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Poésie contemporaine
Arielle : Avec les yeux du vent
 Publié le 18/08/14  -  25 commentaires  -  1043 caractères  -  535 lectures    Autres textes du même auteur

Si j'étais…


Avec les yeux du vent



Je voudrais voir la mer avec les yeux du vent
qui l’épouse sans fin depuis l’aube des temps

Glissant à son oreille un chuchotement d’ailes
je lèverais le drap froissé de son sommeil

Je voudrais voir la mer avec la joie du vent
qui pousse ses voiliers comme on passe en rêvant
son peigne démêlant la toison de l’aimée

Avant de me gorger du sel de ses baisers
je voudrais voir la mer avec les mains du vent
sentir son dos rouler sous mes doigts chavirés
puis l’entendre mugir quand mon souffle renverse
sa prunelle pâmée que creuse l’allégresse

Alors
pour le bonheur de la voir s’affoler
déchaînant l’ouragan
je violerais la mer
j’arracherais l’ourlet d’écume de ses îles
culbuterais ses dunes
aux courbes trop dociles
je tordrais dans mes poings le cou des cocotiers

Lorsque je les aurais plumés de leurs toupets
j’offrirais à la mer ce nouvel oreiller
qu’elle attendait de moi pour y poser ses rêves


 
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   Robot   
6/8/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément
Je me suis laissé bercer par toute cette délicatesse, cette légèreté.
J'ai apprécié les variations sur "Je voudrais voir la mer avec..." Ici, les reprises ne font pas répétitions, elles entrent aisément dans le poème sans lasser parce qu'elles sont ajustées au bon moment du texte.
Je trouve que l'emploi du conditionnel est judicieux, cela donne au poème le ton d'un souhait, d'un espoir, d'une volonté à venir.
Il y a tant de belles visions dans ce poème et puis, ce superbe tercet pour finir.
J'use de moins en moins de l'exceptionnel, mais là je le crois justifié autant par votre talent que par le plaisir que j'ai eu à lire - plusieurs fois - ce superbe texte.

   myndie   
7/8/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Je dois dire que j'ai eu du mal à me prononcer sur ce poème qui porte en lui à la fois les attraits de la séduction et le soufre de propos pas très politiquement corrects, voire difficilement acceptables ;
A moins que l'auteur n'ait choisi délibérément de plonger sa plume dans la provocation ?

Car enfin, la métaphore filée est on ne peut plus explicite et la deuxième partie du texte est vraiment trop imprégnée de testostérone pour laisser planer le moindre doute sur le sexe de l'auteur. Alors si je dis : après tant de douceur, pourquoi tant de machisme et de violence ?, vais-je tomber la tête la première dans un piège diaboliquement tendu et offrir la réaction espérée ?

Tout dans le début du poème me porte et me séduit ; un vrai souffle poétique passe sur ces vers riches en images qui nous offrent mille sensations en nous faisant passer de scène en scène.
« je voudrais voir la mer avec les yeux du vent »
« glissant à son oreille un chuchotement d'ailes
je lèverais le drap froissé de son sommeil »
« sa prunelle pâmes que creuse l'allégresse »

D'ailleurs, même quand le ton change et devient plus violent, les images restent efficaces.

Dans son ensemble, le poème est habilement construit :
- une première partie à laquelle l'alexandrin apporte sa belle fluidité,
- une partie déstructurés où les vers sont aussi saccadés que le souffle qu'ils suggèrent, où le rythme fait naître toute la brutalité agressive évoquée,
- et la fin qui se veut apaisée.

Ainsi donc vais-je me répéter : mon impression est duelle et j'ai beaucoup de mal déterminer ce qui au final l'emporte chez moi à la lecture de ce poème que j'ai senti néanmoins servi par une vraie plume.

   margueritec   
7/8/2014
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
J'aime bien le choix de la métaphore inversée où la mer est comparée à une femme.

Les images sont justes et renouvelées du fait de cette inversion.
Ainsi "le drap froissé de son sommeil", "son peigne démêlant la toison de l'aimée", "son dos rouler", etc.

Cependant, ce déchaînement de violence qui s'empare de "je" à la 5° strophe me laisse rêveuse. Nous flottons entre deux mondes qui se superposent par le choix des mots (la mer, la femme) et je ne peux m'empêcher de penser au viol d’une femme, acte d'autant plus condamnable qu'il est ici valorisé et qu'il permet un don attendu qui plus est.

