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Humour/Détente
Soruf : À la fête foraine
 Publié le 30/10/13  -  13 commentaires  -  6699 caractères  -  115 lectures    Autres textes du même auteur

Un jeune couple et les joies des manèges.


À la fête foraine


Je vais vous le dire, les filles ne savent pas ce qu’elles veulent. Ma petite copine Léa elle est pareille. Mais je l’aime quand même, hein. Tenez, quand nous arrivons à la fête foraine et que les bonnes odeurs de churros nous montent au nez, ses yeux s’allument. Maintenant que nous avons un plein sac de ces churros, elle me dit qu’elle n’a plus faim. Moi qui n’ai pas son estomac de moineau, je mange tout, bien entendu.

Mais attention, qu’on soit bien au point vous et moi : je mange beaucoup mais j’ai terminé ma croissance depuis bien longtemps. Voyez vous-même, j’ai dix-neuf ans, et d’ailleurs Léa aussi. Vous comprenez donc bien que nous sommes un couple d’adultes. Je dis ça, c’est juste pour vous prévenir, je déteste qu’on me confonde avec un de ces affreux gamins prépubères. Je vous préviens, je le prendrais mal.

Bref, j’engloutis tous ces churros ; Léa me traite de ventre à pattes et me tire par la main. Elle est comme une enfant en se baladant entre les attractions. Moi à la fête foraine, je préfère les trucs sérieux, genre le tir à la carabine et les auto-tamponneuses. Les manèges à « sensations fortes » comme ils disent, je trouve ça grotesque et enfantin. Et en plus, ils sont dangereux. Ils peuvent vous laisser bloqués en l’air pendant des heures ou s’écrouler à tout moment. Il y a toujours un problème quelque part. Je peux vous le dire, j’ai vu plein de trucs là-dessus à la télé. Léa pourtant regarde ça avec des grands yeux et me secoue la main. « J’ai jamais fait moi un manège comme ça, on peut en faire un nous, on peut on peut ? » Je réponds tranquillement que j’ai déjà trop fait et que je trouve ça plutôt bof. Léa est déçue et ça me fend le cœur.

De vous à moi, des manèges comme ça, j’ai jamais essayé. Quand j’étais avec les copains, j’ai toujours réussi à esquiver. Et quoi, maintenant, adulte, je devrais monter dans une machine ridicule qui veut m’ôter la vie. Pas possible. Mais qu’on soit bien d’accord vous et moi, je n’ai pas peur, ça n’a rien à voir avec ça.

Maintenant, faut qu’on tombe sur la petite sœur de Léa et toutes ses copines. Je vais vous dire, on peut jamais être tranquilles. C’est une sorte de bande de préados de quatorze ans qui vous épient avec de gros yeux ronds. En plus elles gloussent tout le temps comme des pestes. Comme elles se tiennent toutes par la main, ça fait une belle ribambelle d’idiotes, et je pèse mes mots. Elles nous suivent de près et je les écoute criailler : « Hihihi, le petit copain de Léa, hihihi ! ».

Tandis que je tente de les chasser du regard, Léa m’emmène devant le pire des manèges qui ait jamais existé. Il y a une immense tête de pieuvre au centre qui crache de la fumée violette et qui clignote. Mais le plus horrible ce sont ses tentacules qui montent dans les airs et tournoient à toute vitesse.

Au bout de ses tentacules sont lacérées ses proies. Quand la voix nasillarde du speaker leur demande : « Vous en voulez encore ?! » les gens répondent : « Ouais ! » comme des imbéciles. Je sais bien qu’au fond ils sont tous terrorisés. Je vous dis, tout ça est bien ridicule. Pour finir, cette horreur s’appelle « la pieuvre des abysses ».

Malgré ça, Léa est ébahie. J’essaie de la pousser ailleurs, mais elle me retient et me regarde de ses jolis yeux noirs et rieurs. « Mon chéri, on le fait hein, on le fait ! » Je ne réponds pas tout de suite. Devant moi, il y a les si jolis yeux de Léa qui espère. Derrière, je sens peser tous les gros yeux des gamines qui me jaugent. Je les entends déjà dire : « Il a peur ! hihihi ». Vous, vous savez bien que je n’ai pas peur. Mais quand même. De toute façon, je suis coincé. Je dis oui aux yeux de Léa. Elle bondit, m’embrasse puis sautille pour aller acheter les tickets.

