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Poésie contemporaine
Acratopege : Le temps béni des macaques [concours]
 Publié le 24/10/17  -  11 commentaires  -  2709 caractères  -  140 lectures    Autres textes du même auteur

Pour un joyau, la solitude est parfois le moins lourd des destins.


Le temps béni des macaques [concours]



Ce texte est une participation au concours n°23 : Un monument
(informations sur ce concours).





Diamant solitaire à l’écart des chemins
J’ai vécu trop longtemps sans voir un être humain.

Je lançais vers le ciel mes parfums légendaires
En espérant qu’un jour s’évente le mystère
Du carmin de mes tours raviné par la pluie,
Du rose de mes murs que caressait la nuit.

Battu par les moussons, je pleurais en silence
En me remémorant les moines orangés,
Le rythme syncopé des tambours et la danse
Des femmes en sarong sous les grands fromagers.

Mon nom s’était perdu dans le vacarme atroce
Des macaques hurleurs aux crocs de Carabosse
Dont l’immonde sabbat résonnait sur mes dalles
Sous le regard lassé d’une lune trop pâle.

Diamant solitaire au cœur de la forêt,
Je voulais que la mort me prenne dans ses rets.

Puis un homme est venu, se disant fils de prince,
A crié de bonheur devant tant de beauté,
Puis empoigné sa scie et de terribles pinces
Pour mutiler mon corps et me décapiter.

J’ai hurlé sous les coups de ce triste malfrat,
Cet écrivaillon terne aux allures de rat
Qui voulait monnayer mes plus belles sculptures
Pour offrir à Clara de clinquantes parures.

Il eût bien mérité de mourir enfermé,
Couché sur son grabat dans un cachot sinistre,
Mais il savait des grands toujours se faire aimer :
Le pilleur de merveille est devenu ministre !

Diamant mutilé, j’ai lancé vers le ciel
En frissonnant de fièvre un cri démentiel.

Des hommes sont venus, ils ont pansé mes plaies,
Dégagé les gravats, relevé mes statues
Et massacré du singe en d’affreuses battues
Pour que renaisse enfin mon antique palais.

Aujourd’hui j’ai perdu mon âme millénaire.
On me jette en pâture aux hordes frénétiques
De Français au long nez et de Chinois prospères
Qui transpercent mon cœur comme un ballet de tiques.

Entre mes murs sacrés, se prenant en selfie,
Ils singent mes bouddhas pleins de philosophie
Et barbouillent mes tours d’infâmes signatures :
Palimpseste sordide, innommable souillure !

Quand ils quittent le soir mon site ravagé
Sur leurs tuk-tuks bruyants qui crachent de l’essence,
Je respire, enfin seul, sous la lune orangée
Et regrette le temps des macaques en transe.

Diamant dévoyé par la modernité
Je pleure à en mourir de son obscénité.


 
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   Jano   
8/10/2017
 a aimé ce texte 
Un peu
Ça m'a tout l'air d'Angkor, je ne vois pas ce que ça pourrait être d'autre. La description est suffisamment explicite.
L'énoncé de la poésie à la première personne me gêne un peu, ce n'est pas forcément bien trouvé. Personnifier ce complexe monumental parait étrange, ou alors il aurait fallu l'exprimer par la voix d'un habitant ou d'un esprit du passé.
Certaines tournures sont trop prosaïques ("Cet écrivaillon terne aux allures de rat") ou décalées ("Des macaques hurleurs aux crocs de Carabosse Dont l’immonde sabbat") et enlèvent de la majesté à ces lieux exceptionnels. Le tout n'est pas assez suggestif à mon goût.

   wancyrs   
13/10/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Je pense aux temples de singes de lopburi en Thaïlande, à cause de tuk tuks, ces véhicules utilisé dans ce pays. Une seule strophe est décalée dans cette belle envolée lyrique :

Mon nom s’était perdu dans le vacarme atroce
Des macaques hurleurs aux crocs de Carabosse
Dont l’immonde sabbat résonnait sur mes dalles
Sous le regard lassé d’une lune trop pâle.

les termes Carabosse et sabbat (je n'aime pas trop ce terme qui parle de sorcellerie, emprunté selon l'histoire au vrai terme Sabbat ou Shabbat, qui lui parle du jour saint où Dieu se reposa) sont emprunté à la culture européenne, venant fausser ici le discours d'un temple qui ne connait de l'Europe que ses touristes. Néanmoins, j'aime beaucoup

Merci !

   Eccar   
14/10/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,
"Entre mes murs sacrés, se prenant en selfie,
Ils singent mes bouddhas pleins de philosophie
Et barbouillent mes tours d’infâmes signatures"

"....Quand ils quittent le soir mon site ravagé
Sur leurs tuk-tuks bruyants qui crachent de l’essence...."

"...Diamant dévoyé par la modernité
Je pleure à en mourir de son obscénité...."

Triste époque qu'est la nôtre, d'une navrante irresponsabilité que vous nous rappelez si bien dans ces vers.

J'ai bien une petite idée sur l'identité de ce monument dont vous nous racontez merveilleusement l'histoire mais il est bien difficile de vous suivre en certains passages par manque d'informations supplémentaires, de culture tout bêtement. L'idée est sûrement bonne, cela dit, mais ainsi ce texte s'alourdit, perd un peu de son intérêt.
La fin est plus attrayante avec ce retour des macaques et cette dénonciation de la modernité sordide.