C'est regrettable, car cette ambiguïté, vient à mon sens, détruire la beauté du poème à laquelle je ne suis pas insensible.

   Francis   
18/8/2014
 a aimé ce texte 
Bien
Comme le flux et le reflux, le registre lexical nous conduit de la mer à la femme. La première partie serait l'étale avec l'harmonie des vers. Le mot "alors " nous conduit vers la tempête ou l'amour.
J'ai préféré la première partie.

   socque   
18/8/2014
 a aimé ce texte 
Bien
Beaucoup d'allure, beaucoup d'élégance, comme il est de coutume avec toi Arielle, mais vraiment, quand la mer se fait tempétueuse, elle reste toujours paire ?
J'ai apprécié que tu bouscules un peu le rythme quand elle se déchaîne, mais je la trouve tout de même bien sage au final, soulevant les bateaux sur son gros dos sans les renverser alors qu'elle se fait violer !

Pour moi, les trois derniers vers d'apaisement sont... non pas de trop mais banals ; finir sur les rêves, non, cela ne sent pas assez le sel diffusé dans l'air, ni l'iode. Selon moi.

C'est le début du poème le plus réussi à mes yeux, le drap froissé de la mer que le vent lève je trouve que c'est pile ça ! J'ai un doute en revanche sur la "prunelle" de la mer, pour moi le mot évoque quelque chose de trop petit et mignard pour correspondre à cette géante. En revanche j'aime beaucoup
"sentir son dos rouler sous mes doigts chavirés"

Au final, j'ai aimé le poème mais il m'a paru trop peu audacieux, trop peu intense pour le sujet...

   Anonyme   
18/8/2014
Bonjour Arielle
La métaphore est superbe et relève de l'évidence
Par temps de demoiselle (on dit aussi temps de curé) la mer est une belle endormie.
Elle commence à frissonner au moindre zéphyr, s'anime sous la brise et se déchaîne sous la tempête.

Le cyclone "Arielle" envisage carrément de la violer. Mais ce n'est qu'un effet de style et on l'imagine consentante, mugissant avec allégresse.

Comme tous les amants, le vent finit par se calmer, laissant sa "victime" épuisée sur un oreiller d'écume.

Le découpage en strophes est bien fichu. A la cinquième, l'ordonnance des alexandrins laisse place au désordre des vers hétéro-métriques. Peut-être aurait-il pu s'amorcer dès la quatrième.

Merci Arielle, alléché par titre j'attendais la sortie de ce poème. Je ne suis pas déçu et ne regarderais plus la mer sans avoir des pensées salaces.

   Hananke   
18/8/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour

Un poème qui me surprend par son alternance de vers magnifiques
et de...banalités et ce dès les deux premiers vers :
Je voudrais voir la mer avec les yeux du vent : très beau
Qui l'épouse sans fin depuis l'aube des temps : très banal.

Idem pour les vers trois et quatre.

Et le texte continue ainsi jusqu'à l'allégresse.

Par contre j'aime bien la fin qui est très jolie et rompt enfin
cette alternance où l'auteur retrouve ses capacités naturelles
dans une poésie plus libérée.

   HELLIAN   
18/8/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Ma chère Arielle,

Vois donc comme vont les choses !

D'un côté, on te reproche un trop plein de testostérone, d'un autre un manque d'audace...Jamais contents.

Quant à moi, j'ai adoré ces images superbes du drap froissé de la mer, le chuchotement d'aile glissé à l'oreille de la mer et tant d'autres perles.

Je jetterai "l'aube des temps" un peu trop convenu.

Cela dit, s'il fallait t'adresse une critique négative, ce serait peut-être un trop de personnalisation qui donne à tes personnages figure quasi humaine au point que certains lecteurs s'y laissent prendre et te reprochent la métaphore du viol, curieusement prise au premier degré.

   Anonyme   
21/8/2014
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Bonjour Arielle,

Je n'ai pas été transportée par votre poème.
les 4 premières strophes ont un rythme trop monocorde, la sonorité ne varie pas et pour moi ça manque cruellement d'intensité. Bien sûr on pourrait dire que cela va dans le sens que la mer est paisible mais même dans cet état là j'aurais aimé sentir l'iode, sa fraîcheur, entendre les vagues, ses mouvements, sentir le goût du sel, mais là mes sensations n'ont pas été mis en éveil. En clair je me suis ennuyée.