Fait prisonnier, je monte sur la plate-forme. Nous nous asseyons au numéro 17. Un mec vient pour nous attacher. Il a l’air louche, je vous le dis, le genre qui ne connaît rien à ce qu’il fait. Son regard me fuit, ce lâche ! Alors je vérifie mes fixations tout seul. C’est branlant, j’ai pas confiance. Léa me demande ce que je trafique, je balbutie une réponse qui veut rien dire du tout. Elle se moque de moi et me donne sa main. J’écrase ses doigts.

Vous pouvez croire que j’ai peur, mais c’est faux. Je ne veux pas mourir bêtement, c’est tout, quoi de plus humain. C’est pas tant mon âge qui me gêne : à dix-neuf ans, j’ai vu assez long de la vie pour la connaître. Mais c’est que c’est stupide. Vous vous imaginez, inscrit sur ma tombe : « Jean, garçon attachant, tué par l’affreuse pieuvre des abysses ». C’est nul. Mais il est trop tard, mon sort est scellé. Notre tentacule monte lentement vers les étoiles. Je vois les fillettes en bas, Léa leur fait un coucou de la main ; moi je reste cramponné à mon harnais. Elles sont plus petites que jamais vues d’ici. J’aurais presque le temps de les aimer, mais le speaker débute son terrifiant décompte. « Cinq ! Quatre ! » Mon seul réconfort, c’est que Léa viendra peut-être au ciel avec moi. « Trois ! » Vous, je vous garde dans mon cœur et vous emmène au paradis, promis. « Deux ! » Quoi ? Bien sûr que j’irai au paradis, je suis un ange. « Un ! Zéro ! »

La machine s’ébranle et je chute. J’entends le rire de Léa qui comme le chant d’une flute adoucit mon trépas. Par-dessus le tohu-bohu, c’est une douce mélodie qui encourage et attendrit mon cœur fou et perdu. L’enfer ou le paradis, qu’importe lorsque le long du tunnel on écoute le rire de sa belle vous dire une poésie. Après son final, la machine infernale fatigue et ralentit. Sur la mort gagne la vie, et puis tout s’arrête.

Le mec de tout à l’heure nous délivre. Je vous le dis, ce mec est un héros.

Quand je pose le premier pied à terre, je me rappelle que je les avais oubliés. Mais ils sont là, ils remontent, aux aguets de la moindre faiblesse de ma part. Je parle des churros, de leur bouillie infâme qui me monte à la bouche. Je fais quelques pas en tremblant.

Pendant ce temps, Léa irradie la fête. Elle éclabousse, elle danse. Elle sautille jusqu’à moi. Elle me dit en fronçant les sourcils : « Mais mon chéri, t’es tout blanc ! ». Et toutes les abominables gamines de répéter : « Tout blanc ! hihihi ». Je ravale la bouillie puante et je réponds que ah bon, ça m’étonnerait. Léa m’embrasse. Je ne bouge pas d’un poil. Mes dents du fond baignent, littéralement. Je serre les lèvres et ravale tout une seconde fois. C’est pas bon.

J’avance doucement, en soufflant. Je prends l’air. Ça va mieux. Vous voyez, il faut pas s’inquiéter comme ça hein, je suis en vie, sain et sauf. Et en plus j’ai pas vomi.

La voix du speaker grésille. « Et le tour gratuit pour le numéro 17, le jeune couple là-bas, c’est vous ! »

Léa saute, Léa chante, Léa danse.


 
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   socque   
21/10/2013
 a aimé ce texte 
Un peu
Pour moi, la manière dont parle le narrateur correspond à celle d'un gosse de douze ans (quatorze-quinze à l'extrême limite), pas d'un jeune homme de dix-sept. Alors ça m'a gênée tout au long de ma lecture, j'attendais une révélation qui montrerait que le narrateur se hausse du col, qu'en fait ses parents vont venir le chercher d'une minute à l'autre... Ou alors qu'il est un peu retardé, qu'il y a une discordance entre son âge réel et son âge mental.

