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Poésie libre
Aconcagua : La souffrance des privilèges
 Publié le 18/11/19  -  8 commentaires  -  1787 caractères  -  107 lectures    Autres textes du même auteur

Président.


La souffrance des privilèges



J’ai tout oublié tout ce que j’ai méprisé.
Je ne sais plus marcher dans les rues
le regard flottant dans les brumes du soir
porté par les odeurs de pain chaud et de kebab
quand les voitures se sauvent en ruminant l’asphalte.

J’ai oublié le parfum des passants
posant de lourdes et fugitives indiscrétions
dans le brouhaha des ressacs de la foule.
Où sont les enfants qui papillonnaient
dans les tanières du ciel
avec des aventures plein les bras,
des rêves et des cris à dessiner le monde.

J’ai oublié la sueur dans la glissade des métros
quand les corps se touchent sans se voir,
quand la beauté fuyante d’un index apeuré
frôle la main calleuse des bâtisseurs,
quand les chanteurs posent leur crincrin
et enluminent nos tristesses.

Je suis emmitouflé, protégé,
perclus de privilèges,
perdu dans ma suffisance poudrée.
On m’ouvre les portes
avec l’emphase des automates
on me conduit dans les recoins du luxe,
on me maquille pour des spectacles pitoyables.
Je suis nourri de servilités décadentes,
les ministres ont mes mots qui dégoulinent
avec la constance d’une pluie d’automne,
ils ont accroché leur pensée
aux paternes du vide.

Quand viendra la déchéance
je partirai avec un autre bouquet de privilèges
loin des guenilles et des gens de rien
loin des serfs qui vocifèrent
en brandissant leurs oripeaux haineux.
Je sais, j’ai mutilé leur bien-être,
j’ai détricoté leurs vies,
j’ai câliné la taille et la gabelle
pour détruire les miséreux.

Pour l’instant,
je cultive ma haine et leur désespoir.


Mane, le 22/10/2019


 
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   cherbiacuespe   
5/11/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Avec un peu de sarcasme, voici un président que l'on pourrait traiter de misérable. Mais point trop n'en faut!

Les mots glissent et se nouent très bien les uns aux autres dans cette diatribe. C'est écrit avec clarté, on souffle aux bons moment et on suit la pensée de l'auteur(e) sans difficulté. Kebab seul me gêne un peu (je ne trouve pas le mot très joli pour un poème). Soit, pourquoi pas.

Ce qui me trouble un peu plus c'est l'utilisation de la première personne. Ce président peut-il vraiment se vanter de détricoter la vie des gens? J'ai tendance à penser qu'au niveau de ces gens-là on ne trouve pas de haine (hormis des concurrents). Soit on a conquis le pouvoir pour sa gloire, soit afin de gouverner par idéologie. Dans les deux cas on ignore superbement la mutilation des bien-être ou le détricotage des vies. On ne se vante pas de détruire les miséreux, puisqu'on ne sait rien d'eux, ils n'ont pas d'existence! Donc à mon avis l'emploi du "je" n'est pas justifié et j'aurais opté pour le tutoiement ou le vouvoiement. Je reconnais qu'il s'agit là d'une bien piètre chicanerie mais on ne se refait pas.

Je retiens quelques images bien trouvées : "les voitures se sauvent en ruminant l’asphalte", "les enfants qui papillonnaient, dans les tanières du ciel", "je partirai avec un autre bouquet de privilèges" ; quelques formules bien soufflées : "ma suffisance poudrée", "l’emphase des automates".

Belle inspiration d'actualité.

   Gemini   
5/11/2019
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Le titre semble indiquer un soutien à un homme souffrant et victime de ses privilèges, mais non, c’est une diatribe dont on se demande si elle vise le ou les présidents. S'il s'agit de la fonction, la charge pourrait être contre la constitution qui favorise le confinement du chef de l'état. On sait que Giscard et Chirac ne connaissaient pas le prix du ticket de métro. La déconnexion de la réalité doit être une tare présidentielle (ainsi que la ritournelle favorite de l’opposition). Je pense même qu’elle doit être internationale.
On pourrait faire un parallèle avec l'urbain (vous et moi) qui a tout oublié de la nature, parce que ses obligations le retiennent en ville.