Quand au reste je n'arrive pas à associer les images que vous transcrivez avec la passion, en résumé je ne les aime pas, pas parce que je suis choquée non pas du tout la violence en poésie ne me dérange pas, c'est que pour moi vous êtes passée à côté du message que vous voulez nous faire passer, il manque une petite touche de sensualité, et puis:

"je tordrais dans mes poings le cou des cocotiers"

Étrange image, je trouve ça assez too much.

Edit: je retire le "too much" une impression visuelle m'ait apparu et ce combat que je visualise va bien dans la cohérence de l'image.

   RB   
18/8/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Il y a, lors d'un acte amoureux (un coït réussi pour employer les mots plats que cet échange représente...) un moment où le mâle, pour répondre à sa partenaire qui lui témoigne de la progression de son désir de plaisir, s'emporte et se "dé-chaîne". Il la prend, de plus en plus "possessivement" au fur et à mesure où elle se donne. C'est exactement ce que j'ai ressenti à la lecture de cette deuxième partie du poème.
Je n'ai pas pris le verbe violer au sens premier du terme mais plutôt comme l'évocation de cet instant où les "prudences", les pudeurs s'annihilent dans une sorte de violence commune qui précède l'extase....
Le désir masculin naît subitement, sans forcément avoir d'autre source qu'en lui-même. Il "s'alimente" à l'approche de l'autre, au regard qu'il porte, aux premiers touchers... avant de se "gorger du sel des baisers"..."doigts chavirés"..."entendre mugir"... prémices de cette violence qui n'en certainement pas une.

Oui, il y a bien quelques petits lieux communs (aube des temps) mais, sur ce thème et avec ce choix d'images, de personnification au travers du vent et de la mer, ce poème réussit à exprimer parfaitement la progression de ce magnifique échange masculin-féminin.

   bipol   
18/8/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément
je pense exactement comme RB

et ne pourrais le dire mieux

je pense que ce texte pourrait être un magnifique texte de chanson

il me fait beaucoup penser à Brel

bravo et merci

   Michel64   
18/8/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Bonjour Arielle,
De très belles images et une progression dans ce poème, bien maitrisée, jusqu'à cet amour charnel violent et l'apaisement qui s'en suit.

J'aurais préféré au verbe "violer", le verbe posséder par exemple. Bien sur le verbe "affoler" à ce moment là n'aurait plus été adapté, et je comprends bien votre besoin de montrer la violence de la tempête. Mais cela fait pour moi comme une tâche au milieu de ce si beau poème.

Mais heureusement il y'a, entres autres :

"Glissant à son oreille un chuchotement d’ailes
je lèverais le drap froissé de son sommeil "

et puis ce : "je tordrais dans mes poings le cou des cocotiers" que j'adore.

   Pouet   
18/8/2014
 a aimé ce texte 
Un peu
Habituellement plutôt friand des textes de l'auteur, j'avoue ici ne pas avoir été transcendé. Autant je trouve très jolie l'idée de "voir la mer avec les yeux du vent" autant la métaphore amoureuse ne me cause pas trop.

Sinon "je violerais la mer", dans le contexte de métaphore amoureuse du texte me choque un peu mais je suis sans doute trop sensible...

Enfin je trouve que le mot "mer" revient trop de fois (5 fois)

J'apprécie toutefois les deux derniers vers.

Voilà un commentaire très subjectif et personnel qui n'enlève rien au talent de l'auteur.

Bonne continuation

   Anonyme   
18/8/2014
Bonjour Arielle. J'ai mis un certain temps pour me décider à commenter ce poème car les vers qui suivent, même si ce n'est qu'une métaphore et même s'il faut les prendre au second degré, font quand même la part belle au viol... et dans ce viol de la mer c'est celui de la femme que je vois d'abord.

Alors
pour le bonheur de la voir s’affoler
déchaînant l’ouragan
je violerais la mer
j’arracherais l’ourlet d’écume de ses îles
culbuterais ses dunes
aux courbes trop dociles...

Il y a là un déchainement de fureur que je ne comprends pas et qui tranche avec le début du texte tout en délicatesse...

La chute nous ramène au calme et à ce nouvel oreiller qui n'en reste pas moins le fruit d'un viol...

De belles images mais un texte sur lequel je m'abstiens pour la raison précitée de porter un jugement et donc une appréciation
A chacun sa sensibilité, je pense que tu me comprendras...

   Cox   
18/8/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
C'est dingue,

C'est dingue qu'un thème comme celui-là, rebattu depuis des siècles puisse encore surprendre et impressionner.
C'est dingue que moi qui croyais avoir tant et tant lu les mêmes choses sur la mer puisse encore me laisser envoûter par un poème qui loue ses vagues.
C'est dingue comme c'est beau.