En tous cas, c'est un très beau texte que j'ai beaucoup apprécié, qui ne se contente pas juste de décrire, qui titille notre curiosité et notre réflexion.

Bravo à vous.

Eccar

   Vincendix   
24/10/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour,
Pas de mystère, de nombreux indices permettent de découvrir ce lieu exceptionnel longtemps enfoui dans la jungle avant d’être découvert et profané par un aventurier mytho devenu tribun et ministre plus tard.
Faire parler ce sanctuaire est une excellente idée mais je doute qu’il soit aussi mécontent d’être autant visité, cela lui permet de survivre.
Une belle écriture, presque classique, avec des vers qui « font mouche ».
J’ai aimé l’avant-dernier quatrain en particulier, il pourrait, en modifiant quelques mots, convenir à de multiples sites, naturels et créés de la main de l’homme.
Vincent

   Bidis   
24/10/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément
Magnifique !!!
Je suis impatiente de savoir quel est ce monument et surtout son histoire évoquée ici de façon poignante et superbe.
Je regrette un peu le mot "selfie" qui vient se mêler, comme un manant vulgaire, à cette danse élégante et sensible de mots.

   papipoete   
24/10/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
bonjour,
J'avoue hésiter entre Angkor au Cambodge et Galta Monkey Temple en Inde .
L'auteur évoque la splendeur de l'endroit à son apogée, son oubli, sa découverte où profanation et pillage régnèrent, jusqu'à ce que des amoureux du site lui redonnent sa grandeur .
NB le temple lui-même, parle de sa magnificence puis des ténèbres " j'ai vécu trop longtemps sans voir un être humain ", jusqu'à souhaiter sa mort alors que les singes le hantaient ; et après qu'on le souillât, puis le redora, les hordes de touristes lui font regretter ce temps où la forêt était son havre de tranquillité !
Le 8e quatrain est à mes yeux le plus réussi, et les distiques refrains ponctuent avec ce " diamant " qui change de couleur, joliment votre poème !
Vos dodécasyllabes sont une belle partition et nous font voyager avec bonheur !

   PIZZICATO   
24/10/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Je pense qu'il s'agit du temple de Banteay Srei, près de Angkor.

" Cet écrivaillon terne aux allures de rat
Qui voulait monnayer mes plus belles sculptures
Pour offrir à Clara de clinquantes parures." Nul ne l'ignore, il s'agit de ce monsieur André Malraux, qui de vint plus tard ministre de la culture( ben voyons !) et son épouse Clara.

Peut être aurait-il mieux valu que ce temple restât sans être restauré, habité par " des macaques hurleurs aux crocs de Carabosse ".
" Aujourd’hui j’ai perdu mon âme millénaire."
Comme la plupart des monuments dans cette région du globe, il est donné en pâture aux touristes ...

La poésie est bien présente dans ce texte.

   jfmoods   
25/10/2017
La prosopopée habille efficacement l'évocation du lieu.

Aux strophes 6, 7 et 8, quelques éléments précis ("Cet écrivaillon terne", "offrir à Clara de clinquantes parures", "Le pilleur de merveille est devenu ministre !") éclairent une piste jusque-là vaporeuse : celle du temple de Banteay Srei, au Cambodge. Sur cette page, on peut lire le résumé d'une affaire qui défraya la chronique en 1923...

-> http://www.capsurlemonde.org/cambodge/angkor/malraux.html

Le texte retrace l'histoire du monument. À l'âge d'or ancien (strophe 2) ont succédé l'abandon progressif (strophes 1, 3, 4, 5), la traumatisante redécouverte (strophes 6, 7, 8, 9), la réhabilitation (strophe 10) et la modernité avilissante (strophes 10 à 14).

Le poème est structuré autour d'un jeu, fortement disproportionné, d'oppositions.

Au contexte de douce sensualité, favorisant le recueillement, la méditation (vue : "Du carmin de mes tours", "Du rose de mes murs", "les moines orangés", "Des femmes en sarong sous les grands fromagers", ouïe : "Le rythme syncopé des tambours", odorat : "mes parfums légendaires", toucher : "que caressait la nuit") répond la frénésie, l'agressivité ("le vacarme atroce / Des macaques hurleurs", "l’immonde sabbat résonnait sur mes dalles"), la violence la plus débridée ("empoigné sa scie et de terribles pinces / Pour mutiler mon corps et me décapiter", "J'ai hurlé sous les coups", "un cri démentiel", "massacré du singe", "On me jette en pâture aux hordes frénétiques / De Français au long nez et de Chinois prospères / Qui transpercent mon cœur comme un ballet de tiques.").

Merci pour ce partage !

   Vilmon   
29/10/2017
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour, que de rage et de tristesse... Il crache même sur ceux qui l'admire malgré leur selfie. Merci à jfmoods pour sa recherche du lieu ! J'ai pensé à un ancien temple en asie, mais sans plus.

   Sebrutus   
29/10/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Merci pour ce poème. J'aime beaucoup les idées que vous véhiculez. Vous arrivez à être explicite et subtile à la fois.

Je rejoins les autres pour "Carabosse", ça m'a fait un peu sortir des rails, déstabilisé dans ma lecture.

   David   
31/10/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

Le scénario est très bien mené, cette petite histoire a son charme, je ne devine pas le monument. Pour un poème un peu long, il est assez intense, les vers sont bien équilibrés, tout comme les rimes, et le tout a une fluidité qui mérite l'estime, bravo !


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