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Fantastique/Merveilleux
victhis0 : Animalauventre
 Publié le 16/11/07  -  11 commentaires  -  10066 caractères  -  26 lectures    Autres textes du même auteur

Rencontre improbable de deux créatures inquiétantes ; si vous avez encore faim, après, moi, je peux plus rien pour vous.


Animalauventre


Présence


Aucun humain avant moi n’a jamais réussi une telle expérience : moi j’ai concrètement établi le contact avec une espèce ignorée extraordinaire. Cette expérience unique a eu lieu il y a cinq cent trois jours exactement, dans un endroit connu de moi seul, perdu dans une vallée au nom tenu secret.
Étalé de tout mon long, les doigts plantés dans le sol, j’attendais le contact en parfaite immobilité, certain qu’ici, au milieu de ce chemin de terre abandonné aux orties, se trouvait la solution à ma quête. J’ai senti une présence en moi, monter doucement de la terre pour infiltrer ma peau, mes muscles, mes organes et jusqu’à la moelle de mes os. Des dizaines de petites billes de matière se sont formées comme des bulles sous la peau et ont convergé vers un point névralgique situé derrière mon nombril, dans un pli des muscles abdominaux. J’ai poussé un grand cri de terreur qui a résonné longtemps dans la nuit. Je me suis redressé en sueur, haletant comme un chien épuisé, les yeux hagards. Il faisait froid. Pris d’une soudaine panique, j’ai ramassé à la hâte mes affaires éparpillées sur une centaine de mètres (en fait, elles formaient de petits tas similaires, posés tous les vingt mètres environ et qui, mis bout à bout, formaient un cercle parfait dont je constituais le centre) et j’ai rejoint la route boueuse qui se trouvait tout près de cet endroit exceptionnel.
J’ai dormi un temps incalculable. Réveillé par une faim inconnue, je me suis rué hors de ma paillasse à la recherche de nourriture à marchander ; le corps nouveau présent en moi réclamait une ration de calorie supplémentaire ; je dévorai donc avec un appétit étrange qui ne m’a plus quitté, depuis.


Une fois rentré chez moi je me suis longuement observé, à plusieurs reprises, dans de nombreux miroirs. Je n’ai rien remarqué d’insolite dans mon apparence physique. Du fond de l’œil jusqu’au bout de mes orteils, les longues observations millimétriques quotidiennes dont mon corps est toujours l’objet n’ont rien donné de probant. Oh, il y a bien de temps en temps quelques teintes laiteuses qui apparaissent subrepticement puis s’effacent en une nuit, une ou deux rondeurs nouvelles que je suis le seul à remarquer mais il faut bien se rendre à l’évidence : mon pensionnaire se montre farouche et s’oppose catégoriquement à toute démonstration physique.


Pourtant, je savais qu’il était là dès le début.


Je le sens se mouvoir dans mon corps, surtout au petit matin, à l’heure où les gens dorment d’un sommeil lourd comme un coma. Il me réveille en se déplaçant. Il a beau se faire des plus doux, je le sens parfaitement ; je peux alors le localiser très précisément. Au début ça m’amusait d’essayer de lui barrer la route, de le contraindre à emprunter de nouveaux chemins. Anecdote amusante qui date du départ de notre « liaison » : à jeun, il avait remonté mon œsophage en ondulant. Je suivais très nettement sa progression vers l’air libre et je piaffais d’impatience à l’idée de faire enfin une rencontre visuelle. La bouche grande ouverte, le cou penché doucement et deux doigts enfoncés dans ma gorge prêts à l’accueillir, je le sentais peiner en approchant du but. Je l’encourageais en pensée, tentais de le rassurer « tout va bien, je veux juste te voir et puis je te remettrai dans mon corps, sagement. Je veux simplement savoir à quoi tu ressembles ». Au dernier moment, il a renoncé, pris de panique. Un gros bruit de succion… Et puis plus rien. Frustrant.