Se placer ainsi du point de vue du vent, entretenir tout du long une perspective charnelle, qui gonfle, qui monte à en rugir, c'est vraiment du grand art. Très réussi à mes yeux.

Je ne me préoccuperai nullement de ce côté "éloge du viol" qu'on lui a supposé, et dont il me paraît assez clair qu'il n'a ici rien à voir avec l'agression sexuelle des faits divers, mais bien avec cette "sauvagerie passionnée" dont parle RB, et que vous décrivez magnifiquement. Sans compter qu'il ne faut pas perdre de vue qu'on est dans une métaphore, avec les libertés que cela suppose, et je ne pense pas que (si c'est finalement le cas) magnifier le viol d'une étendue inanimée comme la mer puisse être considéré comme infamant. J'ai l'impression que ce serait avoir plus peur du mot lui-même que de ce qu'il signifie concrètement ici, avec une grande justesse.
D'ailleurs, comme disait Oscar Wilde
"There is no such thing as a moral or an immoral book. Books are well written, or badly written. That is all."
Ca vaut aussi -et d'autant plus- pour les poèmes.

Voilà en tout cas un poème qui fait souffler un vent de nouveauté et de désir sur la mer. Que d'images magnifiques ! Et tant pis si d'autres sont plus banales comme on l'a dit. Il vous faut bien du fil pour coudre vos perles, et je me soucie peu de sa qualité.

Bravo. Grosse impression

   leni   
18/8/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Arielle
le vent épouse la mer lui fait l'amour Et comment J'ai pensé aux chevaux de la mer qui fracassaient leur crinière derrière le casino désert (comme à Ostende Caussimon Ferre) c'est un crépage de
chignon qu'on n'attendait pas si violent c'est Savane en Mer Et même les cocotiers en restent baba Quelle superbe imagination merci Arielle Merci Salut cordial Leni

   troupi   
18/8/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonsoir Arielle.

J'arrive bien tard pour commenter ton texte aussi je me demande bien ce que je pourrais apporter de nouveau comme éclairage.
Le sujet est traité de façon très originale bien sûr et ta plume ne souffre d'aucune faiblesse.
Il me semble que la sobriété dont tu es coutumière est nettement moins présente dans ce poème, un peu comme si c'était un texte ancien, un texte aimé que tu veux faire revivre l'espace d'une publication sur Oniris. C'est l'impression que j'ai mais peut-être suis-je totalement à coté de la plaque.
En tous cas j'ai bien aimé car les images sont bien de toi, même si les alexandrins sont bien écrits je préfère la deuxième partie.
Bonne soirée.

   Coline-Dé   
18/8/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Violer la mer, c'est bien le moins que l'on puisse faire quand on est le vent : pense donc, une telle immensité ! Un missionnaire serait ridicule !!!

Belle envolée, sauf en ce qui concerne l'aube des temps qui fait raplaplat
dans tout ce tumulte amoureux.
Voir la mer avec les yeux du vent... c'est grande marée, faut en profiter !
Je salue le talent (et toi aussi)

   patro   
18/8/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai bien noté que c'est l'ouragan qui viole la mer et tord le cou à ces malheureux cocotiers qui veulent rivaliser !(... quel toupet ! )
L'ouragan prend 20ans de galère - le vent peut reprendre son souffle .
Génial.

   Louis   
18/8/2014
Le poème exprime, me semble-t-il, un désir de contact avec la mer, d'union avec elle et de pénétration en elle, pour un partage de se ses secrets, de ses profondeurs, à partir
d'une sensation que la mer ne se donne pas suffisamment, qu'elle ne s'offre pas assez, qu'elle ne donne que sa surface.
Une approche douce, sensible, sensuelle de la mer, puis une entrée en elle suite à une violence.
Derrière le langage emprunté aux registres du sensible et du sensuel, quelque chose d'autre se dit, qui ne relève ni de l'un ni de l'autre ; qui relève plutôt de la psychologie.

Le poème commence immédiatement par l'expression d'un désir :
« J'aimerais voir la mer avec les yeux du vent »
Les yeux sont, parmi nos organes des sens, l'un de ceux qui ne permettent pas un contact direct avec les choses. On ne « touche » rien véritablement par un regard. Les « yeux du vent» permettent donc à peine un effleurement de la mer, son survol. Le vent est mouvement, déplacement, son regard sur la mer est ce mouvement qui se tient à la surface des eaux, qui en parcourt leur étendue, en mesure l'immensité. Un souffle sur les eaux, sur l'épiderme liquide de la mer, sur sa peau bleue.

