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Fantastique/Merveilleux
valylune : La collection
 Publié le 29/10/13  -  6 commentaires  -  4551 caractères  -  70 lectures    Autres textes du même auteur

Comment j'ai été chosifiée…


La collection


Tu t’appelles comment ? Alma ? Tu es plutôt mignonne, tu sais ? David n’a pas mauvais goût, c’est ce que je disais l’autre jour à Paula, qui a été Miss Costa Rica. Calme-toi. Puisque tu me poses tant de questions, je vais te raconter comment ça s’est passé pour moi. À l’époque j’étais modèle, et les choses commençaient à aller plutôt bien. Il faut dire que j’avais passé un sacré bout de temps à accumuler les séances de pose non payées, pour récolter un maximum de photos pour mon book. Mais à force de galérer de casting en casting, j’avais fini par décrocher le pompon… Chaque semaine, je participais à une émission de télé, il fallait défiler en maillot de bain, dire des choses bêtes au micro en passant la main sur les bourrelets du présentateur, puis danser en suivant du regard les caméras. À la fin du tournage, je recevais des bouquets de fleurs, des petits mots, des lettres bizarres. Et puis, je décrochais pas mal de contrats publicitaires avec des shootings à Mexico, Cancún, Miami, Los Angeles. J’avais des amants friqués, des industriels, des banquiers qui m’emmenaient où je voulais dans leurs jets privés et veillaient à combler mes moindres désirs.


Ma boîte mail était toujours pleine d’invitations, de compliments, de sollicitations venant d’admirateurs dont j’entretenais la correspondance. J’adorais me sentir courtisée, et recevoir cent messages avant, parfois, d’accorder une entrevue.

Et tous les jours, invariablement, il y avait un message d’un certain Darth999, un dessinateur qui voulait que je pose pour lui. Cela faisait des mois qu’il me tourmentait avec ses questions lancinantes, ses arguments, toujours les mêmes : ma beauté valait la peine d’être immortalisée, le portrait me serait offert à la fin de la séance, etc. Il me suivait à la trace sur les réseaux sociaux et me servait toujours la même salade, je n’avais jamais vu une telle obstination, je crois que, au fond, ça me plaisait…


Un jour, j’ai fini par le prendre en pitié, alors je l’ai laissé me fixer un rendez-vous. Tu vois, je me suis dit, bon, j’y vais une heure et ça sera fait, je pourrais aller passer le reste de l’après-midi dans un centre commercial à me chercher des fringues. Et puis, j’ai pensé, s’il dessine bien, un portrait de moi, c’est pas une mauvaise idée pour décorer l’appart que mon chéri de l’époque, un avocat, venait de m’offrir. Je me retrouve dans un quartier pauvre du centre-ville, pas encore gentryfié, là je me dis, merde, j’aurais dû me renseigner avant de venir. Alors voilà notre David qui ouvre la porte, avec son petit bouc, ses cheveux bouclés et son air sensible, je ne me suis pas méfiée. Je mets mon maillot de bain à rayures vertes et m’installe dans ma pose préférée sur la table du salon, en pensant à autre chose évidemment, tu sais, à ce moment-là j’avais tellement à faire avec mon harem de princes charmants.


Je commence à sentir des chatouilles partout, je me dis, bizarre, car normalement cette pose, je peux la garder deux heures sans problème, à condition de ne pas être dévorée par les moustiques comme le jour où j’ai fait la promo de cet hôtel d’Acapulco dont j’ai oublié le nom. Pourtant ça ne va pas bien du tout, j’ai des frissons, je me sens si fatiguée, je ferme les yeux. Quand je les rouvre, je vois une main énorme qui se pose sur moi, David me caresse, me parle avec une voix douce : « Là, voilà, tu es bien comme ça maintenant. Qu’est-ce que tu es belle ! Tu ne voulais pas, hein ? Tu croyais que David allait te laisser vieillir ? Tu imagines ce joli minois, tout ridé ? Ce serait trop dommage ! Maintenant, tu vas voir comme je vais prendre soin de toi, tu es l’une de mes plus belles pièces, tu sais ?… » Et puis je le sens qui me détache du bloc et me voilà légère, légère, alors il me place ici, dans ce porte-document.