Ben non, apparemment, il a bien dix-sept ans et il est tout à fait normal, puisque la chute lui promet seulement un nouveau calvaire sans donner d'indice au lecteur sur cette supposée (de ma part) discordance. Pour moi, quelque chose ne colle pas. Quel jeune homme de dix-sept ans se dit qu'il est un ange ? Je me dis qu'à cet âge, on refoule encore mieux sa peur que ne le fait le narrateur, qu'on ne s'avoue même pas à soi-même qu'on trouve la machine branlante... Bref, à mes yeux le texte pâtit d'un manque total de vraisemblance psychologique.

   alvinabec   
21/10/2013
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
C'est fluide, léger, se lit sans effort.
Sur le fond, peu à dire si ce n'est que l'intrigue est bien mince et les personnages à peine ébauchés hors celui du narrateur.
Vous adoptez un langage parlé -pourquoi pas- et vous alpaguez sans cesse votre lecteur, ce qui, à la longue, me semble très pesant et n'ajoute rien à l'histoire. C'est un peu comme si vous guettiez un assentiment en permanence...faites donc confiance à votre verbe!

   Pascal31   
23/10/2013
 a aimé ce texte 
Bien
Un petit texte humoristique qui ne mange pas de pain et qui a le mérite de distraire.
J'ai lu d'une traite, j'ai souri tout du long, me reconnaissant parfois au détour d'une phrase.
Le fait d'apostropher le lecteur trop souvent, au début, ça irrite un peu, mais bon, le tout est gentiment écrit et possède, à mon goût, un indéniable capital sympathie.

   Robot   
30/10/2013
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Malgré quelques pesanteurs - voulues pour l'humour ? - notamment cette insistance sur "je suis un adulte" qui devient lassante à la longue, on se laisse mener au bout de cette histoire d'adolescent qui se croit devenu un Homme au regard des à peine "moins vieux".
Dire que j'ai ri serait exagéré. J'ai souri.

   Pimpette   
30/10/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'aime cette histoire simple et vraie contée avec amour!
L'écriture convient parfaitement et ce jeune couple dans ce manège, avec ses rires et ses pleurs, nous parle de notre propre jeunesse et de nos amours passés...sans mollesse ni gnagnanterie!
Traitement élégant et jolie plume!

TRès jolie chute!

   aldenor   
1/11/2013
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Très amusant. La suffisance du héros. Son esprit de bravade. Sa manière de s’adresser au lecteur, qu’il prend pour témoin, pour confident. Le ton est presque toujours juste et léger. Bien aimé le « ventre à pattes », la petite sœur et ses copines, les churros, la chute...
Des répétitions qui dérangent : « juste pour vous prévenir » suivi de « je vous préviens ». L’abus des « Je vous le dis », sous diverses formes.
Des tournures qui me semblent douteuses : « Au bout de ses tentacules sont lacérées ses proies » ; « C’est pas tant mon âge qui me gêne » (de mourir à mon âge); « J’aurais presque le temps de les aimer » (dans le contexte, je n’ai pas compris) ; « je me rappelle que je les avais oubliés » ; « Sur la mort gagne la vie »
Un passage dans lequel l’humour de l’aparté avec le lecteur ne fonctionne pas pour moi : « Vous, je vous garde dans mon cœur et vous emmène au paradis, promis. », suivi de l’assertion qu’il est un ange.

   Piterne   
9/11/2013
 a aimé ce texte 
Pas
Pas une histoire, à peine une anecdote !
La bravade d'un adolescent qui veut épater qui ? Sa copine Léa ? Les filles plus jeunes ? Le lecteur ?
Comme déjà dit : un ton décalé avec l'âge annoncé, une prise à parti du lecteur, une intrigue sans clé.
L'idée est bonne, comme toutes les idées, il reste à la travailler.

   Anonyme   
19/11/2013
 a aimé ce texte 
Bien
Bon, je n'apprécie pas de donner si tôt un avis sur un texte (je suis encore très peu expérimenté), mais je tenais à te féliciter pour un certain réalisme dans le caractère du personnage.
Certes, l'intrigue semble basique et ne comporte rien d'extraordinaire, mais c'est là sa force je trouve : c'est une tranche de vie, et une tranche de vie n'est pas forcément palpitante où surnaturelle.
De plus, j'ai dit que le caractère du personnage était réaliste : Je trouve qu'il y a de nos jours trop peu de jeunes qui se rendent comptent à quel point ils ne savent pas,qui pensent être adultes dès la majorité, et qui pensent avoir tout vu de la vie car ils ne peuvent imaginer ce qu'ils n'ont pas encore vécu.
Bon, j'accorde aussi malheureusement qu'il y a parfois des répétitions qui peuvent faire lourd dans le texte, même si elles font ressortir le côté prétentieux d'un gosse qui pense avoir la science infuse.