Cette vision de la mer personnifiée s'accompagne d'un « chuchotement d'ailes ».
Des mots tendres à dire à la mer, des secrets de toujours à lui confier ;
et ces « ailes » qui évoquent encore le survol de la mer.

« glissement ; chuchotement » : belles allitérations en s et en « ch » qui évoquent le souffle du vent sur la mer.

S'amorce ensuite un mouvement vers l'au-delà de la surface, vers l'intériorité de la mer.
Elle ne se donne que superficiellement, à une écoute, à un regard. Un désir des profondeurs et de l'intériorité.
À l'image de l'épiderme se substitue celle d'un drap en surface, sous laquelle se tient la mer profonde. La mer, belle endormie, à sortir de son assoupissement, de son sommeil « profond ».

Ce mouvement s'interrompt provisoirement avec un retour à la vision de surface :
« je voudrais voir la mer avec la joie du vent »
Et l'on est bien encore à la superficie de la mer, sur son dos cette fois, où ondoient les vagues comme une longue chevelure :
« son peigne démêlant la toison de l'aimée ».
La « joie «  du vent est une course de surface, un sautillement.

Le mouvement amorcé reprend, et un autre sens intervient , non plus la vue, mais le toucher :
« je voudrais voir la mer avec les mains du vent ». Avec la vue et le survol, on restait encore à distance de la mer, dans le frôlement, l'effleurement, on restait dans l'impalpable, dans un insaisissable.
Par la main, par le toucher, un contact direct, peau contre peau en quelque sorte, s'établit.
Et ainsi « sentir son dos sous mes doigts chavirés ».
doigts comme des bateaux, mais « chavirés » au double sens de ce terme.Au sens du trouble, au sens du renversement, celui qui fait tomber dans l'eau, entrer dans la mer.
Les mains du vent permettent une caresse des surfaces marines ; caresse sensuelle qui fait se « pâmer » le corps de la mer, et son regard à elle, « sa prunelle ». L'entendre alors « mugir » de plaisir, et voir son corps se soulever, se cambrer.

Un accroissement de la sensualité amène à l'image du vent qui se renforce jusqu'à se faire ouragan, pour renverser la mer, pour la « violer ».
Le viol est la poursuite du mouvement de contact et de pénétration de la mer, la mer qui ne se donnait qu'insuffisamment, ne s'offrait que superficiellement. « Viol » parce que la mer ne se donne pas facilement, il faut la violence de l'ouragan, il faut sa force et sa puissance pour accéder à une profondeur au-delà de l'apparence de surface.
Cette violence faite à la mer, ce trouble produit en elle, n'est que provisoire. Il a pour finalité, non la poursuite de cet ébranlement, mais un calme plus serein.
En livrant ses profondeurs, ses secrets cachés sous la surface, la mer pourra s'endormir et rêver tranquillement. C'est ce qu'elle attendait, la mer, cette libération :
« J'offrirais à la mer ce nouvel oreiller
qu'elle attendait de moi pour y poser ses rêves ».
Mais cette libération est au prix d'un viol, c'est à dire une violence qui secoue cette mer trop calme, trop engourdie, qui ne se livre pas, qui demeure discrète, secrète, étendue indéfiniment sur ses profondeurs voilées.

On ne peut négliger l'homophonie entre mer et mère. L'impression forte que laisse ce poème, c'est qu'il s'adresse aussi à une mère ; derrière les métaphores sensuelles, il y a l'appel à une mère pour qu'elle ne demeure pas en surface, dans un rapport superficiel avec son enfant ; s'exprime la nécessité d'une recours à un trouble violent pour libérer ce qu'elle dissimule dans ses profondeurs, sous sa belle apparence de surface. L'approche douce ne pouvant suffire, il faut la secouer.
Un désir de la connaître s'exprime, non pas sensuellement mais au sens de la découvrir ( ôter les draps froissés qui la couvrent, métaphoriquement ), d'entrer en elle, de partager ses secrets, les profondeurs de son âme.
Si les rapports charnels étaient dans le passé et sont encore bien souvent « idéalisés », exprimés dans un registre désincarné, spiritualisé, éthéré, on assiste ici au processus inverse : ce qui veut se dire au niveau psychologique, dans un rapport à l'âme de la mère se dit dans le registre corporel.
Je peux me tromper, Arielle, mais c'est ainsi que j'ai ressenti ce qui se dit dans ce beau poème.