J’ignore quelle est sa taille réelle à présent. Des quelques centimètres du début, il se développe. Je sens un corps oblong heurté de quelques bosses mais le tout obligatoirement assez mou et élastique, ce qui lui permet de se mouvoir en toute impunité dans tout mon corps, sa nouvelle maison. Il aurait bien peut-être quelque part un ou deux angles aigus, sans toutefois que je sois formel sur ce point. Il y a quelques semaines, j’ai réussi à isoler ce que je pense être une petite tête triangulaire que j’avais délicatement prise entre mes doigts au travers de la peau de l’intérieur de mon bras, sans serrer, afin de deviner ses contours, en fermant les yeux. J’ai senti une réticence lors du contact, un frémissement brusque et des petites pointes qui s’agitaient en tous sens, alors que je caressais un corps ondulant et souple qui, brusquement, s’est éclipsé.


Dans la journée, j’ai plus de mal à le localiser, Dieu sait où il se terre ! Je le soupçonne de se dissimuler derrière mes côtes, sous mon foie car je sens souvent quelques vibrations à cet endroit ; je crois qu’il dort, blotti là bien au chaud. Parfois même, si j’arrive à m’isoler dans une pièce totalement silencieuse, en coupant ma respiration, je l’entends émettre comme une sorte de petit bruit strident assez curieux, presque mélodique. Il a pris ses habitudes maintenant, choisi ses chemins favoris vers ses lieux de prédilection : sous ma prostate, dans mon gros intestin, derrière mes cervicales, (je n’aime pas trop lorsqu’il choisit cet endroit, c’est assez douloureux). Selon les jours, le temps - plus exactement la température : j’ai noté qu’il préférait nettement les places du haut du corps par temps chaud, et les parties inférieures par temps frais, c’est à dire au-dessous de dix huit degrés -, il profite généralement de ma digestion pour faire un passage d’environ une demi-heure dans mon tube digestif, y prélever sa pitance avant de digérer, à son tour, bien au chaud dans sa cache favorite.


De temps en temps, il me fait mal. Le dix février dernier, à vingt heures cinq minutes et trente huit secondes (il faut être précis, c’est très important), je lui ai donné une petite tape brutale pour lui signaler ma désapprobation.
Mais j’évite de le refaire car il se venge : il m’a tordu le diaphragme, au niveau des vertèbres lombaires. Une autre fois, il n’a pas hésité à comprimer mon artère coronaire droite, en guise de représailles. J’ai ressenti une douleur atroce qui m’a fait hurler. Il a recommencé cinq fois de suite, entre chaque pulsation cardiaque : je criai à m’en déchirer la gorge et retombai en sueurs aussitôt, puis hurlai à nouveau au spasme suivant, le suppliant pour qu’il arrête ça.
Depuis, j’évite de le brusquer. J’ai vite compris qu’il aurait le dessus trop facilement. Il est à l’abri de mes réactions et je n’ai pas trop intérêt à le provoquer.


Il y a quelques mois, j’ai consulté tout le corps médical : généraliste, radiologue, neurologue… Ces ânes en blouse blanche n’ont rien trouvé. Ils m’ont fait des ponctions, des aspirations, des analyses, des scanners…En pure perte. Bande d’imbéciles. Puis j’ai vu un psychiatre. Je lui ai tout expliqué, raconté tous les syndromes et toutes les manifestations dont je suis l’objet ; je lui ai prouvé avec méthode et patience que je suis devenu le véhicule d’un petit animal inconnu mais bien réel dont j’ignore les intentions, (car je suis convaincu qu’il s’agit d’un être intelligent, plus intelligent que moi et qui poursuit un but, a bâti une stratégie très élaborée dont je pressens l’existence). Le psy a fait semblant de m’écouter. Il a murmuré des acquiescements de complaisance. Il a posé et re-posé des questions « de pure logique, en perspective d’une compréhension intime de votre problème » ; j’ai tout repris, en gardant mon calme, tout, depuis le début. Il n’a pas écouté, pas vraiment. Je l’avais pourtant mis en garde : il était plausible que mon hôte désapprouve mon discours ; qu’il cherche à se venger de ma démonstration scientifique (car il enregistre tout, il a appris notre langue et je peux lui parler à voix haute : il me comprend). Il aurait pu alors, au choix :


1/ Prendre possession de mon esprit et diriger ma force contre n’importe qui, à mon insu.