Comme dans tout pamphlet (politiques méchants/gens gentils) il y a un peu de démesure dans les épithètes (servilités décadentes... etc.) pour accentuer le contraste, mais elle est, malgré l’acidité générale, entourée d'une incontestable poésie (des ressacs de foule, des enfants avec des aventures plein les bras... etc...) en tout cas, dans la première partie. La seconde s’attachant à rendre horrible (comme dans un film d'horreur) l’élu qui s’est forgé une haine pour ses compatriotes, surtout les plus pauvres (Hollande disait les sans dents). Cinq ans, ça vous en forge une bonne, surtout si vous étiez prédisposé à vomir les gens dès le départ. Je pense que pour l’auteur c’est une évidence… (D’ailleurs on a tous vu à la télé des séries qui nous confirment la nature foncièrement perverse des gouvernants. Il suffit ensuite de transposer ce qu’on a vu à la télé dans la réalité, puis hurler avec les loups).

J’aurais aimé un peu moins de parti pris et d’outrance dans le propos (on finit par se demander lequel entre l’auteur et son sujet est le plus haineux).
Dans son rôle, le prochain sera le même, ou pire (relisez la fable les grenouilles demandent un roi). De même que le rôle de la nouvelle opposition sera de le dénigrer à pleins poumons.

J’ai bien aimé le choix original de prendre le coupable comme narrateur. Ça donne un relief particulier au récit. Cette conscience aiguë de ses actes et ce sinistre manque de scrupules sont un moyen efficace pour l’auteur pour ôter l’humanité que le lecteur aurait pu encore donner à cet effrayant personnage : un président.

Allez, le mettre à l’usine sera sa seule rédemption.

   papipoete   
18/11/2019
 a aimé ce texte 
Bien
bonjour Aconcagua
Qu'est-ce que c'est bien de pouvoir marcher au milieu de la foule, que mes gardes du corps fendent comme une hache géante...
Mais je suis là, ne risque rien, pas un coup, pas d'oeuf pourri à la face, mais pas un regard non plus, pas un mot gentil ; je ne ressens plus rien, ni du nez ni du coeur tant on se hâte de m'exfiltrer loin de la plèbe...
Quand je " retomberai " sur terre, pourtant je n'aurai rien à craindre, je serai pour mon éternité, nanti du privilège de n'avoir peur du lendemain !
NB un texte en forme de constat de la situation où le chef d'état ne se frotte plus à la populasse... quand bien même il lui arrive de regretter de ne plus savoir ce qu'était la vie d'avant ; courir après son bus, jouer les sardines dans le métro et respirer les senteurs de la rue, de la vie...
Pour nous en France, ce genre est le privilège à perpet', mais sous d'autres latitudes, la chute peut être terrible, et l'on peut ne plus avoir d'inquiétude pour " l'après " en finissant au bout d'une corde, sous la lame d'un justicier !
Le texte est fort, et la dernière strophe ne fait pas " dans la dentelle " !

   Robot   
18/11/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Une diatribe sans retenue dont j'ai apprécié l'écriture.
Je salue la performance: Car ce n'est surement pas aisé de parvenir à mettre de la poésie dans un texte abordant le sujet du mépris des "grands" ayant oublier ceux qui les ont fait "rois".

   Vincente   
18/11/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
C'est intéressant, presque qu'amusant, cette incursion dans le subconscient de notre président (particulièrement le nôtre semble-t-il…). Sa conscience aurait ce ressenti que lui-même n'entendrait pas ? Ou ne voudrait pas entendre, puisque vous lui faites dire ces deux vers comme chute à votre poème et à sa propre fin : "Pour l'instant, / je cultive ma haine et leur désespoir.". Dans la cohérence toute particulière du propos, elle est très inspirée, je dirais efficace.

Je n'ai pas trop aimé le style de l'écriture, une peu bousculée, rythme incertain et musique sans objet, elle semble sortie tout droit du ressentiment de l'auteur, voire, mais il faut surajouter notre imagination à celle de l'auteur, d'un désabusement du sujet président ; état d'esprit que l'on a pourtant beaucoup de peine à discerner. Ce décalage me paraît contre-productif, il est pourtant plutôt inhérent à ce type d'exercice (je ne parle pas là de l'exercice du pouvoir présidentiel mais bien de celui du pouvoir d'un auteur). Il faut à la lecture se départir du besoin de coller à la réalité – elle est pourtant le cœur du sujet, la réalité, celle effective et celles relatives, d'où la problématique du pouvoir de conjuguer et "d'harmoniser" leurs différences –, ce qui aurait été un peu plus aspirant si le phrasé avait été plus adroit.