   jfmoods   
19/8/2014
Avant d'aborder chaque nouveau poème, il faudrait toujours s'efforcer de passer l'éponge sur l'ardoise encombrée de l'habitude. Tâche complexe s'il en est. Ainsi cette double hyperbole du vers 2 ("sans fin depuis l'aube des temps") - qui présente toutes les apparences du lieu commun cent fois rebattu - constitue-t-elle, contre toute attente, le véritable point d'appui du poème. Car le choix de la personnification met en perspective, avec le préambule ("Si j'étais..."), l'enjeu du texte. À échelle humaine, quel homme, en effet, saurait entretenir aussi longtemps, et avec autant de vigueur, le feu de la passion ? Sur la distance, l'intensité amoureuse est trop souvent plus proche des braises que du brasier... Mais revenons au poème... L'effet de gradation anaphorique ("les yeux du vent", "la joie du vent", "les mains du vent") signale la montée progressive du désir, de la vue dévorante au toucher obligé. L'écho de "pousse" avec "passe" confère au vers 6 un rythme particulièrement berceur. "Alors", laissé seul, mis en exergue, comme un pont en passe d'être franchi, désigne la seconde ligne de fracture du poème, la première étant instituée par la réponse passionnée de l'aimée (au vers 8) aux sollicitations amoureuses initiales (champ lexical de la douceur : "glissant", "chuchotement d'ailes", "lèverais", "pousse", "passe", "démêlant"). Si, dans la dernière partie, seul le vent est montré comme agissant (verbes d'action brutale : "renverse", "déchaînant", "violerais", "arracherais", "culbuterais", "tordrais", "aurais plumés"), le mot "ouragan" manifeste la jonction, la rencontre bouleversante du couple dans l'étreinte. L'effeuillage mis en scène (métaphore : "ourlet d'écume" "dunes", "courbes trop dociles") n'est pas dépourvu de sensualité. L'étreinte est puissante, profonde. Elle est marquée par une avancée progressive à l'intérieur des terres ("ses îles", "ses dunes", "le cou des cocotiers"), comme au cœur du plus brûlant désir. Le vers le plus intense reste toutefois celui qui occupe le centre exact du poème ("sa prunelle pâmée que creuse l’allégresse") car, aux yeux de l'homme amoureux, cet avant-seuil, précurseur de fureurs réciproques, porte l'instant le plus paradisiaque qui soit. Les deux derniers vers résonnent comme un écho au vers 4. Le sommeil, interrompu plus haut, va se trouver maintenant réactivé, enrichi, réenchanté ("ce nouvel oreiller") de toute la palette sensuelle traversée (métonymie : "y poser ses rêves").

Merci pour ce partage !

   Arielle   
20/8/2014

   Ellon   
20/8/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Voilà un poème très subjectif. Des connotions presque érotiques avec la mer. Je dirais même que c'est osé de l'avoir fait. Ceci dit un culot qui paie car bien écrit et j'aime les prises de risque que je trouve réussies. Cependant je ne prend pas part au contenu, qui ne me touche pas et ne me fait ressentir aucune émotion si ce n'est peu, mais à l'audace oui. Donc mon avis balance. Peut être, il manque ce petit truc qui l'aurait rendu exceptionnel, qui aurait fait basculer la balance.

J'ai lu les commentaires et pour ma part ce n'est pas le terme " violer " qui m'a choqué quoi que...mais plutôt le terme " culbuter " que je trouve vulgaire et qui m'a fait tiquer lors de la lecture.

Ellon

   Anonyme   
20/8/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonsoir Arielle,
Je profite de mon retour à la la civilisation technologique pour te dire combien la force de ce poème m'a touché. C'est un maelstrom métaphorique que cette personnification qui n'est pas sans m'évoquer les luttes et les amours mythologiques dans toute leur puissance surhumaine. séduction, enlèvement, violence, sensualité qui monte progressivement jusqu'à un paroxisme proche de la folie.
Puis l'apaisement dans la satisfaction réciproque, une tendresse, une douceur qui donnent à ce "viol" une dimension paradoxale de partage et de complémentarité. Voici une métaphore puissamment filée qui touche à la poésie épique.

Merci infiniment

   luciole   
3/3/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Un poème sensuel, violent, minutieusement construit, magnifiquement imagé.
J'aime du début à la fin.
Superbe image que ces voiliers-peigne. Mais tout est beau.


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