2/ Se venger sur moi et endommager l’une ou l’autre de mes fonctions vitales (imaginez qu’il s’amuse à bloquer mes reins ou à sucer ma moelle osseuse ou, pire, mon système nerveux ?).


Mon autiste de psychiatre n’a pas eu l’air convaincu. Je l’ai quitté en colère, refusant le rendez-vous qu’il voulait programmer. Plus jamais je ne consulterai un médecin, plus jamais je ne confierai mon secret à quiconque. Plus jamais je ne ferai confiance. De toute façon, j’ai renoncé à tenter de vous convaincre, vous êtes de toute manière bien trop bornés, bien trop conditionnés. Et que vous me croyiez ou non importe peu.


Ces derniers jours, j’évite de sortir de chez moi trop longtemps car je sens qu’il le désapprouve. Il faut bien que je me dégourdisse les jambes pourtant. Je lui demande la permission de le faire, mais il reste sourd à mes questions. C’est assez perturbant. En ce moment je n’ai que peu de contacts avec lui de toute façon, comme s’il me boudait. Si, bien sûr, il bouge encore beaucoup, surtout la nuit, mais j’ai beau lui parler, lui chanter, lui hurler de se manifester, il n’y a rien à faire. Il m’a coincé le nerf sciatique hier, juste après que je me suis mis en colère pour protester de sa façon d’agir. C’est encore douloureux aujourd’hui et j’ai du mal à me mouvoir sans grimacer. En me massant le dos, je suis presque sûr de l’avoir touché, j’ai très nettement senti un frôlement fugace sous mes doigts et je redoute sa colère car je sais que depuis peu il déteste tout contact physique. Je lui ai demandé pardon, j’ai mangé un sac entier de bonbons car je sais qu’il raffole du sucre. J’espère que cela suffira pour cette fois. Je lui ai promis que je ne recommencerais plus. C’est juré. J’ai mis des disques de musique douce toute la journée pour l’apaiser. J’ai même baissé le son du poste de télévision. Je lui parle à voix basse, lui susurre des comptines d’une voix souriante pour qu’il recouvre ses esprits et retrouve le calme dont il a besoin.


Tout cela m’inquiète, mais je me raisonne quand je veux : dans le fond je ne risque rien de grave, car, si on y réfléchit bien, il ne peut pas mettre en danger ma vie sans compromettre la sienne !
À chaque fois que j’y pense, je pars dans un fou rire que seul le sommeil arrive à éteindre, car c’est épuisant de rire comme ça.



 
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   Anonyme   
16/11/2007
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Assez dégoutant. C'est vrai. Ca laisse juste une impression d'inachevé. Je m'attendais à ce que d'un moment à l'autre ce monstre sortent en eclaboussant les murs de sang... mais c'est bien raconté, style aisé, j'aime bien.

   clementine   
16/11/2007
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
En fait la chute laisse libre cours à notre imaginaire qui en ce qui me concerne est sûrement bien moins riche que le tien .
On aime qu'il existe une fin bien franche , nette et si possible, en apothéose, alors, forcément, on est un peu déçu.
Mais c'est original et j'ai apprécié énormément l'écriture.l

   Werther   
22/8/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Je ne peux malheureusement pas encore noter (mais je reviendrai !), navré car celle-ci mérite au moins un 16-17.
Déçu par la fin...maque d’une chute qui puisse accompagner le début si bien écrit !
Très bonne idée, sordide mais bonne!
Edit :
Je tiens ma promesse!

   leon   
22/9/2008
 a aimé ce texte 
Bien
J'aime bien les histoires comme ça : courtes et denses.
C'est bien écrit aussi.
Juste la chûte est un peu faible : je veux dire par là que si c'est la folie qui est évoquée par ces fous rire inextinguibles, ça n'est pas très réaliste. Je ne suis pas sûr que la folie, ça soit le rire...

   Bliss   
25/9/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'ai tout d'abord pensé à une sorte d'Alien...

Puis je me suis convaincue que c'était un vers solitaire, je me suis dépêchée de lire, à moitié dégoutée, pour connaître le fin mot de l'histoire... et grrr que c'est frustrant!!!

Très bien (d)écrit en tout cas, je regrette juste que cette maudite fin soit si mystérieuse!