Il y a de nombreuses images inspirées qui font "incursion" dans la relative logorrhée de l'expression, comme par exemple :
" quand les voitures se sauvent en ruminant l’asphalte. "

" Où sont les enfants qui papillonnaient
dans les tanières du ciel
avec des aventures plein les bras,
"

" les ministres ont mes mots qui dégoulinent
avec la constance d’une pluie d’automne,
"

La proposition me semble pertinente dans son principe, celui du mode qui profiterait d'un transfert des consciences (de celle de l'auteur et des modestes qu'il représente à celle de son narrateur exprimant une pensée présidentielle dissidente). Son implication émotionnelle y est aussi très convaincante. Je suis moins convaincu par le ton employé, la qualité d'écriture qui émanerait de la plume de ce haut personnage n'est pas à la hauteur dans ce texte ; peut-être cela lui apporte-t-il malgré tout des "rugosités langagières" bénéfiques.

Quant à la "justesse" du constat que tente de démontrer le poème, je ne suis pas en phase avec sa vision. La complexité de la fonction présidentielle, si elle peut être affectée par une inclination à quelques facilités, n'en reste pas moins d'une difficulté qui ne peut se regarder en simple atermoiement du dirigeant. Et pourtant, il est bon de rester exigeant envers la fonction et son représentant, ce poème est donc nécessaire et intéressant pour nous aider à ne pas nous satisfaire d'un commandeur qui ne se remettrait pas en cause.

   grandin   
18/11/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Ce texte traite d'un parvenu. Sans doute le Président d'un pays sans démocratie ni justice (kebab), seul cas ou le fond pourrait paraître tangible. (pourtant taille et gabelle me font douter)

Apolitique, je ne prends parti pour (ou contre) aucun individu. Pas du tout anarchiste, non plus. (ma couverture, l'hiver approche...)

La forme : un pamphlet. Virulent, presque acide mais aux phrases bien tournées. On avance dans la lecture pour, in fine, n'y voir plus qu'une ordure. La fin dénonce un tyran de la pire espèce :

-----loin des guenilles et des gens de rien
loin des serfs qui vocifèrent
en brandissant leurs oripeaux haineux.
Je sais, j’ai mutilé leur bien-être,
j’ai détricoté leurs vies,
j’ai câliné la taille et la gabelle
pour détruire les miséreux.----

Peut-être un peu excessif.

Sinon je dirais : ensemble d'où émane une franche colère, qui m'a paru plaisant.

   krish   
20/11/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un très beau poème engagé.
Une description d'un quotidien par un pouvoir amnésique simple spectateur de la vie et de la réalité qui l'entoure, depuis sa tour d'ivoire. Je ne l'ai pas compris tout de suite, il faut entrer dans le texte pour se rendre compte que ce monologue intérieur est celui d'un Président. Certains codes de langage, évoqueraient Macron (suffisance poudrée) allusion au "poudré" surnom qu'on lui donne dans les réseaux sociaux.
Ce qui me plait le plus est sans doute la capacité à capter la fantaisie et la poésie de la banalité quotidienne, d'une routine que l'on décrit souvent de façon sordide : "le regard flottant dans les brumes du soir
porté par les odeurs de pain chaud et de kebab" "avec des aventures plein les bras,
des rêves et des cris à dessiner le monde.", mais je pourrais ainsi citer chacun des vers des trois premières strophes.
À partir de la quatrième, le ton change. Il se fait plus amer. Aux mots qui évoquaient le collectif dans la première partie s'opposent ceux qui indiquent la solitude "emmitouflé" "perdu", d'un homme incapable de vivre sans sa horde de serviteurs dénués de sentiments, qui le protègent, le nourrissent, le maquillent, le transportent et se soumettent à sa volonté... Un vrai monarque.
La haine qu'on lui voue semble être le prix à payer pour ses actions inhumaines envers "ses sujets" victimes d'une forme de perversion de l'esprit : "je cultive ma haine" et de cruauté gratuite.
Un texte d'actualité, intelligent et plein d'empathie envers toutes les victimes d'une logique destructrice, menée par les pouvoirs quels qu'ils soient, à travers toute la planète, en ces temps où l'humanité semble s'effondrer sur elle-même.
Merci d'essayer, par la poésie, de nous aider à comprendre ce qui peut se passer dans la tête d'hommes aux mains tachées de sang.

   hersen   
20/11/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
J'aime tous tes mots qui rafistolent l'ensemble en un partout et tout le temps.

Nous attaquerons-nous jamais aux privilèges ? Je n'y crois plus trop.
Et gros zazard, hier soir j'ai regardé cash investigation sur l'ISF, SFU, CICE et d'autres sigles tout aussi cinglants pour le pauvre taré sans le sou qui regarde ça, ébahi.

J'aime tes poèmes, tu es un des rares ici à savoir les écrire avec ce petit air de pas y toucher tout en y allant avec des gros sabots. c'est un mélange très subtil qui donne de l'esprit.

Merci pour l'humanité sous-jacente qui, d'un texte à l'autre, est toujours présente. Un peu comme le filigrane des billets de banque.


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