Bref : à retravailler sur la forme pour en garder la profondeur tout en lui donnant de la légèreté (attention, je ne prétend pas arriver à un meilleur résultat) mais sinon c'est bien.

   Anonyme   
12/12/2013
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour soruf

Je me lance à écrire mon tout premier commentaire ! Et... c'est tombé sur vous (désolé).

Pour moi, quand on écris c'est pour provoquer une émotion à autrui et votre texte à parfaitement réussi sur moi, ça sera mon point positif car l'émotion provoqué n'es surement pas celle espéré :

Mise à part les "je vous le dis" ou " je vais vous le dire" trop nombreux à mon goût, c'est surtout (et là ça n'a rien à voir avec votre style d'écriture donc respirez) c'est le personnage en lui même qui m'a (prodigieusement) agacé. Un personnage trop prétentieux peut être difficile à faire "accepter" par le lecteur. On s'identifient moins simplement, du coup on s'impliquent moins et on rentrent moins dans l'histoire, en tout cas c'est ce que ça m'a fait.
J'avais envie de rentrer dans le texte pour l'attraper et le secouer. Mais au moins il ne m'a pas laissé indifférente. Il s’agit de goûts personnels et je ne pense pas faire mieux moi même.

Peut être qu'une petite réécriture serai salutaire pour limiter les interpellations aux lecteurs.

Dans tout les cas bonne continuation à vous !

bubulle, novice en commentaires.

   Anonyme   
12/12/2013
 a aimé ce texte 
Bien
Bonsoir Soruf, et bien moi, aprés avoir lu tous ces commentaires, aprés avoir lu et relu cette gentille histoire, aïe, aïe, je me suis vu, à l'âge du héros, à sa place, à la fête foraine de ma préfecture, avec aux tripes autant de trouille que lui. Sauf que moi, j'aurais vomi... Bon tout ça pour dire que, même si cette sympathique histoire ne va pas bien loin ( elle aurait pu être le quart d'un chapitre d'un roman à rebondissements avec un brin d'imagination), et à part deux ou trois détails déjà cités à retravailler, elle est pas mal écrite, et quoi qu'en pensent certains, le personnage est tout à fait crédible, de plus la chute est assez bonne.
Je suis un visuel moi, je n'y peux rien, quand je vois des images aussi clairement en lisant un texte, je trouve ça bien... D'ailleurs ce sera mon appréciation, tiens. Mes amitiés à l'auteur et à tous ses commentateurs. Merci d'être passé.

   Anonyme   
10/2/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↑
très sympa ce texte , ça sent le vécu!!

   Ellon   
14/8/2014
Oui, une petite histoire qui m'a fait rire en effet car je repensais à ma tendre jeunesse et aux soirées passées dans les fêtes foraines avec mes camarades de classe. Elle se laisse lire légèrement sans se forcer, cela peut être appréciable à certains moments. Cependant, je l'ai lu plus comme une rédaction écrite par un jeune garçon de 15 ans et non 17, qu'une nouvelle.

ps: au lieu des churros, essayez la barbe à papa ! (surement moins lourd)

Ellon

   carbona   
1/9/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'ai bien aimé et j'ai ri. J'ai lu les commentaires que vous avez reçus et je vois que certains mentionnent le fait que le narrateur aurait plus l'air d'avoir 15 ans que 19. Moi, je ne trouve pas, l'attitude et les réflexions du narrateur collent bien avec l'immaturité que l'on peut avoir à 19 ans.

J'ai ri : la ribambelle de filles qui se tiennent par la main
les churros qui remontent

Et la chute est très chouette, à la hauteur du texte. Vous le bouclez bien comme il faut.

Un texte simple et efficace qui détend. Merci

Une remarque : je ne suis pas fan des adresses au lecteur. Il y en a beaucoup. Je pense que je l'aurais préféré sans.


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