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Poésie en prose
Alcirion : Éclat d'anathème II : Rêve acide
 Publié le 23/06/17  -  8 commentaires  -  3578 caractères  -  71 lectures    Autres textes du même auteur

Les songes usent les nerfs, Euclide ne vaut pas mieux.


Éclat d'anathème II : Rêve acide



Cette fois-là fut pire encore.

Toute la fin du jour, je m’étais usé les mains à fouiller les sables de la cathédrale pour trouver les sources de la Divonne. Et aux premières velléités du crépuscule, quand la sueur tenta de me noyer les yeux, j’entr’aperçus la lueur familière qui venait m’emporter, une fois encore, vers une nouvelle fange maudite.

Au souffle convenu par leurs maîtres, les vapeurs cosmiques me portèrent au délire et les plans étirés se déployèrent devant mes yeux circonspects.

À la reprise de forme, apparurent à main gauche les geôles hideuses et noirâtres de l’univers, là où des vierges de fer tranchées pour moitié tenaient captifs d’incroyables rêveurs aux yeux morts, aux plaintes absentes, qui m’avaient précédé, semblait-il, au cœur de ce chaos répugnant.

Dans l’amphithéâtre en ruines à demi-putrescentes, des centaines d’égouts multicolores remplaçaient les gradins et jetaient aux juges des jurés douteux à intervalles réguliers, les moins francs d’entre eux se consumant aussitôt dans les flammes du brasier de justice.

Une muse mal aimable m’informa que j’avais dépassé les droits de ma condition humaine.
Il est en effet interdit de percer les strates oniriques.

Mon avocat avait mauvais genre, deux cerveaux au moins, et sa défense fut bien partiale : ce gueux-là chuchotait avec le procureur. Une vraie honte.

Leurs confusions multiples réclamant trop de temps,
Mes rhétoriciens galactiques se perdirent
De gloses stériles en spéculations absurdes.
Certains suppliaient dix siècles de cauchemars,
D’autres la reddition de l’âme,
Quand les jurés hilares se tapaient dans le dos
En fumant des soleils.
On n’écoutait même plus les témoins :
Ni les singes nécrophages,
Ni les mutants invertis,
Ni les nouveau-nés cacochymes.
Tout juste si on essuyait les sécrétions des trous noirs.

Je tentai ma chance, à perdre je n’avais plus rien.
Je rampai jusqu’au brasier,
La rage au cœur et la haine en l’esprit.
Jamais hyène affamée ne se faufila mieux.
C’était fait,
J’avais saisi le feu.

Je ne sais plus si je pris de la vitesse, des fleurs ou des remords, toujours est-il que dans ma course je crois, je molestai des cadavres violets et désarticulés, qui accrochaient leurs chairs à mes membres, qui meuglaient leur détresse, au cœur du maelstrom rougeoyant. Ces gémissements à vous retourner la pitié cessèrent quand le corridor vint à se décomposer, s’en allant par morceaux entiers dans l’interstice parallèle et la vierge de la cathédrale se découpa au bout des restes délités.

Inquiet quelque peu je jetai
Alors un furtif regard vers mes mains tendues.
Il n’était plus que cendres.
La flamme était morte.
Des larmes nombreuses,
De désespoir emplies,
Vinrent affliger mon visage,
J’avais échoué.

Je te parle ici de souvenirs non humains.

Et tu comprends à présent mes absences pesantes, mon vide sidéral, mon manque d’étonnement, tu sais maintenant pourquoi ta rage toujours se fracassa à mes rochers inertes, à mon silence contrit et indolent, ma façon de regarder ailleurs en quelque sorte. Jamais il ne fut possible à tes sens de toucher la corde enfouie, de trouver la source de mes nerfs. C’est que j’ai depuis longtemps perdu tripes et cerveau, sais-tu, à poursuivre des songes mesquins et des chimères frigides.

C’en est fini désormais. Je n’attente plus à la pudeur des rêves.


 
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   Proseuse   
9/6/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour,

Hé béh , voilà, c' est percutant et complétement flippant et pourtant, j' ai aimé votre prose ... comme quoi , y a des fois, on peut même aimer ce qui nous fait peur !
C' est un texte fort et à mon goût très bien écrit !
Merci pour le partage
à vous relire bientôt .... même pas peur !!!!

   Michel64   
23/6/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Ouf, ce n'est qu'un rêve ! (faut pas trop manger le soir).