Mais c'est si bon d'être frustrée parfois!

   widjet   
22/10/2008
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Un peu comme Bliss, j'ai pensé à l' Alien de Ridley Scott...mais dans une version légère, amusante. Et c'est d'ailleurs le principal reproche que je peux faire à ce texte qui se lit par ailleurs comme du petit lait.

Pourquoi ne pas avoir crée un vrai thriller horrifique, un mélange de Alien avec....un The Thing de Carpenter ?

Pour une fois, j'aura aimé moins de détails, moins d'informations, des phrases courtes, des mots brefs qui laissent une impression dérangeante, une appréhension malsaine. L'auteur a sembe t-il refuser d'infuser un climat inquiétant. Ce que vit le héros est étrange certes, mais jamais je n'ai eu peur pour lui, pour sa vie. Le fait de ne pas montrer le monstre (si monstre il s'agit) est une bonne idée, ainsi l'imagination travaille...mais c'est dommage de ne pas avoir crée quelque chose de véritablement effrayant.

Reste une fois encore une imagination très fertile auquel je suis sensible

Widjet

   FILOMENE   
31/10/2008
 a aimé ce texte 
Bien
la fin est partie toute seule en laissant " l'animal" et moi, je suis encore avec lui!!

   Bidis   
17/11/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Dès les premières lignes, et alors même que moi aussi j’ai donné un chouia dans ce genre éculé, je me dis : « Encore une histoire d’extraterrestres ! »... Et puis, je suis cueillie ! Un coup d’œil au titre me conforte dans l’impression de délicieuse horreur qui s’empare de moi.
Palpitante lecture qui ne m’empêche cependant pas de relever une répétition qui ne m’amuse pas (jeu de mot !) : « Au début ça m’amusait d’essayer de lui barrer la route, de le contraindre à emprunter de nouveaux chemins. Anecdote amusante… » Et on rencontre le mot « corps » neuf fois dans le texte, dont trois fois dans le même paragraphe. (Je sais : cela fait compte d’apothicaire fort mesquin mais si l’auteur est comme moi, il préférera savoir de quoi il retourne précisément si dans mon commentaire je dis qu’il y a des répétitions…)
Mais voilà que me vient la peur que l’animalauventre ne se venge de ces considérations malveillantes et ne m’attaque à mon tour. Que l’auteur se le garde bien ! Je lui mets même un « très bien + », au cas où…

   Anonyme   
17/11/2008
 a aimé ce texte 
Passionnément
Génial! Comment retranscrire en peu de mots (j'aime la concision tu le sais Victhis...), mais avec des phrases très pointues cette "symbiose".

Le style est alerte, rapide, plaisant.

J'apprécie aussi ton travail sur le psy, et cette chute ahurissante de logique.

Franchement impressionné je suis!

   Anonyme   
16/2/2009
Je ne sais pas quoi en penser, alors je ne dis rien. Ni plu ni pas plu. Expectative.
Ca c'était pour ma première lecture.
Maintenant la seconde : tu termines sur une note optimiste, ce que je n'avais pas remarquée.. Je ne le serais pas autant que le héros. Optimiste, s'entend.
Il a déjà bcp changé depuis que son hôte le squatte. Il n'aimait pas forcément manger autant de bonbons, avant. Il aimait sortir, avant. Et s'exprimer librement. Et bouger comme bon lui semblait. Avant.
L'hôte va le bouffer, lui grignotter la cervelle, et il va devenir cet autre qui à son tour squattera quelqu'un d'autre.
La théorie des dominos version Victhis, ça va faire mal !

   Brandnew   
10/6/2009
Y a vraiment plein de qualités dans la perspective, on sent qu'il y a une vraie façon de faire, dans l'histoire et dans son écriture. Je suis sûr que bientôt je pourrai reconnaître ton style parmi les autres, et je ne serai pas étonné de m'y sentir proche. Seul bémols, et c'est tout à fait personnel, je suis un fana des formes super difficiles (mais bon là c'est une question de choix) et par rapport à ce texte, je me dis que tu pourrais tirer beaucoup plus des situations drolatiques que tu crées, histoire de vraiment les essorer jusqu'à la moelle. En tout cas, je sens que ça me manque, que c'est un peu le résumé ou le scénario du film que je voudrais recevoir.


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