À l’époque il n’y avait pas grand monde, beaucoup de filles sont arrivées après, comme toi. Ici la vie n’est pas très marrante, tu sais, tout le temps à nous quereller ou à évoquer des souvenirs. C’est sûr, nous voilà immortelles, mais ça nous fait une belle jambe, maintenant que nous voilà collées sur des feuilles de Canson ! Une éternité de bavardage, avec des petites sorties de temps en temps, quand David a envie de nous admirer. Alors, il nous prend une à une, nous regarde avec amour, et nous parle de la prochaine, une fille qui ne sait pas qu’elle fera bientôt partie de sa collection de papillons tout brillants, épinglés dans leur plus bel âge. C’est comme ça qu’on a su, pour toi… Alors, raconte-nous comment il t’a prise au piège…


 
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   socque   
14/10/2013
 a aimé ce texte 
Bien
Une petite histoire sympa, une bonne idée, pas follement originale mais bien déclinée à mon avis.

Je pense que vous avez bien fait de ne pas "rallonger la sauce", le texte dit bien ce qu'il a à dire, sans chichis, le mouvement est net. Un poil trop de détails peut-être, à mon goût, sur la vie de la narratrice , sa situation avant qu'elle se fasse piéger.

   monlokiana   
25/10/2013
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Ce qui est bien dans le fait d'écrire, c'est qu'on peut raconter tout ce qu'on veut, faire des personnages tout ce dont on a envie, leur faire faire ou dire tout ce qu'on peut imaginer. Dans votre cas, vous avez bien su comment vous y prendre. Vous avez une imagination débordante et je suis très admirative. D'où avez vous bien pu sortir une telle idée ?
D'habitude, je me fais prendre au piège dans ce genre de nouvelle qui finisse comme ça, par un coup de théâtre absolument dingue, imprévisible. Mais au début, tout est tellement parfait pour ce personnage qu'on se dit «attention, il va se passer un truc, on ne sait pas quoi, mais on s'y attend quand même». Et sur ce point, c'est un peu raté car je suppose que l'objectif est de surprendre le lecteur.
Néanmoins, j'ai aimé lire cette nouvelle. Vous avez de belles idées, une belle plume et même de l'humour. Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ?
Merci à vous !

   Robot   
29/10/2013
 a aimé ce texte 
Bien ↑
De l'originalité toute simple dans ce récit plein de finesse. La fin du récit m'a bluffé, je ne m'attendais pas à cette sortie. De l'extra ordinaire sans excès, sans bavure. Chapeau !

   Acratopege   
29/10/2013
 a aimé ce texte 
Bien
C'est à peine une allusion dans votre histoire, mais si on pense que l'héroïne a réellement été épinglée comme on le fait avec les papillons, votre récit tourne à l'horreur. J'imagine les vitrines de demoiselles dénudées avec une grosse épingle à travers le corps, terrible. Sinon, je suis d'accord avec les autres: jolie histoire, belle imagination, plume allègre.

   Pepito   
30/10/2013
Forme : rien à dire, le ton et le langage correspondent bien à la narratrice.

Fond : mignon, la "platitude" de l'immortalité. Le texte est un peu court pour entrer dans la "peau" des personnages, mais en même temps, cela permet d’être plus lu...

Une question reste en suspend, que deviennent les originaux ?

Bonne continuation.

Pepito

   Asrya   
25/8/2014
 a aimé ce texte 
Bien
Un court texte, bien agréable.

Peut-être qu'il n'est pas assez long, peut-être que j'aurais aimé en avoir davantage et savourer un peu plus cette lecture.
Ou pas. Au moins, c'est dynamique, constant, on ne s'ennuie pas, cela ne tourne pas en rond. C'est concis.

Une belle image que celle de l'éternité des dessins.

Merci pour cet écrit,

Au plaisir de vous lire à nouveau,

Asrya.


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