Plaisanterie mise à part, j'ai bien aimé ce texte qui m'a emporté dans ce mélange d'images, de sensations, dans cet imaginaire un peu fou et angoissant. Vision sur un univers parallèle et absurde. Le titre parle de rêve acide, peut être un mauvais rêve sous acide ?

Je n'ai pas compris pourquoi cette mise en paragraphe tout d'un coup. J'aurais préféré l'ensemble comme le début. J'ai du passer à côté de certaines choses.

Merci pour ce moment ... hors de ce monde.

Michel

   Pouet   
23/6/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bjr,

On sent l'Isidore Ducasse qui palpite en l'auteur... :)

Beaucoup aimé pour ma part.

Plein de "belles" images (dans le genre "gothique putréfiant"), je vais retenir ces deux vers toutefois:

"Une muse mal aimable m’informa que j’avais dépassé les droits de ma condition humaine.
Il est en effet interdit de percer les strates oniriques."

Une belle écriture et un ambiance bien maîtrisée.

Bravo.

PS: je croyais que t'aimais pas trop les longs poèmes... ;)

   PIZZICATO   
23/6/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Brr!! " rêve acide " est un euphémisme pour décrire ce genre de cauchemars. Récurrents, j'admets volontiers qu'ils "usent les nerfs ".
Des image angoissantes, surréalistes font la force de ce texte.

" des centaines d’égouts multicolores remplaçaient les gradins et jetaient aux juges des jurés douteux à intervalles réguliers, les moins francs d’entre eux se consumant aussitôt dans les flammes du brasier de justice.

" les nouveau-nés cacochymes." Oxymore intéressant.

   Sebrutus   
24/6/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bravo pour cette prose qui m'a beaucoup plu. Je trouve que c'est très bien écrit. J'aime le soin apporté au vocabulaire. Il y a des jeux de sonorité très agréable. Les allitérations se lisent volontiers avec des liaisons qui enrichissent intelligemment le champs sonore. Il y a des champs lexicaux bien identifiable (Droit, Espace).

Même si le style qui oscille entre des longues phrases et des petites propositions claquantes ressemble de loin à du Marcel Proust, l'ambiance est lovecraftienne pour son côté occulte. Il y a aussi quelque chose de prométhéen dans le quête du feu. L'absurdité du procès et la posture du narrateur m'ont évoquer vaguement l'Etranger de Camus.

   wancyrs   
24/6/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Salut Alciron

Le monde du rêve est si étrange et si fantasque que rarement on trouve des mots pour décrire ce qu'on vit. Ici vous savez trouver les mots exactes pour recréer les scènes de votre rêve acide. Si pour moi le fond ne souffre d'aucune tare, la forme, au niveau de la 2ième strophe mise en libre, souffre d'une rupture d'image qui casse l'homogénéité du film que je me suis conçu en lisant le poème ; pourquoi ce découpage ?
Néanmoins, j'aime beaucoup l'ambiance qui se crée à la lecture de votre poème.
Bonne continuation !

Wan

   Robot   
25/6/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Beaucoup apprécié l'écriture de ce texte un peu fantastique, onirique. Un style de prose que j'aime lire, avec un petit bémol pour le passé simple "perdirent" à la consonance peu agréable. Et pourtant j'aime le passé simple, en âme, îme. mais les finales en r (irent) sont un peu dures à mon goût.

Un paragraphe final qui résume et retient.

   Ananas   
26/6/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Coucou Alcirion,

Y a trop de virgules.
Beaucoup, beaucoup, beaucoup trop de virgules.
Dedju.
Parce qu'en fait à la base, y a trop de virgules. Et puis ensuite, on avance, et puis y a trop de virgules... et pour finir, toutes ces virgules !
Tu induis ma respiration en en mettant autant. Je perds en impulsivité, je me calque sur ce que tu veux me faire lire et plus sur ce que je veux lire... et c'est pas bien, parce que moi, je veux respirer où bon me choit de temps en temps. Et là, tu me mets les vers libres avec des virgules !!!
Alcirion, tu n'es pas obligé de mener toute la danse :)

Sinon c'est bon :)
Vraiment bon.

Tant dans le fond que dans la forme ou dans la cohérence entre les deux.
Dans les choix lexicaux et sémantiques.
L'écriture est belle.

Bon, puisque je, enfin, peut-être que non, mais, si je peux me permettre, en insistant lourdement, mais, sinon, c'est pas moi, j'aurais juste, un petit bémol, sur les virgules :p

Au plaisir de te relire !


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