce à votre style, on vit par procuration les différentes étapes de son repas: comme lui, on commence par être un gourmet et on finit glouton.

Bravo!
Au plaisir de vous relire.

   Anonyme   
20/11/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

Je viens de lire cette nouvelle juste avant d'aller manger, mais le choc est passé et je pense pouvoir y aller sans problème.

Une oeuvre gargantuesque et pantagruélique digne de Rabelais. En tout cas, si le but était de nous dégoûter à jamais de la nourriture, c'est réussi, donc la nouvelle est réussie.

Voici maintenant les racines du mal, décrit dans ces deux courtes phrases :

"Comment vomir le vide, comment sortir du vide de l’intérieur ? Le vide ne se vomit pas, il se subit, comme une maladie incurable."

Joshua mange pour combler ce mal qui le ronge, comme d'autres boivent ou fument à l'accès. J'aurais tout de même aimé voir une porte de sortie, quelque chose qui puisse combler ce vide - ce manque - mais l'histoire est sans concessions.

Je reste convaincu que ce vide peut être vaincu par le mental. Peut-être en se disant qu'il n'y a pas de vide, que le vide est une abstraction, une invention de l'homme pour justifier telle ou telle action. Il faut savoir se dire qu'on a pas envie de se laisser dominer (vaincre) par cette chose, qu'on va prendre ce mal et qu'on va y engager un combat comme jamais. LE plus grand combat de sa vie. Dans le cas de Joshua, après m'être baffré, j'aurais justement fait le VIDE, jeté toute la nourriture de la moindre parcelle du frigo, tout nettoyé dans les moindres recoins, vendu l'appartement - ou la maison - changé de linge, de quartier, de vie...

Le truc, c'est prendre le contrôle de la situation et de soi-même en faisant soi-même le vide. Le mental l'emporte toujours. Paradoxallement, la nourriture ne doit pas être évitée, elle doit être le résultat d'une parfaite maîtrise des sens et de la raison. L'on pourra alors passer devant une boulangerie avec le sourire en sachant que l'on va manger un fruit et se dire : c'est moi qui t'ai eu, j'ai le contrôle ! Et même si vous vous retrouvez devant une montagne de mets, vous vous direz que la carotte ou le choux-fleur sont bien meilleurs que ces viandes et ses sauces bourrées de tryglicérides.

C'est l'individu qui a le contrôle, par le reste.

Wall-E

   vendularge   
20/11/2016
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour,

Quel talent!! L'écriture est superbe, le sujet casse-gueule, on connaît tous la théorie du vide qui doit être rempli mais c'est très bien fait. Comme d'autres je suis surprise par le décalage entre la préparation minutieuse, le goût du détail, tout ce qui précède le passage à l'acte de manger et qui évoque le raffinement (seul le bouquet de roses en plastique me paraît curieux) et le repas brut de décoffrage, sans aucune limite.

C'est un peu l'histoire du désir et du plaisir (dans un premier temps) , il ne s'agit pas seulement de se remplir jusqu'à la mort, tout ce qui précède est pétillant, fin, gourmand. Cette dualité est très intéressante.

Bref, je ne veux pas faire de redite mais vraiment, c'est très étonnant

Merci beaucoup
Vendularge

   Annick   
20/11/2016
 a aimé ce texte 
Passionnément
C'est difficile de regarder ce malade, d'observer le spectacle de sa déchéance physique et psychologique, mi homme mi animal qui se bâfre sans aucune retenue. Cette conduite addictive dérange car en plus, elle est laide à regarder. Le malade vu ainsi, en perd sa dignité.
Le narrateur est une sorte de virtuose qui joue avec les contrastes, les oppositions, le temps. Peu à peu le personnage qui se complaît dans un confort bourgeois presque précieux, se transforme en porc. Une évolution impressionnante. Et du plaisir convoité, on passe au mal être total ! Quand je dis "on", j'ai l'impression que le narrateur nous embarque de force dans cette descente aux enfers... Bravo ! Quelle écriture !

   ladymuse   
20/11/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une "grande bouffe" que n'aurait pas reniée Marco Ferreri qui lui, a décrit un suicide collectif..

Le personnage, même s'il nous rebute, est assez touchant et le style est un régal, c'est le cas de le dire.

   Pouet   
20/11/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bjr,

On pense au film "La grande bouffe", version solitaire.

C'est bien écrit incontestablement.

C'est toutefois trop chargé, trop dense trop descriptif, trop... et ça colle bien au thème finalement puisqu'on est dans la démesure.

Le "gros Joshua" cherche certainement à combler sa solitude, c'est ce qu'on croit comprendre du moins. Ce n'est pas révolutionnaire mais l'idée est bien réalisée. Peut-être aurais-je voulu en savoir un peu plus sur ce personnage en dehors de sa "pathologie", un peu plus sur les causes et un peu moins sur les conséquences.

Un bon texte au final, roboratif.

Edit: désolé pour la redite, je n'avais pas lu les commentaires précédents.

   plumette   
20/11/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Yoann,

Je n'ai pas pu commenter cette nouvelle en espace lecture tellement elle m'a dérangée. mais le gros Joshua a réussi à exercer une fascination sur moi et je savais que j'y reviendrai après cette première indigestion.

L'écriture colle à l'histoire et fait venir des images qui deviennent insoutenables à partir du moment où Joshua se met à manger.

Grâce à l'écriture, vous nous faites partager la folie de ce gargantua solitaire, le vocabulaire de la "table" est riche, précis, il y a une bonne progression dramatique, un bon rythme.
(Et le thème de la cuisine est trés tendance!)

Mais, avec un peu de recul, et surtout plusieurs lectures, je m'éloigne du personnage dont la psychologie me parait étrange ou en tout cas, ne correspond pas à ce que je connais des comportements boulimiques. Toute la mise en scène préparatoire qui a un côté raffinée ne me semble pas en phase avec la fin du récit.

je pense que ce texte pourrait gagner en efficacité s'il était moins long, moins détaillé par moment.

Mais ne chipotons pas! ne boudons pas notre plaisir de découvrir un nouvel auteur qui nous régale!

Plumette

   Bidis   
21/11/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Quelle idée j’ai eue de lire ce texte à cette heure de la journée, une des préférées des vieilles dames dont je suis, et que l’on nomme communément « l’heure de table » ???
Car c'est d’un trait que je l'ai lu, ce texte bien écrit et fort imagé. J’ai admiré la performance bien que le personnage soi resté un peu flou. C’est dommage. Une description physique détaillée m'aurait plu.


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